Mes trois médaillés de lundi

Le blogueur Pierre Duhamel exploite la thématique olympique pour désigner ceux qui, selon lui, méritent une médaille (d’or, d’argent et de bronze) en regard de l’actualité des derniers jours dans le domaine de l’économie.

Je suis de ceux dont la productivité a décru radicalement avec l’extraordinaire performance de nos athlètes olympiques. Je me suis dit que ce serait une bonne idée de concilier mon travail et mon intérêt sans cesse croissant pour les Jeux.

Voici donc mes trois médailles de la journée.

Médaille de bronze

«C’est la première fois depuis 30 ans que je suis inquiet pour l’avenir du Québec».

Voilà la terrible conclusion de Jacques Parizeau, qui reprend, dans un texte publié ce matin, les constats du Centre sur la productivité et la compétitivité de HEC-Montréal.

En investissant moins, les entreprises québécoises auraient pris un important retard en matière de productivité, ce qui nuit à leur compétitivité et au développement économique du Québec.

Le positionnement de l’ex-premier ministre est intéressant. Contrairement aux économistes de l’Université de Sherbrooke et notre collègue Pierre Fortin, il ne se formalise pas trop des scénarios-catastrophes annonciateurs de lourds déficits budgétaires dans le courant des années à venir.

Contrairement à Pierre Fortin, il ne sous-estime cependant pas l’écart de richesse entre le Québec et ses voisins en ce qui concerne le niveau de vie, tel que calculé par les économistes de HEC.

Peut-on conclure que Jacques Parizeau est un optimiste fiscal et un pessimiste économique ? Personnellement, j’ai peine à concilier cette dichotomie. Comment l’État pourra-t-il percevoir des recettes sans cesse croissantes si l’économie avance à pas de tortue ?

Cela dit, je me félicite de cet appel à la réflexion de Monsieur Parizeau, beaucoup plus lucide et solide que ceux qui balayent du revers de la main les deux études sous prétexte que l’une d’entre elles utiliserait «des chiffres et des comparatifs erronés». Jacques Parizeau prend la peine de dire exactement le contraire.

Monsieur Parizeau semble aussi privilégier le soutien aux entreprises existantes aux investissements et prêts à de gros projets hyper publicisés, et dont se vante tant le gouvernement.

Médaille d’argent

Vincent Guzzo, vice-président des cinémas Guzzo, a eu du cran d’accepter l’invitation dimanche soir de Tout le monde en parle, et il s’est fort bien défendu.

En gros, il reproche au cinéma québécois de produire trop de films au potentiel commercial limité.

Voilà exactement le genre de propos susceptible de faire rugir une certaine élite culturelle et attiser le mépris de son Fou du roi. L’art et le commerce, voilà deux éléments à la fois symbiotiques et dichotomiques.

Je ne suis pas de ceux qui excluent a priori le soutien de l’État à la création artistique. Ce soutien est nécessaire, surtout dans de petits marchés.

Je n’accepte pas plus le mépris affiché par certains créateurs qui semblent avoir développé une certaine suffisance quand on leur parle du succès et de la viabilité commerciale de leur œuvre.

Le soutien de l’État fait en sorte que tous les artisans sont payés avant même que l’œuvre soit diffusée. Qu’on limite le succès, l’effet ou la réussite de celle-ci à l’obtention des crédits gouvernementaux — ou un succès d’estime devant des publics restreints — me semble néanmoins une bien petite récompense.

La famille Guzzo exploite 10 complexes de salles de cinéma, ce qui totalise 150 écrans. Les Guzzo ne reçoivent pas de subventions pour leur commerce.

Pour survivre, ils doivent remplir des salles avec des films qui suscitent l’intérêt des spectateurs. C’est vous et moi qui allons assurer la viabilité de leur commerce, et non pas un fonctionnaire sous le charme du talent, de la réputation ou de l’audace d’un créateur.

Il me semble assez facile à comprendre qu’à leur place, on préfère un film qui plaît et qui attire les foules à un autre qui tombe dans l’oubli dès sa première semaine en salle. Ne pas comprendre cela, c’est ne rien comprendre aux impératifs du commerce… et aux goûts du public.

Les réalisateurs et les producteurs ont le droit de demander le soutien de l’État. En revanche, je trouve risible et impoli d’envoyer paître l’exploitant d’un réseau qui est sans doute le plus grand diffuseur de leurs œuvres.

Médaille d’or

Les athlètes olympiques, le Comité olympique canadien sous l’énergique direction de Marcel Aubut, et tous ces commanditaires qui font en sorte que nous arrivons dorénavant aux compétitions internationales bien préparés et au meilleur niveau.