Libre-échange : les gaffes à éviter pour les Québécois

Vingt-huit pays, 24 langues officielles, des dizaines de langues régionales, des codes et des tabous… Le marché européen est alléchant, avec ses 500 millions de personnes, mais pas sans défis. Les Québécois devront éviter des faux pas qui, en affaires, ne pardonnent guère !

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Illustration : Gary Waters

D’un pays à l’autre, l’étiquette varie considérablement pour une chose aussi simple qu’un rendez-vous. Dans les pays nordiques ou en Allemagne, l’entrepreneur québécois ne doit pas espérer obtenir un rendez-vous à moins de trois semaines d’avis. Et, au nom de la conciliation travail-famille, il est impoli de demander une rencontre en dehors des heures d’ouverture.

« Et si on doit annuler un rendez-vous, il faut une très bonne raison », dit Marie-Andrée Bernard, conseillère économique à la Délégation du Québec à Munich. En Allemagne, on passe beaucoup de temps à préparer des rencontres d’affaires.

Au Royaume-Uni, la culture d’affaires est très semblable à celle du Québec. Mais attention : les Britanniques sont beaucoup moins directs que les Américains. Ils n’aiment pas dire non. « Les Britanniques ont toutes sortes de périphrases, dit Stéphane Paquet, délégué général du Québec à Londres. Quand ils disent I hear you (je vous entends), cela signifie qu’ils ne veulent pas en parler davantage. Quant à Oh, lovely ! (charmant), cela peut aussi bien exprimer l’enthousiasme qu’un manque d’intérêt total. Tout est dans le ton. »

En France, on dira plus volontiers non que oui, mais non ne signifie pas toujours non. La culture d’affaires y est radicalement différente de celle du Québec, la société beaucoup plus codée. On aime traiter avec des gens qu’on connaît, si bien qu’on passe du temps à faire connaissance. Et on ne parle d’argent qu’entre le fromage et le dessert.

Parler la même langue n’exclut pas les malentendus. « J’ai déjà vu un contrat de trois millions d’euros presque échouer à cause d’un mot banal », dit Jean-Luc Alimondo, qui a dirigé le bureau de la Banque Nationale, avenue des Champs-Élysées, pendant 43 ans. Ce mot ? Traite bancaire, qui désigne un chèque certifié au Québec, mais un paiement différé en France.

« Les Français, qui s’attendaient à être payés au moment de la signature du contrat, ont compris que les Québécois voulaient les payer plus tard. Ils ont quitté la salle », raconte Jean-Luc Alimondo, qui a sauvé l’affaire in extremis. « Ils en ont ri après, en prenant une bière, mais ça a bien failli capoter », dit l’ancien banquier, qui a fondé le Cercle des dirigeants d’entreprises franco-québécois, en 2008, pour susciter des échanges et prévenir ce genre d’embarras.

Éric Duflos, attaché aux affaires économiques à la Délégation générale du Québec à Paris, a de son côté créé une formation pour les délégations québécoises participant à des salons français. Il constate que les Québécois devraient davantage soigner leur documentation. « Et au moment de la présentation en personne, il faut constamment répéter qu’on va s’adapter à leurs pratiques, dit-il. En France, on gère des mètres carrés, pas des pieds carrés. Les champs de date dans les logiciels sont différents. Les Français le savent, ils savent que vous le savez, mais ils veulent vous entendre dire que vous ferez les adaptations nécessaires. »

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