Montréal aura-t-elle (enfin) sa liaison directe avec Pékin ?

Privé d’une liaison directe avec la Chine, le Québec se retrouve coupé de 15 % de l’économie mondiale. Mais les choses vont peut-être changer.

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Photo : Getty Images

En mission économique en Chine, le premier ministre Philippe Couillard a indiqué que Montréal aurait probablement une liaison aérienne directe avec Pékin dès 2015.
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En fait, Air Canada négocie depuis plus d’un an avec Aéroports de Montréal (ADM) et Air China pour offrir un vol direct entre Pékin et Montréal. C’est ce que j’écrivais dans ma chronique parue dans L’actualité en janvier 2014.

Cette nouvelle n’est pas rien. Privé d’une liaison directe avec la Chine, le Québec se retrouve coupé de 15 % de l’économie mondiale. Selon l’Organisation mondiale du tourisme, 100 millions de touristes chinois sillonneront la planète d’ici 2020.

Pour les attirer ici, il faut offrir des vols directs. Il se trouve que Montréal n’en a aucun vers l’Asie, alors que Toronto en compte 63 !

Déjà, depuis que le Canada a obtenu le statut de destination approuvée par Pékin, en juin 2010, le nombre de voyages effectués par des Chinois au Québec a augmenté de 90 %.

Mais ce n’est pas pour rien que les négociations s’étirent en longueur. Assurer une liaison avec l’aéroport de Pékin n’est pas chose simple.

Il faut d’abord pouvoir offrir des heures de vol décentes — l’aéroport de Pékin, dont la capacité est de 82 millions de passagers par an (au deuxième rang mondial, après Atlanta), est ultracongestionné.

Ensuite, il fallait des appareils technologiquement capables d’effectuer le vol sans escale, ce que pourra faire dorénavant le Boeing 787 Dreamliner, livré cette année à Air Canada.

Et, chose sans doute la plus importante, il faut les remplir, ces vols ! Selon ADM, 150 personnes s’embarquent chaque jour à Montréal à destination de la Chine, via Toronto. Cela représente 60 % de la capacité totale du vol. C’est déjà ça, mais le restant des sièges devra être comblé si l’on veut que ce vol soit rentable.

Le succès d’une liaison directe repose surtout sur les voyageurs d’affaires. Plus les entreprises d’ici feront des affaires en Chine, plus il deviendra nécessaire d’avoir une ligne directe.

En échange, un vol direct incitera peut-être les gens d’affaires québécois à s’intéresser de plus près à ce qui se passe dans L’Empire du milieu.

* * *

À propos de Kathy Noël

Kathy Noël est journaliste, chroniqueuse et blogueuse à L’actualité. Journaliste économique depuis près de 15 ans, elle a auparavant travaillé au journal Les Affaires et au magazine Commerce, où elle a occupé le poste de rédactrice en chef adjointe de 2002 à 2009. On peut la suivre sur Twitter : @kathy_noel.

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1 commentaire
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Malencontreusement Montréal n’est pas la ville aéroportuaire par excellence. Même si elle avait pour tout pour le devenir voici 40 ans. Pas plus, le monopole exercé par Air Canada ne facilite la libre concurrence en matière de transports aériens. On ne remplit pas les avions avec les seuls privilégiés de la « Classe affaire ». Sans oublier que la rentabilité passe aussi par le fret.

Bien sûr depuis belle lurette on aurait pu faire les choses autrement. Mais pourquoi faire autrement, quand on peut faire tout « tout croche » et recevoir un salaire en prime ?

Il n’y a tout simplement aucune logistique au niveau du transport qui ait été respectée, ici.

Choisir de développer l’aéroport de Mirabel et concentrer la plupart des vols à cet endroit-là, le doter d’un lien ferroviaire rapide et parachever l’autoroute qui devait relier cette entité à la ville de Montréal. C’est ce qu’il fallait faire. Quand pour diverses « toujours excellentes » raisons, on ne le fit pas.

Au lieu de quoi, le viaduc autoroutier de l’aéroport Trudeau ne sera probablement pas entièrement parachevé avant 2020 et les gens se perdent dans le méandre des transports urbains ; une liaison par train ou part train léger risque de ne pas voir le jour avant 2025, si tant est que cela devienne réalité ; la capacité de faire croitre le nombre des liaisons est également limité ; tout comme les possibilités de construction ou d’agrandissements des aérogares, voire d’installer des pistes d’atterrissages supplémentaires.

En prime la taxe aéroportuaire est parmi les plus chères au monde. Autant de bonnes raisons pour faire fuir les avions et les « pigeons » !

Il y a quantités de vols partout sur la planète qui sont des vols avec escales. Parfois une, parfois deux, parfois plus d’escales tout dépendant de la destination. Cela n’empêche pas les gens de se rendre à bon port. Tout est plutôt dans l’organisation et la gestion du réseau.

Ce n’est pas une liaison directe avec Beijing qui changera quoique ce soit à cette triste marginalité qu’est devenu la toujours orgueilleuse ADM dans ce secteur du transport aérien qui peine à retrouver un second souffle, scellant par le fait même cette quête de l’aveuglement volontaire qui anime avec un certain succès… presque tout un chacun.