Mgr Turcotte et les jeunes entrepreneurs

Décédé mercredi, le cardinal Jean-Claude Turcotte a beaucoup fait pour la cause de l’entrepreneuriat jeunesse à Montréal, rappelle Pierre Duhamel.

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Photo : La Presse Canadienne

On a entendu de nombreux témoignages à la suite du décès du cardinal Jean-Claude Turcotte. L’ancien archevêque de Montréal a laissé le souvenir d’un homme sincère et entier, qui était très impliqué dans sa communauté — notamment auprès des pauvres et des plus démunis.

Je ne savais toutefois pas qu’il s’était aussi impliqué en faveur de l’entrepreneuriat.
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C’est Camille Gagnon, fondateur de la société Innovitech (une entreprise de consultation stratégique en innovation), qui a partagé ce court message aux membres de la Fondation Montréal inc., dont je suis membre du conseil d’administration depuis quelques années.

Camille Gagnon est actif au sein de la Fondation depuis sa création, et il est toujours membre du conseil. Voici son témoignage :

Le cardinal Jean Claude Turcotte a été membre du premier conseil d’administration de la Fondation. Il a été un ardent défenseur et promoteur dynamique [de celle-ci]. Pour lui, encourager les jeunes à réaliser leurs rêves et créer de la richesse à Montréal par leur entrepreneurship constituaient un témoignage important de solidarité et d’engagement. Alors que les églises se vidaient, il voulait être sur le terrain pour partager simplement les vraies valeurs chrétiennes qui l’animaient.

Avec Pierre Bourque et Marguerite Blais, il a été un des premiers à y croire ; son sens de l’humour a mis beaucoup de «piquant» à nos réunions de CA, et il était toujours là pour nous aider… sauf lorsque nous avons fait des événements au Casino de Montréal !

J’ai demandé à Camille Gagnon de m’en dire un peu plus et de me raconter l’origine de cet organisme, qui a aidé au démarrage de 817 entreprises montréalaises depuis sa création et contribué à des investissements de plus de 57 millions de dollars.

La Fondation Montréal inc. verse annuellement 600 000 dollars en bourses à de jeunes entrepreneurs, tout en leur faisant bénéficier des conseils de gens d’affaires et de professionnels aguerris.

Je voulais surtout connaître la contribution du cardinal à une œuvre qui me tient personnellement à cœur.

Pierre Bourque, élu maire de Montréal en novembre 1994, était un ancien employé de la ville, dont il recevait alors une pension. Il avait décidé de donner son salaire de maire à une fondation qui viendrait en aide à de jeunes Montréalais sous le seuil de la pauvreté en les aidant à se lancer en affaires. À l’époque, l’organisme, créé en 1996, s’appelait la Fondation du maire de Montréal pour la jeunesse.

Camille Gagnon raconte que Pierre Bourque avait une personnalité à la fois flamboyante et généreuse, et il avait la tentation de donner, au hasard de ses rencontres, de l’argent déjà versé à la nouvelle fondation. Il fallait que le nouveau conseil d’administration veille au grain et structure l’organisme pour que les fonds soient octroyés selon des critères précis, ainsi qu’en fonction des mérites des projets qui lui étaient soumis.

Nommé sur le conseil d’administration par le maire Bourque, le cardinal Turcotte a été l’un des principaux artisans de la transformation de la Fondation en un organisme de soutien aux jeunes entrepreneurs montréalais. «C’était un homme généreux, intelligent et d’un très bon jugement», me raconte Camille Gagnon.

«Monseigneur Turcotte, qui tenait à se faire appeler Jean-Claude, voulait que les jeunes bénéficiaires s’engagent dans le développement de leur communauté. Il misait sur l’entrepreneuriat, parce qu’il voulait que les jeunes créent non seulement leur emploi, mais aussi de la richesse avec l’aide que nous leur donnions. Il avait confiance en la jeunesse et une grande foi dans sa capacité de réussir».

Depuis les débuts de l’organisation, les jeunes soumettent et défendent leur projet devant les employés ou bénévoles de la Fondation, un peu à la manière des entrepreneurs qui sollicitent un investissement dans l’émission Dans l’œil du dragon. «Pendant les quelques années où il a été membre du conseil d’administration, Monseigneur Turcotte assistait toujours à ces rencontres, et il posait des questions très pertinentes», se souvient Camille Gagnon.

Son engagement ne s’arrêtait pas là. Il achetait régulièrement des produits fabriqués par les boursiers de la Fondation pour les remettre à ses nombreux invités.

Pour Camille Gagnon, «Jean-Claude» a été l’un des artisans de la transformation de la Fondation — peut-être pensée à l’origine comme un organisme de charité, mais devenue rapidement un organisme voué à promouvoir l’entrepreneuriat jeunesse à Montréal.

En ce qui me concerne, voilà une raison bien suffisante pour saluer ce grand homme.

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À propos de Pierre Duhamel

Journaliste depuis plus de 30 ans, Pierre Duhamel observe de près et commente l’actualité économique depuis 1986. Il a été rédacteur en chef ou éditeur de plusieurs publications, dont des magazines (Commerce, Affaires Plus, Montréal Centre-Ville) et des journaux spécialisés (Finance & Investissement, Investment Executive). Conférencier recherché, Pierre Duhamel a aussi commenté l’actualité économique sur les ondes de la chaîne Argent, de LCN et de TVA. On peut le trouver sur Facebook et Twitter : @duhamelp.