Les rois du compostage

À l’Université Concordia, 20 tonnes de déchets engraissent les platebandes du campus !

Alexis Fortin et Louise Hénault-Éthier Photo : Marie-Claude Hamel
Alexis Fortin et Louise Hénault-Éthier Photo : Marie-Claude Hamel

Une fois par année, des dizaines de bénévoles inspectent allégrement les poubelles de l’Université Concordia. Vêtus de longues blouses plastifiées, de gants et de masques, ils trient les déchets en pas moins de 17 catégories – du plastique au marc de café en passant par le verre, le métal et les restes de fruits et de légumes.

Répugnant ? Au contraire ! « C’est une activité très populaire », assure un de ses organisateurs, Alexis Fortin, 26 ans. Car les participants savent qu’ils œuvrent pour une bonne cause.

Ces « vérifications de déchets », effectuées depuis cinq ans, fournissent de précieux renseignements à Louise Hénault-Éthier, coordonnatrice de l’environnement et du groupe R4 (repenser, réduire, réutiliser, recycler) à l’Université Concordia. Graphiques à l’appui, cette dynamique et souriante biologiste de 28 ans, titulaire d’une maîtrise en environnement, peut ainsi analyser méticuleusement les tendances.

C’est grâce à une « vérification » faite dans une des cafétérias du campus qu’elle a constaté que près de la moitié des résidus de cuisine prenait le chemin des dépotoirs. Ce scoop a incité Concordia à mettre sur pied un programme de compostage à grande échelle sur le campus, une première dans une université québécoise.

Lancé en 2005, le programme R4 Compost a permis de détourner l’an dernier 20 tonnes de déchets des lieux d’enfouis­sement – c’est quatre fois plus que l’année précédente. La chef de la « brigade verte » voit grand : elle prévoit doubler cet objectif cette année et vise à recueillir pas moins de 100 tonnes de compost en 2012.

Au coût actuel de l’enfouissement des déchets (150 dollars la tonne), l’Université épargnera environ 15 000 dollars. Une jolie somme, même si, insiste Louise Hénault-Éthier, l’argent ne devrait jamais être un facteur déterminant dans la décision d’établir un programme de compostage. « Le prix de l’enfouissement pourrait chuter et rendre le programme moins rentable. Devrait-on pour autant l’abandonner ? Bien sûr que non ! Notre but est avant tout d’assumer nos responsabilités en matière d’environnement. »

Compte tenu du poids des matières organiques et de l’éloignement des lieux d’enfouissement (situés à 65 km du campus), chaque tonne compostée à Concordia réduit de deux tonnes l’émission de gaz à effet de serre, calcule la biologiste. Le compost contribue aussi à embellir l’Université, puisqu’une partie de celui-ci sert à engraisser les platebandes du campus (les excédents sont acheminés à un agriculteur de la grande région métropolitaine).

Intriguées par l’initiative de Concordia, diverses entreprises et universités ont récemment frappé à la porte de Louise Hénault-Éthier pour connaître sa méthode. « On consacrait tellement de temps à répondre à ces demandes qu’on a décidé de produire un guide technique du compostage. » Si tout va comme prévu, son « bébé » devrait naître cet automne, en même temps que celui qu’elle portait fièrement dans son ventre lors de notre rencontre…