Les infrastructures, ça urge !

En dépit de la reprise passagère des investissements prévue d’ici 2022, le Plan québécois des infrastructures 2019-2029 ne donne aucune assurance que la situation va réellement s’améliorer. 

Photo : Daphné Caron

Les infrastructures publiques sont essentielles à notre économie et à notre bien-être à tous. Nous avons besoin de bons réseaux de transport, d’éducation, de santé et de culture, et d’infrastructures municipales et régionales efficaces et vertes. Des chercheurs de Statistique Canada ont déjà estimé qu’en moyenne, seulement pour l’économie, le taux de rendement d’un investissement dans ces infrastructures est d’environ 17 %. C’est considérable.

En 2019, le Québec et ses municipalités ont investi 11 milliards de dollars (2,4 % du PIB) dans les infrastructures. C’est insuffisant. Le graphique ci-contre aide à le comprendre, en présentant l’historique des investissements dans ce domaine de 1961 à 2018, puis en projetant leur évolution de 2019 à 2028. On distingue trois phases : des investissements massifs de 1961 à 1975, un sous-investissement prolongé de 1975 à 2006, puis une remontée partielle de 2007 à 2028 — vigoureuse de 2007 à 2013, mais ramollie par la suite.

Comment expliquer qu’après 1975, les investissements en infrastructures aient subi une chute brutale, puis une défaillance persistante ? La baisse des années 1970 est liée à la fin de grands travaux (autoroutes, métro, hôpitaux, etc.) et aux emprunts massifs pour le chantier de la Baie-James, qui ont limité les autres possibilités d’emprunts. Ensuite, les finances publiques ont été précaires durant les années 1980 à 2000. Et en période de vaches maigres, les élus ont tendance à protéger le court terme (les dépenses courantes) au détriment du long terme (les investissements) et à préférer les ajouts de nouveaux actifs, qui offrent plus de visibilité, au maintien des actifs existants, qui ne soulève guère les foules.

Un virage important est finalement survenu en 2007, quand la présidente du Conseil du Trésor, Monique Jérôme-Forget, a lancé le Plan québécois des infrastructures, qui couvrait alors la période de 2007 à 2012. L’effondrement du viaduc de la Concorde accompagné de pertes de vie, en 2006, avait été un révélateur de la négligence gouvernementale et avait suscité partout de vives inquiétudes. Depuis 2013, le Plan est mis à jour par le Conseil du trésor ; il présente chaque année des prévisions d’investissements pour les 10 années à venir.

Dans son bilan de mars 2019, le Conseil du trésor jugeait que le tiers de tous ses actifs, y compris la moitié du réseau routier et de celui des commissions scolaires, étaient en mauvais ou en très mauvais état.

On voit cependant qu’après 2013, l’élan initial imprimé par Jérôme-Forget s’est dégonflé. La conséquence est que le parc d’infrastructures a continué à manifester de graves insuffisances. Dans son bilan de mars 2019, le Conseil du trésor jugeait que le tiers de tous ses actifs, y compris la moitié du réseau routier et de celui des commissions scolaires, étaient en mauvais ou en très mauvais état. Il estimait que le « déficit de maintien d’actifs », c’est-à-dire la valeur des travaux requis pour rétablir l’état physique des infrastructures à un niveau minimalement satisfaisant, s’élevait à 25 milliards de dollars.

Le Conseil du trésor ne cache pas qu’il éprouve de sérieuses difficultés à « livrer la marchandise ». De 2013 à 2018, près de 20 % des investissements annoncés antérieurement n’ont pu être réalisés. De plus, le Plan québécois des infrastructures 2019-2029 ne donne aucune assurance que la situation va réellement s’améliorer au cours des 10 prochaines années. Une reprise passagère des investissements est prévue d’ici 2022, mais le rythme doit ralentir à nouveau par la suite.

Qu’est-ce qui fait que la province peine autant à remettre ses infrastructures dans un état au moins satisfaisant ? Deux choses. D’une part, le plan budgétaire du gouvernement prévoit que celui-ci continuera à restreindre ses dépenses (y compris celles d’investissement) de façon que la dette diminue à 41 % du PIB d’ici mars 2026, soit bien en deçà de la cible de 45 % fixée par la loi à cette échéance. D’autre part, à 2 % ou moins, le taux d’intérêt sur les nouveaux emprunts à long terme du gouvernement est inférieur au taux de croissance normal du PIB, qui est de 3 %. Or, Québec tarde à profiter de cette occasion unique d’accélérer ses investissements tout en laissant la croissance du PIB absorber passivement les paiements d’intérêts sur les emprunts requis. Il n’y aurait alors aucun besoin d’augmenter les impôts.

Le président retraité de la Société québécoise des infrastructures, Luc Meunier, et deux de ses ex-collègues ont récemment formulé le souhait que « le déficit de maintien d’actifs [soit] pris en compte dans la politique budgétaire du gouvernement, au même titre que le déficit budgétaire et la dette ». Dans la langue respectueuse de ces anciens hauts fonctionnaires, cette invitation polie équivaut à un véritable cri d’alarme. Le meilleur moyen de soulager leur détresse est évidemment d’accélérer sans délai la cadence des investissements en infrastructures.

2 commentaires
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Les questions liées aux infrastructures sont complexes. Elles ne sont pas seulement liées à la valeur des investissements. Il serait trop long de livrer ici une analyse exhaustive de la situation.

Disons que le manque de résultats probants est attribuable en partie à une programmation et une planification déficiente, et probablement aussi aux méconnaissances techniques des élus, tous paliers de gouvernements confondus et tous partis confondus.

En sorte qu’on ne budgète pas toujours à bon escient.

Pourtant, il y a un lien assez ténu entre la volonté politique, la nature des investissements, la qualité des investissements réalisés, les délais impartis pour réaliser les travaux et le coût qui peut être élevé malgré un résultat parfois médiocre.

En illustration, ce qu’écrit monsieur Fortin est assez pertinent : « Le Conseil du trésor ne cache pas qu’il éprouve de sérieuses difficultés à « livrer la marchandise ». » La suite du paragraphe est à l’avenant.

C’est pourtant par cette capacité de « livrer la marchandise », de rechercher et de trouver des solutions pérennes que passe l’amorce de solutions. Encore faut-il disposer des ressources humaines adéquates.

Je pense qu’en ce domaine, comme en quelques autres, en matière de réduction de gaz à effets de serre notamment. Il devrait y avoir une obligation de résultats. Depuis le temps que nos élus ou nos responsables de toutes choses entendent être imputables. Il est temps.

J’aimerais profiter de cette tribune pour leur dire que nous les avons entendus, nous les avons compris et c’est précisément ce que nous attendons….

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