Les leçons de «l’affaire Volkswagen»

La tricherie de Volkswagen trahit une culture d’entreprise déficiente, sinon toxique, alimentée par la peur, la complaisance, l’arrogance et une sous-estimation dangereuse des enjeux environnementaux.

L'existence même de l'entreprise est menacée, comme l'illustre en page couverture cette semaine le magazine Der Spiegel.
L’existence même de l’entreprise est menacée, comme l’illustre en page couverture cette semaine le magazine Der Spiegel.

La manigance de Volkswagen pour tromper la population sur la performance environnementale de ses moteurs diésels est peut-être le plus grand scandale industriel des dernières décennies. L’entreprise n’a pas tenté de profiter de zones grises de la loi ou de la réglementation, comme on a déjà vu. Non, elle a carrément triché pour cacher la vraie nature de ses moteurs.

Cette tricherie trahit une culture d’entreprise déficiente, sinon toxique, alimentée par la peur, la complaisance, l’arrogance et une sous-estimation dangereuse des enjeux environnementaux.

Volkswagen s’était engagé dans une course folle pour devenir le premier constructeur automobile mondial. L’ancien patron, Martin Winterkorn, en avait fait la promesse lors de son arrivée aux commandes, en 2007. Sous sa conduite, le constructeur allemand a doublé ses ventes, triplé ses profits et devancé Toyota au premier rang mondial.

On devine la pression exercée dans la structure pour atteindre de tels résultats. Aux États-Unis, un marché traditionnellement difficile pour Volkswagen, Winterkorn a critiqué publiquement la performance de ses dirigeants américains et les a remplacés.

J’imagine la culture de peur engendrée par la haute direction, qui ne jurait que par la performance économique. Une peur telle que personne à l’intérieur de l’entreprise n’a sonné l’alerte sur les tests tronqués et dénoncé le stratagème.

Les patrons de Volkswagen et ses ingénieurs, en tout cas ceux qui étaient au courant de l’arnaque, se sont tus pendant des années. L’ajout d’un filtre plus performant capable de diminuer les émissions polluantes aurait augmenté le prix des véhicules, donc réduit les ventes, et la conception d’un nouveau moteur moins polluant aurait coûté trop cher, donc réduit les profits.

Une organisation où l’on préfère ne rien dire et ne rien faire est gangrenée par la complaisance. Une entreprise qui croit qu’il suffit d’un petit logiciel pour tromper définitivement tous les organismes d’homologation du monde est foncièrement arrogante. L’arnaque a quand même duré six ans et il a fallu un organisme extérieur pour alerter l’Agence américaine de protection de l’environnement.

Enfin, les entreprises doivent comprendre que les États sont sur la brèche sur les questions environnementales. La bataille scientifique et idéologique sur le réchauffement de la planète, ses causes et ses conséquences a été gagnée par le mouvement environnemental. La guerre est terminée et l’accord qui sera signé à la conférence de Paris, dans deux mois, aura des allures de traité de paix.

Pour diverses raisons — et je ne leur donne pas nécessairement tort —, certains pays procrastinent et tardent à mettre en place les politiques et les mesures qui limiteront encore plus les émissions polluantes.

Cependant, les opinions publiques ne permettent à aucun État de faire preuve de laxisme sur les mesures déjà adoptées.

Nier les enjeux environnementaux n’est pas une bonne stratégie d’entreprise au XXIe siècle. Tenter de s’y soustraire par la tricherie est un péché mortel.

P.S. La couverture du Der Spiegel: «Le suicide».

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Peut-être conviendrait-il de préciser pour le bénéfice des internautes, que les logiciels de gestion des véhicules de la marque Volkswagen et de plusieurs constructeurs et marques automobiles sont développés et conçus par la firme Bosch qui est présente dans le monde entier et sur plusieurs segments de l’économie dont l’informatique dédiée à toutes les questions de mobilité.

Lorsqu’on sait combien les concepteurs, fabricants et diffuseurs de logiciels protègent leurs « codes sources » comme la prunelle de leurs yeux, on peut se demander de quelle manière assez inconcevable quelqu’un aurait pu ajouter sciemment deux petites lignes de codes supplémentaires sur un logiciel de gestion destiné aux ordinateurs de bord. Et tout cela au nez et à la barbe du fabricant.

Ce qui signifierait en quelques sortes qu’un tel stratagème n’aurait pu être envisagé qu’au plus « haut niveau » et évidemment avec la complaisance ou la complicité du concepteur du logiciel.

J’éprouve une certaine peine à comprendre comment un tel stratagème n’aurait été concocté qu’aux États-Unis lorsque les exigences au niveau des émissions de dioxyde d’azote sont encore plus sévères en Europe en raison du nombre considérable d’autos propulsées par des moteurs diesels (près d’un moteur sur deux) et même jusqu’à 60% dans un pays comme la France. Lorsque le marché Étatsunien qui plus est, reste très marginal pour ce type de propulsion.

Il devient incompréhensible, comment un groupe ayant un tel niveau de croissance puisse mettre à risque sa réputation sur un si petit segment du marché quand le marché le plus juteux en terme de marges de profits est de loin pour ce constructeur celui de la Chine et de l’Asie.

Mon dernier point d’interrogation est encore de savoir comment s’y serait prise l’EPA (Environmental Protection Agency) pour percer le mystère du logiciel soit disant frauduleux, s’il ne s’est pas fait remettre gracieusement les codes sources par Bosch le fabricant et concepteur du logiciel en question.

En d’autres termes, les informaticiens engagés par l’EPA auraient-ils carrément forcé le système informatique pour en extraire les données ? Ce qui en principe constitue selon le Code criminel une infraction grave qui conduit normalement tout droit en prison.

Après la blague de l’arroseur arrosé, nous voici rendu à celle du fraudeur fraudé !

Pour toutes ces raisons et encore plusieurs autres, je me garde une petite gêne dans cette affaire et j’attends avec prudence et avec patience que toute la lumière soit faite sur ce sujet, car je vois se profiler çà et là quelques zones d’ombres qui gagneraient sans nul doute à être clarifiées.

Enfin j’aimerais ajouter que les filtres qui existent au niveau des pots d’échappement notamment sont plutôt destinés à limiter les émissions de particules fines qui au niveau du diesel sont pratiquement plus gênantes pour la santé publique et pour l’environnement que les seuls gaz d’échappement.

Hors ce qui avait été mis de l’avant dans l’étude produite par ICCT (The International Council of Clean Transportation), ce n’est pas spécifiquement les émissions de particules mais les écarts en conditions routières des émissions de gaz à effet de serre (en particuliers le dioxyde d’azote) qui étaient très supérieures aux exigences légales en vigueur actuellement. Ce qui pose finalement clairement, la question de l’acuité des procédures d’homologations. Lesquelles étaient déjà en cours de révision en Europe, avant que le scandale arrive.

— En conclusion : Je pense qu’où que ce soit dans le monde et quel que soit le fabricant, les personnes qui fort vertueusement ont à cœur l’environnement, devraient considérer plutôt l’achat d’un véhicule électrique ou bien d’un véhicule hybride au lieu d’envisager le diesel pour propulser comme c’est parfois le cas d’énormes VUS qui seront toujours polluants. Le vélo fait aussi très bien l’affaire pour toutes sortes de déplacements.

«Cette tricherie trahit une culture d’entreprise déficiente, sinon toxique, alimentée par la peur, la complaisance, l’arrogance»

Absolument cette corruption n’est sûrement pas ponctuelle ou fortuite, pour une affaire de cette importance on parle forcément de culture. Par ailleurs, même si les voitures sont agréables à conduire, beaucoup de propriétaires de Volkswagen-Audi (dont moi-même) peuvent attester que cette entreprise de fiche depuis longtemps de la tête de ses clients avec une fiabilité déficiente (on répare à répétition les même problèmes…), un service à la clientèle dispendieux, aléatoire ou indifférent et dans le cas d’Audi des prix clairement injustifiés (par rapport à des modèle très semblables chez VW).

En fin de compte je ne suis pas vraiment surpris que parmi toutes les marques c’est à Volkswagen que cette histoire arrive, pas surpris et après avoir fait les frais pendant plusieurs années de l’indifférence de VW un peu satisfait je l’admets.

Pas surpris non plus que ce soit (encore une fois) aux USA que le pot au rose a été découvert, cela témoigne de l’indépendance de la justice et des différentes agences… Je doute que cela aurait été possible en Europe où le politique couche avec le judiciaire et où pourtant roulent et polluent beaucoup plus de moteurs diésel…

Mais c’est affaire a du bon car il faut s’attendre à un resserrement dans l’ensemble de l’industrie quant au respect des normes environnementale.

« Une peur telle que personne à l’intérieur de l’entreprise n’a sonné l’alerte sur les tests tronqués et dénoncé le stratagème. »

« Les patrons de Volkswagen et ses ingénieurs, en tout cas ceux qui étaient au courant de l’arnaque, se sont tus pendant des années. »

« Une organisation où l’on préfère ne rien dire et ne rien faire est gangrenée par la complaisance. »

Guillaume Duval, journaliste économique à AlterEcoPlus-Alternatives Économiques et expert de l’Allemagne, explique que « [c]e rapport distendu à l’éthique entretient un lien étroit avec le caractère très consensuel du « modèle allemand ».

L’ « affaire » Volkswagen n’étant pas la seule à se produire en Allemagne – il en dénombre plusieurs – Guillaume Duval commente que « [c]es déviances sont étroitement liées au fonctionnement même d’un « modèle allemand » resté profondément corporatiste : outre-Rhin, on préfère s’arranger entre syndicats et patronat, entre banquiers et patrons, entre États et entreprises ou encore entre fournisseurs et clients, plutôt que de se soumettre à une concurrence pure et dure comme en rêvent, en théorie du moins, les Anglo-Saxons. »

Il ajoute : « Cette volonté de favoriser les discrets « petits arrangements entre amis » présente de nombreux avantages en limitant les conflits et les coûts de transaction. Mais elle facilite également grandement les dérives comme celles observées chez Volkswagen. Il semble d’ailleurs dans ce cas précis que le gouvernement fédéral allemand ait été au courant des arrangements que prenaient les constructeurs allemands avec les normes d’émission et ait choisi de fermer les yeux pour ne pas nuire aux intérêts de la Deutschland AG (l’Allemagne SA). »

Cette « faiblesse » connue par plusieurs Allemands aurait une expression dans le domaine journalistique allemand comme étant le « Filz » (le feutre), un « enchevêtrement d’une multitude de fibres indissociablement mêlées ».

Il conclut : « Ce travers est d’autant plus difficile à corriger qu’il est intimement lié au fonctionnement central du « modèle allemand ». Du coup, il n’est guère surprenant qu’il faille que ce soient des étrangers, et notamment des Américains qui mettent les pieds dans le plat, obligeant, de l’extérieur, l’Allemagne à remettre en cause ses mauvaises habitudes. »

source : AlterEcoPlus, Ce que l’affaire Volkswagen nous dit du «modèle allemand» (et de ses limites)
http://www.alterecoplus.fr/europe/ce-que-laffaire-volkswagen-nous-dit-du-modele-allemand-et-de-ses-limites-201509281030-00002183.html

Pour ceux qui prônent que l’entreprise privée s’autorégule et que le moins de régulation par des agences gouvernementales (c’est à dire qu’il faut toutes les éliminer pour sauver de l’argent) est ce qui est le mieux, ce cas d’espèce est un peu gênant.
Ce qui est un peu gênant également c’est que c’est une agence américaine qui a fait la « découverte » sur une automobile allemande. Si j’étais Angela Merkel (ou un constructeur d’auto en Allemagne), je crois que je ferais faire une expertise par une agence indépendante allemande sur des autos américaines…sans rire.

La beauté avec le système capitaliste où le privé est majoritaire, c’est qu’une fois la fraude détectée, les consommateurs ont le CHOIX d’aller voir ailleurs et de pénaliser les coupables.

Par contre, avec les monopoles publics, c’est tout le contraire et les exemples pullulent (système informatique étatique défaillant après plus de 10 ans et de centaines de millions d’études, prix gonflés à la SAQ, ilflation de plus de 35% des prix des infrastructures, etc…) ici au Québec, terre d’accueil des monopoles étatiques et aussi, de la Commission Charbonneau où la fraude et les malversations sont tout juste réprimandées, et encore.