L’impasse américaine de Jean Coutu

Il y a plusieurs années, le Groupe Jean Coutu prenait le pari de s’implanter aux États-Unis. L’aventure a connu plusieurs revirements, mais elle ne cesse de hanter les dirigeants et les actionnaires de l’entreprise.

Le Groupe Jean Coutu a dévoilé hier une perte de 269 millions de dollars au troisième trimestre de son exercice financier. Tout cela parce que Rite Aid, la chaîne américaine dont il est le principal actionnaire, a perdu 1 milliard de dollars au dernier trimestre de son année financière. Rite Aid, en pleine restructuration, subit le choc du ralentissement économique et de la forte concurrence des leaders du marché, Walgreen, CVS et Wal-Mart.

Mais si ce n’était que ça. Obnubilés par ses difficultés sur le marché américain, les dirigeants de Jean Coutu auraient-ils négligé le marché canadien ? Pendant que Jean Coutu essaimait dans le Nord-est des États-Unis, Shoppers Drug Mart/Pharmaprix, son grand concurrent canadien, s’implantait dans toutes les régions du pays, y compris au Québec.

Résultat : les ventes au détail de Jean Coutu au Canada n’ont augmenté que de 5 % au dernier trimestre, contre 10 % pour Shoppers. La chaîne ontarienne engrange des profits nets de 100 millions de dollars au dernier trimestre, c’est environ deux fois plus que Jean Coutu au Canada.

Avec ses 300 millions d‘habitants, le marché américain apparaît irrésistible. Malheureusement, c’est aussi un marché complexe où la concurrence est impitoyable. Rares sont les détaillants étrangers qui y connaissent du succès. En mettant toutes ses billes sur le marché canadien, Shoppers a fait un choix conservateur, mais qui s’avère payant.

Dans une présentation aux analystes financiers hier, les dirigeants de la Banque Royale faisaient remarquer que les ménages canadiens étaient beaucoup moins endettés que les ménages américains, qu’il y avait au Canada proportionnellement 2,5 fois moins de faillites individuelles qu’aux États-Unis et que l’endettement par cartes de crédit y est quatre fois moins important.

Voilà pourquoi sans doute on prévoit que les consommateurs canadiens devraient augmenter leurs dépenses de 4,3 % cette année, comparativement à 1,6 % pour les consommateurs américains. Certes le Canada est petit, mais ses 33 millions d’habitants peuvent rapporter gros.

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