Non, la pénurie de travailleurs n’est pas un complot

Le Québec accueille présentement le plus faible nombre d’immigrants en 20 ans. Parallèlement, le taux de chômage dans la province — incluant celui des immigrants — a atteint un plancher historique. Jérôme Lussier, directeur associé de l’Institut du Québec, décortique ce mythe. 

Photo : iStockPhoto

Il était une fois le Québec des années 1960. Les baby-boomers étaient encore des enfants, les femmes avaient 3,86 enfants en moyenne, l’espérance de vie était d’environ 70 ans. C’était, pour certains, le bon vieux temps.

Depuis cette époque, l’indice de fécondité a chuté de manière dramatique. Au Québec, il tourne autour de 1,6 enfant par femme, bien en dessous du seuil de remplacement de 2,1. La proportion de personnes âgées augmente donc au fil des ans.

Pour mesurer ce phénomène, les économistes calculent souvent le « ratio de dépendance », qui permet d’estimer le nombre d’adultes en âge de la retraite par rapport à la population en âge de travailler. Plus le ratio de dépendance est élevé, plus la pression sur les travailleurs est forte : il y a moins d’employés potentiels pour les secteurs privé et public, et une plus faible proportion de contribuables actifs pour financer les missions du gouvernement.

Comme le montre le graphique ci-dessous, le ratio de dépendance des personnes âgées est en forte hausse au Québec. Il est de 32,1 en 2019, et la hausse doit encore se poursuivre pour une décennie de plus, avant de plafonner à un taux qui sera près de quatre fois celui de 1971 (12,7 à 47,1).

Et l’immigration dans tout ça?

Comment expliquer que l’immigration ne règle pas les problèmes démographiques du Québec ? La province n’accueille-t-elle pas des milliers de nouveaux arrivants chaque année ?

C’est une question complexe, qui mérite des analyses détaillées qui considèrent notamment le taux de rétention et la rapidité d’intégration des immigrants au marché du travail. 

Il importe de corriger la perception selon laquelle le Québec accueille chaque année une énorme quantité d’immigrants. Entre 2014 et 2018, le Québec a accueilli en moyenne 51 193 immigrants, ce qui représentait 18 % des immigrants admis au Canada, alors que le Québec compte pour environ 23 % de la population canadienne.

Avec un seuil fixé à 40 000 pour 2019, le Québec se trouve à accepter environ 12 % des immigrants que le Canada prévoit accueillir, soit à peine la moitié de son poids démographique. Par ailleurs, le Québec perd chaque année environ 18 000 résidents (immigrants et non-immigrants) qui quittent pour d’autres provinces ou pour l’étranger. Année après année, le « solde migratoire net » du Québec est donc significativement inférieur au seuil d’immigration fixé. 

En proportion de la population du Québec, la cible de 40 000 immigrants pour 2019 est la plus faible en 20 ans. Le gouvernement prévoit hausser les cibles au cours des prochaines années. Cependant, même la hausse envisagée pour 2022 (52 500) ne représente pas une augmentation très importante.

Dans ses prévisions démographiques, l’Institut de la statistique du Québec fixe un seuil d’immigration à 55 000 pour son « scénario de référence », qui prévoit des ratios de dépendance en hausse marquée au cours des 10 prochaines années. Le seuil de 40 000 correspond à l’hypothèse « faible » qui mène à des ratios de dépendance encore plus élevés. L’hypothèse « forte », qui atténue davantage les effets du vieillissement, s’appuie sur une cible d’immigration fixée à 70 000 par année. 

Même les niveaux d’immigration modérés du Québec contribuent de manière significative à limiter le problème du vieillissement. Depuis 2000, la croissance de la population du Québec provient principalement de l’immigration, et non de l’accroissement naturel. Dans 12 ans, toute la croissance proviendra de l’immigration, puisqu’on prévoit davantage de décès que de naissances chaque année pour les décennies suivantes. Sans l’apport de l’immigration, le Québec serait donc face à des perspectives démographiques encore plus inquiétantes. 

Un manque de travailleurs

Sans surprise, ces déséquilibres démographiques ont un impact sur la capacité des employeurs à trouver des employés. La proportion de gens en âge de travailler est plus faible, même si la population totale se maintient (les personnes âgées ont beau être à la retraite, elles continuent de consommer des biens et des services). 

Premier effet de cette demande accrue de travailleurs : une baisse du taux de chômage. C’est ce qu’on constate depuis plusieurs années au Québec, alors que le taux de chômage — incluant celui des immigrants — a récemment atteint un plancher historique.  

Cela entraîne également une hausse du nombre de postes vacants, soit les emplois disponibles pour lesquels les employeurs ne parviennent pas à trouver des employés. Le gouvernement du Québec tient des statistiques à ce sujet depuis 2015, et la tendance est évidente. Le nombre de postes vacants a doublé en quatre ans, passant de 70 000 à 140 000.

Bien sûr, la croissance économique robuste des dernières années a aussi contribué à faire chuter le taux de chômage et à accroître le nombre de postes vacants. Considérant la tendance démographique de fond, il est toutefois raisonnable de croire que le taux de chômage demeurera relativement faible au Québec au cours des prochaines années, et ce, même dans un contexte de ralentissement économique. 

En somme, il semble assez clair que le manque de main-d’œuvre au Québec n’est pas une fable ou un complot ourdi par les dirigeants d’entreprises, les syndicats, l’Institut de la statistique du Québec, le ministère du Travail et un quelconque lobby pro-immigration. Il s’agit au contraire d’une réalité observable qui s’explique principalement, et assez simplement, par le vieillissement de la population et la croissance économique robuste des dernières années.

Comment le Québec devrait-il donc réagir à cette situation ? 

Mieux intégrer les travailleurs potentiels existants. Le Québec a déjà fait des progrès remarquables pour l’intégration des certains groupes de travailleurs jadis sous-représentés sur le marché du travail. Le taux d’activité des femmes et des jeunes de 20 à 29 ans, notamment, est désormais supérieur au Québec qu’en Ontario. En 2018, le taux de chômage des immigrants (incluant les immigrants récents) a atteint un plancher, même s’il demeure plus élevé qu’en Ontario. Des progrès sont encore possibles à ce chapitre, tout comme pour la participation des travailleurs d’expérience, des Autochtones et des personnes handicapées ou judiciarisées.

Ajuster l’immigration. C’est une solution évidente pour atténuer les effets du vieillissement et ses conséquences, à plus forte raison quand on constate la chute importante du taux de chômage des immigrants ces dernières années. Au-delà de l’enrichissement culturel, des réseaux internationaux et de la force de travail qu’ils représentent, les immigrants apportent aussi un dynamisme économique important, en particulier dans le domaine entrepreneurial, où ils sont presque deux fois plus nombreux que les natifs à vouloir démarrer une entreprise

Hausser la productivité du travail. C’est la principale recommandation des économistes. Il s’agit, en gros, de trouver des moyens de maintenir ou d’augmenter les revenus avec moins d’heures travaillées. On vend des produits ou des services de plus grande valeur. On automatise le service, on sous-traite les opérations, on met en commun les divisions. On optimise toutes les composantes d’une entreprise pour extraire plus de valeur de chaque heure travaillée. Le Québec a légèrement amélioré sa productivité au fil du temps, mais son retard persiste et le défi d’inverser la tendance sera de taille. 

Hausser les salaires ? Certains observateurs suggèrent que la pénurie de main-d’œuvre actuelle est une illusion qui masque le problème réel : les salaires trop faibles offerts pour les postes vacants (on cite régulièrement Costco comme modèle à suivre). Clarifions d’abord une chose : des salaires plus élevés sont évidemment souhaitables pour les travailleurs et pour l’intérêt public du Québec. Mais encore faut-il que ces salaires plus élevés soient soutenables pour les entreprises et une économie. Or, peu de PME québécoises peuvent se permettre de concurrencer les conditions salariales de Costco ou d’autres multinationales ; plusieurs aimeraient sans doute le faire, mais elles n’en ont pas les moyens. Et même si des entreprises parvenaient à pourvoir des postes vacants en offrant des salaires plus élevés, la pénurie de main-d’œuvre serait probablement inchangée : avec un taux de chômage au plancher et un taux d’emploi à un sommet historique, les « nouveaux employés » seraient probablement simplement recrutés au sein d’une entreprise qui offre de moins bons salaires, et qui se retrouverait à son tour avec des postes vacants. 

Ne rien faire. C’est la posture de l’immobilisme et de l’acceptation passive du rétrécissement démographique et économique du Québec (« la japanisation tranquille du Québec »). Même si la conjoncture peut paraître positive, les chiffres ne mentent pas : au cours de la prochaine décennie, le vieillissement de la population accentuera le manque de travailleurs, ce qui pourrait freiner l’activité économique et mettre les finances publiques sous forte pression. Le poids démographique, économique et politique du Québec continuera de diminuer au sein du Canada. 

En refusant le changement, certains pourront se réjouir que le Québec demeure fidèle à son passé, ses traditions et ses façons de faire. Ce faisant, ils cautionneront aussi, de manière tacite et tranquille, son déclin. 

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8 commentaires
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La grande absente dans la liste des solutions possibles: La décroissance ( ou la transition). Face aux enjeux environnementaux, il serait temps d’inverser l’invivable croissance sans fin en rajustant le tir. Sortir des productions inutiles et polluantes. Investir dans les emplois à valeur environnementales et technologiquement efficaces. Éliminer les emplois qui ne produisent aucune valeur mais qui bouffent des ressources comme des vampires (ex: tous les programmes de points bonis). Est-ce que l’humain se reproduit pour nourrir la machine et ultimement s’éliminer de la planète?

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L’Automatisation et la rétention de la main d’œuvre devraient faire partie davantage de votre excellente analyse qui reprend également les propos de Linda Nazareth dans le G and M Unemployment rates are at historically low levels around the world – but that may not mean much
Linda Nazareth
LINDA NAZARETH 27 novembre
CONTRIBUTED TO THE GLOBE AND MAIL
Attention au ressac d’une récession.

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Intéressant! Par contre, j’éviterais de déplorer la hausse des salaires dans le même article où l’on parle de la difficulté de hausser la productivité. Les entreprises n’ont pas tendance à faire des investissements si elles n’y sont pas contraintes. La hausse des salaire est l’incitatif parfait pour inciter les entreprises à investir dans leur productivité.

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Si pour certain, l’analyse de Jérôme Lussier est qualifié d’excellente, pour ma part elle est nulle à chier. Quand on parle de pénurie d’emploi, il faut savoir ce qu’est une pénurie. Dans le cas du travail, la pénurie existe lorsque la demande de travail excède son offre, il ne faut pas confondre avec rareté ou difficulté de recrutement de la main-d’oeuvre.

Il attire l’attention sur le vieillissement de la population en insistant sur le ratio de dépendance des personnes âgées, qui est un rapport de dépendance démographique, plutôt que de se servir du ratio de dépendance économique, qui est nettement plus pertinent sur les conséquences économiques du vieillissement de la population. En tenant compte du rapport de dépendance économique, on obtient un résultant beaucoup moins alarmant puisqu’il y aurait en 2061, 60 inactifs pour 100 actifs et qu’aujourd’hui le ratio est d’environ 54 inactifs pour 100 actifs. Avec un ratio de 60/100, on reviendrait au rapport de dépendance économique du début des années 90. Pour fin de comparaison, le rapport de l’année 1976 était de 70/100.

Quant à l’immigration, les démographes sont d’accord pour dire qu’elle ne modifie pas la structure d’âge de la population. Dit autrement, avec ou sans immigration, la population vieillirait. Certaines études mentionnent même que l’immigration sur le long terme aggrave le vieillissement de la population. Un point où Jérôme Lussier reste muet lorsqu’il s’agit d’augmenter l’immigration, c’est que l’immigration fait augmenter la demande de produits et de services alors que, selon lui, nous serions déjà en pénurie d’emploi, on se demande bien comment il comblerait les nouveaux besoins d’emploi.

À un endroit dans son texte, il mentionne une « demande accrue de travailleurs » alors qu’en fait la demande est normal, c’est l’offre de travailleurs qui a diminué, sinon pourquoi insiste-t-il sur le vieillissement de la population ?

Quand on veut savoir s’il y a une rareté d’emploi, se servir du nombre de postes vacants n’est pas très utile puisqu’il existe des postes qui se comblent rapidement, il vaut mieux regarder le taux de postes vacants à long terme, c’est-à-dire trois mois et plus. Le Québec n’est pas la pire province dans ce domaine.

Quant à ses recommandations, ajuster l’immigration n’est pas une solution pour les raisons énoncées plus haut. Hausser la productivité, pour des raisons trop longue d’expliquer dans ce commentaire, elle repose sur un raisonnement circulaire où pour que la productivité puisse augmenter les revenus, on doit d’abord augmenter les revenus ! Quant à la hausse salariale, plusieurs études ont démontré qu’une augmentation du salaire minimum n’avait eu aucune conséquence grave sur les pertes d’emploi et les fermetures d’entreprises.

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Une des raison aussi est le manque de productivité. Avant les employer travaillait pour la compagnie et maintenant s’est très très dur de trouver des employer qui pense a la compagnie. Aujourd’hui s’est moi moi et moi. C’est dur trouver un employer fiable a tout les jour aujourd’hui Il y as des domaine qu’on étaient 5 personnes et maintenant pour la mêmes job s’en prend 8 personnes. Il y as des employeur qui ont des employer en surplus juste pour couvrir les employer qui call malade régulièrement. Dans certain domaine il y as de l’ abus de la pars des employer. (un bébé au 20 mois durant 6 ans,(retrait préventive+ chômage) +étirer au maximum la CSST +étirer au maximum l’assurance salaire+++) Sa prend beaucoup de travailleur pour remplacer les profiteur du système.
Logiquement on a investit des centaine de million en informatique pour facilité la job des fonctionnaire, gestionnaire, et les bureau sont encore plus plein.
Il y a aussi le problème que le Québec ne reconnait pas des formation de l’Ontario. Exemple: Ma fille a eu un baccalauréat en criminologie a l’Université de Ottawa en français , le Québec ne reconnait pas le cour. Les professeurs qui donnait les cours a Montréal montait aussi a Ottawa pour donner les mêmes cour. Meme formation avec les même professeur mais pas la même province???? Meme chose pour les docteur, infirmier,….Le Québec devrai arrêter de se regarder le nombril en pensant qu’il sont meilleur que tout le monde dans leur formation. Les autre province du Canada sont plus ouvert pour les formation des autre province. Si le Québec est si bon pourquoi il y as des gens qui vont ailleurs quand il peuve pour se faire soigné ????

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Et pendant ce temps, je reçois une lettre m’indiquant que si je veux recevoir les sommes dues de Retraite Québec, je dois avoir un revenu annuel ne dépassant pas 3 500$.
C’est complètement abérrant et improductif. C’est quoi? Une invitation à travaillr au noir? Une interdiction de contribuer aux besoins de notre société devant l’effective rareté de main d’oeuvre?
Je suis un » retraité » depuis deux ans et je choisis de continuer à exercer ma profession. Par ailleurs, j’en subit les conséquences au plan fiscal. Le prix àpayer pour agir en honnête citoyen qui déclare ses revenus, en retourne un minimum de 40% à l’impôt et est pénalisé sur les montants reçus de Retraite Québec. que pouvons nous y faire, il faut corriger cette situation complètement abérrante et improductive.

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Parmi les autres solutions:
1) Augmenter le taux de natalité, pour garder constante la population du Québec. Je pense qu’il faut éviter l’augmentation de population. Il y a trop de problèmes écologiques en jeu.
2) Retarder les retraites. Soit retarder l’âge de la retraite, soit employer les retraités. Plusieurs aimeraient travailler, mais ne le peuvent pas, à cause des exigences des employeurs.

Enfin, pour l’immigration, si on l’augmente, on devra faire davantage attention à l’origine des immigrants. Ceux qui ont des cultures très différentes ne s’adaptent pas bien et forment des sous-groupes culturels imperméables. Ça crée des problèmes sociaux, avec des gens qui ne parlent ni français ni anglais, quand ce ne sont pas des croyants qui veulent avoir leurs propres lois ou leur propre quartier ethnique.

L’Idée que les immigrants s’intègrent bien est idéaliste. Les immigrations massives ont toujours été la source de problèmes, que ce soit la colonisation de l’Amérique par les blancs, le trafic des esclaves africains, etc. On a encore une loi différente pour les amérindiens… et le statut socioéconomique des noirs est encore inférieur à celui des blancs, ce qui démontre que l’intégration des cultures ne se fait pas bien. Il faudrait trouver des moyens de favoriser le métissage… des cultures et des familles.

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