Les régimes de retraite municipaux : la pointe de l’iceberg

Le sous-financement des régimes de retraite des employés des villes est un gros problème. Mais si on le compare aux défis auxquels font face en ce moment les finances publiques du Québec, ces quatre milliards de dollars ne constituent que la pointe de l’iceberg, dit Alexis Gagné.

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Photo : Mario Beauregard/La Presse Canadienne

Le sous-financement des régimes de retraite des employés des villes est un gros problème. On parle d’une sous-capitalisation de près de quatre milliards de dollars.
Blogue Economie

Quatre milliards, ça paie pour tout le réseau des services de garde pour presque deux ans. Ce montant représente aussi la qualité de vie à la retraite de plusieurs milliers de personnes.

Mais si l’on compare ce problème aux défis auxquels font face les finances publiques du Québec, ces quatre milliards de dollars ne constituent que la pointe de l’iceberg.

Premièrement, la dette nette du Québec se chiffre aux alentours de 190 milliards de dollars.

Deuxièmement, le vieillissement de la population mènera à une stagnation de la population active, et donc à une croissance anémique des revenus du gouvernement du Québec. Il causera aussi une hausse des dépenses publiques, surtout en santé.

Selon une étude publiée l’an dernier par des économistes de la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques, le Québec se dirige donc vers des déficits chroniques élevés qui représentent plusieurs centaines de milliards de dollars.

Les auteurs expliquent aussi, de manière assez claire, que les solutions typiques — qui consistent à hausser l’immigration, hausser les naissances ou, même, hausser la productivité — ne seront pas suffisantes.

L’iceberg, donc, il est gros. C’est la belle société que mes parents et grands-parents ont bâtie avec la Révolution tranquille qui est en danger. Mais est-on certain de couler pour autant ?

Je ne pense pas, mais il va tout de même falloir que tout le monde se serre la ceinture et pagaie ensemble.

Pour s’en sortir, trois choses devront arriver. Et si l’on échoue dans l’une ou dans l’autre, les risques sont grands qu’on tombe en réelle crise.

Premièrement, il faudra contrôler la croissance des dépenses publiques. J’espère que cela se fera le plus possible par des gains de productivité, mais il est probablement inévitable que certains services publics soient coupés. Il y aura ici surtout lieu de minimiser les répercussions de ces coupes sur les plus vulnérables.

Deuxièmement, les revenus de l’État devront augmenter. Il faudra effectivement augmenter nos taxes déjà très élevées pour pouvoir maintenir nos systèmes de santé et d’éducation à un niveau de qualité acceptable.

Finalement, les personnes vieillissantes devront travailler un peu plus longtemps. Entre 1970 et 2009, l’âge moyen de la retraite des Québécois est passé de 65 à 60 ans, alors que l’espérance de vie à partir de 65 ans a fait un bond de 7 à 17 ans. La durée moyenne de la retraite n’est donc plus de 7 ans, mais plutôt de 22 ans.

Cela est évidemment une bonne chose, et le signe d’une société prospère, mais ce n’est malheureusement pas — considérant l’état des finances publiques — une tendance qui peut se maintenir.

Ici, il y urgence d’agir. Le sommet des naissances des baby-boomers a eu lieu à la fin des années 1950. Un très grand nombre d’entre eux atteindront donc l’âge de 60 ans dans les prochaines années.

Si ces baby-boomers quittent le marché du travail en masse, aucun niveau de coupures ou de taxation ne pourra nous sauver.

Mais comment augmenter l’âge moyen de retraite des Québécois ? Hausser l’âge pour l’obtention des régimes publics de retraite de 65 à 67 ans est un bon premier pas, mais ce ne sera pas suffisant.

Plusieurs aînés ne quittent pas le marché du travail par choix. Le mythe que ce sont des employés moins efficaces est tenace, et plusieurs employeurs (et collègues de travail) font donc de la discrimination envers les personnes âgées.

Il faudra donc non seulement des incitatifs fiscaux plus forts (le budget Bachand de 2011-2012 en a mis un petit en place), qui encouragent les aînés à rester plus longtemps sur le marché du travail, mais qui incitent aussi les employeurs à les embaucher ou à les garder en poste. Il faudra aussi s’assurer que les lois de protection contre la discrimination selon l’âge soient suffisamment fortes et bien appliquées.

En conclusion, donc, si l’on souhaite maintenir un bon niveau de vie, il faudra partager équitablement entre les générations la douleur résultant des efforts à faire pour maintenir les finances publiques en santé.

Les jeunes devront subir de légères hausses de taxes et certaines coupures dans leurs services publics, et les aînés devront accepter de travailler un peu plus longtemps.

Le redressement des régimes de retraite municipaux est l’un des premiers champs de décisions parmi plusieurs dans ce combat pour garder en place une belle société. Ce redressement doit être fait avec une vue d’ensemble du problème en tête.

* * *

Alexis Gagné est analyste stratégique à la Fondation Chagnon, qui vise à prévenir la pauvreté en misant sur la réussite éducative des enfants du Québec. Les opinions exprimées ici sont purement les siennes.

 

 

 

 

 

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4 commentaires
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« Il faudra effectivement augmenter nos taxes déjà très élevées »

Certainement pas car justement elles sont déjà si élevées que toute augmentation tue productivité et croissance qui sont nos principales bouées de sauvetage. Sans croissance tout va tomber comme un chateau de carte.

Proposer des gains de productivité dans les services publics me troublent. Ce qui voudrait dire de rendre plus de services sur une même durée de temps. C’est de risquer, surtout dans le domaine de la santé et de l’éducation, une perte de la qualité du travail fourni et des conditions de travail qui se dégradent. Puisqu’efficacité et productivité ne sont pas synonymes. Comme l’exemple fourni par l’IRIS le démontre : « Selon cette logique, un médecin privé qui tue son patient après 10 mois de traitements est donc beaucoup plus productif qu’un médecin public qui le sauve en 15 minutes. »

Parfaitement d’accord avec vous et l’IRIS: il faut absolument réduire la productivité déjà famélique des organismes étatiques et ainsi permettre aux fonctionnaires de passer encore plus de temps à…à faire ce qu’ils font le mieux: créer de vrais problèmes et ainsi permettre aux contribuables aisés de faciliter leur décision de s’exiler ailleurs qu’au Québec créant ainsi un espace vital additionnel pour les miséreux que nous pourrons alors chérir à PLEIN TEMPS.

Bravo Marc. Vous m’avez convaincu.

Si l’âge de la retraite est passé de 65 ans à 60 ans n’est pas seulement attribuable aux “pensions dorées” dont plusieurs font souvent trait mais bien au nombre d’entreprises qui depuis 95 se “débarrassent” des plus vieux dont les salaires sont plus élevés et ont beaucoup d’expérience par des plus jeunes sans expérience dont les salaires sont beaucoup moindres. Ce n’est donc pas par choix pour la majorité de ceux-ci. Nous n’avons qu’à constater le nombre de travailleurs dans le système de santé qui se sont fait montrer la porte en leur donnant pleine pension et compensation supplémentaire durant cinq ans en quittant leur travail, une des nombreuses tromperies du PQ qui voulait présenter un bilan financier qui reposait sur le mensonge dont nous faisons toujours face aux répercussions d’aujourd’hui. Un deuxième mythe subsiste celui des pensions dorées. Les salaires ont connu une augmentation durant la période de 1990 à 2010 qui est presque le double de celle de la période de 1960 à 1980. Les pensions découlant de ces années représentent peu lorsque comparées avec celles qu’auront les travailleurs qui les auront après 2020 ou 2030. Sans compter tous ceux qui les ont perdus lors de la débâcle de 2007. J’ai perdu 28% de ma pension et son indexation. Hors ma pension est excellente puisque mon salaire était en haut de l’échelle salariale mais j’imagine les pensions des travailleurs dont la rémunération était beaucoup moindre, ce sont eux qui seront rapidement dans la misère s’ils ont accumulé des dettes. Ma pension aura probablement une apparence de “bien être de luxe” en 2025. Nous n’avons aucune dette et des propriétés locatives. Ce sont sur ces revenus que l’on compte vivre décemment. Une autre chose qui est carrément abusive est le sommet qu’il faut atteindre pour qu’une personne ne reçoive plus de pension fédérale, c’est totalement absurde. Si une personne a (par exemple) 80,000$, elle ne devrait pas avoir besoin de pension gouvernementale, vous imaginez que le seuil est à 102,000$. Je préférerais que l’on attribue cet argent aux chômeurs et à l’enseignement obligatoire pour les “bien être de luxe” qui sont assit sur leur derrière toute leur vie. Le gouvernement pourrait aussi décréter un travail obligatoire (compensatoire) de vingt heures par semaine pour ceux-ci et éliminerait du même coup une bonne partie du travail au noir. L’état providence a créé un état de mendiants de luxe où le moindre effort est de mise et presque devenue la norme.