Les villes changent d’ère

Le design urbain ne sert pas qu’à faire joli. C’est aussi un puissant levier économique, soutiennent de nombreux architectes. Certaines grandes villes y croient. Parmi les récentes converties : Montréal.

Le complexe Linkend Hybrid, de Pékin Photo : Iwan Baan
Le complexe Linkend Hybrid, de Pékin Photo : Iwan Baan

La poubelle au coin de la rue, simple récipient à déchets ? Ce concept est dépassé ! Aujourd’hui, c’est un objet d’art… urbain. Du support à vélos à l’abribus en passant par le petit coin de verdure sympa entre les immeubles, la tendance est aux espaces publics aménagés non seulement pour être fonctionnels, mais aussi pour qu’on s’y sente bien.

De plus en plus, les grandes métropoles rivalisent pour se démarquer à l’échelle internationale. Et le design urbain agit comme un levier de développement économique et culturel, en plus d’être l’expression concrète de l’identité d’une ville.

Toronto l’a compris et a rajeuni ses infrastructures avec des concepts signés par des « starchitectes », comme le Britannique Will Aslop (Sharp Center for Design) et l’Américain Daniel Libeskind (Musée royal de l’Ontario). La Ville a aussi revu entièrement son mobilier urbain : abribus, colonnes publicitaires, bancs publics et distributeurs de journaux présentent une allure moderne et homogène.

En l’honneur de son 400e anniversaire, Québec a aussi vu son paysage urbain se transformer. La Ville a notamment rapproché la nature des citadins en réaménageant la baie de Beauport, les berges de la rivière Saint-Charles et la promenade Samuel-De Champlain, ce qui a redonné vie aux abords du fleuve Saint-Laurent. Ces réalisations ont fait le bonheur des Québécois, en plus de recevoir les éloges de nombreux organes de presse spécialisés.

Au pouvoir de 1989 à 2005, Jean-Paul L’Allier a fait preuve de vision et de ténacité, ce qui a mené à la renaissance du centre-ville de Québec et à la relance de ses anciens quartiers, dont Saint-Roch. Le maire actuel, Régis Labeaume, semble décidé à poursuivre dans cette voie : il a récemment annoncé la tenue d’un concours de design, invitant les créateurs à repenser les places publiques et le mobilier urbain du quartier Saint-Roch, pour rendre celui-ci plus attrayant. Il espère ainsi inciter les travailleurs du secteur – majoritairement des jeunes, spécialisés dans les nouvelles technologies – à y habiter.

Montréal, qui était à la traîne, se lance à son tour dans des chantiers qui pourraient bien changer le paysage urbain.

La Ville espère, par la réalisation de son Quartier international, situé entre le Vieux-Montréal et le Centre des affaires, attirer une clientèle commerciale internationale. Avec le réaménagement de l’autoroute Ville-Marie et la création d’espaces verts prévus dans le projet « Havre de Montréal », elle souhaite inciter les résidants à profiter du fleuve. Avec « Montréal Technopole », qui regroupe notamment le projet de construction du CHUM, la municipalité veut devenir un centre de la santé reconnu. Il y aussi le Complexe environnemental de Saint-Michel, qui a comme objectif à long terme de transformer un centre d’enfouissement de déchets en un immense parc. Sans oublier le réseau de vélos libre-service Bixi – l’une des grandes innovations de 2008, selon le magazine Time -, qui a été lancé au printemps.

Montréal mise par ailleurs sur le Quartier des spectacles pour s’affirmer comme « métropole culturelle ». Les quatre grandes places publiques du Quartier, en plein centre-ville, seront propices aux rassemblements d’envergure. D’immenses lampadaires voûtés, de six étages de haut, envelopperont les passants d’une douce lumière. Ces espaces favoriseront le développement urbain du quartier, qui accueillera entre autres la Maison du Jazz et la nouvelle salle de l’Orchestre symphonique de Montréal.

Certains, comme Gilbert Rozon, fondateur du festival Juste pour rire, prétendent que Montréal manque d’initiatives audacieuses qui pourraient retenir l’attention du monde. Ils citent le plus souvent l’exemple du musée Guggenheim, à Bilbao, conçu par Frank Gehry. C’est vrai que cet édifice spectaculaire aux formes incurvées, recouvert de titane, a apporté à la ville espagnole une notoriété mondiale et attire chaque année plus d’un million de visiteurs. Mais Phyllis Lambert, directrice du Centre canadien d’architecture, croit que les villes ont davantage besoin d’ouvrages structurants ancrés dans le contexte social. « Avoir de l’audace, dit-elle, c’est comprendre d’où l’on vient et ce qu’on est. Bilbao était une ville industrielle qui n’avait rien ; ce n’est pas le cas de Montréal. Ce dont nous avons surtout besoin, c’est d’un design urbain qui a à cœur l’amélioration de la qualité de vie des résidants.  »