L’impératif du 19 avril : un budget fédéral expansionniste

La ministre des Finances du Canada, Chrystia Freeland, doit s’assurer que son budget 2021, qui sera déposé le 19 avril, appuie sans hésitation le retour de l’économie au plein emploi, explique notre chroniqueur.

Photo : Daphné Caron

À Ottawa comme à Québec, les gouvernements veulent sortir l’économie de la récession engendrée par la crise sanitaire et la faire fonctionner de nouveau à son plein potentiel le plus vite possible. Objectif : rabaisser le taux de chômage à 5 %. Voici mon analyse des grands enjeux dont le gouvernement fédéral doit tenir compte.

L’impératif économique

Le soutien du budget fédéral à la reprise est indispensable, parce que la Banque du Canada ne peut rien faire de plus pour relancer l’activité économique. Autrefois, il lui suffisait de réduire les taux d’intérêt pour fouetter la dépense des ménages et des entreprises. L’activité économique repartait alors en grande. Malheureusement, la chute mondiale des taux d’intérêt a supprimé cette marge de manœuvre. Ceux-ci étant déjà au plancher, la Banque ne peut les faire descendre plus bas. Puisque l’institution financière a ainsi perdu sa puissance de tir, le fardeau de la relance repose maintenant presque entièrement sur les épaules des autorités budgétaires.

La reprise économique pourrait se dérouler mieux qu’on ne l’imagine. Les ménages ont accumulé plein d’argent à dépenser ; la construction va bien ; les entreprises et les gouvernements peuvent investir dans de l’équipement et des infrastructures à des taux d’intérêt microscopiques ; l’expansion économique américaine devrait stimuler nos exportations. Chrystia Freeland doit cependant rester sur ses gardes et s’assurer que son budget 2021 appuie sans hésitation le retour de l’économie au plein emploi.

L’impératif politique

Comme elle l’a bien souligné dans son énoncé de novembre dernier, Chrystia Freeland est parfaitement consciente de cet impératif économique. Mais il y a aussi un impératif politique. Sans l’appui du Nouveau Parti démocratique aux orientations générales du budget et aux mesures particulières qui seront proposées pour les impôts et les dépenses, le gouvernement fédéral risque une défaite en Chambre. Le budget devra en même temps sourire à l’ensemble des électeurs canadiens, qui seront sans doute appelés aux urnes dans quelques mois.

Dans un tel contexte économique et politique, il ne faut pas s’attendre à ce que la ministre Freeland fasse plonger le Canada dans une période d’austérité budgétaire.

C’est tant mieux pour nous. Mais cela soulève néanmoins la réticence de certains milieux conservateurs. Ils savent bien que l’énorme déficit fédéral de 400 milliards de dollars réalisé en 2020 pour soutenir les sinistrés de la COVID-19 ne sera pas répété une fois la pandémie vaincue. Mais ils craignent qu’une remontée majeure des taux d’intérêt ne fasse exploser les frais d’intérêts sur la dette publique accumulée et ne déstabilise les finances fédérales.

Y a-t-il danger que les frais d’intérêts sur la dette explosent ?

J’ai démontré dans mon billet du 17 décembre dernier que la crainte d’une explosion des frais d’intérêts était nettement exagérée. Une remontée des taux d’intérêt est bien sûr anticipée, mais elle sera en toute probabilité modeste, comme s’y attendent d’ailleurs les chercheurs, les banques centrales et les opérateurs financiers. Les finances fédérales resteront tout à fait soutenables si le gouvernement revient à la pratique popularisée par le ministre des Finances Bill Morneau, qui consiste simplement à limiter les déficits budgétaires de manière à ce que la dette n’augmente pas plus vite que le PIB. L’énoncé économique de novembre dernier montre que Chrystia Freeland a bien l’intention, dans les années à venir, de se conformer à cette pratique de son prédécesseur.

Y a-t-il danger de perdre la maîtrise de l’inflation ?

Les milieux conservateurs craignent aussi que le soutien à la reprise accordé par le budget fédéral amène rapidement l’économie en surchauffe et entraîne une hausse du taux d’inflation que la Banque du Canada serait obligée de contenir en imposant une augmentation des taux d’intérêt, dans le but de refroidir les ardeurs de la dépense des ménages et des entreprises.

Il est possible que la reprise pousse à la hausse les prix de certains biens, comme les fruits et légumes, les combustibles, le bois ou les métaux. L’histoire des 25 dernières années abonde en épisodes de cette nature, mais ceux-ci se sont toujours avérés passagers. Une fois ces sauts temporaires passés, les choses reviennent à la normale et le taux d’inflation moyen de l’ensemble des prix se rétablit autour de la cible de 2 % visée par nos banques centrales.

Il ne faut pas non plus s’inquiéter d’une spirale explosive des prix et des salaires, comme cela se voyait dans les années 1970. L’accélération des prix causait une accélération des salaires qui, à son tour, ajoutait à l’accélération des prix, et ainsi de suite. Ce jeu du chat qui courait après sa queue est disparu depuis 30 ans. L’inflation ne réagit plus que faiblement à la baisse du taux de chômage, tant que ce dernier ne descend pas sous les 4 ou 5 %.

Le risque d’une remontée majeure de l’inflation à la suite de budgets fédéraux qui appuieront solidement la reprise économique au Canada et aux États-Unis n’apparaît donc guère inquiétant. Les dirigeants du Fonds monétaire international (Gita Gopinath), de la banque centrale américaine (Jerome Powell) et de la Banque du Canada (Tiff Macklem), tous des cerbères attitrés de l’inflation, font preuve à cet égard d’un optimisme unanime. Il vaut ainsi mieux pour la ministre Freeland présenter un budget expansionniste qui ramènera le taux de chômage à 4 % ou 5 %. Le risque d’inflation n’est pas nul, mais il est faible et il est surveillé par la Banque du Canada, tandis que le risque de freiner la redescente du chômage si le budget fédéral était prématurément restrictif est élevé.

Espérons que la ministre va choisir le moindre de ces deux risques.

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Ce qui reste incertain, c’est le coût réel de la vie qui repose sur diverses variables. Tout dépendamment de la situation vécue par chacun, il y a toujours des factures qui ne reflètent pas le calcul du taux d’inflation moyen. Ces augmentations supérieures ne sont pas automatiquement compensées par des baisses équivalentes sur d’autres services et produits. Quoiqu’il en soit même une augmentation transitoire, affecte inexorablement le quotidien.

À ces déséquilibres s’ajoute la croissance du revenu per capita. Lorsque le revenu est supérieur à l’inflation, il y a un certain équilibrage qui s’effectue. Si ce n’est que tous les Canadiens ne peuvent prétendre que ceci corresponde à leur situation.

Un autre aspect pervers est directement relié aux revenus les plus faibles, puisque cela contraint les gens à devoir procéder à des arbitrages constamment pour survivre. C’est ce genre de distorsions qui plaideraient en faveur d’un revenu universel garanti. Une chose qui selon ses chroniques déplait foncièrement à monsieur Pierre Fortin.

En sorte qu’il vaudrait mieux se contenter d’un taux de chômage bas avec des gens qui travaillent pour une poignée de fèves (qui ne permet pas de couvrir l’ensemble des besoins de base), qu’une redistribution plus adéquate du revenu généré par l’ensemble des activités humaines, sans augmentation du chômage pour autant.

Il est certain que le prochain budget sera déficitaire. La réponse au montant du déficit sera connue bientôt. Lorsque ce qui selon moi serait révolutionnaire, c’est un déficit qui contribue à assurer effectivement tous les Canadiens d’un revenu décent.

Il ne fait pas de doute qu’un tel équilibre sécuriserait bon nombre de citoyens, soutiendrait la création d’emplois, aurait un impact positifs sur le taux d’inflation, rendrait l’accès au crédit plus facile ce qui par le fait même aurait un impact généreusement positif sur une consommation de qualité. Les gens qui en ont besoin pourraient retourner aux études, augmenter leur valeur sur le marché de l’emploi en suivant une formation professionnelle notamment.

À long terme c’est la courbe de la productivité et l’accroissement progressif de la richesse qui prendrait du mieux pour finalement soutenir adéquatement l’ensemble des investissements.

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« L’inflation ne réagit plus que faiblement à la baisse du taux de chômage, tant que ce dernier ne descend pas sous les 4 ou 5 %. » (P. Fortin)

Avec cette déclaration, le « NAIRU » n’est pas loin et on s’approche davantage de la religion que de l’analyse économique sérieuse.

« Les finances fédérales resteront tout à fait soutenables si le gouvernement revient à la pratique popularisée par le ministre des Finances Bill Morneau, qui consiste simplement à limiter les déficits budgétaires de manière à ce que la dette n’augmente pas plus vite que le PIB. » (P.Fortin)

Pourquoi au fédéral un déficit où « la dette n’augmente pas plus vite que le PIB » est acceptable sans que Pierre Fortin ne rechigne sur le poids de la dette et la soutenabilité des finances publiques et à Québec, c’est l’obsession maladive du déficit zéro afin « d’assurer la soutenabilité des finances publiques » et « l’allégement de la dette » ? Cette double attitude est troublante quand on s’intéresse aux politiques économiques gouvernementales.

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