Les pays « nouveaux riches »

Menés par la Chine et l’Inde, les pays en développement font mieux que se tailler une part du gâteau des richesses mondiales. D’ici 2030, ils prendront même le contrôle de l’économie aux pays riches d’aujourd’hui, selon un rapport de l’OCDE.

Les pays « nouveaux riches »

M. Hu et M. Singh (photo : I. Inouye/AP/PC)

Pendant que les pays dits « de l’Occident » se prenaient les pieds dans le tapis de la crise économique de 2008, les pays émergents en ont profité pour accroître leur richesse.

Les richesses se sont déplacées au sud et à l’est, en même temps que le centre de gravité de l’économie mondiale, indique un rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) intitulé Perspectives du développement mondial 2010 : le basculement de la richesse.

Véritable accélérateur de rattrapage économique, la crise financière a joué son rôle : pendant que les pays de l’OCDE tombaient presque tous en récession, ailleurs, la croissance ralentissait à peine. Mais le processus de basculement des richesses va bien au-delà de la crise : il est à l’œuvre depuis 20 ans.

« Ce réalignement de l’économie mondiale n’est pas un phénomène transitoire : il représente un changement structurel d’une importance historique », dit l’étude, publiée à l’été 2010.

La Chine et l’Inde ont mené le mouvement. Dans les années 2000, ces deux pays ont affiché un taux de croissance trois à quatre fois supérieur à celui de la moyenne de l’OCDE – dont les 34 membres sont des pays dits développés. Résultat : la Chine est devenue en 2009 le premier partenaire commercial du Brésil, de l’Inde et de l’Afrique du Sud ; la multinationale indienne Tata est aujourd’hui le deuxième plus important investisseur en Afrique subsaharienne ; et plus de 40 % des chercheurs du monde entier viennent maintenant d’Asie.

Depuis 2000, la part des pays membres de l’OCDE dans l’économie mondiale s’est considérablement réduite : de 60 %, elle est passée à 51 % en 2010. Et le phénomène va se poursuivre, selon le rapport. Les pays non membres vont bientôt prendre les rênes de l’économie et devraient en représenter 57 % d’ici 2030. Un retournement de situation en à peine 30 ans !

 

Contribution au PIB mondial, en %

Source : Calculs des auteurs de l’étude d’après Maddison (2007 et 2010).

La Chine et l’Inde ont entraîné dans leur sillage la plupart des pays d’Asie. Entre 1990 et 2008, si le commerce mondial a été multiplié par quatre, les échanges entre pays du Sud l’ont été par dix ! De plus, le nombre de pays qui connaissent une croissance deux fois supérieure à celle des membres de l’OCDE est passé de 12 à 65 au cours de la dernière décennie.

Afin de mieux comprendre ce « nouveau monde », l’étude reprend un concept mis au point par l’ancien président de la Banque mondiale James Wolfensohn (1995-2005) : celui d’un monde à quatre vitesses. Les pays « riches » (affluent) côtoient maintenant les pays « convergents » (converging), « en difficulté » (struggling) et « pauvres » (poor), en fonction de leurs revenu et taux de croissance par habitant par rapport à ceux du monde industrialisé.

 

Le monde à quatre vitesses dans les années 1990

 

Le monde à quatre vitesses dans les années 2000

 

Source : Calculs des auteurs de l’étude d’après les données de la Banque mondiale.

Mais comment expliquer une telle transformation structurelle ? Le rapport avance trois facteurs macroéconomiques. Tout d’abord l’ouverture de grandes économies auparavant fermées, comme celles de la Chine, de l’Inde ou encore de l’ex-URSS. Dès les années 1990, quelque 1,5 milliard de travailleurs ont ainsi rejoint le marché mondial, permettant à leur économie de décoller grâce à des coûts de main-d’œuvre défiant toute concurrence. Puis, les exportateurs de matières premières d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Amérique latine ont directement profité de la nouvelle croissance de ces pays convergents, dont les besoins en combustibles et en métaux se sont multipliés. Enfin, conséquence directe des deux premiers facteurs, nombre de ces pays sont passés du statut de débiteurs à celui de créanciers.

Cependant, si à première vue, cette transformation a permis une diminution de la pauvreté dans le monde (le nombre de pays pauvres tels que classifiés par Wolfensohn est passé de 55 à 25 au cours des 10 dernières années) ainsi qu’une réduction des inégalités (en Chine, le taux de pauvreté est passé de 60 % en 1990 à 16 % en 2005), l’étude rappelle que la redistribution des richesses diffère d’un pays à l’autre. Ainsi, en Chine, elle s’est accompagnée d’un creusement des inégalités (le coefficient de Gini* y est passé de 0,3 à plus de 0,4 entre 1990 et 2005) rendant d’autant plus difficile la lutte contre la pauvreté.

 

*Le coefficient de Gini mesure le degré d’inégalité et de distribution des revenus au sein d’une nation. Il s’agit d’un chiffre compris entre 0 et 1, 0 représentant l’égalité parfaite et 1 l’inégalité totale.