L’essence pour les nuls

Qui est responsable de la flambée des prix du pétrole ? Qui en profite le plus ? Je pose à nouveau ces deux questions parce que je constate une incompréhension totale du public sur ce qui se passe actuellement. Voici donc le palmarès de ceux qui profitent le plus de la crise actuelle.

1. Les grands gagnants. Les États producteurs. L’EIA, l’agence américaine de statistiques sur l’énergie, évalue que les pays membres de l’OPEC dégageront des profits de 980 milliards de dollars en 2008 de l’exploitation pétrolière. Ce chiffre mirobolant ne tient pas compte de la Russie, deuxième exportateur mondial, qui n’est pas membre de l’OPEC. La crise du pétrole préside à un spectaculaire transfert de richesses entre les pays producteurs et les pays consommateurs.

2. Les pétrolières. En 2007, BP, Chevron, Conoco Phillips, Exxon Mobil et Shell ont totalisé des profits de 123,3 milliards de dollars. Elles profitent forcément de la poussée des prix car elles obtiennent plus d’argent pour le pétrole qu’elles extraient. Le chiffre n’est pas banal, mais une simple comparaison montre que ce n’est rien face aux pays producteurs. En effet, les profits rassemblés par les cinq pétrolières ne représentent que 63 % des profits accumulés l’an dernier par la seule Arabie Saoudite !

3. Les gouvernements. 39 % du prix de l’essence à Montréal (34 % ailleurs au Québec) s’explique par les taxes. Plus le prix augmente, plus les revenus sont élevés pour le gouvernement. En décembre 2007, le Québec accaparait 10 cents de plus par litre que le gouvernement ontarien. Québec a perçu l’an dernier 1,9 milliard de dollars en taxes sur l’essence.

4. Les raffineurs, ces incompris. Même chez les pétrolières intégrées, les raffineries achètent le pétrole au prix mondial. Toutes les raffineries paient donc actuellement au-delà de 120 dollars le baril. Mais nous avons tous constaté au cours des derniers mois que le prix de l’essence à la pompe n’avait pas augmenté dans la même proportion que les prix de la matière première. L’explication est simple : les raffineurs et les détaillants ont «mangé» leur marge pour limiter la hausse des prix.

Vous ne me croyez pas ? Prenons Valero, le plus important raffineur de pétrole aux États-Unis. C’est la maison mère d’Ultramar. Au premier trimestre de 2008, Valero a payé 10 milliards de dollars de plus pour son pétrole brut et n’a augmenté ses revenus que de 9 milliards de dollars. Résultat : des profits en baisse de 77 % !

5. Les détaillants, la misère. On leur tombe dessus, mais la bénéficiaire qu’ils retirent de la vente d’essence est minuscule. C’est autour de 6 % quand le marché est stable, probablement beaucoup moins ces jours-ci.

6. Quand je me compare… Nous payons cher pour l’essence et tout indique que nous n’avons encore rien vu compte tenu de la hausse de la demande mondiale. Si cela peut nous réjouir, nous payons notre essence presque deux fois moins cher que les Britanniques, que les Italiens, que les Allemands ou que les Français. C’est que même insatiables, nos gouvernements ne sont pas aussi gourmands que ceux des pays européens.

Par contre, ce sont les taxes – et uniquement les taxes – qui expliquent l’écart avec les prix américains.

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980 milliards de profits ou de revenus? Anyway on voit que c’est payant nationaliser le pétrole. Trudeau a fait une gaffe énorme en ne nationalisant pas tout ça. Le baril coute 20$ à pomper dans les sables bitumineux; c’est 100$ de profit que les pétrolières font sur chaque baril!

A 20$ le baril de 160 litres, le litre devrait être vendu 12,5 cennes au Canada, plus 10 cennes de raffinage, plus le transport et les taxes. Bref, 50 cennes le litre.

Si le pétrole continue à monter la voiture électrique va être bientot sur le marché. Et là, ca va être à notre tour de passer à la caisse! Les Américains font leur électricité à partir de centrales thermiques et nucléaires. Avec un Kyoto 2, ils vont devoir faire « écolo », acheter de l’électricité « recyclabe » comme la nôtre. Bref, plus question de privatiser Hydro-Québec. Dans moins d’une génération, Hydro-Québec va devenir une machine à imprimer de l’argent.

Le litre est à 98 cents au Maine et 1,39$ à Québec. L’écart des taxes n’est quand même pas de 41 cents????

Excellent billet !

@ jacques noel :

Si l’expérience de trudeau a prouvé une chose c’est que nationaliser c’est pas payant. Sa nationalisation a mis l’Alberta sur la paille.

De plus, le pétrole est une compétence provinciale, comme l’électricité. Ottawa ne peut pas nationaliser le pétrole albertain tout comme Ottawa ne peut pas nationaliser l’électricité québécoise.

Ceux qui sont pour la nationalisation du pétrole seraient les premier à chialer si le Fédéral nationalisait Hydro-Québec

Trudeau n’a pas nationalisé.

Au contraire il a centralisé le pouvoir des provinces à Ottawa, mais il n’a rien nationalisé, comme il aurait dû sur quelques points.

Trudeau avait créé Petro-Canada. C’était un début. Il aurait pu tout nationaliser. Les puits, les raffineries, les stations d’essence. Toute l’industrie. Comme le Mexique. Comme le Vénézuela. Comme l’Iran. Comme dit M. Duhamel, et comme j’ai dit il y a quelques semaines, on assiste à un transfert spectaculaire de richesse des pays riches vers certains pays « pauvres ».
Le Canada aurait pu être de la fête. A la place, on en tire rien. Ce sont les cies et l’Alberta qui ramassent le fric.
Pire, on paie puisque la montée de la piasse est néfaste pour nos manufactures.

Rien à voir avec l’électricité au Québec. Pour avoir de l’électricité faut construire à gros prix des barrages.
Pour le pétrole on n’a qu’à le pomper. L’investissement est minime par rapport aux barrages

Si les grands gagnants sont les pays producteurs, comme le Canada, on devrait être contents, non ?
Les autres sont tous gagnants, même les détaillants…

C’est l’âge sûrement, encore une fois, qui me donne une perspective bien différente de celle de Monsieur Gagnon quant au PEN. Je vivais en Alberta depuis le milieu des années ’70 quand les Libéraux on repris le pouvoir et instauré le PEN dans leur premier budget. Le but du PEN était d’assurer la sécurité énergétique. Pour des raisons purement politiques, l’OPEP avait déclaré en 1973 un embargo sur les exportations de pétrole vers les pays qui soutenaient Israël (guerre du Yom Kippour). S’ensuivirent la stagflation : l’inflation ‘galopante’, des taux de chômages supérieurs à 10 %, une hausse vertigineuse des taux d’intérêts et de l’endettement public au Canada et ailleurs.

Après l’instauration du PEN, tous les pays industrialisés ont connu une sévère récession, la pire depuis la grande dépression des années trente. Monsieur Gagnon voudra sûrement blâmer Pierre Trudeau d’avoir créer tous les problèmes de la planète, mais ceci ne serait qu’une opinion politique, et c’est son droit de l’exposer. Mais on doit tenir compte du fait qu’après s’être vendu 35 $ le baril en 1979, la chute du prix MONDIAL du pétrole, sous les 10 $ en 1987, a eu un impact majeur sur l’économie albertaine et celle des autres pays producteurs. On pourrait même dire que ceux qui s’en sont le mieux tirés avaient un contrôle de l’état bien plus serré qu’avait le Canada avec le PEN sur le secteur pétrolier. La Norvège, par exemple, avait un contrôle total sur Statoil jusqu’à tout récemment.

Vous avez présenté une excellente mise en perspective historique, mme King.

Ce qui prouve que des stats sans mise en contexte peuvent signifier très souvent une chose et son contraire.

Vous avez raison la mémoire de l’âge nous évite des recherches laborieuses.

Mme King vous me rafraîchissez la mémoire. Maintenant je me souviens très bien que les sables bitumineux ne valaient plus rien étant trop cher d’y extraire le pétrole. L’extraction valait le prix du pétrole il me semble. Comment oublier après avoir payé 21-7/8% d’intérêts et subi un taux d’inflation aux environ de 12%.

Il me semble aussi que le mouvement séparatiste de l’Ouest est mort suite à ces évènements.

Pouvez-vous confirmer ou infirmer Mme King?

Nationaliser n’est pas la seule solution. Ce qui est important est d’avoir le contrôle peu importe le moyen.

Pétro Canada était un bon moyen, même à 52% des actions, mais il n’a jamais servi. De plus le fédéral l’a vendu pour un plat de lentilles comparé à ce qu’elle rapporte aujourd’hui.

Je félicite M. Duhamel pour mettre antagoniste.net sur son blogroll. Des faits importants y sont souvent révélés ou mis en contexte.

Le bon doc est en campagne de recrutement pour son expert protégé qui se fait discret par ces temps.

Avez-vous remarqué dernièrement tous les commentaires sur l’Actualité attaquants les gens qui ont des écrits solides et bien étoffés?

@ jacques noel:

Amusant…

Comme exemple de nationalisation tu parles du Mexique, Vénézuela, l’Iran…

Étrangement moi je ne vois pas dans ces 3 pays des modèles économiques à imiter.

De plus, je te repose la question: es-tu en faveur d’une nationalisation par Ottawa d’Hydro-Québec ?

Petite anecdote, Monsieur Fleurent : en arrivant à Calgary nous avions dîné avec un agent d’immeuble, fier Albertain très antipathique au Canada qui s’était lancé dans une tirade sur les causes du mécontentement de l’Ouest envers le Canada central : le dust bowl des années trente était selon lui la cause principale de cette ‘aliénation’. C’était plusieurs années avant le PEN que l’on dit aujourd’hui être la source du mécontentement des Albertains. Mon opinion? On se sent très loin, très isolé du centre du pouvoir quand on vit en Alberta et c’est normal – c’est loin ! Il existe une culture ‘western’ très vivante : musicale, littéraire, visuelle et politique.

Un sondage en 2005 mesurait l’appui à l’indépendance dans les trente pourcent. Le sondage avait été payé par le Western Standard d’Ezra Levant, peu fiable selon moi.

Pourquoi ne pas parler de la spéculation boursière qui, selon certains, survalorise le prix du baril de 35%?

Votre opinion est probablement juste Mme King. Mon fils y est allé, il y a 4 ou 5 ans avec un groupe d’écoliers. Les jeunes Albertains s’informaient beaucoup sur eux et le Québec. C’était un autre pays pour eux. Il viens de finir ses études et passera l’été à Vancouver où réside mon beau frère.

Parlant de culture de l’Alberta j’ai une cousine dont le mari fait du rodéo professionnel. Il fait toujours le festival de Saint Tite et elle, en profite pour visiter sa famille.

Mme L B a raison jusqu’à un certain point de dire que l’Ouest n’existe pas pour l’Est.

Vous avez raison, Monsieur Lamy. Je doute que le prix du pétrole puisse se maintenir – c’est une ‘bulle’. Je crois qu’il chutera grandement d’ici à la fin de l’année. On parle de forte demande, mais il y a aussi une augmentation marquée de la production.

Je lisais qu’encore George Bush demande que l’OPEP augmente sa production – ce qu’ils peuvent faire et qu’ils feront sûrement.

J’ai beaucoup d’estime pour les opinions de Peter Hall et je crois qu’il vise juste.

http://www.canada.com/edmontonjournal/news/business/story.html?id=764ae97b-f11a-47b5-bafb-a5085247372a

PENSONS-Y…

Les prix de l’essence grimpent en flèche. Il ne reste que pour 41 ans d’approvisionnement en pétrole. Le climat se réchauffe.

Et si, l’été, tous les Montréalais suffisamment en forme prenaient l’habitude d’aller travailler en vélo? Ça ferait plus d’argent dans nos poches plutôt que dans celles des pétrolières, moins de pollution… Et en bonus, on serait pas mal plus en santé!

Bonne nouvelle : ce sera bientôt de plus en plus facile! Félicitons la Ville de Montréal, qui investit dans les pistes cyclables et deviendra bientôt la première ville en Amérique du Nord à offrir un service de vélos en libre-service!

Pour en savoir plus, encourager l’idée et vous bidonner, visitez le blogue
http://www.avelocitoyens.com

Allez voir, apporter vos idées… Plus on est de fous, mieux on vit!

À vélo citoyens!