Mon florilège de campagne (3) : « l’identitaire »

Les questions identitaires prennent une énorme place dans une campagne électorale québécoise. Langue, immigration, mécanique référendaire et destin national sont constamment mis à l’avant-scène. Je n’ai pas écrit sur le sujet, mais je voudrais partager certaines réflexions.

Faut-il étendre la loi 101 aux entreprises de moins de 50 employés. Jérôme Lussier, sur le site de Voir, raconte l’histoire suivante :

Je connais quelqu’un à Montréal qui travaille pour une petite entreprise où on parle presque exclusivement en anglais. Appelons-le Gaston, et son employeur, NewTech.

Gaston a commencé à travailler pour NewTech il y a quelques années. Il était parmi les cinq premiers employés de la boîte, une petite startup de biotechnologie démarrée par un scientifique affilié à une université de Montréal.

Au fil des mois, l’entreprise prend forme, développe sa technologie et commence à obtenir des contrats — presque tous en provenance de compagnies américaines. Prudemment, NewTech commence à embaucher quelques employés de plus, et à offrir des postes aux stagiaires, étudiants, chercheurs étrangers et travailleurs contractuels qui gravitent autour de l’entreprise. Avec moins de cinq ans de service, Gaston se retrouve parmi les employés senior de la jeune entreprise.

Sans surprise, la langue de travail est l’anglais, la seule qui permette aux employés anglos, francos, chinois, iraniens, tchèques, roumains et russes (et autres) de communiquer entre eux, avec leurs fournisseurs et leurs clients, presque tous étrangers.

Les contrats continuent d’arriver et l’entreprise grandit. Son chiffre d’affaire croît. Elle emménage dans de nouveaux locaux. Elle approche de 50 employés — seuil où l’actuelle loi 101 exige qu’elle soit francisée.

Or, bien que plusieurs employés parlent le français comme langue seconde, et que certains (dont la numéro 2) soient francophones « de souche », la francisation de l’entreprise poserait un problème considérable. L’entreprise est organiquement liée à une université anglophone, ses clients sont étrangers, et la majorité de ses employés — incluant plusieurs médecins formés à l’étranger — sont anglophones ou allophones. Forcer NewTech à adopter le français comme langue de travail aurait un impact majeur sur la conduite de ses affaires, tant à l’interne qu’à l’externe.

Pour cette raison, NewTech a essentiellement freiné sa croissance il y a quelques années. Pour éviter une francisation qui la dénaturerait profondément, l’entreprise a préféré jouer avec les chiffres et maintenir son nombre d’employés officiels sous la barre du 50, quitte à embaucher des travailleurs contractuels et à faire preuve de créativité dans sa comptabilité des ressources humaines. Sans cette obligation de francisation, l’entreprise compterait peut-être 60 ou 80 employés aujourd’hui. Mais dans les circonstances, elle s’auto-limite pour échapper au fardeau que lui imposerait la loi.

Mais tout ça pourrait bientôt n’avoir aucune importance.

En effet, le Parti Québécois a promis, s’il est élu, d’adopter une « nouvelle loi 101 » qui ferait passer le seuil de francisation de 50 à… 11 employés. Onze. Dans ce cas, plus d’échappatoire ou de manoeuvre possible pour NewTech : elle devra se convertir au français, se débarasser d’une quarantaine d’employés, payer des amendes ou quitter le Québec. Game over.

(…)

Cela dit, la volonté de francisation à tout prix qui semble être au coeur de cette « nouvelle loi 101  »  – et qui viserait même des entreprises de 11 personnes, dans des secteurs de haute technologie, opérant dans un contexte international où l’anglais fait office de lingua franca — semble relever davantage de l’aveuglement idéologique et d’une anglophobie primaire que de la défense réaliste des intérêts socioéconomiques du Québec.

Jérôme Lussier a également commenté l’engagement du PQ à restreindre l’accès aux cégeps anglophones des allophones et des francophones.

Plus de 92% des étudiants qui étudient en français au secondaire s’inscrivent au cégep français. Chez les allophones (qu’ils aient étudié en français ou en anglais au secondaire), 53% choississent le cégep francophone. En 2000, c’était 43%. En 1980, c’était 20%. Pour les allophones qui ont étudié en français au secondaire, la proportion monte à 68%. La tendance historique favorise clairement les cégeps francophones.

Mais ce n’est pas assez pour certains, qui voudraient (entre autres) éliminer le droit des allophones et des francophones d’étudier en anglais au cégep. Pour eux, encore trop de cégépiens exercent leur liberté de la mauvaise façon. Il faut donc leur retirer.

(…)

Pour eux, l’élargissement de la loi 101 coule de source et se justifie dans le cadre d’une politique qui vise à préserver l’identité historique du Québec par tous les moyens possibles, incluant la réduction du nombre d’immigrants et l’éliminaton de l’anglais dans les sociétés parapubliques, dans les petites entreprises, les dépanneurs, dans l’affichage commercial, à l’école primaire et sur les scènes de spectacle.

Pour ce clan, visiblement, la liberté n’existe qu’à l’intérieur d’un cadre identitaire prédéterminé. Vous pouvez étudier ce que vous voulez — pourvu que ce soit en français. Vous pouvez fonder une entreprise de votre choix — pourvu que ce soit en français. Vous pouvez chanter tout ce qui vous passe par la tête — pourvu que ce soit en français. Vous pouvez même faire de la politique — pourvu que ce soit en français.

Autrement dit: on prend l’ensemble des possibilités du monde et on les réduit à l’univers francophone québécois, à l’intérieur duquel les choix peuvent s’exercer.

Ça rappelle la description comiquement paradoxale que Fred Pellerin donnait de son personnage d’Ésimésac Gélinas, « l’homme le plus fort du monde de Saint-Élie-de-Caxton ». Ou alors la célèbre phrase de Henry Ford: « Vous pouvez acheter une automobile de la couleur que vous voulez, à condition qu’elle soit noire. »

Les Québécois sont riches de leur diversité.  Ils ne s’enrôlent pas tous sous la bannière d’une seule vision du monde, d’une seule langue ou d’une seule origine ethnique.  Les Québécois ne se confondent pas dans le moule préfabriqué d’une identité imaginaire, hantée par la crainte de sa disparition prochaine.  Ils ne voient pas non plus tous leur libération personnelle dans les chimères d’une social-démocratie qui peine à se moderniser.
Le Parti québécois a décidé de faire de cette élection un référendum sur une vision monolithique de l’identité québécoise, jumelée à une vision tout aussi monolithique de l’organisation de notre société.  Pour ce parti, il ne semble exister qu’un seul type de Québécois. Celui-ci est francophone de naissance, catholique non pratiquant et indépendantiste de gauche. Les autres Québécois n’ont d’existence que périphérique et à vrai dire ennuyante.  Légiférer pour célébrer le premier et marginaliser le second est considéré par le Parti québécois comme une manière tout à fait légitime de gouverner.
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Je pense que les anglos ont peur pour rien en ce qui concerne le fait d’étendre la Loi 101 aux entreprises de moins de 50 employés. Je veux dire, apprendre le Français est-ce si épeurant? Les changements font tjrs peur, mais je pense que celui-là est justifié pour le Qc. Je suis certaine que cela se fera doucement, sans mettre personne à la rue et que dans quelques années les anglos verront que cela n’était pas si terrible et qu’ils ne s’en porteront pas plus mal.

« Le jardinier peut décider de ce qui convient aux carottes, mais nul ne peut choisir le bien des autres à leur place. » – Jean-Paul Sartre.

– J’aimerais vous offrir une petite réflexion que m’inspire votre : « troisième florilège de campagne »

J’ai appris de mes études, qu’il n’est pas de démarche scientifique si vous n’adoptez pas une méthodologie. Vous pouvez choisir la méthodologie que vous voulez, encore faut-il être capable d’expliquer si possible publiquement comment et de quelle manière vous procédez. L’homme gouverné par sa seule rationalité est un fait qui n’est pas avéré.

Ce que je remarque, c’est que plus souvent qu’autrement on part de cas particuliers pour pontifier sur le fait que cela rejoint le cadre général. Je vais donc prendre un exemple très simple. Je relève qu’une personne qui s’appelle Jean-Paul (prénom fictif) ne sent pas bon. J’ignore les raisons qui font que JP ne sent pas bon, malgré tout j’échafaude une théorie bien faite et donc convaincante suivant laquelle toutes les personnes qui se prénomment JP sentent mauvais. Ma théorie est tellement concluante que certains professionnels de la communication s’intéressent à moi et se mettent à encenser ma doctrine sur les mauvaises odeurs.

Certains spécialistes reconnus, alors se joignent à moi ; partant du cas de JP, il parviennent à extrapoler et établir que c’est l’humanité toute entière qui ne sent pas bon. Cela a bien du sens. Des investisseurs aguerris flairant non seulement l’odeur mais la bonne affaire vont se mettre à lancer sur le marché des parfums subtils qui effacent toutes les mauvaises odeurs évidemment pour une durée limitée. La fortune de ces investisseurs aguerris est faite. Cela veut-il dire pour autant que ma théorie soit juste et qu’elle soit validée par les faits ? Qu’importe puisque ma notoriété est désormais assurée.

– Cela signifie-t-il que ce que j’écris là soit vrai ou que cela soit faux ? Cela signifie-t-il que les auteurs de ces extraits ici exposés disent tous la vérité ou cherchent à convaincre et à se convaincre que ce qu’ils disent est vrai ?

Ça c’est l’oeuvre des conservateurs du québec.

Le but c’est de conserver, conserver la langue, conserver les traditions, conserver les valeurs égalitaires catholiques, conserver les crucifix, conserver le moule identitaire etc.

Les péquistes sont de grands conservateurs au fond… En tout cas ce sont les plus conservateurs au québec actuellement.

Ce sont ceux qui limitent le plus nos libertés civiles et économiques.

« Or plusieurs Québécois sont mal à l’aise avec l’image qu’un tel régime projette de leur identité, soit celle d’un peuple dont la culture est maintenue en vie par un respirateur artificiel législatif. »

Je pense que la firme NewTech et toutes les autres devraient utiliser la liberté qui leur reste pour quitter le québec et aller juste de l’autre coté en ontario.

« Je pense que les anglos ont peur pour rien… »

« Je pense que les employeurs s’en font pour rien… »

Vous êtes anglos? Vous êtes employeurs? Vous pensez que ces gens sont incompétents à choisir ce qui est le mieux pour eux? Et surtout vous le savez mieux qu’eux, juste comme ça?

Qu’avez-vous donc réalisé dans votre vie en matière de création d’emploi qui vous permet un tel jugement? Vous êtes d’une incroyable arrogance!

Nos ancêttres ont réussi à nous transmettre notre langue et nos coutumes SANS loi 101!

Sommes-nous plus abrutis qu’eux???

D’accord, les « faucons » de la langue minimisent l’impact économique d’un élargissement de la loi 101. Mais de même, les adeptes du laisser-faire linguistique sous-estiment grandement le pouvoir d’assimilation de l’anglais chez nous.

Personnellement, je crois que la bataille du français est perdue à long terme. Inutile donc de renforcer la loi 101 et d’ainsi irriter davantage les anglophones et allophones québécois, tout en affaiblissant notre économie. N’empêche qu’il n’est pas facile pour un peuple de se résigner à sa disparition progressive, même si celle-ci se fait en douceur.

Aussi j’éprouve de la sympathie pour les péquistes comme Jean-François Lisée, et il me vient un sentiment de révolte quand des commentateurs anglophones et même francophones les traitent de xénophobes et même de racistes, comme cela s’est produit souvent pendant la campagne.

@Richard

Pathétique! Pauvre petits anglo et allophones qui seront irrités! Franchement! On est fiers d’être francophones et nous allons réussir à protéger notre belle culture. Et un par un, les québecois passeront d’un éveil à un réveil! Il n’est jamais trop tard pour une prise de conscience lucide.

À mon avis, il me semble trop interventioniste d’élargir la loi 101 aux entreprises de moyenne taille, elles ont des autres chats à foueter dans ce monde si competitif, mais il y a quelque chose dans votre argumentation qui me fait poser les questions suivantes, est-ce que ces travailleurs venus au Québec n’ont aucune intention d’apprendre le français? c’est si difficile après quelques années sur place? Est-t-il nécessaire une loi pour les motiver?