Les pays scandinaves et le Québec

Voici un commentaire reçu cette semaine,

«Votre pensée économique semble s’être figée au 20e siècle, M. Duhamel.

Permettez-moi d’être critique, car l’on s’attend de gens qui occupent votre position d’être à jour.

En 2012, les pays scandinaves, les plus taxés et là où l’État prend le plus d’espace, se dressent lentement, mais sûrement comme modèles à suivre pour le début du 21e siècle. Êtes-vous en mesure d’expliquer pourquoi le monde a les yeux rivés sur ces pays, qui pourtant font exactement le contraire de ce que vous suggérez?

Les pays scandinaves suscitent curiosité et admiration, et ce, depuis au moins un demi-siècle. Les ressemblances avec le Québec peuvent être frappantes : des petits pays nordiques où les populations parlent des langues qui les distinguent du reste de leur continent. Ceux qui résument le modèle scandinave aux niveaux de taxation, aux programmes sociaux et au rôle de l’État oublient néanmoins des facteurs essentiels qui distinguent ces pays du Québec.

1. La culture

J’utilise ici le mot culture pour illustrer les valeurs fondamentales d’un peuple. Dans mon livre « L’avenir du Québec – Les entrepreneurs à la rescousse », l’économiste Pierre Fortin me disait ceci :

« Mon directeur de thèse à l’Université de Californie à Berkeley s’appelait Bent Hansen. C’était un Suédois d’origine danoise, l’un des grands experts des théories du développement économique et des politiques fiscales. Je lui ai déjà demandé pourquoi la Suède était si riche. Voici ce qu’il m’a répondu: Les Suédois ont une classe entrepreneuriale exceptionnelle et les entrepreneurs y sont respectés. C’est la première condition pour avoir beaucoup d’entrepreneurs dans une société. Ce sont des luthériens et pour eux le bien commun est une responsabilité personnelle.

«Au Québec, ajoute Pierre Fortin, on se dit que l’État va nous prendre en main. Pas en Suède, où l’éthique du pays veut que cela soit une responsabilité individuelle. Les Suédois abordent enfin les problèmes comme des ingénieurs, en essayant de trouver une solution. Ils n’agissent pas sur une base idéologique. »

2. Des économies foncièrement libérales

En novembre 2010, j’avais rencontré Hans Martens, le président du European Policy Centre, un think thank à but non lucratif voué à l’intégration européenne. Je faisais partie d’un groupe de journalistes canadiens et américains invités à Bruxelles et à Francfort par le European Journalism Centre. (Ces paragraphes sont aussi tirés de mon livre)

Hans Martens nous proposait un nouvel indicateur qu’il avait bâti pour vérifier la solidité économique de chacun des 27 États de l’Union européenne. Il tient compte de cinq facteurs. L’endettement, qui représente le passé du pays, et le déficit budgétaire qui reflète le présent. Il ajoute trois autres dimensions qui prédisent la capacité des pays à se démarquer dans l’avenir : la compétitivité de l’économie, la transparence et le niveau de corruption du secteur public, et le vieillissement de la population. Ces trois derniers facteurs permettent de voir si une économie sera capable de générer des richesses au cours des prochaines années. Il accorde le même poids à chacune des variables.

Résultat ? Les pays les mieux portants sont, dans l’ordre, la Suède, le Danemark, l’Estonie, la Finlande, les Pays-Bas et l’Allemagne.

Vous avez remarqué la présence des pays scandinaves, Hans Martens les définit ainsi : haut niveau de taxation, mais les économies les plus libérales et les plus axées sur le marché du continent. « Il n’y a pas un pays au monde où il est plus facile de congédier un employé qu’au Danemark », raconte ce Danois qui travaille à Bruxelles depuis de nombreuses années. «L’État-providence n’est pas vu dans ces pays comme un cadeau du ciel (… de la Providence), mais comme quelque chose qu’il faut payer », ajoute-t-il en les comparant avec les pays du bassin méditerranéen.

Robert Gagné, professeur titulaire à l’Institut d’économie appliquée de HEC Montréal et directeur du Centre sur la productivité et la prospérité, dit la même chose. « Les pays nordiques croient à la concurrence entre le secteur privé et le secteur public et à l’intérieur de chacun des secteurs. Ils ne présument pas que le secteur privé est meilleur en soi, mais ils sont d’avis que le service issu d’un mécanisme concurrentiel est supérieur. Ici au Québec, nous ne croyons pas au marché. Nous pensons que le gouvernement peut tout faire et qu’il suffit de siphonner les plus riches. Pour innover davantage, il faut être moins méfiant envers la concurrence et faire preuve de plus d’ouverture aux investissements étrangers. On peut agir ainsi tout en croyant à la redistribution », dit-il.

3. La compétitivité de l’économie

Le Forum économique mondial place la Suède au deuxième rang pour la compétitivité de son économie, derrière la Suisse. Le Canada se positionne au 10e rang dans ce classement. La Commission européenne considère ce petit pays comme étant le plus innovant du continent.

Comment fait-elle pour rester si compétitive alors que le coût horaire de sa main-d’œuvre (39,3 euros) est plus élevé que la France (34,3 euros) ou que l’Allemagne (31 euros) ? Dans un article publié sur le site Slate.fr, la journaliste Catherine Bernard fait les constats suivants

Les Suédois ne sont pas protectionnistes et certaines des plus grandes entreprises suédoises comme le manufacturier de camions et d’autocars Scania et le papetier Stora ont été vendus ou ont fusionné avec des entreprises étrangères. Ils ne s’acharnent pas non plus sur les secteurs où leurs entreprises ne sont plus compétitives. Les chantiers navals suédois ont fermé dans les années 1970 parce qu’ils n’étaient plus concurrentiels.

Nous sommes ici à des années-lumières de ce qui se passe au Québec et à l’opposé de tout ce que les partisans du PQ et de Québec Solidaire croient.

4. La tendance

Le « modèle suédois » dont se réclame une certaine gauche québécoise n’existe plus depuis 20 ans. Le pays allait à la banqueroute avec un déficit budgétaire colossal. Depuis ce temps, le pays s’est engagé dans une grande phase de déréglementation. Un vaste programme de privatisation a été adopté et touche plusieurs secteurs de l’économie.

Ah oui, il n’y a pas de salaire minimum en Suède et il faut parler anglais pour entrer à l’université.

Un mot enfin sur son ministre des Finances, Anders Borg, le seul grand argentier masculin au monde à ma connaissance à avoir une queue de cheval et porter la boucle d’oreille. Choisi le meilleur ministre des Finances de l’Union européenne en 2011 par le Financial Times, il préconise des taxes moins élevées, une diminution des bénéfices sociaux et un meilleur auto-financement des programmes sociaux pour améliorer la motivation au travail et favoriser la création d’emplois.

Bienvenue au XXIe siècle !

 

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Excellent article, M Duhamel. C’est ce qu’on appelle remettre les pendules à l’heure !

La plus grande différence est pourtant dans le titre de votre billet. Les pays scandinaves sont des pays souverains alors que le Québec n’est qu’une simple province qui se fait imposer des décisions par un autre gouvernement qui contrôle 50% de son budget…

Et on peut parler de la Norvège aussi. Eux, ils n`ont pas peur de développer leur secteur du pétrole et du gaz. Ils en produisent et en vendent beaucoup pour payer leur programmes sociaux.

http://www.norvege.no/About_Norway/business/Industrie/oilgas/

Pas comme ici au Québec ou on veut rien savoir du pétrole( oui, plusieurs bavassent continuellement contre l`Alberta mais encaissent le chèque de péréquation) et du gaz mais on se paye les plus gros programmes sociaux au Canada. Pas pour rien que la dette est au plafond.

Je pense que ce qui caractérise les pays nordiques et les suédois en particulier, c’est une sorte de don qui s’appelle : l’anticipation. De telle sorte qu’ils ont (allez savoir pourquoi) comme une longueur d’avance sur le plus grand nombre.

Pour celles et ceux qui s’intéressent à l’astrologie, chaque pays naissent usuellement sous un signe et les suédois sont sous le signe du verseau. Ce qui leur donne de facto un côté avant-gardiste.

Ainsi par exemple l’autofinancement des programmes sociaux tombe pour moi sous le sens. Cela suppose aussi que les gens ont le pouvoir de s’autofinancer, donc de recevoir un revenu qui leur permette de combler leurs besoins suivant leurs besoins. De la même façon, dans les pays scandinaves, si la création d’entreprise est bien vue, il règne aussi la démocratie dans les entreprises, le personnel est représenté dans les conseils d’administration, les actionnaires aussi et tout le monde dispose d’un réel pouvoir d’arbitrage et de décision.

De la même manière, on n’a pas la culture du « big boss » qui doit avoir toujours plus que les autres et n’être accessible que des seuls initiés. Réinvestir les bénéfices et de son propre argent (même si vous êtes employé) dans l’entreprise n’est pas un tabou.

De la même manière, on trouve chez les scandinaves, un goût particulier pour l’environnement, l’urbanisme et l’architecture et d’une manière générale tous les arts et les sciences. Cela n’existe pas de manière équivalente ici, notamment au Québec. Si nous souhaitions adopter un style de vie scandinave ou nous en inspirer pour forger notre propre style de vie, il faudrait dès à présent s’y mettre pour d’ici 20 ans obtenir les premiers résultats.

À noter enfin que la Suède n’a pas fait de difficultés pour rendre en 1905 à la Norvège sa souveraineté. Et autant que je sache chacune de ces entités n’en ont pas eu trop à se plaindre à date. Et d’ailleurs, cela n’a pas pris un référendum gagnant, seulement des négociations au niveau des parlements 🙂

La Suède et la gratuite scolaire

« La Suède mise sur l’intelligence
L’enseignement supérieur est de plus en plus demandé en Suède. Le nombre de candidats à des études à plein temps a augmenté de près de 85 000 au cours des cinq dernières années. Dans le domaine de la recherche, la Suède vise à être parmi les leaders mondiaux de la R&D…

… L’enseignement supérieur suédois est en grande partie financé par l’impôt. Jusqu’à présent, les études étaient gratuites pour tous les étudiants, quelle que soit leur nationalité, mais à compter de 2011, les étudiants de pays autres que les membres de l’UE/EEE et la Suisse auront à verser des droits de scolarité. Le gouvernement considère que l’enseignement supérieur suédois doit être compétitif par sa qualité et ses bonnes conditions d’études, et non simplement par sa gratuité. »

Voilà pour le libéralisme scandinave: gratuite scolaire et excellence en recherche et développement – il ne semble pas que payer des impôts élevés soit un problème.

http://www.sweden.se/fr/Accueil/Education/Faits/Enseignement-Superieur-et-Recherche/

PS. : Personnellement, recevoir des éloges de Pierre K. Malouf me rendrait très mal à l’aise.

Globalement, les politiques mis en place dans les pays scandinaves (privatisation agressive par exemple), sont plus à droite que l’ADQ ne l’a jamais été.

Bien dit M Duhamel, j’avais envie aussi de répondre à ce monsieur, vous l’avez fait beaucoup mieux.

Les socialistes aiment citer les pays scandinaves en exemple mais ils semblent ignorer que ces pays sont économiquement beaucoup plus libres nous.

« Les pays scandinaves sont des pays souverains alors que le Québec n’est qu’une simple province qui se fait imposer des décisions par un autre gouvernement qui contrôle 50% de son budget »

idem pour l’Alberta, qui a longuement nagé dans les surplus, pour la Saskatchewan, qui a longtemps été l’enfant pauvre…

@lemoutongris

Toutes ces provinces auraient énormément à gagner à être indépendantes. Si elles préfèrent ne pas atteindre leur plein potentiel pour une question de feuille d’érable, ce n’est pas mon problème…

Ce que je sais du Québec, grâce à un séjour, à ma lecture fréquente de la presse numérique, à mon goût pour son cinéma, m’a convaincu qu’à quelques détails près, le peuple québécois n’avait pas beaucoup perdu de traits de son origine française. Et je peux vous assurer que le modèle scandinave, tel qu’il est réellement, et bien analysé par Pierre Duhamel, tout fascinant qu’il soit, également pour les socialistes français, serait rejeté sans appel par les français.

Pathétique de lire encore en 2012 que certains croient que le Canada est un frein à la croissance du Québec. Juste faire remarquer que des dizaines de pays de par le monde rêveraient d’être une province canadienne avec les avantages que cela procurent.

Triste aussi de constater que trop de québécois usent de la béquille souverainiste plutôt que de relever leurs manches pour faire du Québec à nouveau une puissance économique et un modèle à la Scandinave. Le Québec regorge et jouit déjà de plein de possibilités et potentiels que rien ne nous empêchent de développer. Si ce n’est, notre irresponsabilité chronique à mettre sur les autres la responsabilité de nos déboires plutôt que de relever les défis auxquels nous devons faire face en tant que société.

Ceci dit, pas besoin de regarder nécessairement le modèle Scandinave, nous avons tout près de nous le modèle beauceron ou justement l’entreprenariat n’est pas perçu comme une chimère, mais valorisé et/ou la débrouillardise et la responsabilisation individuelle fait partie des moeurs.

Pourtant la Suède a déjà été pauvre, très pauvre même. Au tournant du 20e siècle, un Suédois sur cinq vivait….aux États-Unis. Un peu comme les Canadiens français de l’époque.

La Scandinavie compte beaucoup de belles réussites, mais un gros échec: l’alcoolisme et le suicide. Comme quoi le welfare state ne procure pas nécessairement le bonheur individuel. Et comme dirait le ministre Bachand, l’important c’est d’être heureux.

@MarkG

L’industrie automobile de l’ontario a été tout un investissement pour développer l’économie québécoise, n’est-ce pas?

Il me semble que M.Duhamel parlait de laisser tomber les canards boiteux dans son article…

On se permettre bien des choses quand on est productif – ce qui est le cas de la suède. Aussi, comment se fait-il que la Suède, une ex-puissance, a-t-elle de prix nobel et de multinationales? On a bien des choses à apprendre…

Il semble d’emblée que ces pays furent différemment colonisé qu’ici, comme vous le mentionnez; ‘Nous sommes ici à des années-lumières de ce qui se passe au Québec et à l’opposé de tout ce que les partisans du PQ et de Québec Solidaire croient.’, je pense qu’il y a une majorité de gens qui sont partis du ‘patelin’ pour effectivement rejoindre la grande ville. Ce qui semble ne pas encore être le cas très évidemment ici au Québec. Si toutefois la tendance se maintient, je ne crois pas qu’il me faille pousser les cheveux moi, pour me faire sortir de la récession.

Je pense que la CLASSE va être surprise de savoir que ses revendications s’inscrivent dans le cadre d’un modèle économique foncièrement libéral (dixit P. Duhamel). Je pense même que quand Amir Kahdir (celui qui « veut ramener le cadavre puant du collectivisme » – dixit P.K. Malouf) va l’apprendre, il va changer le tableau de Delacroix pour celui de Munch.

Bonjour
Je coirs fortement que nous avons beaucoup trop de gouvernement à l’intérieur de notre économie Québecoise. Il important que nos gouvernement privatise avec des (PPP) afin d’éliminer le besoin de se fier au gouvernement pour tout!

@rod, attribuer un haut taux de suicide et d’alcoolisme au « Welfare State », c’est de la malhonnêteté intellectuelle. Il y a possiblement une foule de facteurs à considérer, dont le manque cruel de lumière en hiver et possiblement… un luthérianisme workaholic! Revoir le film Le Dîner de Babette.

Les journalistes québecois ignorent la géographie politique du monde.
Une province d’un État fédéral comme le Québec ne peut être comparé à un État en particulier. Par contre, il peut se comparer à la Bavière en Allemagne, la Corse en France, l’Écosse du Royaume-Uni, l’Andalousie en Espagne.
Le contexte culturel du Québec est francophone de type latin contrairement aux pays scandinaves.
Sur ce plan, le Québec peut se comparer avec la Corse, la Catalogne, la Wallonie.

Hier le PM suédois a dit qu’il voulait une nouvelle réduction des impôts des entreprise pour attirer encore plus d’investissement.

Au Québec ce genre de mesure est trop à droite pour tous les partis.

@david

Mais ils ont la gratuite scolaire, ce qui est trop à gauche pour tous les partis (sauf QS). Et je passe sous silence les demis vérités du texte de P. Duhamel (ainsi que ta propension à raconter des sottises).

Non, ne les passez pas sous silence (à moins que ces demis vérités n’existent que dans votre tête bien sûr) donc, quel demi vérité ? Et quels sottise David a-t-il raconté exactement?

Autre chose sur la gratuité scolaire en Suède

Le système éducatif suédois comporte divers types de scolarité et d’enseignement conçus en fonction de l’âge, des besoins et des aptitudes des élèves (déjà c’est le jour et la nuit avec le système québécois)

Dans les années 1990, les notions de choix de l’école et d’école privée (qu’il s’agisse de la maternelle, de l’école de base ou du lycée) ont acquis droit de cité. Les écoles opèrent aujourd’hui sur un marché ouvert.

Les écoles privées se multiplient en Suède et le choix de l’école est désormais considéré comme un droit. À chaque enfant est attribué un montant individuel destiné au financement de sa scolarité, de l’école maternelle au lycée inclus. Le gouvernement suédois soutient ainsi la création d’écoles privées.

Les écoles privées doivent être agréées par l’Inspection nationale des établissements scolaires et se conformer aux programmes d’enseignement et plans d’études nationaux. Neuf pour cent des élèves de l’école de base et 20 pour cent des lycéens fréquentent des établissements privés.

Il existe par ailleurs quelques écoles internationales qui appliquent les programmes d’enseignement d’autres pays. Ces écoles, financées en partie par l’État, sont principalement destinées aux enfants de résidents étrangers qui sont en Suède pour un temps limité.

Les élèves ayant des besoins spécifiques suivent en général les classes ordinaires à l’école de base et au lycée. Un programme spécial est prévu pour les élèves handicapés mentaux. Ils peuvent soit être intégrés à un groupe ordinaire, soit former un groupe spécial, souvent dans les locaux d’une école ordinaire. Tiens, là bas on ne crache pas sur l’école privé, le modèle suédois je l’achète demain matin.

@tous
Je me suis toujours demandé comment les Scandinaves pouvaient aussi bien parlé Anglais. Tous sont presque parfaitement bilingues. Comment fonctionne leur système d’éducation à ce niveau? Est-ce que l’Etat finance des écoles unilingues anglophones comme au Québec? Est-ce que les étudiants ont le choix d’aller étudier dans ces écoles? Quel genre de programme offrent-ils pour l’enseignement de l’Anglais? Est-ce qu’il y a une crainte de l’érosion de leur langue nationale? Adoptent-ils des mesures pour protéger leur langue?

@Vincent: j’ai, il y a quelques années, passé quelques semaines en Finlande (bon ce n’est pas un pays scandinave à proprement parler mais passons). Effectivement tous (excepté les plus âgés) parlent couramment anglais. Lorsque je m’en suis ouvert a une étudiante, elle m’a donné une réponse a laquelle je ne m’attendais pas, et bien qu’elle ne soit pas la seule explication, je suis convaincu de sa pertinence: La télévision.

Un pays peu peuplé comme la Finlande, ne dispose (disposais en réalité) pas de grosses entreprises de production audiovisuelle, donc les chaines finlandaises achetaient tels quels des programmes aux états-unis/Angleterre etc… Or le coût du doublage en Finnois était trop important pour une audience aussi peu nombreuse, les émetteurs diffusaient donc ces programmes en langue étrangère, parfois sous-titrés en finnois, parfois non… Du coup les enfants (et on sait bien que c’est a cet âge la que ça joue) regardant ces programmes s’empreignaient de la langue anglaises…

Un Finlandais pour confirmer/infirmer/compléter cette version?

Y’a pas de salaire minimum en Suède… Ce serait inutile puisque 85 % des travailleurs sont représentés par un syndicat…

En tant que scandinaviste, je m’offusque de voir certaines comparaisons. Oser comparer le Québec a la Suède est assez fort, quand on connait bien l’autre pays. De plus, l’article englobe bien des pays de la zone Baltique, mais pas tous les pays scandinaves. Grand oublié, la Norvège, qui possédant avec Norsk Hydro la grande partie de ses richesses, enrichit et affermit le pouvoir de ce petit pays pour ses habitants SUR LE LONG TERME.
Pour ce qui est du modèle suédois, s’il est vrai qu’il s’est bien effrité depuis les années 80, bien des choses sont impensables ici. La vision de la société doit être globale, pas partielle. La productivité y implique une hiérarchie bien différente d’ici, des heures de travail bien moindre et un respect du travailleur bien supérieur dans de nombreux cas. Sauf exception, les temps partiels qui s’y multiplient, mais là encore, il y a à écrire.
Qui plus est, pour avoir rencontré le président de la fondation Nobel, quel chef d’entreprise gérant des milliards de SEK (couronnes suédoises) viendrait ici à un rendez-vous avec des entrepreneurs sur son vélo, casque vissé.
Beaucoup de choses différent ses sociétés de la vôtre, la nôtre. Une d’elle est la loi de Jente, Jente Laggen, règle non écrite qui fait que personne n’est meilleur qu’un autre. Et même si la double morale et les travers de la société suédoise sont nombreuses, nous aurions dans sa politique certaines choses à observer. C’est le cas dans les autres pays scandinaves, nordiques en incluant la Finlande. Gratuité scolaire, certes, mais poursuite en justice des banquiers fraudeurs, ceci avec encore un autre pays scandinave, l’Islande.
Il y a peu de scandinaviste formé dans vos écoles, dans la confédération il y a je crois 3 universités qui s’y attachent. S’il vous plait, à défaut d’aller les chercher ailleurs, avant de comparer, trouver des spécialistes.

Et la norvège, c est le même style? Ils ont un salaire minimum de 22$/hr je crois….
Merci pour cet article tres intéressant

@Vincent, voici quelques éléments de réponse à votre question. A la radio suédoise, il y a des programmes spécifiquement dédiés à l’apprentissage et la pratique de l’anglais. A la Télévision, on ne ses gêne pas pour avoir recours à CBS, NBC ou ABC pour présenter des reportages en langue d’origine. De nombreux films anglais et américains sont présentés à la TV et au cinéma SANS doublage. A l’université, plusieurs cours sont donnés directement en anglais. Dans les librairies, plus de la moitié des livres à vendre sont en anglais. Etc. J’emploie le présent, mais je décris ce qui se passait il y a 32 ans, quand j’y vivais.

@Vincent (suite): en Suède, l’état finance des écoles unilingues anglophones (ou arabophones, ou italophones) lorsqu’il y a demande suffisante de la part des parents. Le parent a beaucoup plus de liberté qu’au Québec en terme de l’enseignement qu’on peut donner à ses enfants. En Suède, un parent de langue suédoise a le droit d’envoyer sont enfant à une école publique anglophone, contrairement à ce qui se passe au Québec:

http://www.theenglishschool.se/En/ESG/About_ESG

@ koldo (# 22):

1- La « gratuité » scolaire n’existe pas. Quelqu’un DOIT en payer le prix. Là où les étudiants ne paient aucun frais, d’autres choses entrent en ligne de compte. Soit la qualité des cours ou des infrastructures sont au mieux douteuses (France) ou soit il existe un sévère contingentement à l’entrée et seuls les étudiants forts peuvent accéder aux études aurpérieures (Finlande Suède) ou soit ces mêmes étudaints doivent rendre service à l’état en compensation (service militaire obligatoire. etc…).

2- Pouvez-vous SVP être plus précis sur les « demi-vérités » propagées par Monsieur Duhamel et sur les « sottises » écrites par David avec preuves à l’appui?

Oubliez la Suède ! Les Pays-Bas, où je vis, l’emportent haut la main ! Il est vrai que la tendance est au libéralisme économique — la vague de privatisations de la banque postale, du transport ferroviaire et des télécommunications–, et ce depuis les années 1990 avec le premier ministre Ruud Lubbers. Or prenez garde à l’élastique ! Ils, les pays Scandinaves et les Pays-Bas, ont tellement tiré l’élastique vers le socialisme, ou de ce qui s’en approche, que s’il ajustent leur système, c’est qu’ils sont déjà allés bien plus loin que ce Québec eût pu faire depuis la Révolution Tranquille. Après ces réformes libérales, un Américain du Texas qui examinerait toutes leurs politiques actuelles conclurait que ce sont encore des socialistes ! Alors faites attentions aux comparaisons, surtout si votre échelle ne comporte que deux ou trois degrés.

Quant à la remarque sur l’anglais dans les commentaires, c’est directement l’influence de la télévision, qui massacre, détruit et édulcore les cultures locales — Finlande, Suède, Norvège, Danemark, Pays-Bas –, faute de productions audiovisuelles et cinématographiques locales ou si peu. Et remarquez aussi que plusieurs scandinaves se comprennent entre eux, dans une conversation de tous les jours, et que faire le pont d’une langue à l’autre n’est qu’une question de mois, sinon de semaines – un héritage de la domination des Danois sur la région et des échanges commerciaux depuis la ligue Hanséatique. Alors que nenni de l’anglais ! À ce titre, les Néerlandais apprennent quatre langues à l’école : sont obligatoires le néerlandais, l’anglais, le français et l’allemand.

@ koldo

La gratuité scolaire avec l’application e norme de contengentement extrême comme le fait la Suède (seul la crème de la crème peut aller À l’université), je suis 100% pour.

Il n’y a pas d’étudiants professionnelle qui traîne dans les universités suédoises. C’est une institution réservé à l’élite qui sera en mesure de faire prospéré la société.

Tu le veux toujours le modèle suédois ?

Moi oui !

En passant la Suède a aussi des bons d’éducation (vouchers). Ça aussi je les veux !

Mon pauvre françois1,

Si tu ne peux même pas comprendre que la gratuite scolaire vise les utilisateurs, je ne vois vraiment pas sur quelle base notre communication pourrait être d’une quelconque utilité.

Attention aux vérités partielles!

Bien qu’il n’y ait pas de salaire minimum en Suède, près de 70% des travailleurs sont syndiqués, ce qui leur garantit un salaire minimum et des conditions de travail nettement plus avantageux que ceux que l’on retrouve en Amérique du Nord.

Avantage Suède, et de loin:

Norway is the extreme Scandinavian case, though — the only country I’ve ever been in where I suffered from constant, low-grade budget anxiety. On the opposite end is Sweden, which, if you come directly from Norway, feels like you’ve entered a 173,300-square-mile Costco.

“Oh, you’re going to the cheap country,” said one of Kaia’s friends as I left Lofoten on my way across the border to Kiruna in north Sweden. The border crossing was made especially dramatic by my last Norwegian meal, a burger and fries combo at a fast-food joint for $23. Once across the border, that same meal might cost around $10; not free, to be sure, but not vertigo-inducing. The price differentials, by the way, extend virtually across the board. I asked a pharmacist who sold me a $6 nail clipper (!) in Oslo how anyone could survive in such a country. “It’s easy,” he said. “We buy everything in Sweden.”

http://frugaltraveler.blogs.nytimes.com/2012/08/24/scandinavia-on-125-a-day/

Autre « vérité partielle »

Affirmation: » Il n’y a pas de pays au monde ou il est plus facile de congédier un employé qu’au Danemark. »

Les faits: « …. contrairement à d’autres pays, les jeunes ne vivent pas dans l’urgence de trouver leur voie professionnelle. Ils peuvent multiplier les expériences et se tromper de voie sans être sanctionnés. … C’est l’avantage de la flexisécurité … Un modèle social original qui ménage entreprises et employés. Les sociétés peuvent se séparer facilement des salariés. Ceux-ci tombent alors dans un filet de sécurité, en retrouvant un emploi rapidement. Entre-deux, ils peuvent toucher 90% de leur salaire pendant quatre ans… »

http://www.rue89.com/2010/03/23/pourquoi-les-danois-sont-plus-heureux-que-les-autres-144065

Histoire de remettre en contexte. Le commentaire donnait suite à l’article Tous des filous?
http://www2.lactualite.com/pierre-duhamel/2012/08/20/tous-des-filous/

Or, je trouvais que la manière d’aborder la corruption pour militer en faveur de la libéralisation de l’état québécois était une approche fort simpliste.

Et malgré l’article dédié à mon commentaire, ma question (dans son contexte!) demeure toujours en suspend. Comment explique-t-on que des États dont le panier de service est très large ne subissent pas les inefficacités que l’on connaît ici au Québec? Ou encore, comment font-ils pour conserver un panier de services sans être affligés d’autant de corruption?

Sinon, il m’aura fait plus que plaisir d’alimenter une discussion sur les pays scandinaves. 🙂

Au plaisir,

Jean-François Ouellette
Auteur du fameux commentaire sur les pays scandinaves.

Merci Jean-François Ouellette pour la mise en contexte. Je n’avais rien lu de ce qui précédait.

Votre question reste tout à fait pertinente.

« Or, je trouvais que la manière d’aborder la corruption pour militer en faveur de la libéralisation de l’état québécois était une approche fort simpliste »

Vous n’êtes pas le seul à contester cette position idéologique boiteuse

http://meteopolitique.com/Plan/Fiches/finance/corruption/secteur_public/03/privatisation_gestion_services_publics.htm

http://meteopolitique.com/Plan/Fiches/finance/corruption/secteur_public/03/reingenierie_corruption_gouvernance.htm

Finalement, je soumets pour réflexion un rapport de deux chercheurs de Harvard portant sur les liens entre corruption et inégalité dont voici quelques extraits:

« Thus, there is evidence of reciprocal causation between inequality and corruption. Greater inequality causes higher levels of corruption, and higher levels of corruption intensify inequality… »

» … the significant effect of inequality on corruption also may help to explain why larger government size is not associated with a higher level of corruption. One recent puzzling empirical finding was that smaller, not larger, government size was associated with higher levels of corruption (Friedman et al. 2000; La Porta et al. 1999), contradicting previous studies. Extensive redistribution can both increase government size and lower corruption if it effectively reduces

The corruption literature in recent decades has tended to focus on the corrupt and rent-seeking behavior of public officials. When corruption is exclusively associated with the public sector, the remedy is simple: if you want to cut corruption, cut government (Becker 1995). But if corruption is the result of the rich attempting to preserve and advance their position, and if larger government size can be associated with less corruption, minimizing the state is not necessarily the appropriate policy response.

Our study thus stresses the need for considering the motivations and opportunities for the rich and the private sector to engage in corruption (Glaeser et al. 2003; Hellman, Jones, and Kaufmann 2000). The experience of massive privatization accompanied by enormous corruption in Eastern European countries offers further evidence (Black, Kraakman, and Tarassova 2000; Hellman et al. 2000). We also note that the skyrocketing CEO compensation in the United States, which was supposed to align the interests of CEOs with those of shareholders, not only increased income inequality, but also stimulated corporate corruption, as the recent scandals demonstrate. »

Notons que cette étude date de 2004, soit avant les « épisodes » Enron, Lehman Brothers, Freddie Mac et autre Maldoff.

http://blogs.iq.harvard.edu/sss/attachments/Inequality.and.Corruption.You&Khagram.(ASR.Feb.05).pdf

excellent article , mais j’aimerais quand même que vous ajoutiez que la CAQ & les libéraux non plus n’adopte pas le modèle scandinave , mais plutôt un modèle américano-britannique qui ne fonctionnent pas plus.

merci

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