Mon florilège de fin de campagne (1)

La campagne électorale achève. Je vous propose quelques extraits de chroniques ou de commentaires qui m’ont inspiré ou fait réfléchir.

Je commence avec ce texte de Jean-François Ouellette, stagiaire en droit à l’ONU, plus spécifiquement à l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle. Il termine parallèlement une maîtrise en commerce électronique à HEC Montréal. C’est lui qui m’avait gentiment suggéré de me mettre à jour en prenant exemple des pays scandinaves. Je lui avais répondu ceci. Il m’a renvoyé cela. Je ne suis pas nécessairement d’accord, mais le propos est intelligent, bien articulé et très respectueux. Il devrait susciter plusieurs commentaires.

Cher M. Duhamel,

Je sens le besoin de vous écrire. Vous avez publié un article récemment concernant un commentaire en réaction à votre article Tous des filous? Vous vous en souviendrez probablement, il s’agit du commentaire concernant les pays scandinaves. Voilà. Je sens le besoin de vous écrire.

D’abord, je vous avoue que je suis franchement ravi. Nous avons permis à plusieurs de s’exprimer sur la question et l’article semble avoir été somme toute assez populaire, si l’on se fie aux recommandations, aux commentaires et aux tweets. Il y a parfois du bon qui résulte de mon insolence, et cela me rassure. À ce sujet, sachez que je ne suis aucunement rancunier pour votre article et il me tenait simplement à cœur de vous permettre de connaître le fond de ma pensée concernant mon commentaire. Je n’aimerais pas que vous repartiez avec l’idée qu’il s’agissait d’une vulgaire insulte à l’endroit de votre personne. Aussi, je tiens à ce que vous compreniez que je ne suis pas apôtre de la gauche primaire.

Lorsque j’ai critiqué votre pensée économique, c’est que j’avais l’impression que votre article Tous des filous? concluait sur une pointe de pensée magique. Je me méfie de la pensée magique, d’un côté comme de l’autre. Permettez-moi de vous rappeler que votre article traitait de corruption, la plus grande partie étant dédiée à l’historique de la corruption politique. Enfin, l’article culminait sur la taille du panier de services de l’État. Or, j’ai trouvé que votre article n’établissait aucun lien de causalité probant entre les deux phénomènes. Votre conclusion sur la taille du panier de services me laissait perplexe. Le tout semblait suggérer qu’un état réduit pourrait résoudre en quelques sortes les problèmes de corruption.

Oui, d’abord il y a une évidence. Celle que si l’État est plus petit, il y a moins à gérer pour des gens corrompus. Cela va de soi, mais cela ne règle pas le problème de la corruption. Et alors, pourquoi y a-t-il des états qui gèrent un portefeuille de services bien plus grand que celui du Québec qui connaissent moins de corruption et qui connaissent aussi une grande efficacité? C’était d’ailleurs la question à laquelle vous deviez répondre dans votre deuxième billet si vous vouliez remettre le commentaire en contexte.

Alors, comment se fait-il que le Québec soit aussi corrompu que votre article semble le dire? Et que fait-on pour y remédier? C’est là où j’ai l’impression que la question dépasse votre vision économique. Ne le prenez pas mal. La question de la corruption dépasse ma compréhension aussi! Elle est complexe. S’il existait une recette miracle, on l’adopterait. Mais voilà, d’attaquer le problème de la corruption simplement en plaidant à une réduction de la taille de l’État… cela fait très simpliste. Cela fait très… néo-classique primaire.

Ces théories de l’école néo-classique ont certes permis à des pays d’assurer la transition harmonieuse entre le communisme central et le capitalisme. Elles ont aussi permis de s’attaquer et de prévenir l’hyperinflation. Ces théories ont aussi permis à des peuples de se libérer du joug de dictateurs. Ce n’est pas rien! Cela dit, nos problèmes ont évolué et cette théorie économique n’y répond plus. Rapidement, ces problèmes, de la manière dont je les conçois, se résument à une crise écologique imminente, une surconsommation de nos ressources naturelles, des multinationales dont les revenus dépassent le PIB de certains pays et des états aux griffes du pouvoir financier, des lobbys et des spécialistes en relation publique.

Malheureusement, je n’ai pas l’impression que les thèses d’un économiste dont la principale préoccupation était de combattre le nazisme suffisent aujourd’hui pour résoudre des problèmes contemporains. Bien que l’école néo-classique se soit sophistiquée, elle s’appuie toujours sur un idéal que le marché crée un «ordre spontané».

S’il est vrai que le marché règle bien le prix courant des biens de consommation, ou le cours des valeurs mobilières, ou encore le salaire des travailleurs, il n’en va pas autant de soi lorsque l’on traite de biens indivisibles (ou biens communs, si vous préférez), comme la qualité de l’air, l’éducation, la culture ou encore la sécurité. Bien que je voue un respect immense à Hayek, dont les thèses servaient à résoudre des préoccupations de son époque, j’ai beaucoup de difficulté avec les penseurs qui reprennent le culte de l’ordre spontané (ou encore de la main invisible de Smith) pour justifier la tout-privatisation. Cela relève, selon moi, de la pensée magique, qui en plus appartient à une époque où le défi était de sortir des états du joug de dictateurs. Il s’agit d’autant de pensée magique lorsque le problème à résoudre est aussi vaste que la corruption.

Autrement dit, si vous aviez parlé d’incitatifs, d’imputabilité, de culture, de morale, d’intégrité, de marché politique, d’influences, d’efficacité… je vous aurais trouvé crédible. Si vous aviez soulevé des questions, cela aurait pu susciter d’intéressantes discussions. Aussi, vous auriez pu nous éclairer sur les fondements économiques de la corruption. Cela aurait été fort pertinent… vous auriez même pu provoquer une réflexion collective plus profonde sur les origines de la corruption. Cela aurait été fascinant!

Enfin, sans rancune, je l’espère! J’espère que vous saisissez très bien que la critique adressée à votre pensée économique ne s’adressaient pas à votre personne. Vous êtes quelqu’un de moderne, cela ne fait aucun doute. Et je ne prendrais pas le soin de vous écrire si je n’étais pas convaincu de traiter avec quelqu’un de fort intelligent. Sur ce, je continuerai à vous lire avec enthousiasme (et sens critique), et je m’efforcerai de modérer ma plume, sachant que vous prenez le soin de lire les commentaires de vos lecteurs. Et c’est tout à votre honneur.

Cordialement,

Jean-François Ouellette

 

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Le texte de votre correspondant devrait être accompagné d’un tableau :

http://cpi.transparency.org/cpi2011/results/

Le Canada, le Québec, sont parmis les endroits les moins corrompus de la planète, mais il y a une forte dose de scandales politiques au Québec, c’est indéniable.

Qu’est-ce qui est advenu du sirop d’érable d’une valeur de trente millions de dollars dont on a découvert le vol lors d’un inventaire dans un entrepôt de St-Louis-de-Blandford ? Après les cigarettes de contrebande et les rénovations payées en dessous de la table on en est rendu au sirop de recel. On peut prévoir que mardi un bon nombre de Québécois tremperont leurs beignes dans du sirop volé avant d’aller voter pour se débarasser des « politiciens corrompus ».

La corruption, c’est top-down ou bottom-up ? Personnellement, je pense que M. Couture vise juste en employant dans son texte le mot ‘culture’.

J’attends avec autant d’impatience que M. Duhamel le rapport de la commission Charbonneau.