L’indispensable Brian Mulroney

Mulroney est le fidèle parmi les fidèles. Il a accompagné Pierre Karl Péladeau dans toute son aventure professionnelle, à la fois comme conseiller, lobbyiste et acteur important au sein de Québecor.

Photo: Ryan Remiorz/La Presse Canadienne
Photo: Ryan Remiorz/La Presse Canadienne

Blogue EconomieBrian Mulroney sera donc le prochain président du conseil d’administration de Québecor, en remplacement de Françoise Bertrand. Cette primeur du Globe and Mail montre une fois de plus l’ampleur et la solidité des liens qui unissent Pierre Karl Péladeau, actionnaire de contrôle de l’entreprise, et l’ancien premier ministre du Canada.

Ces liens sont anciens. Brian Mulroney était l’un des avocats de Pierre Péladeau père, et c’est lui qui a négocié la première convention collective au Journal de Montréal à la fin des années 1960. L’ancien premier ministre siège au conseil d’administration de Québecor depuis 1998.

Au niveau personnel, Monsieur Mulroney est le parrain du fils de PKP et de Julie Snyder, Thomas.

Il est le fidèle parmi les fidèles et le mentor de tous les mentors. Brian Mulroney a accompagné Pierre Karl Péladeau dans toute son aventure professionnelle, à la fois comme conseiller, lobbyiste et acteur important au sein des entreprises du groupe.

Pierre Karl Péladeau le nommera à la présidence du conseil de Quebecor World en 2002. Quebecor World était alors le plus grand imprimeur commercial au monde, à la tête d’un réseau d’une centaine d’usines et employant 30 000 employés. Son chiffre d’affaires représentait à l’époque environ 70 % des revenus de Québecor. Les années qui ont suivi cette nomination ont été pour le moins tumultueuses.

L’ancien premier ministre a signé, quelques mois après sa nomination, les communiqués annonçant les départs de Charles Cavell et Christian Paupe — les deux principaux dirigeants de l’imprimeur — et annoncé les nominations successives à la tête de l’entreprise de Michel Desbiens, en 2003 ; de Jean Neveu (à titre intérimaire), quelques mois plus tard ; de Pierre Karl Péladeau, en 2004 ; de Wes Lucas, en 2006 ; puis, de Jacques Malette, en 2007. Il y aura, en tout, six patrons nommés en un peu plus de cinq ans.

La dette de l’entreprise était très élevée, les pertes se creusaient et le financement devenait de plus en plus difficile. En janvier 2008, Quebecor World a fait une demande de protection en vertu des lois sur la faillite ou l’insolvabilité au Canada et aux États-Unis.

Québecor a par la suite rompu progressivement ses liens avec son ancienne filiale en radiant de ses livres la valeur de son investissement dans l’imprimeur et en lui retirant le droit d’utiliser la raison sociale «Québecor».

Brian Mulroney montrera une fois de plus sa grande utilité quelques années plus tard, quand Québecor veut faire avancer certains dossiers auprès du gouvernement fédéral. Pierre Karl Péladeau cherche la bienveillance d’Ottawa pour le financement de l’amphithéâtre de Québec, pour créer Sun News et pour s’assurer qu’Industrie Canada accorde un traitement préférentiel aux nouveaux joueurs dans l’adjudication de spectre pour les communications mobiles.

C’est Brian Mulroney qui lui présentera Stephen Harper, qui invitera même le couple Péladeau-Snyder au 24, rue Sussex pour un dîner privé avec son épouse Laureen. Pierre Karl Péladeau aura l’élégance d’embaucher Kory Teneycke, l’ancien directeur des communications de Stephen Harper, à la vice-présidence de Sun News.

En plus de ses honoraires du conseil d’administration (78 750 dollars), M. Mulroney a reçu, en 2013, des honoraires de consultation de 100 000 dollars de la part de Québecor et une prime de 33 000 dollars pour sa participation au conseil de QMI, l’agence de presse du groupe.

Cette fois, Brian Mulroney est amené en renfort pour s’assurer que la profession de foi publique en faveur de l’indépendance du Québec de son propriétaire ne porte pas ombrage à Québecor auprès de certains de ses clients et investisseurs, ainsi qu’auprès des autorités réglementaires. Il faut montrer que Québecor n’est pas une société souverainiste, mais uniquement une société commerciale faisant affaire partout au Canada.

C’est d’autant plus important que Vidéotron vient d’acquérir sept licences d’exploitation pour les communications mobiles au Québec, mais aussi en Ontario, en Alberta et en Colombie-Britannique. Si Québecor a l’ambition d’être ce quatrième grand opérateur national en téléphonie mobile, elle doit quand même montrer sa canadianité. Qui dit mieux qu’un ancien premier ministre fédéral pour montrer patte blanche ?

La nomination de Brian Mulroney a un second avantage. C’est un homme de confiance absolu. Le couple Mulroney-Pierre Dion (le nouveau président de Québecor inc.) me semble beaucoup plus perméable à l’influence du propriétaire que ne l’était un Robert Départie — l’ancien président de Vidéotron et de Québecor — qui avait acquis, grâce à ses excellents résultats, une large autonomie de décision au sein de Québecor.

Le départ volontaire de Robert Dépatie a été accompagné d’une prime de 7,8 millions de dollars, ce qui est quand même inhabituel.

Pierre Karl Péladeau ne peut plus gérer son entreprise comme il le faisait, mais il met en place un dispositif qui lui assure une grande influence sur la suite des choses.

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À propos de Pierre Duhamel

Journaliste depuis plus de 30 ans, Pierre Duhamel observe de près et commente l’actualité économique depuis 1986. Il a été rédacteur en chef et/ou éditeur de plusieurs publications, dont des magazines (Commerce, Affaires Plus, Montréal Centre-Ville) et des journaux spécialisés (Finance & Investissement, Investment Executive). Conférencier recherché, Pierre Duhamel a aussi commenté l’actualité économique sur les ondes du canal Argent, de LCN et de TVA. On peut le trouver sur Facebook et Twitter : @duhamelp.

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Une magnifique exemplarité de ce que peut être une allégeance souverainiste à géométrie très très très variable. Et dire qu’ils y a encore des âmes ingénues pour voir dans PKP une sorte de messie révolutionnaire capable de leur donner un pays.

J’espère que la lecture de cette chronique édifiante par celles et ceux qui croient encore en ce pays souverain « étatico-socialiste » du Québec, qu’ils vont enfin ouvrir tout grand les yeux pour enfin se concentrer sur leurs « vraies affaires » 🙂

Quoiqu’il en soit, le choix de Brian Mulroney s’imposait. C’est une caution de tout premier ordre pour assurer au groupe Québécor un brillant avenir. Ce qui est intéressant en cette occurrence, c’est de relever la vitalité d’esprit et l’intelligence qui anime toujours Brian Mulroney qui par son énergie toujours pétillante apporte la preuve qu’il est encore possible de vieillir en beauté.

J’envie PKP de s’être découvert un mentor d’une si grande qualité. Brian Mulroney est l’exemple même de l’homme sur qui on peut se fier lorsqu’on se lance dans le domaine des affaires. C’est en ce sens très sécurisant.

Cela laisse à penser que les relations d’affaires et les relations politiques sont deux ensembles de couleures distinctes dont le chevauchement (grandeur variable) peut donner la couleur désirée ou non. Personnellement, je préfère le vert (jaune des affaires et bleu souverainiste) à l’orangé (jaune des affaires et rouge fédéraliste).

Non seulement PKP peut se lancer en politique sans se départir de ses actions, mais il dispose désormais au CA d’un clone parfait. Mais à ce niveau, celui des hautes cimes éthérées, ce n’est plus un jeu d’esquive pour échapper aux accusations d’influence indue ou de liens équivoques entre le politique et la presse, mais une belle initiative pour faciliter les relations politiques et institutionnelles. « Comment en termes galants, ces choses là sont dites »… (Molière).

Tout de même bizarre qu’un ex-premier ministre du Canada ne se sente aucunement importuné d’accepter la présidence du conseil d’administration de Quebecor dont 73,8 % des actions, en tutelle ou non, appartiennent à un député d’une formation politique ayant comme objectif premier de démanteler son propre pays…

Tout aussi cocasse que cet actionnaire principal n’y voit également aucune objection…

Comment ces (?!?) auraient-ils leurs concernant un éventuel référendum sur la du Québec si les péquistes ne s’étaient pas effondrés?