Luc Godbout : le cuisinier du fisc

Après la conciliation travail-famille, c’est l’heure de la conciliation travail-retraite ! Un concept cher à Luc Godbout, président de la Commission d’examen sur la fiscalité. 

La commission Godbout suggère d'augmenter de 310 millions le crédit d'impôt pour solidarité, lequel compense la hausse de la TVQ chez les plus pauvres. Québec suivra-t-il ? (Photo: La Presse Canadienne, Jacques Boissinot)
La commission Godbout suggère d’augmenter de 310 millions le crédit d’impôt pour solidarité, lequel compense la hausse de la TVQ chez les plus pauvres. Québec suivra-t-il ? (Photo : La Presse Canadienne, Jacques Boissinot)

Après la conciliation travail-famille, c’est l’heure de la conciliation travail-retraite ! Un concept cher à Luc Godbout, président de la Commission d’examen sur la fiscalité. Le ministre des Finances du Québec n’a pas tardé à adopter une de ses idées pour relever ce défi : offrir aux travailleurs de 63 ans et plus une bonne raison de reporter leur départ à la retraite, sous forme de crédit d’impôt.

Cette mesure annoncée dans le budget Leitão, en mars, n’est qu’une des trouvailles sorties tout droit du rapport de la commission présidée par Luc Godbout, un des universitaires les plus influents du Québec : 28 recommandations sur les 78 qu’il a proposées se trouvent déjà dans le budget, selon le cabinet de relations publiques Tact Intelligence-conseil. Et 41 autres sont à l’étude.

Professeur de fiscalité à l’Univer­sité de Sherbrooke, Luc God­bout, 46 ans, est économiste et fiscaliste, ce qui est plutôt rare. Cette double formation l’amène à se spécialiser dans les conséquences économiques des lois fiscales plutôt que dans leur application. Je l’imagine en cuisinier un peu obsessionnel, qui tente de doser ceci et cela, à la recherche du plat parfait. Sauf que ses ingrédients, ce sont les taxes, les impôts, les droits et les frais que paient les contribuables.

La disparition progressive de la contribution santé, en 2017, annoncée dans le budget Leitão, la mise en place l’an prochain d’un « bouclier fiscal » pour protéger les contribuables aux revenus modestes s’ils changent de palier d’imposition, tout cela est inspiré de la « cuisine » de Luc Godbout.

Les mesures d’incitation au travail, la conciliation travail-retraite, les conséquences du vieillissement de la population sur les finances publiques sont des enjeux sur lesquels il a signé ou cosigné plus de 200 documents, en plus d’avoir prononcé de nombreuses conférences et d’être sollicité par les médias. Une idée ressort de ses interventions et des travaux de la commission : le régime fiscal peut être plus efficace et dynamiser davantage l’économie, sans remettre en cause la capacité de l’État de financer les programmes sociaux.

La commission préconise une diminution des impôts, jugés trop lourds, surtout quand on les com­pare avec ceux des autres provinces canadiennes et de la plupart des pays industrialisés. Les mesures proposées se traduiraient, lit-on dans le rapport, par une hausse de deux milliards de dollars du produit intérieur brut (la taille de l’économie), par une augmentation de 600 millions du revenu personnel des Québécois et par la création de 20 500 emplois. Certains applau­dissent. Mais parce que la commission veut remplacer des impôts « progressifs » (qui pénalisent ceux qui gagnent plus) par des taxes « régressives » (qui tou­chent l’ensemble de la population de la même manière), d’autres trouvent qu’elle penche nettement à droite.

Luc Godbout s’en défend bec et ongles. « Les Québécois aspirent à une société plus juste et les commis­saires ne voulaient pas que cette réforme s’obtienne au prix d’une croissance des inégalités », dit-il.

Voilà pourquoi la commission — huit professeurs, professionnels et gens d’affaires — ne préconise pas une diminution du fardeau fiscal total. Elle favorise l’adoption de nombreuses mesures qui tou­che­ront les plus hauts salariés. Elle recommande aussi de hausser à 18 000 dollars le seuil à partir duquel on paie de l’impôt : 500 000 contribuables s’ajouteraient ainsi aux 2,3 millions qui sont épargnés par le fisc.

Cette commission, Luc Godbout en rêvait depuis qu’il a travaillé à une réforme de la fiscalité du Mali, dans les années 1990. C’est d’ailleurs dans ce pays qu’il a rencontré sa conjointe, une Qué­bé­coise de Brossard, qui y faisait un stage.

Le professeur, qui conseille les gouvernements depuis des années, serait-il tenté de se lancer en politique pour y défendre ses positions ? « Je suis convaincu que ma contribution est plus grande à l’extérieur du jeu politique », dit-il.

 

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Godbout propose de taxer le gain de capital à 100%, juste avec ça j’en sais assez pour constater que malgré tous ses diplômes et son expérience académique ce type ne comprend pas comment fonctionne un libre marché capitaliste. Remarquez il ne serait pas le premier comme beaucoup de techniciens très calés dans les détails mais complètement déconnecté de l’essentiel.

Le système capitaliste est bâti sur l’initiative individuelle et la prise de risque, la pire chose que vous puissiez faire pour ralentir la création de richesse est de diminuer la récompense associée à la réussite.

Heureusement je pense que des gens comme Leitao au gouvernement comprennent ça et à part quelques mesures bénignes le rapport Godbout sera tabletté, Dieu merci!

Le gouvernement libéral n’a qu’une idée en tête, c’est de baisser les impôts des compagnies et de faire payer toujours plus la classe moyenne. Et c’est frappant avec ces nouvelles mesures.

Parlant de fiscalité et d’égalité, il y avait hier à TV5 (Journal de France 2) un reportage sur le Danemark, on y montrait comment les Danois étaient heureux de payer énormément d’impôt (même les plus faibles revenus paient) puisqu’ils en tiraient en échange la sécurité du berceau à la tombe et plein de merveilleux services tous plus gratuits les uns que les autres. Formidable, même un peu surréel je dirais au point où tout cela a l’air d’être juste un peu trop beau pour être vrai.

Sûr que les Danois sont des gens très organisés, très efficaces et ils ont réussi à pousser le modèle au maximum. Mais même eux ne sont pas capable de transformer le fer en or. Ce que le reportage ne disait pas c’est comment on arrive à créer une économie capable de supporter tout ça. C’est pourtant simple, on y arrive pas, au Danemark la croissance économique est supportée par un endettement des ménages croissant qui a atteint un niveau stratosphérique. Le plus élevé au monde à côté de la Norvège. En fait tout ce qu’accompli cette belle sécurité offerte par l’état c’est de mettre tout le monde (banques, investisseurs et clients) en confiance pour s’endetter jusqu’au cou? En d’autres mots le modèle Danois est un mirage.

C’est pareil au Québec, si le gouvernement est trop gros et siphonne trop de richesse peu importe que les intentions soient bonnes et comment vous organiserez les choses vous allez finir par sombrer. C’est pour ça que Godbout est dans le champ, sont but est d’étirer la sauce alors qu’il faudrait se mettre au régime.

« La disparition progressive de la contribution santé, en 2017, annoncée dans le budget Leitão, la mise en place l’an prochain d’un « bouclier fiscal » pour protéger les contribuables aux revenus modestes s’ils changent de palier d’imposition, tout cela est inspiré de la « cuisine » de Luc Godbout. »

Euh…. le principe du bouclier fiscal est dans l’air depuis au moins Parizeau, on en parle depuis assez longtemps que le taux marginal d’imposition effectif des moins nantis est très élevé et qu’il faut le diminuer. Et la taxe santé? On parle de son abolition depuis son entrée en vigueur.

« Les mesures d’incitation au travail, la conciliation travail-retraite, les conséquences du vieillissement de la population sur les finances publiques sont des enjeux sur lesquels il a signé ou cosigné plus de 200 documents, en plus d’avoir prononcé de nombreuses conférences et d’être sollicité par les médias. »

J’ai comme l’impression que derrière Godbout se cache tout ceux qui devrait parler à sa place sur les sujets qu’ils connaissent beaucoup mieux que lui mais qu’ils ont coché qu’il ne voulait pas donner d’entrevues ou avoir une quelconque relation avec les médias.

Bref, Godbout n’est pas un messie des sciences économiques (je serais curieux de connaître l’opinion du corp professoral des départements d’économique du Québec à son endroit).

J’apprécie beaucoup ce billet de blog qui aborde avec distinction et une certaine légèreté, un sujet aussi ardu, pour ne pas dire aride que celui de la fiscalité. Vous présentez de bonne façon les défis auxquels monsieur Godbout et ses équipiers étaient confrontés, couplé au fait qu’il est parvenu bel et bien à livrer la marchandise. Ce qui n’était pas une évidence à première vue.

Les propositions faites par monsieur Godbout, contribuent à alimenter le débat. Ces travaux nous aideront certainement pour les années à venir, à offrir pour le Québec une fiscalité basée sur les faits qui soit en cette occurrence plus juste et plus équitable pour toutes les québécoises et les québécois.