Mon florilège de fin de campagne (2) : l’économie

Je trouve que ce qu’on appelle maintenant « les questions identitaires » et les affaires de corruption ont pris beaucoup de place dans une campagne où les grands enjeux économiques ont été mis de côté. Les politiciens étaient beaucoup plus empressés de nous dire comment ils dépenseraient les fonds publics plutôt que de nous expliquer comment ils favoriseraient la création de richesse nécessaire à leur financement.

Des collègues ont apporté des contributions fort pertinentes.

Jeudi, l’éditorialiste du Devoir, Jean-Robert Sansfaçon écrivait ceci :

Rarement dans l’histoire récente du Québec a-t-on assisté à une campagne électorale où le thème de l’emploi était aussi absent. La conjoncture est-elle à ce point réjouissante, ou n’est-ce pas plutôt que les partis s’en remettent aux recettes traditionnelles marquées au sceau d’un interventionnisme à tout crin malgré des résultats médiocres ?

(…)

Ce qui frappe le plus dans les propositions des partis, c’est l’absence de vision d’ensemble de la conjoncture mondiale et, par conséquent, de stratégies pour aborder la prochaine décennie. Il y a bien ce Plan Nord libéral, mais à 20 000 emplois créés ou maintenus sur une période de 25 ans, on aurait tort de compter sur ça pour répondre aux besoins des centaines de milliers de jeunes et moins jeunes qui entreront sur le marché du travail.

À entendre les partis, c’est comme si le Québec était un grand verger productif dont il suffisait de cueillir les fruits par le truchement des redevances minières et des impôts pour se payer tous les services dont nous rêvons.

(…)

Alors que dans la plupart des pays développés, on tente de restreindre les interventions directes de l’État pour les remplacer par des mesures d’accompagnement simples et transparentes assorties d’une fiscalité concurrentielle, le tout axé sur la productivité et l’emploi, au Québec, les partis recommencent à promettre des sommes astronomiques sans trop exiger en retour. C’est à se demander s’il ne s’agit pas de pur activisme économique. »

Jean-Robert Sansfaçon était plutôt bien inspiré cette semaine. Lundi, il avait écrit :

Un cadre financier, ce n’est pas un budget, mais une évaluation sommaire du coût des promesses électorales. Malgré leurs airs de vérité, ils sont tous construits sur la base d’hypothèses souvent impossibles à vérifier.

Un bel exemple est celui de la Coalition avenir Québec qui, malgré la bénédiction d’un économiste réputé, contient des erreurs que les autres partis se sont empressés de relever. Entre autres, celle d’ajouter 600 millions de dollars en dividendes versés par Hydro-Québec à la colonne des revenus, sans soustraire la baisse de la péréquation fédérale qui accompagnerait une telle hausse des profits de la société d’État.

Il y a ces omissions dues à des erreurs de débutant, puis il y a celles que l’on pourrait qualifier de volontaires. Celle du Parti québécois, par exemple encore, qui s’engage à réduire la dépendance du Québec aux hydrocarbures de 20 % en sept ans, mais qui affirme y parvenir sans augmenter les taxes sur l’essence et l’immatriculation. Ou encore, celle du PLQ qui refuse de préciser d’où proviendront les 850 millions manquants pour maintenir l’équilibre après 2014.

Dans le Journal de Montréal, David Descôteaux, commente ainsi les hausses d’impôts pour les riches promises par le PQ et Québec Solidaire :

Je sais. Les riches sportifs ne sont pas à plaindre. Et ce n’est pas mon propos. Mais il est bon de se rappeler la nature humaine. L’homme — qu’il soit un riche athlète ou non — réagit aux incitatifs. Notamment, il change son comportement quand on monte ou baisse ses impôts. Même les multimillionnaires. Non, ce n’est pas seulement une théorie inventée par des « néolibéraux » à la solde du grand capital…

L’autre leçon : il est hasardeux de croire que l’État va s’enrichir simplement parce qu’on serre la vis aux riches. Ce type de calcul tient rarement compte des changements de comportement des individus. Or ces derniers ne vont pas rester là à se faire plumer comme des canards.

Un exemple : en 2010, le premier ministre sortant Gordon Brown, en Grande-Bretagne, décidait de hausser le seuil maximal d’impôt des gens gagnant 150 000 £ et plus. Le Trésor britannique s’attendait à garnir ses coffres de 7,8 milliards £ grâce à cette politique. Ça, c’était dans l’éventualité où personne ne modifiait son comportement. Mais si on tenait compte (comme l’a aussi fait le Trésor) des riches qui quitteraient le pays ou trouveraient des façons créatives de ne pas payer cet impôt, les revenus prévus dégringolaient à… 2,4 milliards £. l’Institute for Fiscal Studies, de Londres, craignait même que le nouveau taux d’imposition fasse perdre de l’argent au gouvernement britannique.

C’est le concept économique à la fois le plus important et le plus souvent ignoré par nos politiciens : les gens réagissent aux incitatifs. C’est vrai autant pour les riches, les athlètes, que pour les entreprises.

Il est de bon ton de vouloir faire « payer les riches » pour régler nos problèmes. Et c’est vrai que dans certains cas, ceux-ci pourraient contribuer plus. Gardons seulement en tête qu’on ne juge pas une politique sur ses intentions, mais sur ses résultats. Et que souvent, l’enfer économique est pavé de bonnes intentions politiques.

Alain Dubuc, dans La Presse, trouve que le PQ est de plus en plus à gauche.

Avez-vous vu la publicité télévisée du Parti québécois sur les ressources naturelles? On y voit un gros camion qui vide sa cargaison de minerai. Et tout ce qui sort de sa benne, c’est une poignée de cailloux. «C’est-tu juste ça qui nous reste?», s’exclame un ouvrier médusé.

Cette pub est peut-être efficace, mais elle est grossière, en décrivant l’activité minière au Québec comme une vaste entreprise de spoliation. C’est le genre de message, avec ses stéréotypes et son anticapitalisme primaire, que pourrait véhiculer la CSN, ou la CLASSE si elle en avait les moyens. Hélas, elle est typique de ce qu’est devenu le discours économique péquiste.

Je laisse le mot de la fin au très compétent et prudent collègue de Radio-Canada, Gérald Filion. Il résume parfaitement le volet économique de la campagne quand il écrit :

Quand la bulle électorale aura éclaté au petit matin du 5 septembre, on constatera que la réalité économique du Québec, du Canada, des États-Unis, de l’Europe et de la Chine n’a rien à voir avec les milliards de dollars en promesses de notre campagne électorale.

Le défi budgétaire du Québec, celui qui se dressera devant nous au cours des deux prochaines décennies avec le vieillissement de la population, le poids des régimes de retraite et l’absence d’amélioration de notre productivité, ce défi à relever n’a pas trouvé de réponses convaincantes lors de cette campagne. Ou bien les partis ont peu de vision, ou bien ils n’ont pas voulu nous dire la vérité!

Au lieu de promesses, de cadeaux et de cadres financiers parfois douteux, les partis politiques auraient mieux fait de nous offrir un programme axé sur la prudence et le réalisme.
Le savent-ils que l’économie et l’emploi stagnent depuis plusieurs mois au Québec?

Réalisent-ils que les prix des minéraux, qui sont censés nous aider à rembourser notre dette, sont en chute de 15 à 25 % depuis leur dernier sommet et que plusieurs entreprises commencent à revoir leurs projets?

Gérald Filion pose quatre autres question toutes aussi pertinentes.

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Pour que Gérald Filion s’inquiète faut que ça aille mal en t….

En matière d’économie le débat est tellement pauvre que s’en est sidérant!

C’est à se demander si les politiciens sont si inconscients ou ignares qu’ils le font paraitre ou s’il le font exprès car ils s’adressent à une population inconsciente et ignare…

L’un dans l’autre le résultat reste le même: pas brillant et de très mauvais augure pour l’avenir du Québec.

A mon avis, et celui ci n’a pas changé depuis des années, les Québec se dirige vers un mur (de plus en plus vite) mais il ne faut pas s’attendre à des réformes intelligentes avant que la pression (notamment extérieure) devienne trop forte.

Cette campagne n’a fait que renforcer mon opinion.

« Le monde est dangereux à vivre ! Non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire. » – Albert Einstein.

La politique est souvent présentée comme l’art du possible. Tout est là ! Peut-on rendre possible ce qui en apparence ne l’est pas ? Peut-on réaliser de grandes choses avec de petits moyens ? Est-il possible de regarder aussi l’exercice positif avant de passer son temps à critiquer pour le seul plaisir de blâmer ?

J’ai pris le temps d’écouter chacun des candidats, incluant les partis qui ne prendront pas le pouvoir, je me suis livré à plusieurs lectures, j’ai fait mes devoirs, j’ai trouvé de bonnes choses sur toutes les plates-formes, j’ai aussi eu quelques réserves sur toutes les plates-formes. Tous méritent notre éloge pour la force de leur engagement et de leur conviction.

Où que je sois allé, rien ne m’a semblé absolument parfait, où que ce soit et en quoi que ce soit ; il y a pourtant çà et là des choses merveilleuses, des réalisations qui portent l’empreinte de toutes les époques, la beauté et la réussite (pas seulement matérielle) se décline quelque part sur cette planète et certainement ailleurs dans l’univers. À nous de saisir ces richesses et de les faire fructifier.

Et je dois le dire très honnêtement, je suis du nombre de ceux qui plus souvent qu’autrement regardent et qui laissent faire. Suis-je un cas d’exception ou sommes nous collectivement des sortes de voyeurs, artisans malhabiles, responsables des fiascos – cette marque invisible – d’où résulte ce manque de coordination et d’actions bénéfiques ?

– En somme, la base de toute croissance repose sur la pollinisation, l’éclosion et la reproduction. Et non ! Pas seulement sur le management et l’encadrement… Quant à l’économie moderne, elle ne fait en aucune façon exception à la règle ! Il faudrait que l’on s’en souvienne.

Vous avez raison l’économie du Québec doit être au cœur de nos préoccupations et elle l’est je crois pour plusieurs parti mais pas de la même façon parfois de façon carrément opposée même s’ils utilisent le même vocabulaire par exemple « créer de la richesse pour être en mesure de continuer à nous payer les services que nous avons ».

En entendant ces mots là nous décodons tous et ça va de soit que c’est de créer de la richesse pour notre collectivité, mais ce n’est pas toujours évident et durant la campagne électorale les politiciens se sont la plus part du temps limité à répéter ce genre de slogan en espérant qu’à force de le répéter les électeurs vont prendre ça pour vérité et ils ne démontrent pas que ce qu’ils avancent.

Le PLQ par exemple a fait de son plan nord sa pièce économique maitresse, mais une majorité d’économistes qui ont analysé ça globalement arrivent à la conclusion qu’il n’y a pas de rentabilité là pour le Québec, mais si les entreprises privées sont là c’est qu’il y a rentabilité pour quelqu’un !!

MM. Dubuc lui dit que de caricaturer cette réalité est un geste grossier, je crois plutôt que ce qui est grossier c’est plutôt le discours du PLQ qui laisse croire que la création de richesse qui résultera du plan nord favorisera le Québec à long terme alors que c’est douteux. Troquer ses ressources naturelles pour des emplois même très bien payées je m’appelle pas ça créer de la richesse pour la collectivité, plusieurs l’ont dit ça s’appelle faire du développement de colonisés, surtout lorsqu’on exige pas que la transformation de ces ressources soit faite ici. Il faut s’occuper d’économie mais autrement.

En réponse au propos du journaliste David Descôteaux en lien avec les hausses d’impôts pour les riches. Il apporte des arguments tout à fait logiques. Cependant, je crois que de plus en plus de riches commencent à voir la « plus-value » de payer des impôts pour aider les plus pauvres à s’en sortir (par le biais de mesures sociales dont ils peuvent eux aussi bénéficier). Dans ce sens, il est bien démontré que la pauvreté amène un plus haut taux de criminalité et autre probl. Nous n’avons qu’à regarder ce qui ce passe ailleurs dans le monde. Ce n’est que le PIB qui est important, mais la qualité de vie de tous les citoyens.