Nos entrepreneurs peu valorisés

La Presse publiait ce matin deux extraits de mon premier livre, L’avenir du Québec – Les entrepreneurs à la rescousse, disponible à partir de jeudi. L’actualité en publiera un autre extrait dans sa prochaine édition. Le choix des passages relève des deux publications.

Vous constaterez qu’ils sont très différents. Celui dans L’actualité racontera l’odyssée des premiers entrepreneurs en Nouvelle-France. (Oui, il y en avait déjà !) C’est que le livre couvre une très longue période historique et de nombreux sujets. Le fil conducteur est la présence d’entrepreneurs dans toutes les étapes du développement du Québec, de la traite de la fourrure aux technologies propres.

Dans ce court extrait publié ce matin, j’exprime à la fois mes inquiétudes et mon optimisme.

Si je suis inquiet pour l’avenir du Québec, ce n’est pas parce qu’il y aurait moins d’entrepreneurs. J’ai peur que nous ayons oublié combien ils sont essentiels au développement de la société, que nous ne saisissions pas toutes les occasions qui se profilent devant nous et que nous ayons plus de difficultés à faire grandir nos entreprises.

Les entrepreneurs se sentent peu appuyés et surtout peu valorisés par la société québécoise.

Dans le Québec actuel, il ne serait pas toujours bien vu d’être propriétaire. Dans certains milieux, on croit même que leurs intérêts sont par définition des intérêts égoïstes, différents de ceux de la majorité de la population. On oublie que toute l’organisation de notre vie est structurée et animée par des entrepreneurs.

Ce que l’on mange a été semé, cueilli, transporté, transformé, vendu et souvent apprêté par des entrepreneurs. Le coiffeur, l’électricien, le garagiste, le cordonnier, le quincaillier, le boutiquier, le marchand, le médecin, le psychologue, le prospecteur minier, le camionneur, le comptable, l’avocat, le plombier, le propriétaire d’un restaurant, d’un café ou d’un bar, l’architecte, le constructeur d’habitations, le notaire, le producteur de films, le propriétaire d’une entreprise sont tous des entrepreneurs.

Ils constituent le moteur de notre économie. Plus il y a d’entrepreneurs, plus il y a d’emplois, plus il y a de richesse et mieux la société se porte. Les entrepreneurs sont les héros méconnus du grand film de l’économie. On entend peu parler d’eux, sinon pour en dire du mal. «L’entrepreneuriat n’est pas valorisé au Québec. On ne favorise pas l’accomplissement des choses. Comment une société pouvait-elle réussir son passage vers le futur si elle ne favorisait pas la matérialisation des idées? On cause, mais on ne bâtit pas», déplorait l’entrepreneur Charles Sirois en février 2010, lors de la conférence annuelle de Réseau Capital, le regroupement de ceux qui investissent dans les entreprises.

J’ai pourtant vu ces dernières années des dizaines d’entrepreneurs courageux et déterminés, convaincus qu’ils ont les idées, les produits et les ressources pour réussir. Ils m’ont donné espoir et réconfort. «Notre force au Québec, c’est que nous sommes un jeune peuple créatif. Les gens ont besoin de modèles de réussite. On peut bâtir de grandes entreprises au Québec et je veux en bâtir une», me disait François-Xavier Souvay, le président de Lumenpulse, un fabricant de luminaires architecturaux.

J’aimerais avec ce livre réconcilier les Québécois avec leurs entreprises et avec le goût d’entreprendre.

 

 

 

 

 

 

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Sapristi que ca fait du bien à entendre. Je sèmerai ce livre dans plusieurs bas de noel.

Suite à la 2e guerre mondiale, nous sommes donc au 3e round pour un Québec prospère, 1) la révolution industrielle, 2) la révolution tranquille et maintenant la révolution d’entreprendre … bravo pour cet ouvrage !

Curieusement, je pense qu’un des freins à la création et au soutien des entreprises existantes, c’est : la concurrence. Je ne saurais prétendre et affirmer que j’ai raison, je vais toutefois « soutenir » mon point.

Usuellement, lorsque vous démarrez une affaire, lorsque vous établissez un plan d’affaire ou lorsque vous détenez une affaire. La question se pose toujours et immanquablement au niveau de la rentabilité de l’objet et savoir comment on se situe par rapport au(x) concurrent(s) – étude de marché.

Dans un certain nombre de cas on vous dissuadera de poursuivre ou d’aller de l’avant, soit parce que le produit et/ ou les services ne sont pas positionnés par rapport à ce qui se fait ailleurs ou bien parce qu’on ne voit pas l’avantage que représenterait votre produit par rapport aux autres ou parce qu’on estime tout simplement que ce que vous proposez n’a aucun avenir. On compte beaucoup de visionnaires qui se sont fait dire que ce qu’ils avaient à offrir ne valait pas tripette.

– Quand ailleurs, ce serait le coup d’envoi d’une révolution sociale et/ ou industrielle.

De la même façon, vous devez vous conformer à des codes de société ; si certains écarts peuvent être tolérés dans la colonie artistique, on acceptera moins facilement qu’un ingénieur porte un nez de clown ou un bonnet d’âne. Pourtant Albert Einstein a fait rire beaucoup de monde.

Ainsi, sous prétexte d’encadrer le développement, on cherche plutôt à le filtrer, à le formater et on procède à une forme de sélection ou de cooptation qui consiste en définitive à restreindre le nombre des entrepreneurs puis à les inciter à opérer sur des champs de compétences et de développements balisés. Au fond vous ne pouvez pas être généraliste.

D’autre part, la concurrence fait usuellement preuve de peu d’ouverture et cherche par divers artifices à protéger son marché, parfois d’ailleurs de manière coercitive. Quitte à dénigrer l’autre, à racheter le concurrent qui offre un meilleur produit ou encore carrément on démolit celui ou celle qui s’essaye sur sa propre voie. En somme on ne veut pas que les gens apprécient la différence.

Il faut donc avoir les reins assez et même très solides pour devenir entrepreneur par les temps qui courent et surtout pour le rester. Car finalement ce qui compte dans l’entreprise c’est avant tout le support de la vie et aucune vie n’a profondément plus de valeur que lorsqu’elle est soutenue dans la durée et surtout « pour » durer.

– C’est pourquoi, je pense qu’une approche entrepreneuriale plus éco-systémique (référence à l’écologie) serait par bien des aspects notre meilleur passeport pour l’avenir. En d’autres mots, je conçois qu’il va falloir apprendre à travailler ensembles et produire des structures de commandement fondées sur l’addition des énergies et la combinaison des talents plutôt que par le contrôle du marché et l’acquisition systématique du bien d’autrui (peu importe que ce bien soit matériel ou intellectuel) autant de choses qui engendrent et favorisent toutes formes d’appauvrissement et de raréfaction.