Les rois du monde virtuel

Frima Studio crée des univers imaginaires qui attirent des millions d’amateurs de jeux vidéo. Et empoche ainsi des profits plus que réels?!

Crédit-photo : Stéphane Najman

Depuis que Frima Studio, de Québec, a conçu le monde virtuel Build-A-Bearville pour un fabricant américain d’oursons en peluche, savez-vous combien d’enfants sur la planète se sont inscrits à ce site Internet en anglais ? Huit millions ! « Sa population virtuelle est plus grande que celle du Québec », souligne le président, Steve Couture, sourire en coin.

Dans Build-A-Bearville, les petits internautes créent un avatar à leur image, puis accèdent à un univers fantaisiste qui leur propose mille jeux et quêtes. À l’Halloween, ils vont aux champs cueillir des citrouilles avec leurs nounours ! Ils peuvent aussi discuter avec les autres enfants par un système sécurisé de phrases présélectionnées. L’accès au site est gratuit, mais les propriétaires d’une peluche du fabricant Build-A-Bear Workshop ont accès à plus d’activités. Ce qui a stimulé les ventes de cette entreprise de Saint Louis, au Missouri.

Voilà le genre de produits qui a assuré à Frima une place de choix dans le monde de l’animation pour enfants. Fondé à Québec en 2003, ce studio indépendant – deuxième en importance au Québec après A2M – compte des clients aussi prestigieux que Disney et Warner. Il emploie plus de 200 personnes, surtout des programmeurs, illustrateurs et concepteurs de jeux. Il réalise un chiffre d’affaires annuel frisant les 10 millions de dollars. Et avec une croissance de 4 870 %, pas étonnant qu’il se classe au 1er rang des Leaders de la croissance.

À 33 ans, Steve Couture affiche l’air fonceur des héros de ses jeux vidéo – taches de rousseur en sus. Lorsque cet informaticien de Québec, entrepreneur dans l’âme, s’est associé à l’animateur 3D Philippe Bégin et au bédéiste Christian Daigle – rencontrés lorsqu’ils travaillaient tous trois pour Sarbakan, aujourd’hui un concurrent -, le marché de l’animation stagnait au Québec. Sans hésiter, Steve Couture s’est rendu à Los Angeles pour présenter un concept aux patrons de Warner. « Avec mon anglais d’Old Orchard ! » dit-il en riant. Super Steve a vaincu les obstacles et gagné le magot : des contrats de jeux promotionnels pour le Web, dont l’un a souligné la sortie du film de Harry Potter en 2004.

L’entreprise crée des animations pour accompagner des succès de cinéma, tels que Happy Feet (Les petits pieds du bonheur) ou Cars (Les bagnoles). Elle exporte 88 % de son travail, surtout aux États-Unis. Mais elle produit aussi des histoires originales. Dans GalaXseeds, un « jeu multijoueur en ligne », les préadolescents accèdent à un univers écolo-rigolo où l’économie croît au rythme d’étranges plantes… En se mesurant à divers mini-jeux, les visiteurs gagnent des graines, qu’ils peuvent échanger contre des biens virtuels (par exemple, des meubles pour leur condo). Ils combattent les méchants « spaceticides », qui menacent leurs plantes, et clavardent avec les autres jeunes dans le site. De nouvelles petites épreuves et histoires sont régulièrement ajoutées au jeu, ce qui fait que les jeunes y reviennent.

Quand Frima a lancé ce jeu, il a profité des technologies qu’il avait déjà mises au point – et jalousement protégées. Le studio ne badine pas avec la propriété intellectuelle. À ses clients, il ne vend que des licences d’utilisation sans accès au code source. « On a négocié durement avec des plus gros que nous, précise Steve Couture. Ç’a financé notre recherche et développement. »

Contrairement à bien des PME du milieu, qui bouillonnent de créativité mais ont du mal à établir un budget, Frima a toujours soigné ses finances. « Le talent sans le sens des affaires, c’est un cheval sans bride », tranche le producteur exécutif, Pierre Moisan, 46 ans, embauché il y a trois ans à titre de gestionnaire aguerri. « On n’investit pas tout dans des succès présumés. On essaie de générer de la croissance tout en contrôlant le cash-flow. »

L’an dernier, Frima acquérait Humagade, spécialiste du jeu pour téléphones cellulaires et consoles portables, comme la DS, de Nintendo. Grâce à ses 45 créateurs, Frima peut désormais décliner ses animations sur plusieurs appareils. Vous voulez publiciser un monde virtuel ? Tirez-en un divertissement pour iPhone. Les clients adorent.

Dans ses bureaux du quartier Saint-Roch, Frima a installé un lieu de détente meublé de poufs rouges et de jeux. Les employés y vont rarement. Trop occupés. Reste qu’ils sont choyés par leur boîte, qui lutte avec des multinationales pour recruter. Accès gratuit à l’autobus, fruits frais chaque matin, massages au travail… Les employés, dont l’âge moyen est de 28 ans, gagnent des points de performance échangeables contre des services facilitant la vie (cuisine, plomberie, garde d’enfants, etc.). Ils peuvent même consacrer les vendredis après-midi à un travail personnel de création, si celui-ci est jugé prometteur. « On veut que les gens soient heureux », dit le président, devenu papa l’an dernier.

 Nommé PME de l’année aux Mercuriades 2008, Frima Studio continue à croître. Cet automne, il prévoit boucler la plus grosse réalisation de son histoire – un secret bien gardé. Il veut aussi ouvrir un studio en région. Et il envisage de s’associer à d’autres entreprises afin de concevoir des effets spéciaux pour le cinéma ! Comme dans un jeu vidéo, Steve Couture monte sans cesse de niveau. « On a un business crédible et des contacts, résume-t-il. On n’a pas fini de figurer dans des palmarès. »

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Frima studio

Domaine d’activité : jeux vidéo

Nombre d’employés : 205

Siège social : Québec

Chiffre d’affaires : 9,9 millions

Croissance 2003-2008 : 4 870 %

Et encore

Frima s’adresse aussi aux adultes. Témoin sa nouveauté, Big Brain Wolf. Dans ce conte moderne, les trois petits cochons sont des promoteurs immobiliers véreux qui embêtent un loup végétarien et asthmatique ! Ce jeu présente environ 15 heures d’épreuves cognitives conçues pour stimuler le cerveau. Créé avec Brain Center International (auteur du programme NeuroActive), il devrait être traduit en plusieurs langues, dont le français. À télécharger dans Internet pour 20 dollars.

 

 

 

 

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