Montréal : la pire ville entrepreneuriale du Canada ?

Choqué, troublé, déçu, médusé : voilà des qualificatifs que Pierre Duhamel emploie pour décrire comment il a réagi en apprenant que Montréal figure à la toute dernière place du classement annuel des meilleures communautés entrepreneuriales du Canada dressé par la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante. «Mais je suis d’abord et avant tout sceptique», ajoute le blogueur.

montreal-sculpture
Statue La Foule illuminée, à Montréal – Photo : Getty Images

J’ai été choqué en constatant que Montréal se trouvait à la toute dernière place du classement annuel de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) sur les meilleures communautés entrepreneuriales du Canada. Finir au 121e rang n’est pas reluisant, surtout quand il n’y a que 121 participants !
Blogue Economie

Je suis déçu, parce que ce n’est pas ce que je crois observer au conseil d’administration de la Fondation Montréal inc., qui aide financièrement et professionnellement des centaines de jeunes entrepreneurs se lançant en affaires.

Je suis étonné, parce que Montréal est en train de se bâtir une réputation d’important centre de création et de développement des entreprises technologiques en Amérique du Nord.

Je suis troublé, parce que le Québec est un champion canadien du capital d’investissement et que les fonds québécois de capital de risque ont attiré 45 % du total levé au Canada au cours des six premiers mois de 2014.

Je suis médusé, parce que je ne constate pas, dans l’exercice de mon métier, cette passivité ou déchéance que reflèteraient ces résultats.

Mais je suis d’abord et avant tout sceptique.

J’ai le plus grand respect pour la FCEI, qui fait un travail admirable pour défendre les intérêts des PME.

Les grandes entreprises ont leurs lobbyistes et leurs associations qui montent au front pour faire valoir leurs points de vue, mais les petits entrepreneurs sont souvent laissés à eux-mêmes. Ils sont les premiers à payer les taxes et impôts qui leur sont demandés, mais les derniers à profiter des crédits d’impôt et de l’aide financière surtout accordés aux grandes sociétés. La FCEI s’est imposée comme le porte-voix de tous ces petits entrepreneurs isolés et vulnérables.

En revanche, j’ai toujours fait attention à l’interprétation des enquêtes effectuées par cette association auprès de ses membres. Malgré leur dénomination, ce ne sont pas vraiment des sondages. Les répondants sont tous membres de l’association, et je crains que ce soit ceux qui sont le plus en désaccord avec telle mesure ou telle politique qui répondent le plus volontiers aux questionnaires.

Or, des 14 indicateurs qui sont utilisés pour bâtir l’indice des meilleures collectivités entrepreneuriales, six proviennent des enquêtes de la Fédération. De surcroît, ces enquêtes ont été menées sur une très longue période, allant jusqu’à 18 mois.

Quand il s’agit de se prononcer sur la sensibilisation de leur administration municipale à l’égard des PME, il suffit d’un changement de maire pour que la situation soit retournée du tout au tout.

D’autres indicateurs sont carrément conjoncturels, et des indices comme l’état général de l’entreprise ou les prévisions de rentabilité et d’embauche peuvent considérablement varier sur une si longue période d’enquête. Par exemple, je suis sûr que l’optimisme débridé des Albertains est un peu refroidi, ce mois-ci, par la baisse du prix du pétrole.

D’autres indices m’apparaissent aussi très étranges, comme celui sur la satisfaction à l’égard de la vie. Cet indice, explique-t-on, serait lié à la qualité de la vie.

À cet égard, Montréal serait au 103e rang au pays, ce qui scandalise l’amoureux inconditionnel de Montréal que je suis.

Comment juge-t-on de la qualité de la vie ? Avec des données sur l’état de santé des citoyens. L’embonpoint et l’hypertension artérielle sont des indicateurs importants de santé publique, mais je m’étonne de les voir utilisés pour apprécier la qualité de vie chez les entrepreneurs d’une ville.

Cela dit, je constate que les villes de l’Ouest canadien performent exceptionnellement bien, et je ne m’en étonne pas. Le dynamisme économique a ceci de particulier qu’il est extrêmement contagieux. Le succès d’un secteur d’activité crée de nombreuses occasions d’affaires, ce qui redynamise à son tour l’économie de la province, de la région ou de la ville.

Je reconnais aussi que tout indice est une création imparfaite, parce qu’il est difficile de synthétiser un ensemble de facteurs qui témoignent d’une réalité complexe.

Je préfère néanmoins m’en remettre aux statistiques sur la question de la vigueur entrepreneuriale.

Montréal n’est pas la locomotive qu’elle devrait être dans l’économie québécoise, et son dynamisme entrepreneurial laisse à désirer. Si l’on devait trouver un seul facteur pour témoigner de ce dynamisme, ce serait probablement l’augmentation annuelle du nombre d’établissements commerciaux. À ce chapitre, Montréal et sa banlieue partagent le 39e rang. Pas reluisant, mais ce n’est pas le 121e rang.

Pour votre information, il y avait, en juin dernier, 123 810 entreprises de cinq employés et plus au Québec, soit 23 % des entreprises de cette taille au Canada. C’est aussi le poids de la population québécoise dans l’ensemble canadien. Avec ses 186 094 entreprises de cinq employés et plus, l’Ontario regroupe 34,6 % des entreprises de cette taille au Canada, ce qui est inférieur à son poids démographique.

* * *

À propos de Pierre Duhamel

Journaliste depuis plus de 30 ans, Pierre Duhamel observe de près et commente l’actualité économique depuis 1986. Il a été rédacteur en chef et/ou éditeur de plusieurs publications, dont des magazines (Commerce, Affaires Plus, Montréal Centre-Ville) et des journaux spécialisés (Finance & Investissement, Investment Executive). Conférencier recherché, Pierre Duhamel a aussi commenté l’actualité économique sur les ondes du canal Argent, de LCN et de TVA. On peut le trouver sur Facebook et Twitter : @duhamelp.

13 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Pour votre information, il y avait, en juin dernier, 123 810 entreprises de cinq employés et plus au Québec, soit 23 % des entreprises de cette taille au Canada. C’est aussi le poids de la population québécoise dans l’ensemble canadien.
Si le % semble bon n’est-ce pas surtout grâce au dynamisme des régions ? Montréal pour moi est juste un boulet québécois au dynamisme entreprenarial. Une bonne partie de la ville n’est qu’un gros ghetto. Dans la transition normale des immigrants, avec notre filet social, ce ne seront surement pas les premier à vivre le rêve de la liberté entrepreneuriale. Ils vont se placer tranquillement dans ce nouveau monde et s’adapter. Ceci est tout à fait normal. Alors ne vous surprenez pas de la piètre performance de MTL.

Montréal est l’une des très rares régions administrative autosuffisante au Québec.

Les régions n’existent que parce que Montréal existe et elles ne survivent que grâce aux subventions, au BS, à l’impôt et taxes et à l’assurance-emploi payés par Montréal. Les très déficitaires éoliennes ou la construction des wagons du métro de Montréal à La Pocatière en sont un parfait exemple. Et que dire de l’inutile usine de ciment de Port-Cartier…et la Gaspésia.

Bref, la quantité d’entreprises n’est pas la qualité. La plupart des entreprises en région sont saisonnières et fragiles.

« L’entreprise (Ciment McInnis) a souligné que le montage financier du projet ne comportait aucune subvention gouvernementale. » (La presse 27 octobre 2014)

Usine de ciment à Port-Cartier! lol (le fédéral y a mis une prison, mais pas encore d’usine de ciment!)
Lâche pas, tu donnes un bon show de troll….

J’oubliais: Montréal est la capitale des BS. 24% de la population du Québec (ile de montréal): mais 33% des assistés sociaux.

Vous en doutez ? Une attitude entrepreneuriale suggérerait plutôt de s’attaquer au problème et de relever le défi. Le déni est tout le contraire d’un esprit d’entrepreneur…

« J’ai le plus grand respect pour la FCEI,…(P. Duhamel)

Plus moi! Je les ai foutus à la porte.

Ils collectent les petites entreprises pour protéger les moyennes et les grosses.

Et combien en administration pour 1$ de lobbying?

L’étude que vous nous soumettez ; établit une distinction entre les grandes villes et leurs banlieues, on ne sait d’ailleurs pas exactement de quelles entités sont composées les dites banlieues. Ainsi par exemple, nous pouvons nous apercevoir que la banlieue de Montréal figure avec une honorable 71ième position. Granby que personnellement j’inclurais plutôt dans la banlieue Montréalaise figure en 70ième.

Cette dichotomie ville-banlieue est aussi présente pour Toronto, Vancouver, Edmonton, Calgary et Québec. Ainsi par exemple la ville de Toronto ne fait guère mieux que Montréal avec sa 110ième place, celle de Vancouver n’est pas tellement plus enviable avec sa 101ième place.

En contrepartie, le sort des banlieues est plus intéressant. C’est le cas des banlieues de Calgary (deuxième place), d’Edmonton (troisième), Toronto (25ième), Vancouver (63ième), etc….

On peut conclure que partout au Canada une grande part de l’activité des entreprises se déplace vers les banlieues. Ainsi une entreprise Montréalaise va-t-elle techniquement croitre en banlieue ou en région lorsqu’elle va rester stable en ville.

Ce phénomène de la croissance des entreprises en banlieues s’observe dans plein d’endroits dans le monde. Il y a pour se faire de multiples raisons qui vont de la démographie, en passant par la disponibilité des locaux, du prix d’achat ou de la location des locaux, etc….

De la même façon, on relève dans cette étude, que les villes moyennes de moins de 150 000 habitants ont plus de perspectives entrepreneuriales (35% de la note) que les plus grandes villes. À ce titre les banlieues comprennent aussi des villes de plus ou moins 150 000 habitants.

Ce qui est peut-être le plus contestable dans ce document, c’est la pondération (40%) attribuée aux politiques. Hors à ce chapitre, je m’explique mal comment cette bonne ville de Lloydminster (27 000 habitants) qui se place grande première ; dont la particularité est de se trouver à cheval sur deux provinces : Alberta et Saskatchewan ; qu’elle se mérite une excellent 34,3/40 pour ses politiques entrepreneuriales….

Alors que Montréal, cette petite métropole de près de 1,7 millions d’âmes ne reçoit qu’un maigre 12,3/40.

Ceci est d’autant plus surprenant que nous ne disposons pas du détail des politiques adoptées pour chaque ville. De la même façon cette étude ne prend évidemment pas en compte toutes les villes de 30 000 habitants et moins. Le choix dans ce cas est volontairement limité (pour ne pas dire arbitraire).

La plus élémentaire des choses, dans ce cas ce me semble, c’eût été de prendre en compte le poids démographique de chaque entités et donc de les classer en fonction de ces paramètres, tout comme la structure de la population. Ensuite de donner une note moyenne aux agglomérations.

Ou à tout le moins de procéder à une synthèse avec des conclusions.

— Pour conclure justement, cet exercice consiste un peu en quelques sortes à comparer des figues avec des patates et des oranges avec des potirons. Pourquoi ne pas comparer pendant que nous y sommes Lloydminster avec la Grosse pomme (New-York) ou mieux encore avec tout le reste du monde ?

Effectivement, on constate une migration des entreprises vers les banlieues depuis une vingtaine d’années. Imaginez maintenant de terrible coup sur l’accélérateur de cette tendance que vont apporter les péages sur les ponts de la métropole. Un péage sur le pont Champlain signera rien de moins que la mort de la Montréal.

Deux autres grandes villes partagent le même sort d’un classement peux enviable que Montréal : Vancouver (101) et Toronto (110). Est-ce que ce pourrait être du fait que la méthode utilisée pour le classement serait biaisée négativement contre les grandes métropoles ?

…et Ferrandez (ce gauchiste qui a tué le Plateau…) qui devient chef de Projet Montréal…

Ce n’est rien pour améliorer les choses.

M. Duhamel,

« … l’hypertension artérielle sont des indicateurs importants de santé publique, mais je m’étonne de les voir utilisés pour apprécier la qualité de vie chez les entrepreneurs d’une ville. »

L’hypertension est génétique et n’a rien à voir avec l’économie ou la qualité de vie. D’ailleurs on l’appelle le tueur silencieux parce que les gens ne s’en aperçoivent pas.