Les leçons de Kodak

Faut-il pleurer Kodak ? Ou encore tenter de sauver ce pionnier de la photographie et les quelque 7000 emplois de son siège social de Rochester, dans l’État de New York ?

Kodak n’est plus l’ombre de ce qu’elle était, mais jouit encore d’un bon capital de sympathie. Combien de photos de mariages, d’enfants, de vacances ont pu bien être prises grâce à un appareil Kodachrome (1935) ou Instamatic (1963) ? Nous avons sans doute été des milliards à « sourire dans le kodak » pour immortaliser un petit ou grand moment de bonheur.

La nostalgie est un argument de marketing valable, mais il ne suffit pas toujours à sauver une entreprise en déroute.

Ce qui est arrivé à Kodak est arrivé à des millions d’entreprises au fil des ans : votre produit n’est plus pertinent et votre technologie devient obsolète. Le plus bête dans l’histoire, c’est que Kodak a été mise K.O. par une technologie qu’elle a elle-même mise au point en 1975. Trois ans plus tard elle déposait le brevet du premier appareil numérique.

Ses dirigeants ont commis alors une erreur monumentale. De peur de saboter la technologie qui avait amené l’entreprise au sommet, ils renoncent à jouer le rôle de leader dans le numérique. Kodak misera plutôt sur le CD photo dans les années 1990. Ce fût un échec et le passage massif au numérique dans les années 2000 relèguera Kodak au second plan, malgré de vaillantes tentatives commerciales.

C’est toujours triste de voir une icône disparaître (enfin tout n’est pas encore joué) et des milliers d’emplois menacés. Mais cela fait partie des règles du jeu et du succès du capitalisme.

En 2010, année pourtant misérable pour l’économie américaine, il s’est créé 47 millions d’emplois chez nos voisins. Au même moment, 21,3 millions d’Américains changeaient volontairement d’emplois et 21,2 millions d’employés perdaient leur job. Au total, un peu plus de 46 millions d’Américains n’occupaient plus le même emploi qu’en début d’année.

Cette année-là, qui n’a rien d’exceptionnelle à cet égard, on observait un roulement d’environ 30 % de la main-d’oeuvre américaine. C’est dire que rien n’est statique, qu’il se détruit des millions d’emplois par année et que, par bonheur, il s’en créé encore plus, sauf en grande période de crise.

C’est pour cela qu’il m’apparaît un peu futile de vouloir sauver à tout prix les emplois perdus dans une entreprise, surtout quand elle est déclassée commercialement et technologiquement.

L’autre leçon qu’il faut tirer des malheurs de Kodak, c’est que les entreprises doivent constamment innover, quitte à se mettre à risque. Le choix « confort » des dirigeants de Kodak des années 1970 et 1980 pourrait s’avérer fatal.

 

 

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Pardon de dévier un peu du sujet, mais je suis fasciné par cette statistique:

« un roulement d’environ 30 % de la main-d’oeuvre américaine »

Pour vrai? C’est toujours comme ça? C’est quoi le roulement au Québec? Je ne connais personne qui change d’employeur au trois ans!

Nicolas Robitaille

À chaque fois que j’ai acheté un appareil numérique Kodak, je l’ai échangé après quelques jours d’essai pour une autre marque (Canon, Olympus, etc.). À vouloir rendre leurs appareils trop ‘user-friendly’ ils n’arrivaient qu’à produire des appareils inférieurs et de qualité médiocre face à la compétition.

C’est sans doute par complaisance et un manque de vision que Kodak n’a jamais pu remonter la pente.

C’est la fable de l’arroseur arrosé.

Avec le nom et le capital de sympathie dont dispose cette compagnie, avec une restructuration bien orchestrée, cette compagnie devrait encore être en mesure d’infiltrer le marché des appareils numériques avec une mise en marché agressive de nouveaux produits pouvant rivaliser avec la concurrence.

Ça prend juste des dirigeants ayant une vision à long terme et surtout des compétences. La bonne personne au bon endroit, l’on y reviens toujours.

@ Nicolas Robitaille #1

Oui, moi. Depuis une quinzaine d’années, j’ai eu 5 employeurs différents pour le même titre d’emploi.

C’est ma façon de négocier une augmentation de salaire par l’expérience acquise en dénichant un nouvel emploi dans un organisme de plus grande envergure. Entre 1995 et aujourd’hui mon salaire brut a augmenté de plus de 225%. Mais je me dois de demeurer mobile et flexible (Québec, Montréal, Ottawa, Montréal et retour à Québec). Pour la suite on verra.

Il ne faut pas trop s’en faire pour les emplois. Les revenus tiré de vente d’appareil photos vont continuer comme ils sont, c’est la concurence qui prend la place, les emplois seront occupé par les concurents. Les gens de Kodak changerons d’employeurs s’ils sont assez flexibles.

Souvent les employés sont punis pour les mauvaises décisions des dirigeant en perdant leurs emplois.
Cette fois ce sont les dirigeants et actionnaires qui perdent gros pour leur mauvaises décisions.

À l’image des animaux mésadaptés, les entreprises disparaissent, ainsi va l’évolution des espèces (des entreprises, et des états aussi d’ailleurs).

Cet exemple de décision confortable devrait nous faire réfléchir lorsqu’on repousse les décisions nécessaires dans nos institutions et notre « modèle québécois ».

Vous avez raison de souligner la souplesse et la capacité d’adaptation des salariés américains. C’est ce qui les sauve, et facilite le rétablissement de l’économie américaine. En France, nous souffrons du conservatisme des politiques et des syndicats, et les français sont extrêmement peu mobiles.

J’ai changé d’emploi bien souvent au 3 ans en plus d’émigrer au Québec et je m’en porte très bien.

La plupart des gens que j ai côtoyer restaient en place et se plaignait de leur sort… Et cela continue dans les réunions de pensionnés de compagnies qui ont fait faillite, faute de se renouveler !

Le caractère se forge en changeant, mais il faut avoir eu des exemples autour de soi…

Nicolas Robitaille

« Pour vrai? C’est toujours comme ça? C’est quoi le roulement au Québec? Je ne connais personne qui change d’employeur au trois ans! »

Il faut faire attention avec les statistiques. La probabilité de changer d’emploi n’est pas la même pour tous les individus. Il y a probablement 15-20% de la population qui est en situation précaire et qui change d’emploi pour cette raison (par exemple qui passe du McDo au Burger King parce que c’est plus près de chez eux). Il y a probablement 30-40% des personnes employées qui sont au même emploi depuis des années et ne prévoient pas changer d’emploi jusqu’à leur retraite.

De plus, la probabilité varie probablement durant les étapes de la vie. Les jeunes célibataires ou en couple sans enfant changent probablement d’emploi assez fréquemment. Quand ils se marient et ils ont des enfants, ils « s’enracinent » et cherchent la stabilité par-dessus tout.

À noter, mes chiffres ici ne sont que des estimations personnelles, ils sont là pour expliquer une réalité à titre indicatif seulement.

En passant, pour ceux qui expliquent comment les PDG se font des fortunes mais les méritent parce qu’ils « prennent des risques » et qu’ils « créent de la richesse », notons que le PDG de Kodak, selon Forbes, a fait 5,35 millions de dollars en revenus divers, dont 2,36 millions en boni. Il est là depuis 3 ans, mais gageons que ses prédécesseurs n’étaient pas moins rémunérés. C’est incroyable quand même qu’une succession de PDG peuvent mener une compagnie à la faillite, mais recevoir des bonis de plusieurs millions à chaque année pareil. Il devient de plus en plus évident que ces gens prennent effectivement des risques… mais avec les avoirs et les vies des autres. Si leurs gageures réussissent, ils en tirent profit, si elles échouent, alors ils ont leurs parachutes dorés et leurs fortunes amassées et ce sont les employés qui en souffrent.

Kodak a effectivement été figé dans le temps et n’a pas su se renouveler et faire face aux exigences consommateurs via nouvelles technologies. Il se croyait invincible parce qu’il détenait un monopole relatif

Et si Kodak était au Québec? On subventionnerait sûrement ce canard boîteux via nos taxes et impôts. Que voulez-vous… Ça « crée des emplois (syndiqués!) » et ça a des « retombées économiques » tout en « faisant rouler l’économie » C’est sûr…

En voyant la chute de cet ex-société de grande envergure, je ne peux m’empêcher de penser au « modèle québécois » issu de la « révolution tranquile » qui a déjà plus de 50 ans: un produit périmé depuis longtemps qui n’a pas su s’adapter aux nouvelles réalités et qui est supporté à bout de bras depuis des lustres et qui s’en va directement dans un mur.

François 1, si le modèle québécois est si pire que ça, il faudrait indiquer quel autre modèle on peut suivre. Le monde droite, l’IEDM et autres, avaient tendance à montrer l’Irlande comme exemple à suivre. Taxe sur les entreprises basses, déréglementation de l’économie, taille du gouvernement et déficits sous contrôle, etc… Preuve de ce que j’avance: http://www.iedm.org/fr/node/2737

Où est rendu l’Irlande? En pleine Grande Dépression bis, mesdames et messieurs. Chômage à 14% et stable, PIB encore 10% inférieur à 2007, le PNB (qui illustre mieux les revenus nationaux, excluant les profits rapatriés dans d’autres pays provenant d’activité économique en Irlande) beaucoup plus bas que le PIB et en-dessous de la moyenne de l’OCDE, population qui fuit de plus en plus le pays (en 2010, 65 000 Irlandais ont quitté le pays, soit 1% de la population, surtout des jeunes), etc…

À quoi ça sert d’avoir une croissance fulgurante (et encore là, cette croissance provenait en partie de subventions des autres pays européens pour ramener l’Irlande à niveau), si on doit se taper une dépression à chaque 15 ou 20 ans?

Il faut dire que ce n’est pas la première fois qu’on nous fait le coup. Autrefois, dans les années 80, c’était la Nouvelle-Zélande l' »exemple ». Exemple qui s’est plantée royalement dans une catastrophe non seulement économique, mais humanitaire. Le nombre de banques alimentaires a explosé et les autorités médicales ont vu réapparaître des maladies du tiers-monde.

@ Simon V. (# 12):

Mon pauvre Simon…l’Irlande… Vous avez mal choisi votre exemple.

Renseignez-vous comme il faut que diable!

Voici un petit quelque chose qui remettra à jour vos « connaissances » au sujet de ce pays:

http://www.iedm.org/fr/33826-irlande-histoire-dun-pays-qui-sest-eloigne-de-la-recette-de-son-succes

Extrait:

« Les politiques publiques récentes d’augmentation des dépenses gouvernementales se sont éloignées des politiques de libéralisation de l’économie qui ont fait le succès de l’Irlande. En effet, de 2000 à 2008, les dépenses publiques ont carrément doublé en dollars constants. Ces nouvelles dépenses étaient financées par des sources de revenus volatiles comme l’imposition foncière qui – grâce à une explosion des prix dans l’immobilier – constituait une part importante des revenus. La croissance des dépenses publiques reposait donc en partie sur une bulle immobilière qui a fini par éclater.

De plus, le gouvernement irlandais s’est porté garant des titres de créance des banques pour que celles-ci continuent d’investir. Il s’agit d’une politique coûteuse qui a incité une prise de risque inappropriée, tout comme ce fut le cas aux États-Unis avec Freddie Mac et Fannie Mae. Le sauvetage des banques coûtera aux contribuables 50 milliards d’euros. Et aura un impact considérable sur les finances publiques de ce petit pays. Toutefois, il y a une chose sur laquelle tous les acteurs sociaux sont d’accord: l’impôt sur les sociétés, parmi les plus bas d’Europe, n’augmentera pas. Les Irlandais ont compris que les mesures de libéralisation ont favorisé la croissance économique et ils ne les remettent pas en cause dans la crise actuelle. »

Bref, Simon, c’est encore et toujours l’interventionisme étatique prôné par les gauchistes qui est totalement responsable des déboires actuels de l’Irlande.

En pourcentage du PNB, le gouvernement irlandais n’a pas augmenté sa taille du tout. Elle est restée constante en terme de part du PNB durant toute cette période. Au Canada, on voit le même phénomène durant cette période, les dépenses par rapport au PIB restent stables, mais les dépenses en valeur nominales augmentent. Ton argument tombe donc à l’eau complètement. La preuve c’est qu’en 2006, comme je l’ai montré, la droite (dans ce cas-ci l’IEDM) acclamait encore et toujours le modèle irlandais, elle ne voyait rien de mal dans la croissance des dépenses gouvernementales car celle-ci était inférieure à la croissance de l’économie. Maintenant que l’Irlande s’est plantée, ils essaient de faire accroire qu’ils n’ont jamais dit ce qu’ils ont dit, mais l’internet n’oublie pas, les écrits restent.

Quant à la rescousse des banques, c’était nécessaire pour prévenir un effondrement complet de l’économie. Et pourquoi était-ce nécessaire? C’est parce que le milieu financier en Irlande était sous-réglementé et que les banques ont donc fait gonfler les risques car elles pouvaient le faire et se faisaient des fortunes dans le court-terme en agissant ainsi. Quant à l’idée de laisser les banques faire faillite, c’est autant une idée de gauche que de droite. Ce sont les modérés, de gauche comme de droite, qui s’y opposaient.

L’Irlande démontre l’échec des politiques de déréglementation. Ce sont les pays où les milieux financiers étaient le plus dérèglementés qui ont mangé la plus grosse volée.

@ Simon V. (# 14):

Simon…Simon…Simon…puisqu’il faut vous mettre les points sur les « i » et les barres sur les « t »:

http://www.iedm.org/fr/33825-sophisme-irlandais

Extrait:

« Quel rôle le libre marché a-t-il donc joué (dans l’effondrement de l’Irlande)? En réalité, une politique monétaire étatiste décidée à Francfort de façon centralisée pour seize pays, tout comme le fait que le gouvernement garantisse des prêts, c’est l’antithèse du libre marché! J’ai souvent vanté les mérites des réformes libérales irlandaises. Aujourd’hui, je persiste et signe sans hésiter. Ce sont ces réformes qui ont sorti le pays de la misère, mais ce sont les politiques monétaires inappropriées et les mesures interventionnistes irresponsables, irréfléchies et nocives qui expliquent sa débandade économique. Quant à ceux qui ricanent en affirmant que le cas de l’Irlande est la preuve de l’échec du libre marché, ils feraient bien de rire moins et de s’informer davantage. Un sophisme est si vite arrivé! »

Bon,,,j’espère que cette fois-ci, vous aurez compris le message pourtant bien simple; donc à votre portée…je crois…