Les tensions sont vives entre la Chine et le Japon

Entretien avec Laurent Desbois, président de Fjord Capital, une société de courtage de devises.

Laurent Desbois, président de Fjord Capital, une société de courtage de devises, revient d’une mission en Chine et au Japon, où il se rend une fois par année. Les tensions entre les deux pays sont à couper au couteau, dit-il. Une menace pour l’économie mondiale?

Comment qualifiez-vous l’état des relations entre la Chine et le Japon?

Les relations entre ces deux pays sont tendues depuis longtemps, mais elles semblent se détériorer encore plus depuis quelques années. D’ailleurs, quand les Chinois parlent des Japonais, leur ton de voix change! La haïne qu’ils éprouvent est viscérale. Ils n’ont jamais pardonné aux Japonais les sévices que ceux-ci ont fait subir à leur population lors de la Deuxième Guerre mondiale. Ils veulent des excuses officielles de la part du Japon.

Quels sont les enjeux d’aujourd’hui?

La question des Îles Senkaku est au coeur du litige. Cet archipel au large de la Chine contient d’importantes réserves d’hydrocarbure. (NDLR : Les Îles Senkaku sont passées sous contrôle japonais lors de la guerre sino-japonaise de 1895. Elles sont revendiquées par la Chine, qui soutient que le Japon aurait dû lui rendre après sa défaite contre les alliés en 1945.) Selon plusieurs experts, l’issue de ce conflit sera déterminante pour la stabilité de cette région dans les deux prochaines années. Certains avancent même que des actions militaires pourraient être entreprises.

Quelles seraient les conséquence sur l’économie mondiale si un conflit éclatait entre la Chine et le Japon?

Bien sûr, c’est toute la chaîne d’approvisionnement mondiale qui serait touchée, compte tenu que beaucoup de produits sont fabriqués dans ces deux pays. Mais nous n’en sommes pas là. La Chine et surtout le Japon ont intérêt à régler ce conflit de manière pacifique, car ce sont des partenaires commerciaux. La Chine est le premier marché d’exportation des entreprises japonaises. Le Japon a donc besoin de cet énorme marché pour se développer.

Ce qui se passe dans cette région du monde influence-t-il vos choix d’investissement en ce moment?

Pour l’instant, la rivalité Chine-Japon comme telle n’est pas à l’avant-plan, bien que tous les investisseurs la surveille de près au cas où cela dégénère en conflit militaire. Pour l’instant, c’est le ralentissement de la croissance chinoise qui retient notre attention. On voit déjà une forte dépréciation du dollar australien, en raison de la baisse du prix des matières premières.

Y a-t-il des impacts ressentis au Canada?

Le Canada réussi à se maintenir grâce à la demande en pétrole du Japon, où tous les nouveaux projets dans le nucléaire sont arrêtés depuis l’accident de la centrale de Fukushima. Leur facture de pétrole est de 60 milliards de dollars de plus qu’avant. Mais cela ne saurait durer car le Japon veut réactiver le nucléaire, même si la population est contre. Si c’est le cas, cela aura un impact important sur nos exportations de pétrole.

Les statistiques officielles sur la Chine sont peu fiables. Comment faites-vous pour obtenir de bonnes informations avant d’investir?

Je ne peux jamais me fier aux chiffres officiels. Quand on regarde, par exemple, la croissance du PIB en Chine, elle oscille toujours entre 7,5 et 8 %. Aucune énonomie n’est aussi stable! L’un des indices que nous utilisons pour avoir une meilleur idée de l’activité économique d’un pays est l’utilisation de l’énergie. Au plus fort de sa croissance, la Chine accaparait 40 % des ressources énergétiques mondiales alors qu’elle ne comptait que pour 10 % de l’économie. Quelque chose ne fonctionne pas là-dedans! On peut aussi déduire la véritable taille des exportations et importations en regardant les statistiques des autres soays. La Banque mondiale ou le Fonds monétaire international font aussi des études qui peuvent nous aider.

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