Messieurs, il est moins une

Le pourcentage de femmes dans les conseils d’administration des grandes entreprises québécoises n’a augmenté que de quelques points en 25 ans. Si ces dernières ne font pas de progrès tangibles d’ici cinq ans, il faudra imposer un quota.

Au Québec, plus de la moitié des diplômés universitaires qui travaillent à temps plein sont des femmes. Mais plus on monte dans la hiérarchie du travail, moins elles sont nombreuses. En 2012, elles occupaient seulement le quart des postes de cadres supérieurs. Dans les grandes entreprises, la proportion de femmes parmi les hauts dirigeants et les administrateurs va de 15 % à 18 %.

Les femmes aspirent-elles moins que les hommes aux postes de direction ? Au contraire. Nombre d’études ont montré que leurs aspirations sont les mêmes, qu’elles aient ou non des enfants. Y aurait-il discrimination ? Aucun doute. Mais elle est dans le résultat, pas dans l’intention. Les hommes qui dominent les hauts échelons ne sont pas malfaisants. Mais ils ont tendance à s’associer à des gens qui leur ressemblent — d’autres hommes. Leurs réseaux d’amis sont très soudés et incluent rarement des femmes, et les recruter n’est pas spontané chez eux. Celles-ci évitent de s’en plaindre, souvent parce qu’elles craignent de passer pour féministes et de nuire ainsi à leurs futures chances d’avancement.

En admettant moins de femmes au sommet, notre système économique gaspille les talents de la moitié de la population. La gouvernance des entreprises serait de meilleure qualité si elles étaient en plus grand nombre. Mais pour que leur influence soit décisive, il faut une masse critique de femmes. Autrement, elles continueront à être traitées comme une minorité, sans doute sympathique, mais peu crédible — le syndrome de la potiche.

Economie-Femmes-Actives

La Norvège a trouvé une solution. Elle impose un minimum de 40 % de femmes dans les conseils d’administration des grandes entreprises. Après plusieurs années de trop lents progrès, des sanctions sévères ont été introduites en 2006 pour les cas de non-respect de ce quota. Le taux de femmes dans les conseils a immédiatement pris l’ascenseur, passant de 18 % à 40 % en moins de trois ans. Réticents au départ, les milieux d’affaires norvégiens ne se sont jamais plaints d’avoir eu du mal à trouver des femmes qualifiées pour occuper les postes d’administratrices. L’opposition s’est tue.

Au Québec, les gens d’affaires membres de la Table des partenaires influents, mise sur pied par le gouvernement du Québec, ont rendu public un rapport sur la question en avril. Tout comme initialement leurs homologues norvégiens, ils ont rejeté l’idée d’un quota de femmes. Ils ont plutôt invité les entreprises à s’engager volontairement à améliorer la représentation des femmes dans les postes de responsabilité et à divulguer leurs stratégies et résultats. Seule membre dissidente de la Table, l’ancienne ministre des Finances du Québec, Monique Jérôme-Forget, a réclamé l’application immédiate de la solution norvégienne.

Il se peut fort bien que Monique Jérôme-Forget ait raison. Car depuis 25 ans, la méthode du libre choix n’a pas marché au Québec. Le taux de femmes n’a enregistré aucun progrès parmi les cadres supérieurs et n’a augmenté que de quelques points parmi les membres des conseils d’administration. Comme en Norvège, où à peu près rien n’avait bougé avant l’imposition du quota de 40 %, en 2006.

Le Québec peut bien accorder un dernier délai, disons de cinq ans, à ses entreprises pour montrer le sérieux de leur engagement. Sinon, la cible de 40 %, il faudra la leur imposer.

Pierre fortin est professeur émérite à l’UQAM et chercheur au Centre interuniversitaire sur le risque, les politiques économiques et l’emploi (CIRPEE).

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