Londres rit, Paris pleure

Plus que les mesures d’austérité en soi, ce sont des politiques favorables aux affaires — comme l’aide à l’exportation et les crédits d’impôts aux investissements — qui sont à l’origine du dynamisme britannique, explique Pierre Duhamel.

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Photo : Getty Images

Quel est le pays occidental qui connaîtra la plus forte croissance économique en 2014 ? Les États-Unis ? Vous n’y êtes pas.

L’Allemagne, dont on vante tant la résilience de son secteur manufacturier ? Non plus.

Blogue EconomieAvec une croissance anticipée de 1,9 % cette année, le pays d’Angela Merkel est nettement distancé par le Royaume-Uni, dont la croissance économique devrait augmenter de 3,2 % cette année.

Ces prévisions sont celles du Fonds monétaire international, celui-là même qui mettait en garde les dirigeants britanniques contre des mesures d’austérité susceptibles de saper la reprise économique du pays.

Les signes extérieurs de cette effervescence sont visibles. Pas moins de 236 immeubles de plus de 20 étages sont en construction, approuvés ou proposés dans la seule ville de Londres, dont 55 de plus de 40 étages. Depuis un an, 929 000 nouveaux emplois ont été créés au Royaume-Uni.

C’est de l’autre côté de la Manche que le brouillard est le plus dense. On apprenait, vendredi, que le chômage en France était en hausse pour un huitième mois consécutif. La production industrielle est à la baisse, les hausses salariales sont plus modestes que dans les pays européens et le déficit commercial s’élargit. L’endettement public est passé de 65 % à plus de 93 % de l’économie depuis la récession. L’économie fait du surplace et on peut tout au plus espérer une hausse de 0,7 % pour l’année en cours.

Pour tenter de dynamiser l’économie, le gouvernement socialiste s’est engagé dans un vaste programme de réformes comprenant des allègements fiscaux pour les entreprises et d’importantes coupures budgétaires. L’économie française est étouffée par un État dont les dépenses correspondent à 57 % de la taille de l’économie. (Selon le Centre sur la productivité et la prospérité de HEC Montréal, le poids des dépenses publiques en proportion du PIB était, en 2009, de 47 % au Québec, contre 38 % en Ontario et 39 % en moyenne au Canada.)

Beaucoup de jeunes entrepreneurs français ont choisi le Québec pour trouver plus de liberté et mener à bien leur projet d’entreprise. Plusieurs cadres supérieurs ont aussi quitté la capitale française pour Londres. Parmi les 100 personnalités les plus influentes de la City — la place financière de Londres —, on trouve 12 Français, selon le Financial News. Le président de la London Stock Exchange, la Bourse de Londres, est d’ailleurs un Français, Xavier Rolet (qui occupe ce poste depuis 2009).

Londres a des atouts appréciables. C’est l’une des deux grandes places financières dans le monde, au moment où le secteur financier occupe une place prépondérante dans l’économie. Les élites européennes et asiatiques en ont fait leur terrain de jeu, ce qui crée une énorme pression sur l’immobilier. Un Londonien sur 30 est aujourd’hui millionnaire.

Ce dynamisme fait craindre l’éclatement d’une bulle immobilière, et le gouverneur de la Banque d’Angleterre, le Canadien Mark Carney, prévient d’une hausse imminente des taux d’intérêt.

Ce boum économique n’a pas encore contribué au relèvement des revenus des Britanniques ni au rétablissement de la situation budgétaire de l’État. Les besoins d’emprunt et les dépenses du gouvernement central sont en hausse et l’équilibre budgétaire ne sera atteint qu’en 2018-2020.

Oui, mais ne sommes-nous pas au pays de l’austérité ? Le gouvernement britannique a considérablement assoupli ses mesures.

Ainsi, pour contrer la forte hausse du prix des maisons (17 % depuis un an à Londres), il a lancé un programme d’aide qui permettra l’accès à la propriété à 120 000 familles. Un programme qui aura aussi le malheur de contribuer à la hausse des prix.

Plus que les mesures d’austérité en soi, ce sont des politiques favorables aux affaires (aide à l’exportation, crédits d’impôts aux investissements, baisse du fardeau fiscal des particuliers) qui sont à l’origine du dynamisme britannique. Dès avril prochain, le pays sera celui qui imposera le moins ses entreprises du G-7 et même du G-20. Le taux d’impôt corporatif, qui était de 28 % en 2010, sera porté à 20 %.

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À propos de Pierre Duhamel

Journaliste depuis plus de 30 ans, Pierre Duhamel observe de près et commente l’actualité économique depuis 1986. Il a été rédacteur en chef et/ou éditeur de plusieurs publications, dont des magazines (Commerce, Affaires Plus, Montréal Centre-Ville) et des journaux spécialisés (Finance & Investissement, Investment Executive). Conférencier recherché, Pierre Duhamel a aussi commenté l’actualité économique sur les ondes du canal Argent, de LCN et de TVA. On peut le trouver sur Facebook et Twitter : @duhamelp.

8 commentaires
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Avis aux gauchistes: Preuve par quatre que l’austérité, ça fonctionne.

…et pourtant… L’austérité est EXACTEMENT ce qu’a fait l’Angleterre pour redresser ses finances publiques à l’encontre de la France qui continue à jouer les socialo-écolo-gauchistes et je vous invite à relire le présent article histoire de mettre vos « connaissances » à jour.

C`est de la croissance avec de l`endettement compulsif. Ça ressemble à la situation des USA qui ont plus ou moins 500 milliards de déficit année après année(on voit pas la fin) avec une dette qui approche les 18 milles milliards. Cette endettement compulsif va amener une autre crise économique. Le pire, c`est qu`on sera à nouveau en récession (ou en dépression) à cause de tout cette endettement compulsif en 2018-2020(années ou la G-B prévoit éliminer son déficit). En passant, je suis sûr que c`est la direction que veut prendre le PLC au Canada(imiter la G-B et les USA). C`est à dire provoquer de la croissance avec de l`endettement compulsif. D`ailleurs le PLC blâme les conservateurs pour vouloir revenir au déficit 0 trop vite. Mais j`aime mieux la situation du Canada des conservateurs que celle de la G-B ou des USA qui n`ont pas fini de payer pour leurs dettes faramineuses. On a une bonne croissance tout en ayant la plus faible dette du G7. Pour la France, la situation est pathétique. La France a pas une grosse croissance et elle s`endette à vitesse grand V.

Cependant si le référendum est concluant en Écosse, les derniers mois de 2014 risquent d’être plus chaotiques pour Londres et le Royaume-Uni (ou devrais-je dire désuni) !

Discipline Discipline, Discipline, Ordre, Ordre, Ordre…., Application, Application, Application…. Voici la recette… Peu importe tout le talent, les dons, les richesses que quelqu’un possède…Il faut suivre cette recette… autrement le plus ordinaire nous dépasse parce que lui IL S’APPLIQUE, MET DE et DE MANIÈRE DISCIPLINÉE… ainsi il s’améliore de jour en jour et dépasse celui qui se pète les bretelles. La vieille fable de LA CIGALE…. Il y en a qui n’apprendront JAMAIS et tout simplement vont s’enfarger dans les mêmes fleurs du tapis…. Good cela fait moins de compétition pour les places sur la beach au soleil.

Dans le journal français Le Parisien (GB: Les craintes d’une bulle immobilière se multiplient) on pouvait lire que « La Banque d’Angleterre, trois anciens ministres britanniques des Finances et l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) figurent parmi ceux qui s’inquiètent du gonflement d’une bulle immobilière au Royaume-Uni, qui pourrait fragiliser la reprise économique du pays. » On ajoute – je ne crois pas que les Anglais, surtout les Londoniens, vont rire de cela : « Cette flambée a amené les prix à Londres 20% au-dessus de leur plus haut niveau d’avant la crise de 2008, faisant craindre une surchauffe, alors que le coût des logements dans le reste du pays est encore inférieur de 2% au pic d’avant-crise […] Dans les années 80, le premier achat immobilier se faisait à 27-28 ans à un prix moyen pour le Royaume-Uni de 17.000 livres (20.800 euros). Aujourd’hui, ce prix moyen s’établit à 146.726 livres (180.000 euros), avec un premier achat à 30 ans. »

L’article conclu : « Avec la reprise économique qui se confirme au Royaume-Uni, l’OCDE s’attend en outre à voir la BoE [Banque d’Angleterre] élever les taux d’intérêts directeurs de 0,5% pour les porter à 1% l’année prochaine, ce qui alourdirait un peu plus les remboursements d’emprunts à taux variables qui représentent 52% des prêts britanniques selon l’OCDE. Au risque de voir le nombre de propriétaires insolvables croître. » Si Londres rit, ce sera de courte durée.

…et le Parti québécois (surtout Lisée!) qui se prosterne devant la Frônce.

Eh misère…