Leurs produits font du chemin !

Le Québec vend des fenêtres qui résistent aux ouragans, des fauteuils de cinéma qui vibrent et des scènes de spectacle qui se déploient comme des robots Transformers… Le visage des exportateurs québécois a bien changé depuis le commerce de la fourrure !

Leurs produits font du chemin !
Photos : Mathieu Rivard

Le fabricant de fenêtres Gilles Morin (photo) n’oubliera jamais Andrew, l’ouragan qui a dévasté la Floride en 1992. Pour cet entrepreneur de Sainte-Agathe-des-Monts, la catastrophe avait été une bénédiction. « En feuilletant mon journal, j’avais vu la photo d’un immeuble dont la façade avait été complètement arrachée par le vent. Je m’étais dit : ces gens ont besoin de nous ! »

Deux jours plus tard, il mettait le cap sur Miami à bord d’un camion transportant quelques exemplaires de ses principaux modèles. Son but : convaincre les constructeurs floridiens que ses fenêtres étaient les plus résistantes. Il n’avait rien à perdre. Le Québec était en pleine récession, son carnet de commandes vide et son moral au plus bas. « Nous touchions le fond et j’étais prêt à tout pour nous en sortir », raconte-t-il.

C’est ainsi que l’aventure de l’exportation a commencé pour Fenêtres MQ, PME de 75 employés spécialisée dans la fabrication de fenêtres haut de gamme. Aujourd’hui, l’entreprise réalise plus des trois quarts de son chiffre d’affaires à l’étranger, aux États-Unis surtout, mais aussi en Europe, dans les Caraïbes et en Amérique du Sud. Céline Dion, Paul McCartney et même Madonna font partie de sa clientèle.

L’exportation est ainsi devenue une question de survie pour Fenêtres MQ, comme c’est le cas pour beaucoup d’autres entreprises québécoises. « Expor­ter n’est pas un choix, nous sommes condamnés à le faire ! » dit Yvan Miron, président fondateur de Stageline, une entreprise de L’Assomption qui fabrique des scènes mobiles pour les spectacles en plein air.

Cet homme de 62 ans se souvient de ses débuts, alors qu’il trimait dur pour vendre ses scènes aux organisateurs des grandes manifestations du Québec, du Festival du bleuet de Mistassini au Festival international de jazz de Montréal. « Chaque dollar était réinvesti dans l’entre­prise. Pour pouvoir faire des profits et continuer à croître, il fallait sortir de la province », dit-il.

Certaines entreprises n’existeraient tout simplement pas si elles ne vendaient pas leurs produits hors du Québec. C’est le cas de Beyond the Rack, jeune entreprise fondée en 2008 qui vend des vêtements et accessoires de luxe en ligne.

« Si 95 % de nos employés sont à Mont­réal, 95 % de nos revenus proviennent de l’étranger », dit Yona Shtern, 48 ans, président et cofondateur de l’entreprise. Ses clients sont des fabricants de grandes marques qui veulent écouler leurs excédents de stock. Pour eux, le marché québécois, avec ses 7 millions de consommateurs, pèse bien peu dans la balance par rapport aux 300 millions de consommateurs américains.

« Dans le monde des affaires, il y a un slogan qui dit : « Innover ou mourir ». On pourrait ajouter : « Exporter ou disparaître » », explique Simon Prévost, président de Manufacturiers et Exportateurs du Québec, association qui représente les entreprises exportatrices québécoises.

Jusqu’au tournant des années 2000, le Québec s’est bien débrouillé. L’entrée en vigueur de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), en 1994, a propulsé ses exportations à des sommets. Pendant les 10 années qui ont suivi, les ventes de produits québécois à l’étranger ont augmenté de 22,5 milliards de dollars, pour atteindre près de 71 milliards en 2005.

« C’est l’argent des autres qu’on ramène ici, c’est de la richesse dans nos poches ! » dit Simon Prévost. Cet économiste se bat pour aider les entreprises québécoises à être plus concurrentielles, car c’est l’avenir de la province qui en dépend. Selon une étude de l’Institut de la statistique du Québec, chaque million de dollars de produits exportés permet de créer 7,6 emplois.

Depuis 2004, toutefois, notre balance commerciale est déficitaire, c’est-à-dire que nous importons plus que nous n’expor­tons. La valeur du dollar canadien, qui n’a cessé d’augmenter par rapport au dollar américain depuis 2003, explique ce recul. En effet, ce qui est une bonne nouvelle pour les Québécois qui passent l’hiver en Floride s’avère une catastrophe pour les exportateurs. « Cela fait augmenter le prix de nos produits pour les clients américains. Nos entreprises deviennent moins compétitives que les entreprises américaines dans leur marché », explique Simon Prévost.

En d’autres termes, exporter avec un dollar faible, c’était comme jouer avec un avantage numérique au hockey. Le dollar faible nous permettait de marquer des buts. Le nouveau défi des exportateurs québécois consiste à être meilleurs à cinq contre cinq qu’ils ne l’étaient à cinq contre quatre.

Pour y arriver, ils devront faire jouer leur meilleur trio : améliorer leur productivité, se doter des technologies les plus avancées et bien former leurs employés.

À cet égard, les statistiques sont encourageantes. Certes, nous importons plus de biens que nous n’en exportons, mais nous n’importons pas que du vin français ! Depuis 2010, l’Institut de la statistique du Québec note une légère remontée de nos achats de machinerie et d’équipement. Les entrepreneurs tirent profit de la vigueur du dollar pour investir dans des technologies qui leur permettront d’exporter davantage.

Chez Fenêtres MQ, c’est déjà commencé. Le bois d’acajou qui compose ses cadres de fenêtre vient d’Afrique, sa chaîne d’assemblage est allemande et le robot qui applique la peinture, italien. « Il faut exporter, mais aussi être international », dit Simon Prévost.

« Les entreprises les plus branchées sur le monde sont les plus innovatrices à la maison », observe Louis Hébert, professeur de management à HEC Montréal. Selon lui, les exportateurs québécois ne peuvent plus se contenter de fabriquer un produit « ordinaire » en misant, comme autrefois, sur le fait qu’ils peuvent le vendre moins cher aux Américains. « L’idée est d’arriver premiers sur le marché avec une technologie tellement originale qu’elle change les normes d’une industrie », dit-il.

C’est ce qui s’est passé avec Stageline. Si on avait dit à Yvan Miron qu’il allait un jour envoyer ses scènes mobiles par avion-cargo jusqu’en Afrique, il ne l’aurait pas cru.

En inventant une scène qui se déploie grâce à un système hydraulique fixé à même un camion-remorque, cet ancien producteur – dans les années 1970 déjà, il « bookait » Beau Dommage dans des cafés en échange d’une pizza ! – venait de trouver une façon de réduire considérablement les coûts de production des spectacles. Dorénavant, il n’est plus nécessaire d’embaucher des dizaines d’ouvriers pendant trois jours pour monter des échafaudages. Stageline a permis à toute une industrie de passer de la charrette… à l’automobile.

Dans son bureau du parc industriel de Longueuil, Claude Mc Master partage le même rêve. Cet ingénieur dirige D-Box, une entreprise qui conçoit des fauteuils pour salles de cinéma qui bougent et vibrent en fonction de l’action qui se déroule à l’écran. Il est convaincu que son produit va révolutionner l’industrie dans les prochaines années, au même titre que l’avènement du cinéma parlant l’avait fait en 1927 !

 

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Claude McMaster, de D-Box, conçoit des fauteuils de salles de
cinéma qui bougent en fonction de l’action à l’écran. « Pour
s’améliorer, il faut se mesurer aux acteurs de classe mondiale. »

 

À ce jour, les fauteuils de D-Box se retrouvent dans 66 salles, surtout aux États-Unis, à raison de 20 à 30 par salle. Il veut équiper un minimum de 1 000 salles de plus d’ici les cinq prochaines années. Le potentiel est là. Selon Dodona Research, entreprise de recherche spécialisée dans l’industrie du cinéma, il y a 140 000 salles de cinéma dans le monde. D-Box ne sera pas la seule, cependant, à vouloir faire bouger les cinéphiles.

Mais la concurrence n’effraie pas Claude Mc Master. « Si tu prétends que ta technologie est de classe mondiale, tu dois te mesurer aux acteurs de classe mondiale. C’est la seule façon de t’améliorer », dit le dirigeant, qui ne manque pas d’aplomb. À D-Box, une dizaine d’ingénieurs travaillent à temps plein à améliorer le produit.

Voilà ce qui fait vibrer les exportateurs du Québec. « Tous les deux ou trois ans, nous voyons apparaître des entreprises qui tentent de faire la même chose que nous, dit Gilles Morin, de Fenêtres MQ. Nous n’avons pas d’autre choix que de continuer d’innover. »

 

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