L’impossible épargne

Pour une 14e fois consécutive, la Banque du Canada vient de maintenir son taux directeur à 1 %. En apparence, voilà une bonne nouvelle. Ceux qui ont des dettes ne devraient pas avoir de mauvaises surprises à court terme et le crédit restera abordable pour ceux qui veulent consommer ou investir. Tout cela devrait favoriser l’activité économique et nous rendre la vie plus agréable.

Hélas, cette « bonne nouvelle » en cache plusieurs qui sont fort inquiétantes.

Si la banque centrale maintient son taux directeur si bas, c’est que la tempête souffle fort sur l’économie mondiale. L’Europe vacille sous le poids de ses dettes et la croissance est au ralenti partout ailleurs. Elle est plus basse qu’anticipée au Canada et elle est portée en trop forte proportion par une croissance de l’immobilier résidentiel réalisée aux dépens d’un endettement accru des particuliers. Telle est du moins l’analyse de la Banque du Canada.

Dans ces circonstances, la banque centrale maintient donc sa politique expansionniste. Si les taux sont faibles, c’est que l’économie va mal.

La bonne nouvelle des endettés est une calamité pour les épargnants. Comment en effet préparer l’avenir quand les taux offerts pour l’épargne sont dérisoires, de l’ordre de 1 % à 1,5 % selon le type de compte et l’échéance du dépôt ?

Le marché boursier est un piège encore plus grand pour celui qui investit. Les fluctuations sont prononcées, car l’incertitude est grande. Au total, les rendements sont plutôt négatifs. Regardez l’évolution de l’indice de la Bourse de Toronto depuis 1 an. Il faut être doué pour faire de l’argent dans un tel marché. Les caisses de retraite privées et publiques auront peine à accumuler toutes les sommes qui seront, demain, nécessaires.

Nous nous retrouvons donc dans une économie au service ou plutôt à la merci de la dette publique et privée.Tout est axé sur le court terme. La survie de l’euro se joue à chaque sommet franco-allemand, l’ombre d’une sévère dépression ennuage chaque sommet européen ou du G-20 et chaque mauvaise nouvelle fait chuter les Bourses. L’épargne, l’après-retraite, nous en parlerons plus tard. Quand il sera peut-être trop tard. Nous pelletons frénétiquement par en avant.

C’est dans ce charmant contexte, qu’une partie du mouvement étudiant  – et leurs alliés du mouvement Faisons payer les autres, du moins jusqu’au moment où nous serons au gouvernement –  ordonnent à la société québécoise de maintenir le gel de leurs droits de scolarité. Ce devrait être la priorité dans un État où la dette publique est la plus élevée au Canada.


 

15 commentaires
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Qui a payé l’îlot voyageur? Qui paye pour la construction de campus satellites dans toutes les villes de plus de 50 000 habitants?

Mais quelle conclusion…

Dans une société de savoir, comme la nôtre, quel est notre meilleur plan de relance économique si ce n’est d’investir dans l’éducation et promouvoir ces emplois du domaine du savoir?

Un conséquence prévisible de la hausse des frais de scolarité est que le taux d’étudiants universitaires va diminuer.

Accepter cette hausse fait donc parti de ce concept de pelletage par l’avant et de vision à court terme.

Je suis dans la masse de la population qui paye des impôts… entre vous et moi, quand on connait la proportion du budget qui s’en va en infrastructure routière vs celle qui s’en va en éducation, sans oublier les histoire de collusion, je trouve absurde de ne pas couper dans le gras, mais de gratter les cennes dans le seul domaine qui risque de nous garder sur la carte dans les prochaines décénies.

Mais de toute façon, dans notre démocratie, notre opinion n’a aucune valeur, sauf pendant la période électorale…

Vous étes donc d’accord avec ce système néo-libéral qui sacrifie tout à l’économie.Je vous souhaite bien du plaisir quand ç’a va casser car ç’a va casser n’en ayez aucun doute.Commencer à vivre plus simplement.Au plaisir

Mais Monsieur Duhamel, recevoir 1,5 % sur un REER (quand c’est pas 0.75 %) alors que l’inflation est de 2,5 % c’est comme perdre de l’argent !

Votre collègue Lisé nous fournit un tableau du 1 % des plus riches salariés au Canada (pas des plus riches par accumulation du capital). L’éducation est évidemment un gros atout, mais pas le seul. 52 % de ces salariés travaillent plus de 50 heures par semaine, contre 18 % de la population en général qui travaille plus de 50 heures par semaine. Le tableau nous apprend que 10 % de ces riches salariés sont actifs dans le domaine de la finance, un autre 10 % sont des médecins, dentistes – mais il reste 80 % – et je sais qu’un OUVRIER peut atteindre ce niveau de salaire à FortMac !

J’ai réussit à passer mon enthousiasme pour l’éducation à mes enfants, mais le fait demeure que pour s’enrichir l’éducation ne suffit pas. Il faut être au bon endroit au bon moment et avoir non seulement le savoir mais le jugement pour prendre les bonnes décisions.

M Duhamel vous mettez le doigt sur plusieurs problèmes qui en fin de compte portent à conclure ceci:

Des déséquilibres importants, notamment une productivité faible, un manque chronique d’épargne et d’investissements, un endettement public et privé calamiteux, des infrastructures et services en décrépitude rendent la viabilité de notre économie très douteuse(et les demandes des divers groupes de pression, incluant les associations étudiantes plus ou moins ridicules)

Quand aux solutions (je rêve du Wisconsin…) je suis désolé mais compte tenu des rapports de force en présence au Québec il n’y en a pratiquement pas. Sincèrement je crois qu’ici l’avenir est bouché, pour s’en sortir il ne reste que le déménagement et le chacun pour soi car au niveau collectif c’est niet, aussi bouché que l’était la vielle fosse septique de mon grand père.. Le développement des ressources (si le cycle se poursuit) aidera mais sera loin d’être suffisant.

J’attends la crise et elle viendra. Le jour n’est pas loin où (comme la Catalogne) le Québec devra quémander l’aide de l’état central, idem pour Montréal.

A quand un Tea Party Québécois????

Pour répondre à ta question seb, c’est le contribuable qui paye pour tout ça et les contribuables ne sont pas tous des universitaires.

« Un conséquence prévisible de la hausse des frais de scolarité est que le taux d’étudiants universitaires va diminuer. »

alors pourquoi presque toutes les autres provinces ont un taux de fréquentation ET de diplomation plus élevé? Et le cégep n’est pas une excuse

« ce système néo-libéral qui sacrifie tout à l’économie »

lequel?

Le fait que le taux directeur de la Banque du Canada reste bas est une très bonne chose. Contrairement aux idées reçues, un taux directeur bas n’empêche en rien les banques d’augmenter leurs taux et de vendre leur crédit plus cher.

De la même manière, les banques pourraient rémunérer plus adéquatement l’épargne de leurs déposants – c’est d’ailleurs ce qu’elles font pour leurs gros clients – si ce n’est que ces établissements financiers n’ont depuis plus de dix ans aucunement basé leurs ressources et leur développement sur l’épargne mais bien plus sur les services facturés à la pièce (principe « sacro-saint » de l’utilisateur-payeur), sur le financement (crédit) et sur les services financiers connexes (bancassurance et produits dérivés) et cela marche… puisque pour vendre du crédit, les banques n’ont pas besoin de fonds propres (ou si peu) et elles peuvent emprunter à bas taux puisque le taux de la Banque du Canada est faible.

Aussi ce taux directeur est principalement intéressant pour les banques qui n’ont pas besoin d’appliquer des taux de crédit élevé puisqu’elles se payent très bien avec tout le reste ; d’autant plus que le taux d’endettement global est élevé.

– Si par exemple tout le monde se mettait à rembourser ses dettes (mais rassurez-vous, ce n’est pas pour demain la veille)… soyez assuré que les taux de crédits bancaires et hypothécaires se mettraient invariablement à augmenter drastiquement, quand bien même le taux de la Banque du Canada serait de 0,1%.

On comprend très bien que le but n’est pas de rendre les gens plus riches, mais bien de mettre tout en œuvre pour qu’ils restent endettés.

Et encore… – Merci à Paul Martin – la situation au Canada est bien moins pire que presque partout ailleurs dans le monde puisque le milieu financier reste encore plutôt bien réglementé.

Ah l’euro. Que c’était beau. Que nos fédéralistes étaient donc en pamoison! Ca n’aura même pas tenu une décennie. Retour bientot aux draghmes et à la pesete.

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La bourse canadienne stagne parce que les ressources reculent. Dans l’ouest on commence à s’inquiéter parce que le baril s’approche des 80$

Avec les rendements offerts pour l’épargne et les risque liés à la bourse, moi je dépense tout ce que je gagne et je me paye du bon temps.

Mon père m’a toujours dit que le coffre-fort ne suit pas le corbillard.

Quand investir dans les marchés boursiers devient aussi risqué que de jouer au casino et que les taux offerts pour l’épargne demeurent anémiques depuis trop d’années déjà, à quoi bon épargner? Jouissez-en à la place!

Si ça pète, et bien je pèterai heureux et pas frustré d’avoir perdu mon pécule à la bourse, au moins si mes épargnes ne profitent pas, moi j’en aurai profiter…

D’accord sur un point avec les libertariens, on aurait dû laisser ça «crasher» en 2008 sans rien faire et peut-être que 4 ans plus tard, l’humanité s’en porterait mieux au lieu de continuer à nous faire subir le supplice de la goutte économique. À date, la réalité nous démontrent que toutes les interventions étatiques n’ont pratiquement rien donné sur l’échiquier mondial ou ont servi à alimenter le fameux 1%.

« alors pourquoi presque toutes les autres provinces ont un taux de fréquentation ET de diplomation plus élevé? Et le cégep n’est pas une excuse »

En France l’immobilier coûte pas mal plus cher qu’aux états-unis, pourquoi la crise immobilière alors? Il faut mettre les choses en contexte. Mais une chose est sûr, le fait d’augmenter les frais n’est aucunement en lien avec l’augmentation des inscription. C’est contraire à tout principe économique.

Au Québec, historiquement parlant, on a commencé à s’instruire (du moins les Québécois français) avec l’arrivé des universités du Québec et du gel des frais de scolarité. Ce n’est sûrement pas en appliquant le processus inverse qu’on va instruire davantage la population québécoise!

Mais bon… pour revenir au sujet principal, le taux directeur à 1%, je trouve ça très dangereux. Je comprends que ce taux directeur n’est pas le taux final, mais notre économie (comme on la connait aujourd’hui) est en fait une grande mascarade émotive. Tant que le taux directeur reste bas, ça insite les gens à dépenser, car même si les banques appliquent des taux plus haut, ça ne veut pas dire que lorsque le taux directeur va monter, celui des banques va diminuer. Donc tant que le taux directeur est maintenu bas, le signal est envoyé à la population comme quoi en bout de ligne les taux ne peuvent pas être plus bas et ne peuvent que remonter.

Plus le monde s’endette, plus l’économie se fragilise. Plus le monde s’endette, plus le risque de mettre l’économie en crise devient grand. Plus ce risque devient grand, moins le taux directeur peut monter. En maintenant le statut quo, le monde en profite pour s’endetter. Si on ne casse pas ce cercle vicieux, il est fort à parier qu’il va casser par lui même, mais les résultats ne seront pas très jolies.

Ce n’est pas la richesse qui manque, c’est le partage qui n’est pas équitable. Rien de neuf là-dedans, me direz-vous. Chaque époque a vécu ce déséquilibre à sa façon.
Ce fameux 1% est devenu notre nouveau clergé. Les plus brillants et les plus ambitieux se mettent au service du capital (ou du dieu dollar, si vous préférez). Ils ont leurs grands séminaires (HEC, Harvard et les autres). Ils recrutent partout, mais l’exigence est terrible : tout sacrifier à sa vocation. La récompense est tout aussi spectaculaire : faire partie des puissants, ceux qui peuvent encore faire des choix. Le scribe chez les Égyptiens, le chevalier ou l’affranchi chez les Romains, le cardinal ou le Jésuite en Occident chrétien… le pouvoir change de forme avec les époques mais de tout temps il a existé une classe à part. On se bat pour y entrer, on se bat pour y rester et quand on en tombe, la chute est terrible (voir Kerviel et les autres fraudeurs).
L’illusion d’en savoir plus que les autres sur la vie est un puissant narcotique. J’espère seulement que tous ces chers gestionnaires, économistes et autres génies ne nous entraîneront pas dans leur chute (inévitable).
Prétendre que les étudiants qui se battent pour le maintien de l’accessibilité aux études devraient se taire parce que nous sommes endettés est éminemment absurde. La seule façon de sortir de nos dettes ou de laisser un quelconque héritage à nos descendants est d’investir tout ce qu’on peut dans l’éducation et la culture. C’est ce qui reste des Égyptiens, des Romains, de l’Italie de la Renaissance. Que restera-t-il de nous?

Le déclin de l’empire américain est bien amorcé.
L’hégémonie militaire et financière des USA tire à sa fin.
Oublions l’anglais et mettons-nous au mandarin.

« Oublions l’anglais et mettons-nous au mandarin. »

pas si vite. Le pays va faire faillite d’ici 5-10 ans à cause de son keynésianisme trop poussé

@lemoutongris

Haha! Je dirais plutôt que c’est la Chine qui va subir une crise d’ici 10 ou 15 ans. Elle ne pourra pas continuer à croître autant et à dévaluer artificiellement sa monnaie!

Mais c’est vrai que le problème dans l’application du Keynésianisme en occident, c’est que normalement, en période de croissance, on devrait rembourser une part importante de nos dettes publiques, ce que malheureusement, à cause du politique, on ne fait que très rarement, voire jamais.