Les révolutionnaires de Saint-Césaire

L’école secondaire Paul-Germain-Ostiguy rallie des dizaines d’entreprises locales dans son combat pour la persévérance scolaire.

Persévérance scolaire : les révolutionnaires de Saint-Césaire
Photo : Martin Laprise

Au Québec, la tradition a toujours voulu que deux conditions soient remplies pour que les choses changent. Premiè­rement, la décision doit venir d’en haut, l’Église catholique ayant longtemps incarné l’autorité, avant de céder la place à l’État. Deuxièmement, tout doit changer en même temps, de la même manière et partout, de Dégelis à Ville-Marie, de Pontiac à Kuujjuaq. Pas d’exception.

La lutte engagée contre le décrochage scolaire dans les régions du Québec depuis 15 ans est en train de briser ce carcan. D’une part, les initiatives sont venues de la base, et non d’en haut, et elles ont fusé de partout. Le ministère de l’Éducation n’a pas précédé le mouvement ; il l’a suivi. D’autre part, comme les causes du décrochage varient beaucoup selon les élèves et les milieux, les solutions apportées ne sont pas nécessairement les mêmes d’une classe, d’une école ou d’une région à l’autre. Cerise sur le gâteau : les entreprises locales sont de plus en plus nombreuses à s’engager dans le combat.

En matière de persévérance scolaire, une question fondamentale se pose : que faire des adolescents qui éprouvent des difficultés personnelles, familiales ou scolaires, qui sont démotivés et qui vont à l’école seulement parce que leurs parents les y obligent ? Il n’y a pas qu’une réponse possible. L’école secondaire Paul-Germain-Ostiguy (PGO), à Saint-Césaire, qui accueille 750 élèves de cinq municipalités de la Montérégie, a trouvé la sienne.

Cette école offre un programme d’alternance études-travail à une centaine d’élèves des 3e, 4e et 5e années du secondaire. Ce sont tous des décrocheurs potentiels. Les participants vont en classe trois jours par semaine et doivent terminer leur scolarité en français, en anglais et en mathématiques, en plus de suivre des cours d’initiation au monde du travail. Les deux autres jours de la semaine, ils sont en stage non rémunéré dans une entreprise. Ils sont alors sous la responsabilité d’employés qui deviennent souvent des mentors et qui peuvent jouer un rôle important dans leur vie. À la fin du secondaire, les élèves obtiennent une attestation de capacité dans le métier abordé, par exemple comme aide-boulanger, aide-soudeur, aide-usineur, auxiliaire de bureau, commis de vente, etc. Le ministère de l’Éducation s’est fait tirer l’oreille, mais il a finalement reconnu la valeur de ce programme.

Les entreprises de la région s’impliquent avec enthousiasme dans le programme. Les stages ne manquent pas et l’offre vient de secteurs aussi divers que l’agriculture, la fabrication, le commerce, l’héber­gement, la restauration et les services. Les employeurs s’engagent par contrat à valoriser l’éducation, à soutenir les jeunes jusqu’à l’obtention de leur diplôme, à favoriser leur assiduité à l’école et au travail et à leur offrir un horaire flexible en période d’examens.

En fait, c’est tout le milieu régional qui participe aux efforts de PGO : le personnel de l’école, les familles, les entreprises, les organismes communautaires, les muni­cipalités, la commission scolaire des Hautes-Rivières, la direction montérégienne du ministère de l’Éducation. Ce n’est pas une abstraction : un colloque sur la persé­vérance scolaire organisé par l’école en février dernier a attiré plus de 120 per­sonnes venant des cinq petites municipalités du territoire, dont les représentants de 56 entreprises.

Est-ce que ça marche ? À plein. En juin 2009, le taux de réussite des élèves finissant ce programme en 5e secondaire a été de 82,5 %. (Rappelez-vous : il s’agissait de décrocheurs potentiels.) Tous ceux qui ont fait une demande d’admission dans le secteur professionnel de la commission scolaire ont été acceptés. Une telle performance n’est ni plus ni moins que spec­taculaire, sur le plan économique comme sur le plan humain.

L’an dernier, afin de souligner cette réussite, le Regrou­pe­ment des commissions scolaires de la Montérégie a décerné son prix Partenariat pour la persévérance scolaire à l’ensei­gnante responsable du programme d’alternance études-travail à PGO, Marie-Pierre Gibson, et au directeur de l’école, Paul-André Boudreau. (Vous pouvez lire en encadré ci-dessous leur message à la collectivité.)

Immobile, le Québec ? Vous m’en conterez tant.

ET ENCORE

« Nos enfants sont l’avenir du Québec. La communauté dans son ensemble doit s’unir pour leur envoyer le message clair que l’éducation est importante et qu’elle les soutient dans leur cheminement. Il faut les aimer. Il faut les occuper. Mais il faut surtout bien s’en occuper. »

Paul-André Boudreau et Marie-Pierre Gibson, école secondaire Paul-Germain-Ostiguy, Saint-Césaire

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