Libre-échange : vu d’Europe…

L’Accord reçoit au mieux quelques applaudissements. Mais il ne suscite guère l’enthousiasme.

Photo : Getty Images
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Jens Urban est impatient de voir l’Accord économique et commercial global (AECG) devenir une réalité. Directeur du développement chez le fabricant bavarois MAHA Maschinenbau Haldenwang, l’homme de 43 ans vend au Canada des ponts élévateurs et des bancs de mesure de précision. Ses clients : des garages et de grands ateliers de mécanique.

Ses produits sont exemptés de droits de douane depuis 2009, mais d’autres barrières demeurent. Dont la certification obligatoire de l’Association canadienne de normalisation — entre 10 000 et 50 000 dollars pour toute nouvelle machine introduite sur le marché canadien.

« J’ai hâte que la certification allemande soit reconnue au Canada, dit Jens Urban. Des employés y viennent trois, quatre fois pour démontrer que les normes allemandes valent les normes canadiennes. C’est une redondance inutile. »

En Europe, l’Accord suscite bien quelques applaudissements, mais difficile de trouver des entreprises où il soulève l’enthousiasme, note André Bégin, avocat au cabinet Lette & Associés, qui compte des bureaux à Montréal, Paris, Munich et Genève. « Les chiffres du commerce entre le Canada et l’Union européenne se valent, mais le Canada demeure un plus petit partenaire pour les Européens que l’inverse. »

André Clémence, président d’Euro-Excellence (filiale du groupe Lagardère Services qui distribue 50 marques de produits alimentaires), demeure réservé lui aussi. « J’en ai vu de toutes les couleurs depuis 30 ans. C’est gentil, l’élimination des barrières tarifaires, mais qu’en sera-t-il des barrières sanitaires ? Je referai le plan d’affaires quand j’aurai vu le texte. »

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André Clémence, d’Euro-Excellence, importateur de produits alimentaires d’Europe. – Photo : Droits réservés

Le gouvernement québécois et les ambassades canadiennes prévoient, dès que le texte sera publié,  informer les sociétés européennes sur les avantages à tirer de l’entente. « J’espère qu’ils n’oublieront pas de “vendre” l’Accord aux entreprises des autres pays », dit André Bégin. L’avocat rappelle qu’une société africaine, asiatique ou latino-américaine qui s’installera au Canada aura accès aux avantages de l’AECG comme toute entreprise canadienne, de même qu’à ceux de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). « Ces avantages ouvrent des perspectives très intéressantes. »

Au début des négociations, en 2009, les Européens se frottaient les mains surtout à l’idée de voir s’ouvrir les marchés publics des provinces canadiennes. Leur enthousiasme s’est refroidi : la santé, l’éducation et les services sociaux sont soustraits de l’entente !

Et ils savent bien que les grandes sociétés canadiennes voudront se défendre contre la concurrence extérieure.

« L’AECG n’interdira pas aux gouvernements d’imposer des normes pour les retombées locales ou l’assemblage local, mais les balises seront claires », dit Pierre Pyun, vice-président aux affaires gouvernementales du groupe Bombardier.

Les Européens qui voudront obtenir des contrats publics auront toujours besoin de connaître la culture, les normes, les exigences techniques. Ils devront donc créer des partenariats, embaucher des Canadiens… « C’est la réalité des affaires dans les marchés publics, souligne Pierre Pyun. L’AECG n’y changera rien. »

Christophe Villemer, de Savoir-faire Linux, consultant dans le domaine du logiciel libre, est enthousiaste à l’idée de voir débarquer des sociétés françaises. « Le Québec informatique est dominé par de grands groupes. L’arrivée des Européens sera une occasion de brasser les cartes. Et ils auront besoin de s’appuyer sur des sociétés locales. »

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