Montréal et les sièges sociaux

Que faire pour créer (et garder) des sièges sociaux dans la plus grande métropole du Québec ? Il faut bien gérer l’espace linguistique, cesser de taxer les entreprises et les entrepreneurs plus lourdement que tous nos voisins et arrêter de multiplier les embûches administratives et réglementaires, explique Pierre Duhamel.

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Photo : Getty Images

Montréal demeure la locomotive du Québec, mais l’engin n’avance pas aussi vite que celui des autres grandes villes canadiennes.
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C’est ce que conclut l’étude produite par l’Institut du Québec, produit d’une alliance entre HEC Montréal et le Conference Board du Canada et présidée par l’ancien ministre des Finances, Raymond Bachand.

L’étude a deux grands mérites. Elle dit à ceux qui sous-estiment la place de Montréal dans l’économie québécoise qu’ils sont dans le champ et que la moitié ou plus de l’économie du Québec, des impôts prélevés, des investissements étrangers ou des brevets enregistrés proviennent de la région métropolitaine.

En comparant l’apport montréalais au PIB québécois et le poids de sa population, on parle d’une contribution supplémentaire de 14 milliards de dollars à l’économie du Québec.

L’autre grand mérite de l’étude, c’est de montrer que Montréal sous-performe comparativement aux autres métropoles canadiennes et que cela a un coût pour l’ensemble du Québec.

L’un des indicateurs utilisés pour démontrer le ralentissement relatif de Montréal porte sur le nombre de sièges sociaux.

Montréal a perdu 30 % de ses sièges sociaux entre 1999 et 2012. Il y avait 37 sièges sociaux de moins à Montréal, alors que Calgary en gagnait 40 au cours de la même période.

Il est écrit dans l’étude que Montréal «a perdu des sièges sociaux au profit d’autres régions du Canada», et on évoque le déplacement de l’activité économique vers l’ouest.

Je trouve la formulation malhabile. À une exception près (le Canadien Pacifique, en 1996), je ne connais pas d’entreprises se classant parmi les 500 plus grandes au Canada en matière de revenus qui ont déménagé leur siège social de Montréal à Calgary, et une autre (Imperial Oil–Esso) qui soit passée de Toronto à Calgary. Les choses ne se produisent pas ainsi.

Montréal a perdu des sièges sociaux, parce que l’économie québécoise n’a pas su attirer ou créer des entreprises d’une taille suffisamment grande pour se classer parmi les 500 plus grandes au pays et compenser pour celles qui ont disparu parce qu’elles ont été achetées (Alcan), parce qu’elles ont cessé leurs activités (Quebecor World) ou parce que leur importance relative a diminué au cours de ces années.

Quelles sont ces entreprises qui ont choisi Calgary pour établir leurs sièges sociaux ? Dans une proportion de 74 %, il s’agit d’entreprises du secteur de l’énergie comme Suncor, Enbridge, Husky Energy, Canevas Energy, TransCanada ou Talisman.

Ces entreprises n’ont jamais été localisées à Montréal, parce que cela n’aurait eu aucun sens. Elles sont nées et elles ont grandi grâce à l’exploitation des ressources naturelles de l’Alberta.

L’économie des sièges sociaux est affectée par les politiques linguistiques ou l’instabilité politique, comme le croit le ministre Robert Poëti. Cela nuit à notre attractivité, car c’est plus compliqué de faire des affaires ici qu’ailleurs.

Une entreprise qui ne réalise qu’une petite partie de ses revenus au Québec et qui n’appartient pas à un actionnaire de contrôle québécois peut en effet trouver embêtantes les lois linguistiques, la plus forte ponction fiscale ou l’incertitude sur le statut politique. La grande majorité des sièges sociaux québécois ont néanmoins appris à composer avec ces réalités.

D’autres facteurs sont cependant plus fondamentaux pour expliquer notre glissade. Il s’agit de notre capacité à créer et à faire grandir des entreprises de taille conséquente, qui feront du reste de l’Amérique du Nord et du monde leur terrain de jeu.

C’est bien joli, les jeux vidéo, mais a-t-on bâti au Québec un seul champion international à propriété québécoise susceptible de se classer parmi les 500 plus grandes entreprises au Canada ?

Nous ne parviendrons pas à créer de grandes entreprises seulement à coup de belles politiques, de généreux crédits d’impôts et de subventions, comme semble le croire l’opposition officielle. C’est ce que nous faisons depuis des décennies, avec des résultats pour le moins mitigés. Si c’était si merveilleux, on le saurait depuis longtemps.

Pour créer des sièges sociaux, il faut bien gérer l’espace linguistique, cesser de taxer les entreprises et les entrepreneurs plus lourdement que tous nos voisins et arrêter de multiplier les embûches administratives et réglementaires.

Il faut aussi ouvrir le jeu et libéraliser, au sens philosophique du terme, notre économie. Comment va-t-on bâtir, au Québec, des Suncor ou des Enbridge de l’électricité si une grande partie du terrain est réservée à Hydro-Québec dans l’électrification des transports ?

Il faut donner de l’oxygène aux entreprises et du vent à l’économie.

* * *

À propos de Pierre Duhamel

Journaliste depuis plus de 30 ans, Pierre Duhamel observe de près et commente l’actualité économique depuis 1986. Il a été rédacteur en chef et/ou éditeur de plusieurs publications, dont des magazines (Commerce, Affaires Plus, Montréal Centre-Ville) et des journaux spécialisés (Finance & Investissement, Investment Executive). Conférencier recherché, Pierre Duhamel a aussi commenté l’actualité économique sur les ondes du canal Argent, de LCN et de TVA. On peut le trouver sur Facebook et Twitter : @duhamelp.

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Pourtant le Québec est toujours dans le Canada et il n’y a eu aucune menace de départ depuis près de 20 ans
Bref, lorsqu’on nous disait que l’instabilité politique, créée par les séparatistes, faisait fuir les sièges sociaux, on nous mentait.
Mais on nous a tellement menti…..

PS. Lavallin est toujours à Montréal mais on a vu cette semaine que le boss ne parlait pas français. J’étais furieux. Comment l’un des plus beaux fleurons de notre économie peut être dirigé par un Anglo qui ne parle pas français?

La PREMIÈRE chose à faire est de se débarrasser du Parti Québécor au plus sacrant.

Rien que ça fera avancer la situation économique de Montréal de 60%!

Je suis en désaccord avec pratiquement tout ce que vous dites.

1) La réglementation linguistique est un choix politique, cher aux québécois et avec raison. Le Québec est la seule province, ou État, francophone d’Amérique du Nord, et conséquemment cette réalité linguistique ne s’applique qu’à lui et c’est évidemment une question qui ne préoccupe pas nos voisins. Mais rappelons-nous que nous ne sommes pas au service de notre économie mais que celle-ci est à notre service, et conséquemment, il nous faut construitre notre économie sur des valeurs et des fondations qui nous sont chères, la langue en étant évidemment une. Je n’échangerais pas l’anglicisation du Québec contre quelques petits points de croissance de PIB supplémentaire.

2) Vous dites que nous taxons plus que nos voisins. C’est à moitié vrai. Il est vrai que le Québec taxe plus les particuliers (entrepreneurs, ou pas). Mais pour ce qui est de l’impôt sur les sociétés, le Québec taxe moins que ses voisins, et vous devriez le savoir assez ! Le Québec impose à 11,5% les entreprises, ce qui est identique à l’Ontario, et moins que tous les autres provinces sauf la C-B à 11%. Mais comme nous subventionnons, plus (ce à quoi je m’oppose comme vous), l’effet net est que nous imposons moins que nos voisins, en moyenne.

3) Oui, consulter la liste des 500 plus grandes entreprises du Canada, vous verrez qu’il y en a plusieurs du Québéc. Notamment au 4e rang un certain Bouchard…à la tête d’une certaine chaine Couche-tard…Qui vient d’acheter la division alimentaire des stations-services Stateoil, en Norvège. Pas banal.

Globalement les prélèvements sont beaucoup plus élevés ici, le gouvernement est plus gros, plus contrôlant et syphonne plus de richesse, ce qui en laisse moins au secteur privé, et ça parait. De toute façon l’Ontario qui s’enfonce lui aussi est loin d’être un exemple à suivre.

Evidemment comme le Québec n’est pas un désert il y aura toujours des entreprises, y compris quelques grosses. Mais sérieusement il faut être d’un optimisme délirant pour croire que l’essort et la croissance de nouvelles entreprise se porte bien ici.

Connaissez vous la recette du capitalisme? Vous savez ce système méritocratique qui en à peine deux siècle a quasiment doublé notre espérance de vie et nous a fait sortir de la pauvreté abjecte pour atteindre un niveau de richesse et de confort qui dépasse presque l’entendement!

Simple, il suffit de laisser à « l’homme commun » la liberté d’entreprendre, d’inventer, de créer en lui permettant de profiter de ses efforts et en lui fournissant un environnement réglementaire, un état de droit fort qui protège la notion de contrat, poursuit efficacement les voleurs et fraudeurs et laisse ceux qui réussissent profiter de leur succès. Chacun de nous n’est pas Bill Gates mais dans le lot il y en aura toujours quelques uns qui deviendront des locomotives pour tous les autres.

C’est simple et jamais parfais mais nous ne le faisons pas ou le faisons mal. Trop de taxes, trop d’impôts, trop de tarifs, trop de réglementations, trop de syndicats, trop de redistributions, un système judiciaire trop lent et trop mou, etc…

On ne remettra jamais Montréal et le Québec sur les rails avec l’élaboration par quelques politiciens et fonctionnaires de quelconques plan industriels ou autres lubie quinquennales!

Ce qu’il faut c’est revenir à la base, diminuer la taille de l’état, baisser les impôts et protéger ceux qui créent contre les mécréants. Ce qu’il faut c’est préparer le terrain et ensuite laisser faire.