Moi, je déménage au chalet!

 

Hier, les bouchons de circulation, la course perpétuelle, le bruit constant. Aujourd’hui, les arpents de neige, la forêt apaisante, le chant des oiseaux. Il y a deux ans, François Gohier, 58 ans, a changé de vie : son épouse et lui ont abandonné Montréal pour déménager à leur chalet, à Sainte-Agathe, dans les Laurentides. « Nos enfants avaient pris un appartement et ma femme rêvait d’une vie à la campagne, alors on a fait le grand saut », dit-il.

Ce couple de professionnels à la retraite fait partie de la multitude de baby-boomers québécois qui effectuent un retour à la terre. Dans la MRC des Laurentides — qui comprend notamment les municipalités de Sainte-Agathe et de Mont-Tremblant —, les baby-boomers sont déjà si nombreux qu’ils sont à l’origine d’une croissance de la population, laquelle augmente au rythme moyen de 3 500 personnes par année. En 2026, plus du quart de la population de cette MRC aura 65 ans ou davantage.

L’urbaniste Daniel Gill, de l’Université de Montréal, rappelle que les baby-boomerscomptent pour 40 % de la population et qu’ils en constituent la tranche la plus riche : bon fonds de pension, maison payée, bref, « ils arrivent à une époque de leur vie où ils ont les moyens de réaliser leurs rêves ». Selon lui, le prix des maisons dans les secteurs revitalisés, comme les Laurentides et l’Estrie, devrait donc monter au cours des prochaines années.

Pas à court terme, croit plutôt François Des Rosiers, professeur de gestion urbaine et immobilière à l’Université Laval. « Les chalets et les résidences secondaires sont des produits de luxe. Ce seront les premiers touchés par le ralentissement économique. Vous voulez acheter un chalet ou un terrain à la campagne ? Attendez un an, conseille-t-il. Les prix vont baisser. »

Pour l’ingénieur Sylvain Bouthillier, 45 ans, amateur de ski, il n’était pas question d’attendre. Le terrain de Bromont dont il rêvait, il l’a acheté en 2003. Un peu grâce au chroniqueur de La Presse Pierre Foglia. « Il avait écrit que les baby-boomers étaient en train de tout acheter, du Richelieu jusqu’au lac Memphrémagog », raconte ce père de deux ados de 16 et 15 ans. « Il n’était pas question que je me retrouve avec les miettes que les autres laisseraient… »

Il a payé 47 000 dollars un terrain à flanc de montagne d’un peu plus de deux acres (un hectare), qu’il bichonne en attendant d’y construire sa résidence secondaire. « Des agents me contactent parfois pour m’en offrir le double et même plus. Mais pas question de vendre », tranche-t-il. Il est vrai qu’aujourd’hui, en Estrie et en Montérégie, les terrains de deux ou trois acres près des lacs et des centres de ski sont souvent mis en vente à plus de 100 000 dollars.

Ces régions ne sont pas les seuls endroits prisés. Les Laurentides, Charlevoix, la rive sud du fleuve attirent aussi les néocampagnards. « Les gens qui habitent à Québec doivent aller jusqu’à Rivière-du-Loup pour trouver un terrain pas trop cher », dit François Des Rosiers. Les rives du lac Saint-Jean n’échappent pas à la folie : à Saint-Henri-de-Taillon, un terrain de 20 acres est en vente à 2,4 millions de dollars !

Vous ne voulez pas payer trop cher pour un grand terrain ? Tournez-vous vers la Gaspésie, conseille André Gagné, directeur du Service de l’expertise technique de l’Association provinciale des constructeurs d’habitations du Québec. « Vous trouverez des terrains de 100 acres à 50 000 dollars. Achetez-vous un petit avion et vous y serez en une heure ! » lance-t-il avec humour.

Il est difficile, voire impossible, d’obtenir des données précises sur le nombre de Québécois propriétaires d’un chalet ou d’une résidence secondaire. À Statistique Canada, les données les plus récentes datent de 1999. À la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), elles proviennent d’un sondage mené à l’été 2001. Et la Fédération des chambres immobilières du Québec (FCIQ) n’en a aucune. Lorsque les agents vendent une propriété, ils ne savent pas si l’acquéreur a l’intention d’en faire sa résidence principale ou secondaire. « C’est une information qui ne figure pas dans nos bases de données », dit Michel Beauséjour, chef de la direction de la FCIQ.

Selon Statistique Canada, 6 % des ménages canadiens avaient un chalet en 1977. Vingt ans plus tard, cette proportion était passée à 7 %. D’après la SCHL, 10 % des habitants des régions métropolitaines de Montréal et de Québec possédaient une résidence secondaire en 2001.

La FCIQ a enregistré 2 876 ventes de maisons individuelles en bordure de l’eau au Québec en 2008, ce qui représente
5,3 % de toutes les ventes de maisons individuelles l’an dernier. On ne peut que présumer que bon nombre de ces propriétés sont des résidences secondaires…

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