Nostradamus des temps modernes

Est-ce possible de prédire une crise économique, une guerre ou le prix du pétrole ? Entrevue avec un expert de la prédiction.

Photo: iStockphoto
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La recherche indique que les prédictions de l’expert politique ou économique moyen sont à peu près aussi fiables que celles d’un singe qui lance des dards — certains font pires. Mais les meilleurs 2 %, eux, arrivent à prédire l’avenir avec une certaine précision. L’actualité discute avec l’un de ces superprévisionnistes, le Montréalais Brian Labatte.

Vous avez participé au Good Judgement Project de 2011 à 2015 [, un projet de recherche américain sur les prédictions économiques et politiques qui mettait en compétition des prévisionnistes. Vous êtes-vous bien classé ?

La première année, j’ai terminé deuxième parmi les 1 000 participants. Pour les trois années suivantes, nous avons formé des équipes et la mienne a terminé respectivement deuxième, deuxième et quatrième.

Quel niveau de précision avez-vous ?

Pour les questions dont le résultat est clair, et dont la résolution est connue après moins d’un an, les meilleurs prévisionnistes ont raison en moyenne 7 fois sur 10. C’est bien mieux que le hasard.

Les participants du Good Judgement Project ont même réussi à faire des prédictions plus précises que celles formulées par des analystes du renseignement américains qui ont accès à des informations classifiées.

Faut-il un diplôme particulier pour arriver à de tels résultats ?

Non. Dans mon cas, par exemple, j’ai fait des prédictions sur la Corée du Nord ou sur le prix du pétrole. Ces sujets n’ont rien à voir avec mon éducation ou mon expertise professionnelle, puisque je travaille pour une grande société d’ingénierie électrique.

Quand on s’enfonce dans un sujet trop profondément, on perd de la perspective.

Quelles compétences faut-il donc cultiver pour faire de meilleures prédictions ?

Le plus important, c’est de penser statistiquement, d’assigner des probabilités à des événements. Pas besoin d’un doctorat en mathématiques pour apprendre. Le poker est un bon point de départ.

Ensuite, si l’on formule nos prédictions en équipe, il faut savoir travailler avec les autres : communiquer, faire des compromis, avoir de l’empathie, pouvoir régler les conflits.

On doit également savoir mesurer notre performance, comme les athlètes, et utiliser cette information pour corriger nos erreurs. C’est crucial. Enfin, il faut avoir un mode de pensée actif. Il faut rechercher l’information et sortir de sa zone de confort.

Tout cela s’acquiert, mais il faut aussi apprendre à accepter la critique, et ça, c’est moins évident.

Combien de temps mettez-vous à élaborer une prédiction ?

Je mets entre une et deux heures pour me renseigner sur le sujet, cerner l’histoire derrière la question et savoir quelles informations sont disponibles et lesquelles ne le sont pas. Je formule ensuite ma prédiction, et je la révise chaque jour ou chaque semaine selon les développements. Cela me prend environ 30 minutes chaque fois.

Que pensez-vous des prédictions d’experts qui sont relayées par les médias ?

Elles sont très mauvaises. Avec le temps, vous apprenez qui est bon et qui ne l’est pas.

Un truc pour repérer l’information la plus fiable ?

La Banque mondiale est une bonne source pour les prédictions économiques, tout comme l’ONU et le Fonds monétaire international, bien que ces organisations puissent être parfois politiques et conservatrices.

Il y a d’autres organismes et sociétés de recherche, mais ils ne sont pas toujours bons. Quand un porte-parole ou même un président de société parle au nom de celle-ci, vous devriez prendre garde. Souvent, le but est plutôt de semer la controverse et de faire les manchettes.

Collaborez-vous toujours avec l’équipe du Good Judgement Project ?

Philip Tetlock, le chercheur responsable du Good Judgement Project, est en train de mettre sur pied une entreprise avec certains collègues qui ont administré le projet avec lui.

Cette société, Good Judgement Inc., aidera ses clients, des entreprises et acteurs du milieu politique, à améliorer leurs propres prédictions en leur fournissant des conseils.

Et je ferai partie de cette société en tant que superprévisionniste. Mon rôle sera de fournir des prévisions qui pourront être utilisées comme des références.

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Ah…les prédictions…

Brexit, élection de Trudeau, élection de Trump, scandale des papiers commerciaux, etc… autant de FAITS qui ont SURPRIS les « diseurs de bonne aventure ». Alors, quand on me parle de prédictions…

Est-ce que de prédire les événements ne les provoquera pas?
Si tout le monde s’entend pour dire que le prix du pétrol va monter, les producteurs seraient bêtes de ne pas le faire, non?

Je reste grandement sur ma faim. Il aurait été intéressant de savoir, par exemple, sur quels sujets M. Labatte et son équipe ont obtenu leur excellent classement.dans le Good Judgement Project, par qui ils ont été surclassés et de quels horizons provenaient ces gens-là.

BIEN FACILE DE PRÉDIRE L,AVENIR SI UN CHEF D’ÉTAT DIT BLANC GAGÉ SUR NOIR, C’EST SURE A 99.9%