Ne méprisons pas les services de garde

Comment expliquer l’indifférence générale des Québécois envers le contrôle sévère des dépenses imposé à leur réseau de services de garde subventionné ?

garde
Photo : Lucélia Ribeiro/Flickr

On entend beaucoup parler, ces dernières semaines, des répercussions négatives des budgets serrés en éducation. Journaliste à La Presse, Patrick Lagacé a écrit une série d’excellentes chroniques dans laquelle il avance que si l’éducation était vraiment une priorité pour les Québécois, on ne tolérerait jamais les coupures qui ont été annoncées par les commissions scolaires.
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Je suis complètement d’accord sur ce point, et j’ajouterais que les sondages montrent que les Québécois priorisent moins l’éducation que les résidants du reste du Canada (pdf ; voir la page 23).

Je suis donc heureux de voir un certain niveau d’indignation exprimé au sujet des difficultés financières du réseau de l’éducation, mais je suis bien déçu de l’indifférence générale envers le contrôle des dépenses encore plus sévère imposé au réseau des services de garde subventionné. Je parle ici des centres de la petite enfance (CPE), des garderies et des services de garde en milieu familial.

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En effet, la croissance du budget du ministère de la Famille proposée dans le dernier budget provincial montre un résultat négatif.

Non seulement on entend très peu parler des coupures qui s’ensuivront, mais La Presse publiait, lundi dernier, un texte d’opinion proposant qu’on empêche aux parents en congé parental d’amener leurs enfants plus âgés au service de garde afin d’économiser des sommes importantes. Et pour en rajouter, les réponses à cette lettre d’opinion se sont avérées largement positives.

Voilà un bon exemple du mépris et du manque de compréhension d’une majorité de bien des Québécois à l’endroit de leur système de services de garde, qu’ils perçoivent comme de simples endroits où l’enfant sera surveillé et diverti.

Dans les faits, les services de garde subventionnés sont tenus par la loi de suivre un programme éducatif (pdf), qui a pour objectif le développement global de l’enfant (social, moral, cognitif, langagier, physique et moteur). Les services de garde privés — malgré qu’ils n’y soient pas tenus formellement — se basent souvent, eux aussi, sur ce même programme éducatif, ou alors un programme similaire.

Est-ce que beaucoup de Québécois seraient d’accord si on proposait d’empêcher les enfants de plus de cinq ans, et dont les parents sont en congé parental, d’aller à l’école, sous prétexte d’économiser de l’argent ? On devrait considérer les services de garde éducatifs avec le même respect. Les ratios sont d’ailleurs beaucoup plus bas en garderie (une éducatrice pour 6-10 enfants, contre une enseignante pour 16-20 enfants à la maternelle).

Plusieurs études démontrent que les enfants qui ont fréquenté les services de garde obtiennent de meilleurs résultats à l’école que les enfants qui sont restés à la maison. Par ailleurs, d’autres études arrivent à la conclusion que ces derniers sont moins agressifs et moins impulsifs que les autres. Le choix est donc personnel pour chaque famille et devrait dépendre de la qualité perçue du service de garde, ainsi que du degré de supervision que les parents pensent pouvoir offrir à domicile à leurs enfants.

Parents épuisés

Si, règle générale, on peut dire que rester à la maison est «aussi bon» pour l’enfant que de fréquenter un service de garde, je ne serais pas surpris que les parents ne soient pas à leur meilleur durant les six premiers mois qui suivent la venue d’un nouveau poupon…

Ma femme et moi avons justement un bébé de quatre mois qui nous réveille plusieurs fois par nuit. Nous avons, à n’en point douter, moins d’énergie pour stimuler nos deux autres enfants : un garçon de trois ans et une fille de cinq ans.

Ainsi, nous amenons nos deux plus vieux à leur excellent service de garde, et ce, presque tous les jours de la semaine. Même que durant certaines semaines — au cours desquelles le sommeil du petit ange fut particulièrement exécrable —, nous avons vu arriver la fin de semaine avec une certaine appréhension !

On estime que la proportion de femmes qui vivent une dépression postpartum dans les mois qui suivent la naissance d’un bébé varie entre 9 et 20 %. D’autres études indiquent que les hommes aussi peuvent en souffrir.

Par conséquent, il n’est pas surprenant que beaucoup de parents qui viennent d’avoir leur deuxième et troisième enfant, fatigués et parfois même déprimés, prennent le choix d’amener tous les jours leurs plus vieux dans une garderie. Si tel est le choix qu’ils font, il y a des très bonnes chances que ce soit le bon, pour leurs enfants et pour eux — et donc presque assurément pour la société dans son ensemble.

Vrai, les parents qui font le choix inverse ne devraient pas être pénalisés par la perte de leur place en garderie. Il serait donc souhaitable que les services de garde jouissent d’une plus grande flexibilité dans le cas des parents en congé parental, tout comme pour les parents qui travaillent le soir, ou à raison de trois ou quatre jours par semaine. Néanmoins, cette flexibilité est très difficile à imposer — en partie en raison des ratios enfants-éducatrice beaucoup plus serrés.

Une idée qu’il vaudrait la peine d’explorer est la possibilité de changer la façon dont on organise la rentrée scolaire. En Finlande et en Nouvelle-Zélande, par exemple, les enfants commencent l’école le jour de leur anniversaire, plutôt que de le faire tous en septembre.

Dans d’autres pays, il existe deux périodes (ou plus) de rentrée scolaire — septembre et janvier, par exemple. Cela compliquerait la gestion du côté des écoles, mais donnerait un bon coup de pouce aux parents qui cherchent à faire rentrer leurs enfants en service de garde à un autre moment que septembre.

En conclusion, j’espère que, graduellement, les Québécois commenceront à mieux comprendre la valeur et l’importance de leur réseau de services de garde subventionné. Voilà un réseau qui comporte ses avantages pour les parents, les enfants et l’ensemble de la société. Si on ne fait pas attention à ce trésor, on risque de le perdre.

 

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7 commentaires
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Permettez-moi de vous citer : « Le choix est donc personnel pour chaque famille et devrait dépendre de la qualité perçue du service de garde, ainsi que du degré de supervision que les parents pensent pouvoir offrir à domicile à leurs enfants ».

— Tout à fait de votre avis. Bien que vos propos n’étaient évidemment pas le but recherché…

Vous montrez de façon convaincante que l’indifférence du public et de bien des parents, vient justement du fait que ces garderies sont subventionnées. Si elles ne l’étaient pas, les gens feraient beaucoup plus attention aux services qui sont effectivement offerts, joueraient plus et mieux des alternatives, lorsque cela forcerait aussi les garderies à offrir plus de services ou encore des services améliorés ou plus de flexibilité (ce que vous demandez) pour se distinguer de leurs concurrents. Bref le système serait ouvert et non cadenassé comme c’est présentement le cas.

Les parents seraient beaucoup plus concernés par ce qui se passe dans ces milieux de vie, comme encore les entreprises pourraient envisager toutes sortes de bonifications pour s’assurer d’une situation confortable de leurs employés pour concilier de la bonne façon le travail avec la famille.

L’État peut aider de diverses façons les familles pour permettre de donner accès aux services pour toutes celles et ceux qui en ont besoin. Quand la mission première de l’État est de négocier le « contrat social » et non de l’initier pour pouvoir exercer une contrôle toujours étendu sur la liberté d’initiative de tous les participants.

C’est drôle, j’ai accroché à la même citation : « Le choix est donc personnel pour chaque famille et devrait dépendre de la qualité perçue du service de garde, ainsi que du degré de supervision que les parents pensent pouvoir offrir à domicile à leurs enfants. » Un choix personnel? Hmm, si vous décidez de garder votre enfant à la maison quel soutien vous offre l’État? Pas grand chose lorsque l’on compare les sommes englouties dans le programme des CPE. Une belle idée à la base, sauf que depuis sa création les coûts ont été multipliés par 8 et le nombre de place par 3. Il n’y a eu aucune économie d’échelle! Si on veut redonner plus de choix aux parents redonnons l’argent aux parents, disons 10,000$ par an, par enfant pour les cinq premières années de l’enfant. Et vous savez la beauté de cette solution: 1) Disparition des listes d’attente de certaines garderie, et vous allez redecouvrir la flexibilité car les garderies vont traiter avec le vrai client les parents et non l’État!

Je ne sais pas depuis combien de temps vous n’avez pas mis les pieds dans un CPE ou dans un service de garde privé, mais la qualité de ce qui est offert en CPE est exceptionnelle en comparaison au service privé. Le Québec devrait être fier d’offrir ce genre d’éducation à sa petite enfance. Les parents sont très impliqués et à l’affût de ce qui s’y passe. Tout comme l’école, la santé et les soins gériatriques, il devrait être du ressort de l’État d’offrir ses services qui s’accompagnent très mal d’une « obligation » de profit… tellement dommage que beaucoup de gens ne se rendent pas compte de ce que veut dire la privatisation de ces services.

Bonjour Amélie Martin,

Vous éveillez ma curiosité lorsque vous écrivez : « la qualité de ce qui est offert en CPE est exceptionnelle en comparaison au service privé »… Auriez-vous une idée précisément de quelle nature sont ces critères de comparaison ?

Excusez mon ignorance sur cette question.

Donc, si je vous comprends bien, les services de garde sont aussi essentiels que l’éducation des enfants après 5 ans, parce que nos services de garde sont devenus une nouvelle forme d’éducation. De plus, tous les enfants devraient y être, pour favoriser leur développement social et cognitif…

Ça ressemble à une belle publicité… de la part de services de garde qui veulent augmenter leur part de marché de même que leurs salaires.

Pour moi, la question demeure: en tant que société, doit-on payer pour l’éducation de nos enfants entre 0,5 et 5 ans dans des services de garde? Est-ce que l’éducation des services de garde vaut vraiment $30.00 par jour ($7500/an)? Est-ce que le rôle des parents ne doit pas être plus qu’un rôle parental de soir et de fin de semaine, surtout lorsqu’un des parents est à la maison? Le québécois moyen est-il si mauvais parent que son rôle doit être minimisé et remplacé par des gardiennes supposément plus expérimentées? Ou est-ce parce que les familles sont rendues anémiques avec au plus deux enfants et qu’on doit compenser pour le développement social de l’enfant en l’envoyant en garderie?

La prochaine étape, ce sera quoi? Le retour des pensionnats, payés par nos taxes? Êtes-vous prêts pour une augmentation des taux d’imposition? Y avez-vous au moins pensé? Ou croyez-vous encore que l’état doit continuer de s’endetter?

Et pour la petite histoire des parents épuisés, j’embarque pas. Nos parents et grands-parents avaient beaucoup plus d’enfants, et ils ne se plaignaient pas tout le temps. Les jeunes de la dernière génération, qui ont été élevés comme des enfants-rois, sont de vrais plaignards qui ne veulent pas travailler. On le voit bien avec ces fameuses grèves étudiantes…

Élever des enfants est devenu trop compliqué… de sorte que le nombre d’enfants par femmes ne cesse de diminuer, et qu’on espère compenser par l’immigration, avec tous les problèmes que cette immigration peut amener…

Ça ressemble à une belle faillite de notre société.

Je crois personnellement que les coupures (en fait, on diminue L’AUGMENTATION des dépenses!) dans les budgets de l’éducation sont parfaitement justifiées. Ce n’est pas en ajoutant encore et toujours des sommes faramineuses d’argent dans un système qui fonctionne de façon déglinguée depuis des lustres que ça ira forcément mieux. Le système de santé dans lequel nous engloutissons de plus en plus de Milliards de beaux $ année après année depuis 40 ans en est une preuve patente.

Il y a beaucoup de gras dans les structures des organismes en éducation et les dernières équipées des bonzes des commissions scolaires et des CPE où on les voyait se la couler douce en dilapidant leurs fonds (NOTRE argent!) dont ils prétendent pourtant « cruellement manquer » en colloques luxueux, zen, sexy et happy que même les syndicats dénonçaient, n’ont rien pour me convaincre du contraire.

J’appartiens à une génération où, ô horreur, les parents s’organisaient eux-mêmes avec leurs enfants plutôt que de se fier aux technocrates de l’État pour leur apprendre leurs premiers pas, et devinez quoi? Ces enfants ont « survécu » à l’abomination et semblent parfaitement intégrés à notre société. Incroyable non?