Mine de fer du lac Bloom : précisions

Le blogueur Pierre Duhamel apporte quelques informations supplémentaires au sujet de son dernier billet («Plan Nord : les Australiens sèment la pagaille»).

Blogue EconomieCertains internautes ont commenté mon dernier billet («Plan Nord : les Australiens sèment la pagaille»), remettant en question, entre autres, la teneur du fer qu’on trouve dans les mines du Labrador, ainsi que les chiffres liés aux coûts d’exploitation de la mine du lac Bloom, dans le nord du Québec.

J’aimerais apporter des informations supplémentaires à ce sujet.

D’abord et avant tout, bien entendu que Cliffs est une entreprise américaine, et rien n’indique le contraire dans le corps du texte, c’est-à-dire ce que j’ai écrit sur le sujet. L’erreur se trouvait plutôt dans le sous-titre rédigé par l’équipe Web de L’actualité et corrigé depuis.

En ce qui a trait à la teneur du fer, ma référence est l’étude de Secor de 2012 (pdf). On y lit, en page 59 : «Le fer québécois est tiré de la fosse du Labrador et possède une teneur qui tourne généralement autour de 30 %, ce qui constitue une teneur deux fois moindre que celle de plusieurs gisements mondiaux d’importance.»

Puis, en page 61 : «La concentration moyenne des gisements actuellement en production au Québec est environ deux fois plus faible que celle de gisements en exploitation au Brésil ou en Australie (cf. Figure 32). Cela signifie que l’on doit donc extraire des quantités au moins deux fois plus importantes de minerai pour obtenir la même quantité de fer.»

Quant au transport, la même étude soutient qu’il faut 15 jours pour transporter du fer de l’Australie à la Chine, 34 jours du Brésil à la Chine et 43 à partir du Québec.

Quant aux coûts d’exploitation, Cliffs les établissait à 90 dollars la tonne au comptant en 2013, c’est-à-dire sans les charges liées à l’amortissement, à l’épuisement et à la dépréciation.

La question des coûts d’exploitation trop hauts a été soulevée par tous les médias, dont le journal Les Affaires.

* * *

À propos de Pierre Duhamel

Journaliste depuis plus de 30 ans, Pierre Duhamel observe de près et commente l’actualité économique depuis 1986. Il a été rédacteur en chef et/ou éditeur de plusieurs publications, dont des magazines (Commerce, Affaires Plus, Montréal Centre-Ville) et des journaux spécialisés (Finance & Investissement, Investment Executive). Conférencier recherché, Pierre Duhamel a aussi commenté l’actualité économique sur les ondes du canal Argent, de LCN et de TVA. On peut le trouver sur Facebook et Twitter : @duhamelp.

1 commentaire
Les commentaires sont fermés.

En complément de vos précisions, j’aimerais ajouter que le fer extrait de la mine du lac Bloom, n’est pas spécifiquement destiné au marché asiatique, il doit servir normalement à approvisionner les aciéries nord-américaines.

Le nombre des aciéristes en Amérique du nord a baissé presque de moitié au cours de ces 15 dernières années et ceux qui restent, sont en grande partie contrôlés par des intérêts étrangers. À ce titre Cliffs suit le marché et concentre plutôt ses activités sur la production d’ingrédients destinés à produire en Amérique des produits d’acier de haute qualité.

La production de minerai de fer au Canada a également baissée, elle était de 60 millions de tonnes en 1979 et elle devrait se situer désormais aux alentours de 25 millions cette année, elle est en baisse constante depuis 4 ou 5 ans.

Suivant les informations que j’ai recueillies sur le site de cette compagnie, les contrats d’approvisionnement en minerai des aciéries avec lesquelles elle est en affaire, sont des contrats conclus de gré-à-gré. Ils ne sont donc pas transigés en Bourse. La valeur de ces contrats se situe en moyenne sur une base de 90$US/tonne, lorsque ses coûts moyens d’exploitation pour l’Amérique du nord seraient en moyenne aux alentours de 59$/tonne. Cliffs se targue d’avoir parmi les meilleures marges bénéficiaires de la profession.

De plus puisque Cliffs dispose de mines en Chine, en Australie et au Brésil, cette multinationale peut approvisionner tous ses marchés sans avoir besoin du minerai canadien (du moins actuellement). Ainsi, le problème qui touche lac Bloom et d’autres mines canadiennes et américaines. C’est simplement parce que les aciéries nord-américaines traitent moins de fer qu’elles n’en traitaient voici 30 ans.

À ce titre les économistes sont partagés. Certains estiment qu’il n’y a pas besoin de plus d’aciéries puisque celles en opération suffisent. D’autres pensent qu’il faudrait en construire de nouvelles pour donner à nos minerais le débouché qu’il n’a plus présentement.

De plus, il est possible de produire d’excellents aciers à partir d’aciéries fonctionnant à l’électricité. Hors au Québec, nous disposons aussi justement de cette source d’énergie. Pourquoi, ne pas en optimiser son utilisation et penser globalement du point de vu de notre propre développement ?