Lire en 2013

Photo : Erin Kelly / Flickr
Photo : Erin Kelly / Flickr

Panique ! Je n’avais plus de livre en main, le temps était délicieux, et rien au monde ne me tentait plus que lire au jardin, profitant au maximum de ma journée de congé.

Je consulte la section Livres de La Presse+, trouve deux livres qui me tentent et je les achète subito presto sur mon iPad. Il a suffi de quelques clics et de deux minutes pour que les conditions de mon plaisir soient réunies. Le bonheur !

Je vous raconte cela parce que je ne sais pas qui, entre les députés membres de la commission parlementaire qui se penchent sur une politique du prix unique du livre ou moi-même, est décalé.

Le milieu du livre — libraires, auteurs et éditeurs confondus — demande aux députés de le protéger contre les grandes surfaces qui casseraient les prix sur les nouveautés et les best sellers et mineraient ainsi la rentabilité des petits commerçants. Il faudrait faire comme en France (et dans la moitié, sans doute, des pays industrialisés) et réglementer le prix du livre pour permettre aux petits joueurs de concurrencer les grands détaillants.

En écrémant le marché, les grandes surfaces priveraient les librairies de revenus essentiels leur permettant d’offrir en magasin des ouvrages et des collections moins populaires. On craint aussi la disparition du métier de libraire, ce conseiller indispensable qui nous guide vers des auteurs ou des livres auxquels on n’aurait pas pensé. Certains parlent — côté intellectuel — du rapport intime au livre et à la culture, tandis que d’autres — côté économique — brandissent la crainte des monopoles qui imposeraient leurs goûts ou, pire encore, leur absence de goût.

La question est plus complexe qu’on ne le pense, et je ne crois pas qu’il s’agisse uniquement d’un enjeu culturel.

Comme dans tous les secteurs, il y a eu un déplacement du commerce indépendant et de proximité vers les chaînes. Entre 2006 et 2010, la part de marché des librairies à succursales est passée de 45,5 % à 53,5 %.

Comme partout ailleurs, ces mêmes chaînes sont menacées par les détaillants comme Costco ou Wal-Mart. On y va pour un (énorme) pot de mayonnaise et on repart avec le coffre plein… et les deux livres dont tout le monde parle. Évidemment, ils sont vendus pour une bouchée de pain comparativement à la librairie du quartier. Je ne vous fait pas une révélation en vous disant que tous les éditeurs rêvent néanmoins la nuit que ces mégadétaillants mettent leurs livres dans leurs rayons, puisque cela signifie automatiquement de nombreux exemplaires vendus.

Pour rivaliser, les grands réseaux de librairies comme Archambault et Renaud-Bray sont devenus les spécialistes du cadeau. Ce sont un peu les Costco de la culture et de la petite chose mignonne. Eh oui, ce sont évidemment des commerçants.

Chaque réseau de librairies et la plupart des éditeurs, de même qu’un géant comme Amazon, vont court-circuiter le réseau des librairies en vendant en ligne les livres qui seront acheminés par les différents services de messagerie. Ceux qui cherchent un livre rare, spécialisé ou plus ancien sont ravis de se procurer ainsi les livres qu’ils ne trouveraient à peu près jamais en librairie.

Enfin, il y a ceux qui, comme moi, achètent et téléchargent de plus en plus de bouquins, parce que c’est plus rapide et souvent moins cher. J’ai payé hier 17,23 dollars pour un livre qui coûte 32,95 dollars en librairie. C’est un peu normal, car les coûts d’impression sont nuls et les frais de distribution, minimes. Quand il s’agit d’un livre matériel, il faut payer l’éditeur, le diffuseur, le distributeur et le libraire.

Le milieu de l’édition voudrait que le coût du livre neuf soit le même, à 10 % près, qu’importe sa forme et son réseau de distribution.

Cette politique renforcerait-elle les librairies indépendantes? Je suis sceptique. Beaucoup des achats en grande surface sont spontanés et il n’est pas dit que ceux qui achètent le dernier Marc Lévy iront plutôt l’acheter dans une petite librairie si Wal-Mart doit le vendre au même prix.

On peut aussi parier que les grandes surfaces vendront systématiquement leurs livres 10 % moins cher, comme la loi leur permettrait, et que les petits libraires auraient peine à faire pareil.

Surtout, pense-t-on vraiment encourager la lecture en haussant les prix ? C’est une règle vieille comme la science économique: un bien vendu plus cher se vend moins bien. Nous serions bien avancés: les livres seraient plus chers et les petits détaillants aussi malmenés, au moment même où l’industrie du livre dans son ensemble en arrache. (Oui, on en vend moins.)

Le Québec a une drôle de conception de la concurrence. L’essence y est plus chère parce qu’on ne veut pas que les gros détaillants cassent les prix. Le lait est plus cher parce qu’on veut protéger les producteurs laitiers qui sont déjà à l’abri du marché avec la gestion de l’offre et les tarifs douaniers. Dans cette optique, réglementons rapidement le prix des livres.

Tant qu’à y être, nous devrions interdire les soldes, les promotions et les circulaires sur l’ensemble des biens vendus. En effet, quand Brault et Martineau vend des canapés à meilleur prix, il inflige un tort aux Leon, Future Shop, Dagenais, Corbeil ou JC Perreault du voisinage, ce qui pourrait restreindre, à terme, la concurrence. Et que dire de l’infâme Jean Coutu qui multiplie les aubaines destinées ultimement à faire défaillir les Pharmaprix, Uniprix ou Familiprix du quartier !

Qu’arrivera-t-il aux petits libraires ? Probablement la même chose qu’aux petits bouchers ou poissonniers. Certains vont se gagner une place par la qualité de leur offre et de leur service, alors que d’autres succomberont face aux assauts répétés des Metro ou IGA. Et à leur tour, les supermarchés devront affiner leur mise en marché pour concurrencer les Costco, Target ou Wal-Mart.

Cela s’appelle la concurrence. C’est un puissant moteur économique et social, et nous en profitons tous en tant que consommateurs.

20 commentaires
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Si j’ai bien compris le sens du projet de loi, je dois préciser que je ne l’ai pas lu, cette mesure s’appliquerait pour une période de neuf mois. En d’autres termes, on veut donner à tous les détaillants de produits de librairie, des chances égales de vendre les nouveautés. Passée cette période de 9 mois, les détaillants peuvent vendre les bouquins le prix qu’ils veulent. Aussi, si Costco veut faire un coup en offrant un livre d’une valeur de 35$ et le vendre pour 10 — ce qu’ils font déjà —, eh bien ils vont continuer de la faire.

Rien n’empêche tout autre détaillant d’emboiter le pas ; ce n’est pas pour rien si les éditeurs procèdent à des soldes d’inventaires assez régulièrement. Personnellement, je pense qu’un prix fixe assorti d’un rabais maximum de 10% est une mesure dont la portée est limitée. J’achète des livres pour l’auteur, pour le sujet, pour la présentation (je trouve qu’un livre beau à voir et à toucher est aussi important que le contenu) ; ce qui importe ce n’est pas seulement le prix vente. C’est plutôt la promotion du livre tout comme de la lecture qui ont une valeur ajoutée. Le soin apporté par les éditeurs à offrir de la diversité, du contenu dans un beau contenant, c’est tout cela qui est porteur, en même temps une emphase bonifiée apportée aux auteur(e)s.

N’en déplaise à quelques un(e)s, je défends que le livre est un produit comme les autres. On devrait en mettre toujours plus pour offrir un bon rapport qualité-prix à la clientèle. Ce qui signifie en d’autres termes de produire du volume ou de la rareté (c’est selon).

D’autre part, le livre est encore un segment et non une fin en soi dans le processus de la création, il peut se décliner sous diverses formes complémentaires ou connexes : dessins, bandes dessinées, musique, cinéma, produits dérivés incluant les gadgets et les vêtements, cela forme un tout, une sorte d’univers matériel et virtuel. Lire est une expérience de vie.

Quand je vais chez Wal-Mart, je suis 99 fois sur 100 déçu par l’offre de produits, si bien que même s’ils vendaient leurs bouquin 90% moins cher tout le temps, je n’en achèterais pas plus pour autant. Ce que je trouve dommage, c’est que ces commerces ne supportent pas une offre améliorée au niveau du bouquin ; ils offrent bien un assez bon choix de DVD et autres Blu-ray, un assez bon choix de friandises et une multitude d’autres produits. Pourquoi pas un choix bonifié de livres ?

Ou plutôt, pourquoi ne le font-ils pas ? — Est-ce parce que les gens ne lisent pas ou pas bien ou bien pas assez ? J’ai bien peur, peu importe que le livre soit électronique ou pelliculé que cette malheureuse tendance ne soit faite pour durer. Lorsque dans un futur proche, la vue de gens qui s’acharnent à lire pourrait devenir suspecte ! Et si cela durait, on pourrait toujours décréter alors que ces gens sont des asociaux et des anormaux. Il n’y aurait plus d’autre choix pour lire en paix que la clandestinité.

— Ici, bien sûr (pour celles et ceux qui n’auraient compris), il s’agit d’un clin d’œil pour un livre : « Fahrenheit 451 » de Ray Bradbury. À se procurer coûte que coûte ! Quel qu’en soit le prix. Avant qu’il ne soit brulé ou bien retiré sans préavis et sans délais de tous les commerces !

Bonjour, je me réjouis que vous abordiez ce sujet, bien que je ne partage pas votre point de vue.

Je m’interroge toutefois. Où avez vous lu que:

« Le gouvernement songe à faire en sorte que le coût du livre neuf soit le même, à 10 % près, qu’importe sa forme et son réseau de distribution. »

Malgré une lecture attentive de presque tous les documents relatifs à la présente commission parlementaire, je n’ai jamais rien lu qui laisse croire à une intention semblable.

Vous avez raison. Le ministre ne s’est pas prononcé sur cette question. J’ai changé mon texte en précisant que le milieu du livre voudrait que le coût du livre neuf soit le même.

Merci pour la correction. Je ne comprends toutefois pas encore la référence à une intention de faire en sorte que le prix du livre numérique soit le même que le papier (ce que vous dites, si je comprends bien). Je n’ai pas vu nulle part que ce soit le cas.

Je suis ce débat avec curiosité, celle de voir ce que vont pondre nos chers élus!

A peu près tout cet qui bouge en fait de spécialiste économique c’est déjà prononcé contre le contrôle des prix des livres.

Pour moi c’est aussi une évidence. Non seulement en cette ère numérique ce serait anachronique, je suis convaincu que ça serait néfaste pour le marché du livre local. Clair que les clients de Walmart et Costo n’iraient pas magasiner dans les librairies du plateau, par contre ils achèteraient moins de livres et probablement plus en ligne.

Par contre ça sera une bonne occasion de mesurer à quelle étape de ère mésozoïque (l’ère des dinosaures) sont rendus les politiciens Québécois 😉

Jean-François Nadeau du Devoir a bien répliqué à vos « spécialistes économiques » à savoir l’IEM, Nathalie Elgrably-Lévy, Alain Dubuc, Mario Roy etc. Tout son texte mérite une lecture. Je citerai un passage qui convient très bien à votre philosophie économique.

« Au Québec, nos justiciers du libre marché veillent à notre appauvrissement culturel sous prétexte de nous encourager à avoir un bon œil pour leurs théories fumeuses sur le libre marché. Et comme des bêtas, on ouvre l’œil bien grand ! Si grand et depuis si longtemps qu’il s’en faut de peu pour qu’on continue encore par se laisser mettre le doigt dedans jusqu’au coude par des borgnes qui affirment voir plus clair que quiconque tandis que tout un monde social s’effondre à la suite de leurs assauts répétés. » .

http://www.ledevoir.com/culture/livres/365877/simple-comme-l-economie

Le libre marché où les prix DIMINUENT et permettent à un plus GRAND NOMBRE nombre de personnes à avoir accès à un bien serait un « appauvrissement culturel »???

Et vous tentez de nous convaincre qu’en AUGMENTANT le prix du livre, que les gens vont se ruer dans les petites librairies du Plateau pour faire le plein de « culture »???

Diplômé des Sciences Humaines pas de maths???

Mi-sè-re!!!

La culture se développe avec la variété, pas avec la quantité. Que tout le monde lit le même livre aussi bon marché soit-il, c’est ça l’appauvrissement culturel . La variété c’est dans les librairies et dans les bibliothèques que vous la trouverez, pas chez Costco ou Walmart.

Les sciences humaines développent la pensée critique, elles nous évitent à servir du prêt à penser dont sont constitués vos nombreux commentaires.

Vous ne m’avez toujours pas convaincu qu’en AUGMENTANT le prix des livres, que notre culture québécoise serait enfin « sauvée »…

Rien, absolument RIEN n’empêche AUJOURD’HUI quiconque d’acheter n’importe quel livre chez un libraire indépendant. et ainsi de diversifier sa culture. RIEN du tout!!!

Si vous pensez qu’une personne qui fait son marché hebdomadairement chez Costco et qui achète un livre de temps à autre entre son steak haché et ses grignotines va faire un long détour vers une librairie du Plateau pour « diversifier sa culture » et ainsi « sauver nos petits libraires », vous êtes d’une naïveté ou d’une ignorance sans borne.

De plus, VOUS vous abreuvez directement chez Jean-François Nadeau du Devoir et vous ME reprochez d’utiliser des idées « prêtes-à-penser »???

Comme incohérence, on peut difficilement faire mieux…

Je n’aime pas ces combats d’Internautes sur un blogue, c’est pourquoi j’évite de répliquer à un lecteur qui aurait critiqué un des mes propres commentaires, mais pour vous je fais une exception. Si ce passage vous convient, moi il m’a surtout convaincu de ne pas lire M. Nadeau. Je ne vois rien dans ce passage comme le début de l’ombre d’un argument, une longue diarhée de mots contre une façon de pensée nos problèmes de société, oui! Mais des arguments, non! Si M. Nadeau a besoin d’un libraire pour lui conseiller des lectures, grand bien lui en fasse, qu’il nous suggère les meilleures adresses pour que nous nous y rendions, mais que l’on soutienne toutes les librairies indépendantes par un prix planché (les bonnes comme les médiocres, non!).

En passant, pour me guider dans des achats de livres, sur Amazon (oui, oui Amazon) lorsque l’on trouve un titre, on en voit souvent des dizaines d’autres que des lecteurs qui ont choisi le même titre ont acheté (des dizaines!) et Amazon m’envoie des alertes pour des nouveaux titres qui devraient m’intéresser en se basant sur mes achats antérieurs. C’est-y pas beau? Sans me déplacer, j’économise de l’essence, ce qui est bon pour l’environnement!

Quand Nadeau a écrit qu’on veillait à l’« appauvrissement culturel », c’est à des gens comme vous, qu’il pensait. Vous aimez Amazon, bien, vous aimez les romans policiers, Amazon ne se privera pas de vous en suggéré à profusion, négligeant du même coup un tout nouvel auteur de talent qui par manque de promotion restera enterré par des noms à succès. Et vive la diversité culturel !

Si les débats vous donnent la nausée, évitez les blogues.

Si l’auteur en question avait un « talent extraordinaire » comme vous le prétendez, soyez assuré qu’Amazon, Archambeault en ligne et autres se jetteront dessus.

Les auteurs de talent exceptionnels sont très…très rares et il existe des tonnes de récompenses et de prix littéraires pour nous permettre de les identifier.

Vous vous acharnez à défendre les copistes du Moyen-Âge Marc…

Arrivez chez nous, au XXIe siècle.

Quand je vois le nom de Marc Lévy, je ne pense pas à l’écrivain: je pense au propriétaire du site de BCP de St-Basile parti sans payer la note de 17 millions. Aux dernières nouvelles, on ne l’avait toujours pas trouvé

La question qui tue: Aurait-il fallu sauver les moines copistes du péril de l’impression, même si cette dernière s’avéra bénéfique pour les lecteurs?

À l’époque, les gens étaient suffisamment intelligents pour se rendre compte des innombrables avantages que l’évolution technologique leur procurerait. Aujourd’hui? Pas sûr…compte tenu que certains groupes de pression gauchistes alimentés par une pensée jurassique monopolisent le temps et les énergies de nos politiciens pour contrer le progrès technologique et l’essor modernes.

Comme mesure rétrograde, on ne peut mieux imaginer.

Depuis quand augmenter le prix d’un bien résultera-t-il en une augmentation des ventes? Plutôt le contraire non? À moins bien sûr que vous ne viviez sur une autre planète, et dans un monde parallèle.

À l’époque des moines, la population ne savait ni lire, ni écrire. Vous auriez mis en place une technologie la plus moderne qu’elle soit, rien n’aurait changé. À la question qui tue, vous êtes mort.

@ Francois 1

C’est bien reconnu que la droite n’est pas cultivée et est moins instruite que la population moyenne. C’est bien pour dire qu’ils ne profitent pas des Wall Mart, Amazon et Apple pas cher.

« Depuis quand augmenter le prix d’un bien résultera-t-il en une augmentation des ventes? »

Quand au prix des ventes qui augmentent, contrairement à ce que vous dites, les prix qui augmentent peuvent très bien et avec succès augmenter les ventes.
Vous n’avez qu’a vérifier Toyota, ils ont mangé GM, Ford et Chrysler en vendant plus cher et le Japon en profitait pour maintenir leur monnaie à la hausse pour sortir le fric au grand désarroi des États Unis.

Apple vend ses produits cher et en vend plus. Les grandes pharm-escomptes vendent plus cher que les petits indépendants, le géant du meuble du Québec vend plus 14% plus cher que le petit marchand indépendant, les micro brasseries qui vendent plus cher et qui sont en expansion.

Bien sûr que vous vivez sur une autre planète, dans un monde parallèle.

« C’est bien reconnu que la droite n’est pas cultivée et est moins instruite que la population moyenne. » (sic)

Des références crédibles??? Non mais quelle arrogance et condescendance…

« Quand au prix des ventes qui augmentent, contrairement à ce que vous dites, les prix qui augmentent peuvent très bien et avec succès augmenter les ventes.
Vous n’avez qu’a vérifier Toyota, ils ont mangé GM, Ford et Chrysler en vendant plus cher et le Japon en profitait pour maintenir leur monnaie à la hausse pour sortir le fric au grand désarroi des États Unis.

Apple vend ses produits cher et en vend plus. Les grandes pharm-escomptes vendent plus cher que les petits indépendants, le géant du meuble du Québec vend plus 14% plus cher que le petit marchand indépendant, les micro brasseries qui vendent plus cher et qui sont en expansion. » (sic)

Et ils le font TOUS sans soutient du P.Q.???

Pourquoi diable nos petits libraires n’en feraient-ils pas autant?

Tout ce débat est farfelu. J’achète mes livres chez Amazon depuis des lustres, ou j’emprunte des livres numériques à la bibliothèque municipale ou nationale. Les livres rares et spécialisés, je ne les trouve pas chez Pantoute mais chez Amazon, à moindres prix.

Mais le Québec est très spécial. Je me suis arrêté à l’Essencerie de Costo de Drummondville récemment, pour y faire le plein, croyant que j’aurais droit à un rabais de cinq ou six cents le litre. Mais non, ce jour-là, il n’y avait aucun avantage, parce que le prix de Costco devait être maintenu au « prix plancher » prescrit par le gouvernement. Tout cela pour protéger les petits détaillants comme Crevier ou Pétro-Plus… Les Pauuvres! Et le gouvernement déclare vouloir faire la guerre à la collusion! Sans blague.

Il en est de même pour les monopoles d’État. La SAQ décide ce que nous allons boire et à quels prix (généralement le double des prix exigés en Europe, pour de la piquette – 4.00$à 7.00$ par bouteille chez Carrefour, 15$ ici). J’aime bien mettre du Noilly Prat dans mon verre de martini. Or il n’est plus disponible. Prière d’aller en chercher à Plattsburg. Vous conviendrez que c’est un peu loin de Québec… J’aimerais aussi beaucoup acheter une bouteille d’Izarra, une liqueur basque que j’adore. Je devrai par contre aller en France. La SAQ ne me donne pas de véritable choix, mais m’offre en retour des pastilles de goût et de belles succursales. La belle affaire.

Même chose pour les produits laitiers. Les prix du lait sont ridiculement élevés. Quant aux fromages, ils sont inabordables. Et n’essayez surtout pas d’importer du Vermont. Certains fromages de cet État sont pourtant merveilleux, des chèvres notamment! Mais il faut, n’est-ce-pas, protéger nos petits producteurs. L’agriculture du terroir et l’entreprise défaillante sont les mamelles du Québec dirait Sully.

Et bientôt le livre… Au Québec, le consommateur n’existe pas. Il n’y en a que pour les groupes d’intérêt et le Ministère du Revenu.

Moi aussi, je suis sceptique face à l’efficacité d’une telle mesure. De nombreux acheteurs potentiels seraient tentés de contourner cette loi par l’achat en ligne, à plus forte raison si leurs goûts en la matière sont plus pointus que ceux de la moyenne des gens.

J’en veux pour preuve mes propres achats, dans un domaine autre mais néanmoins apparenté : la musique. Bien que je compte parmi celles et ceux qui se procurent encore des CD, mes achats se font désormais essentiellement en ligne. Moi qui adore la musique brésilienne, j’en ai eu marre un jour de ne jamais pouvoir trouver les CD que j’aime chez les marchands ou détaillants, fussent-ils grands et généralistes ou petits et spécialisés; je me suis donc tourné vers le magasinage en ligne. Non seulement je trouve ce que je recherche, mais très souvent à bien meilleur compte… Rien ne porte à croire qu’il en va (ou irait, si cette loi était adoptée) autrement pour les livres.

À mon sens, ce n’est pas au moyen d’une politique aux retombées incertaines qu’on favorisera au Québec l’essor de la lecture et des librairies, mais plutôt par l’augmentation du temps d’antenne ou de l’espace consacré aux livres dans les différents médias (critiques littéraires, tables rondes d’auteurs, chroniques « lecture » dans diverses émissions, etc.), lequel a rétréci comme peau de chagrin ces dernières années.