Mr. J.

Stephen Jarislowsky estime donc que le gouvernement fédéral devrait dépenser massivement pour stimuler l’économie, beaucoup plus même que les 30 milliards de dollars avancés par la coalition qui rêve de remplacer le gouvernement Harper. Pour avoir suivi de très près la pensée politique de ce grand financier depuis plusieurs années (j’ai été son rédacteur en chef, puis éditeur à Affaires PLUS et nous avons publié son livre en 2005), je trouve que « Mr. J. » a bien changé.

Si j’avais à résumer le personnage – car c’en est tout un – je dirais que c’est un homme d’une remarquable constance, jusqu’à hier. Un peu comme on dit de Vivaldi qu’il a composé 500 fois le même concerto pour violon, Stephen Jarislowsky a écrit 1000 fois la même chronique. C’est une grossière exagération dans les deux cas, mais on peut vraiment résumer Jarislowsky en deux ou trois idées fortes.

D’abord, il faut investir dans des titres de croissance non cycliques dans le secteur des produits de consommation et qui versent des dividendes. Ça doit marcher, il est devenu milliardaire. Cela lui permet aussi de justifier le fait qu’il a boudé les titres technologiques pendant des années ou ses charges récentes contre les véhicules d’investissement trop sophistiqués. Stephen Jarislowsky est nettement de la tendance « Procter & Gamble » de l’investissement : misons sur des entreprises et des produits simples. J’aime beaucoup ce Jarislowsky-là.

Deuxième grande idée, les patrons sont trop payés et ils volent les actionnaires, ce qui lui vaut les éloges d’une certaine gauche. Stephen Jarislowsky défend un point de vue moral sur la rémunération du patronat, mais il trouve que les actionnaires n’en ont jamais assez dans leurs poches. Sa moralité est à géométrie variable. Ce Jarislowski-là m’énerve un peu. Oui, certains patrons ont abusé et continuent d’abuser, mais seulement parce que les actionnaires leur ont donné l’accès au pot de biscuits. Le portrait d’actionnaires faibles et dépourvus de ressources ne correspond pas à ma lecture de la réalité.

Troisième grande idée, les gouvernements abusent de nous avec des taux d’imposition toujours exagérés. Stephen Jarislowsky a toujours défendu une vision très minimaliste de l’État. Dans son livre (Dans la jungle du placement, aux Éditions Transcontinental), il écrit à propos de leur surendettement : « À moins d’abandonner massivement les services sociaux, il y a peu de chances d’émerger de ce gâchis avant plusieurs années. »

Comment concilier cette conception de l’État aux récentes déclarations de Mr. J. ? D’un côté, il a fustigé sans la moindre concession les taux d’intérêts trop bas, l’injection massive d’argent dans le système bancaire et les déficits budgétaires importants. Il a fait du surendettement et de la surconsommation qu’elle favorise « la pire menace qui plane sur notre monde ». Et hier, devant des centaines de gens d’affaires, il prend ses habits de vieux sage pour vilipender le gouvernement canadien parce qu’il ne va pas assez vite dans l’adoption de ces mêmes mesures !

Comment expliquer ce revirement ? Daniel Germain, l’actuel rédacteur en chef d’Affaires PLUS, me fait remarquer que son chroniqueur a défendu avec vigueur ces derniers mois le secteur manufacturier canadien. Comme je l’indique plus haut, Stephen Jarislowsky aime investir dans des entreprises dont on peut toucher les produits. Il est probablement venu à la conclusion que seul l’État pouvait sauver ce secteur en péril.

Chose certaine, il a parfaitement le droit d’avoir changé d’idée. Mais je soupçonne que l’investisseur de génie, qui a vu son portefeuille et celui de ses clients fondre au cours de la dernière année, est à la recherche de la solution, du sortilège ou du carburant qui permettra de relancer rapidement les marchés. Quitte à embrasser publiquement et sans la moindre gêne un vieil adversaire  : la dépense publique.

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« Oui, certains patrons ont abusé et continuent d’abuser, mais seulement parce que les actionnaires leur ont donné l’accès au pot de biscuits. Le portrait d’actionnaires faibles et dépourvus de ressources ne correspond pas à ma lecture de la réalité. »

Parce que vous pensez que si vous allez à une assemblée de Bombardier avec vos 100 ou 200 actions B et que vous vous scandalisez que le gendre gagne 19 millions, on va vous entendre?

Les actionnaires n’ont aucun pouvoir dans une cie. Le show est mené par le PDG qui fait ce qu’il veut en se foutant complètement des gogos d’actionnaires qu’il remplit une fois par année.

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Avez-vs vu le pétage de broue de Clément Gignac ce matin dans La Presse? Le monsieur avait prévu la crise! Mais il n’avait pas prévu que Nortel s’écraserait à quelques cennes noires puisqu’il en recommandait l’achat à 60$!!

Intéressant votre billet. Je me demandais moi aussi quoi penser des dernières interventions de Mr. Jarislowsky. J’ai aussi lu son livre et je trouvais comme vous que ses récents commentaires étaient peu cohérents avec ses idées habituelles.

Par contre le monsieur est apparemment très politisé et par exemple fait dans sont livre grand cas de son hostilité envers l’administration Bush (et ce n’est pas la partie la plus intéressante du bouquin). Est-ce possible qu’on assiste ici à une transposition de cette hostilité vers les conservateurs the Stephen Harper?

C’est le problème avec tous ces « gourous » et autres « Nobel ». Parce qu’il sont expert dans un domaine (dans le cas de Mr J l’investissement) on est supposé prendre tout ce qu’ils disent comme parole d’évangile.

Mon avis est qu’il vaut mieux s’en tenir à la logique et à la valeur des arguments plutôt qu’à la (soit-disant) crédibilité du messager aussi prestigieux soit-il.

Dans le cas des dépenses publiques pour contrer la crise au Canada le bon sens dicte la prudence, c’est aussi vrai que jamais quoiqu’en dise Stephen Jarislowsky.

J’étais également un peu confus lorsque j’ai lu les propos de M. Jarislowsky. Son discours habituel ne va pas dans cette direction. La crise à Ottawa l’influence-t’elle au point de changer sa façon de penser ou c’est maintenant ses intérêts personnel qui prévalent ? S’il est inquiet pour le secteur manufacturier, il peut toujours y investir à l’étranger ! Il se passe de bien drôle de chose en cette fin d’année peu commune…

M. Duhamel aujourd’hui vous illustrez très bien un côté narquois de la droite. Quand des spécialistes comme Jarislowski disent ce qu’on veut entendre pendant x nbres d’années. Tout va!

Le jours que cet même expert qui a clairement démontré ses compétences au fil des ans, est d’avis contraire à vos principes. Au lieu de tenter d’expliquer pourquoi lui et la majeur parti des autres pays industrialisés du monde pensent comme ça.

Votre réflexe est de doucement le discrédité.

Essayez dont de comprendre pourquoi il est de cet avis, au lieu de le classer gauche.

Je vois la même tendance un peu partout… tout l’année on s’est fait vomir que les méchants médias de gauche n’ont aucune crédibilité et blablabla… mais maintenant qu’ils se fouttent de la gueule à Dion. Ils sont crédibles et le peuple doit les écouter!

J’ai un peu de misère à me retrouvé dans tout ça.

Qui est spécialiste ici pour commenter l’opinion de M. J ?

« C’est le problème avec tous ces “gourous” et autres “Nobel”. Parce qu’il sont expert dans un domaine (dans le cas de Mr J l’investissement) on est supposé prendre tout ce qu’ils disent comme parole d’évangile. »

Bref vous n’aimez pas les sophisme d’autorité!

C’est pas dur à comprendre, le gars est un opportuniste, son discour est a géométrie variable

«C’est pas dur à comprendre, le gars est un opportuniste, son discour est a géométrie variable» > kevin

Comme tous les opportunistes. Fussent-ils de droite, du centre ou de gauche.

Voilà pourquoi les dogmes ne sont que ça: de l’idéologie adaptatable.

@ David M

Ce n’est pas un problème gauche vs droite, c’est un problème de cohérence.

Comment peut-on demander d’un côté un gouvernement minimaliste qui collecte moins d’impôt et de l’autre des dépenses massives pour intervenir dans l’économie?

C’est une contradiction, on se questionne sur la raison.

Seuls les très gros actionnaires (fonds de pension, etc) ont un mot à dire lors des assemblées d’actionnaires; demandez à Yves Michaud !
L’avis de Jarislowsky quant aux dépenses du gouvernement, c’est juste pour que notre argent serve à renflouer les compagnies qui ont trop perdu…

Admettons que la compagnie de Stephen Jarislowsky soit en décroissance, que les temps soient durs et que le déficit le guette.

Admettons que je suggère à Stephen Jarislowsky de dépenser encore plus pour sortir sa compagnie de la crise, de faire de gros déficits.

Il est fort probable que mis devant ce genre de situation Stephen Jarislowsky me claquerait la porte au nez (avec raison).

Stephen Jarislowsky demande au gouvernement de gérer le pays d’une telle manière qu’il n’accepterait jamais de gérer sa propre business.

Dans le fond, ce que veut vraiment Stephen Jarislowsky c’est que le gouvernement dépense l’argent des contribuables pour que sa business reste profitable.

Les gens comme Stephen Jarislowsky, qui réclament sans cesse un accès aux mamelles de l’État font parti du problème, pas de la solution.

Et le pire c’est quand des gens disent que Stephen Jarislowsky représente un côté narquois de la droite. Jarislowsky ne représente pas la droite, je suis de droite et Jarislowsky représente tout ce que rejette.

Pas du tout, je suis en affaire depuis 10 ans et s’il y a une chose que je sais! C’est qu’il ne faut pas gérer en comptable.

Quand les ventes baisse, je dépense encore plus en pub et je me met à niveau pour amélioré ma productivité. C’est la base.

Gérer comme un comptable c’est pratiquement courrir à sa perte.

Et l’avis de Jarislowski n’est pas de dépenser mais investir dans l’économie… la différence est là.


Stephen Jarislowsky représente un côté narquois de la droite

Non je parlais de Duhamel.


Comment peut-on demander d’un côté un gouvernement minimaliste qui collecte moins d’impôt et de l’autre des dépenses massives pour intervenir dans l’économie?

C’est une contradiction, on se questionne sur la raison.

En acceptant un déficite temporaire.

Et quand je parle d’investissement, je ne parle pas de GM et cie mais de nos infrastructures. Des dépenses que l’ont doit faire anyway, sauf qu’au lieu de faire sur 5-10 ans faisont les maintenant!

C’est certain que je suis pas expert, il y a probablement des endroits stratégique dans diver secteurs qui ont beaucoup d’effet autour. S’agit de les identifier et les stimuler.

Le plan de relance de la France est de $30 milliards, ce qui fait, en gros $12-15 milliards à l’échelle du Canada, si l’économie du Canada était comparable à celle de la France.

Ce n’est pas parce que certains pays ont besoin d’un large plan de relance que tous les autres pays en ont besoin. N’ y a-t-il pas une mentalité exagérée du « faire comme les autres”, au Canada? Je ne vois personne, en France, se plaindre de ce que le gouvernement français est incompétent ou timoré parce que son plan de relance est, en gros, 10 fois moindre, en dollars par personne, que celui des É.-U..

En conséquence, je peux fort bien imaginer que le plan de relance dont nous avons besoin au Canada puisse être, hypothétiquement, 10 fois inférieur, en dollars par habitant, à celui de la France. 10 fois inférieur, cela ferait un plan de relance de 1,2 ou 1,5 milliard pour le Canada.

Il se peut que M. Jarislowski ait présentement un peu de difficultés à distinguer entre ce dont son fonds mutuel a besoin et ce dont le pays a besoin. Nous avons dépassé le temps où « ce qui est bon pour General Motors est bon pour les É.-U. « , ou « ce qui est bon pour le fonds mutuel de M. J. est bon pour le Canada ». Je ne dis pas que M. J. a tort. Je dis: soyons prudents. Il est assez clair que M. J. peut voir son jugement altéré par ses énormes conflits d’intérêts.

A lire les critiques du plan de relance canadien actuel, il semble qu’ils seraient heureux si le Canada était tellement démuni économiquement qu’il aurait besoin d’un plan de relance égal ou supérieur, par habitant, à celui des Etats-Unis. N’est-ce pas une mentalité de perdant ou de colonisé que de penser ainsi?

Si le Canada a besoin d’un plus petit plan de relance que des pays comme les USA, la France et la Grande-Bretagne, eh bien tant mieux!

Auriez-vous des chiffres, M. Duhamel, sur les plans de relance, en dollars par habitant, des pays autres que ceux dont on entend toujours parler, i.e. la France, les É.-U. ou la Grande-Bretagne? Chiffres pour l’Irlande, la Norvège, la Suède, l’Italie, l’Espagne, le Japon, le Mexique, le Brésil, la Corée, la Nouvelle-Zélande, l’Australie, par exemple?

…Auriez-vous des chiffres, M. Duhamel, sur les plans de relance, en dollars par habitant, des pays autres que ceux dont on entend toujours parler, i.e. la France, les É.-U. ou la Grande-Bretagne? Chiffres pour l’Irlande, la Norvège, la Suède, l’Italie, l’Espagne, le Japon, le Mexique, le Brésil, la Corée, la Nouvelle-Zélande, l’Australie, par exemple?

Effectivement ça serait intéressant. Encore faut-il pouvoir comparer leur recul s’il a lieu.

Au Canada, on parle d’un plan de relance de 30 milliards, la France parle de 41 milliard. Doit on déduire que le Canada va trop dépenser… ou la France pas assez?
Moi aussi, je trouve que l’intervention de M. J est étrange parce que dans un numéro de l’Actualité de 2000 ou 2004? Il annonçait la catastrophe à cause des dépenses des gouvernements, et maintenant il en veut plus?
De toute façon, si on se fie à certain politiciens, il ne faudrait pas dépenser en fonction de nos besoins réels, mais plutôt en fonction de la « galerie ».

Je trouve que M. David à une très bonne vision d’une entreprise et de l’état.

Effectivement un comptable, c’est pour compter pas pour décider. Une vision comptable en général pour des projets c’est une vision de freins de F1.

En entreprise, il me semble, ce n’est pas de freins que l’on besoin en premier mais surtout d’une bonne pédale à gaz, les freins, le comptable s’en charge en général très bien. Partir en affaires sur les freins, c’est l’échec assuré comme dans une course.

L’état dans certaines occasions peut très bien faire la même chose. Pas pour rien que les populations les plus riches ont un état interventionniste.

Le problème, dans ce pays présentement, est que, souvent, les payeurs de taxes ne font pas la différence entre dépenses et investissement. Pour plusieurs, c’est plus important de se payer un big mac que d’investir dans l’avenir.

Pourtant nos pères et mères ont mis le Québec au monde en investissant dans Hydro. Mais pour plusieurs qui payent leur électricité la moins cher au monde tout en rapportant du fric au gouvernement, ce n’est que du gaspillage. Ils aimeraient mieux payer le triple au privé avec les profits qui foutent le camp ailleurs. Là ce ne serait pas du gaspillage.

Quant à ce Jarislowsky il a raison jusqu’à un certain point. Mais pour le peu que je connais de lui, il me semble être de la gauche ou de la droite selon. À moins que se soit du repentir dû à son âge, ce dont je doute.

@ Michael Laughrea

Je suis parfaitement d’accord avec vous.

Il serait très intéressant d’ajouter à votre demande l’information à savoir comment tous ces mêmes pays ont pris soins ou négligés leur infracstructures.

Un jour ou l’autre il faut payer.

@ David M

Tu as dit quelque chose de très important: tu améliore ta productivité, tu veux rendre ta business plus efficaces et couper dans ce qui est inutile.

Actuellement, les gouvernements veulent faire exactement l’inverse: ils veulent sauver ce qui ne marchent pas en pénalisant ceux qui ont du succès


Actuellement, les gouvernements veulent faire exactement l’inverse: ils veulent sauver ce qui ne marchent pas en pénalisant ceux qui ont du succès

Améliorer ma situation demande la plupart du temps des investissements monaitaires. Comme dans toute entreprise.