On ne badine pas avec les investisseurs étrangers

« Venez à Londres mes amis ». Voici l’appel étonnant lancé mardi par le maire de Londres Boris Johnson à Delhi, devant des hommes d’affaires indiens.

Pourquoi donc le coloré et controversé maire de la capitale britannique a-t-il lancé cet appel en français devant un auditoire maîtrisant parfaitement l’anglais ? C’est que Boris Johnson essaie de profiter au maximum de la controverse entre le ministre français du Redressement productif Arnaud Montebourg et Lekshmi Mittal, président d’ArcelorMittal, 21e fortune au monde selon Forbes (avoirs de 20,7 milliards) et symbole de la réussite internationale de l’Inde.

ArcelorMittal souhaite fermer une partie de ses installations de Florange, en Lorraine. Le groupe indien veut cesser d’y produire de l’acier à partir de fer et de charbon, mais voudrait maintenir ses autres activités sur ce site. Arrive Arnaud Montebourg. C’est le Daniel Breton du gouvernement socialiste français. Son discours est nettement à gauche et il ne donne pas dans la nuance. Le ministre veut qu’ArcelorMittal vende l’ensemble du site pour y préserver le maximum d’emplois. Il y aurait des repreneurs, mais tous voudraient, semble-t-il, mettre la main sur l’ensemble des installations.

Pour ArcelorMittal il n’en n’est pas question, car le groupe ne veut pas cohabiter avec un concurrent direct et céder d’autres activités qu’elles jugent rentables. Montebourg est furieux et déclare que « nous ne voulons plus de Mittal en France ». Il accuse le groupe indien de chantage et menace de nationaliser l’usine. La réaction est vive. Les journaux indiens sont scandalisés et on accuse les Français de racisme et de mépris à leur endroit. Lekshmi Mittal est furieux et il demande – et obtient sur le champ – un rendez-vous pour aujourd’hui même avec le président François Hollande.

L’affaire est prise au sérieux parce que le groupe emploie 20 000 salariés dans l’ensemble du pays et qu’il est le plus important sidérurgiste au monde. La France a certes besoin d’emplois, mais est-ce la bonne façon de convaincre les étrangers d’investir en France ? Le ministre de l’Économie a pris la peine de rassurer tout le monde sur les bonnes intentions du gouvernement et l’impétueux ministre n’arrête pas de nuancer ses paroles.

De façon très opportuniste, Boris Johnson essaie donc de convaincre les investisseurs indiens que c’est au Royaume-Uni, et particulièrement à Londres, qu’ils devraient plutôt investir. Car c’est là l’une des grandes caractéristiques de l’économie mondiale : les États rivalisent pour attirer les investissements. Une juridiction peu hospitalière risque d’en payer le prix.

Ceci dit, les Indiens favorisent déjà largement le Royaune-Uni et Lekshmi Mittal habite la capitale britannique. Autre considération : la sidérurgie est en crise. Il y a tout simplement trop de hauts-fourneaux compte tenu de la demande. Ceux qui exigent une transformation sur place du minerais québécois devraient en tenir compte.

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Pour saisir mieux la situation, il convient de remonter aux années 70 et plus spécifiquement à 1974 lorsque le groupe Usinor basé en Lorraine qui dominait alors le marché de l’acier, doit procéder à sa restructuration. Il convient de dire aussi que la crise de la sidérurgie était alors mondiale. La France était pratiquement un des leaders sur le marché de l’acier grâce à ses forges royales qui ont pris place en Bourgogne et en Lorraine (qui historiquement a fait partie de la Bourgogne) bien avant le 18ième siècle lorsqu’elles y prennent leur véritable essor.

Cette restructuration qui s’est faite sur plus de dix ans aura coûté des centaines de millions d’Euros dont une part considérable pourvue sur la base fonds publics, prise de participation importante de l’état dans Usinor, aide financière par des banques françaises nationalisées. – En d’autres mots, la restructuration de la sidérurgie a coûté un bras aux citoyens français.

Au terme de l’exercice on a pu transformer la sidérurgie, Usinor a pu continuer de grandir en formant un groupe européen basé en France de calibre mondial : Arcelor (en 2002).

En même temps la restructuration s’est produite ailleurs et sous d’autres cieux. De cela s’est formée un autre groupe majeur : Mittal Steel Company, une compagnie d’origine indienne certes mais qui dans les faits battait pavillon Néerlandais. En 2006 Mittal lance une OPA hostile sur Arcelor qui résiste, si ce n’est qu’au terme de l’exercice, une entente d’union est finalement conclue entre les deux groupes, dont le nouveau siège social est transféré dans le Grand-Duché du Luxembourg (un petit paradis fiscal).

Les installations du Creusot et de Floranges sont les centres historiques de la sidérurgie française. Beaucoup de gens se sentent disons-le dans cette situation : volés. – Mittal dans cette union avec Arcelor s’engageait à maintenir à long terme les emplois, assurer la pérennité des centres de production et investir dans leur mise-à-niveau et/ou leur modernisation.

On se retrouve en quelques sortes confronté à une situation qui n’est pas sans rappeler cette belle union entre Alcan et Rio Tinto où c’est le second qui a pris le contrôle du premier. Dans ce cas-ci c’est Mittal qui a pris le dessus sur Arcelor.

Il n’y a donc aucun sentiment anti Indien de la part des français. C’est tout le contraire, l’amitié franco-indienne existe depuis des siècles et il est tout à fait certain qu’elle est faite pour durer. Il ne faut pas confondre le propagandisme instrumenté par certains avec la dure réalité du capitalisme qui ignore souverainement les notions de droits nationaux, de cultures et de nationalités puisque c’est le divin-profit (Dieu récompense ses adeptes) qui prime sur tout autre abstract.

J’ajouterais encore que le maire de Londres, Boris Johnson est lui-même très francophile. Une des choses les plus préjudiciables en économie et en politique ce sont bien les mariages forcés qui d’ailleurs existent encore dans une certaine tradition indienne rétrograde établie par des castes. Une chose avec laquelle le mahatma Gandhi n’était pas d’accord.

Pas besoin de faire ca lorsqu’on a des ressources. Regardez au nord: les Chinois et les Indiens font la queue pour y investir.

Un opportunisme sans gêne ce maire de Londres ….

Est ce coca cola avait peur du communisme en Chine , les autres compagnie qui ont suivi…le climat politique pour les investissements ! De la tarte

En France l état à toujours été interventionniste même sur des régime très libéral….

jack2

« Pas besoin de faire ca lorsqu’on a des ressources. Regardez au nord: les Chinois et les Indiens font la queue pour y investir. »

Vous rêvez en couleurs HD, 3D même, sérieusement.

Les ressources c’est un atout, pas une panacée. Plein de pays en ont et aussi plein de problème.

De plus c’est un secteur hautement cyclique donc dangereux pour l’investisseur, même si celui ci est l’état. Le secteur est actuellement en recul prononcé.

Moi ce qui me désole c’est que les courants idéologiques qui dominent en France sont aussi très forts ici. En fait je ne vois pas grand différence en le PQ et les socialistes français.

@Jack2,
« Pas besoin de faire ça lorsqu’on a des ressources. Regardez au nord: les Chinois et les Indiens font la queue pour y investir. »

Pour l’instant, les investissements dans le nord ne vont pas aussi bien qu’on le laisse entendre. Les prix ayant chuté considérablement ces derniers mois, les minières appliquent les freins sur leurs investissements tandis que des projets d’expansion sont simplement annulés. Bref, ce que nous voyons n’est seulement que des rumeurs d’investissement et des projets d’exploration. Ces investissements ne viendront pas avant plusieurs dizaines d’années (s’ils viennent) à moins que nous rendions l’investissement plus attrayant qu’il est présentement. Dans cette optique, l’investissement qu’une minière apporte est de loin plus bénéfique que les redevances que l’état peut en retirer.

Nous ne pouvons échapper à la réalité nous non plus. Nous ne sommes pas les seuls à avoir des ressources. Être riche en ressources naturelles n’est pas synonyme de réussite économique. Des petits pays presque sans ressources comme les Pays-Bas, la Corée, l’Irlande ou l’Estonie sont en bien meilleure santé économique que des pays comme la France, l’Espagne et l’Italie qui ont pourtant un plus grand territoire et plus de ressources. La différence est que ces petits pays ont fait les choix de libéraliser leurs échanges et ont créé un climat pour attirer les investissements privés chez eux.

@ Jacques Marceau

L’Irlande en santé économique ! En êtes-vous si sûr ? Ce pays est aussi endetté que l’Espagne, son déficit dit « structurel » est le plus élevé de la zone euro. Et l’endettement du pays devrait progresser, de 108,2 % du PIB en 2011 à 120,2 % en 2013, selon la Commission européenne.

Les Pays-Bas ne sont pas plus réjouissant, ayant subi une crise bancaire importante qui a obligé l’État à intervenir, la rentabilité des banques reste faible. Un chômage en hausse et le pouvoir d’achat des ménages en baisse, avec des déficits qui s’accumulent depuis les dernières années, rien à attirer l’envie des français.

Monsieur Duhamel écrit : « Ceux qui exigent une transformation sur place du minerais québécois devraient en tenir compte »; autrement dit si l’État ne laisse pas les grands investisseurs établir toutes les règles du jeu, qu’il tente de les amener à se comporter en partenaire avec l’État qui leur permet d’exploiter ses ressources, ces investisseurs peuvent menacer « d’aller jouer ailleurs ».

Nous le savons que le jeu se joue trop souvent de cette façon là, entre autre parce que les politiciens manquent vite de colonne vertébrale lorsqu’il s’agit de protéger les intérêts de leur collectivité.

Je ne connaissais pas l’historique de Arcelor-Mittal qui est vraiment semblable à celui de RioTinto-Alcan comme on nous le décrit plus haut, ça illustre bien où nous mènent nos superinvestisseurs lorsqu’ils jouent le jeu à leur façon. Les inviter à investir ici en négociant pour qu’ils se comportent en partenaire, n’a rien de contre indiqué, au contraire c’est tout simplement se respecter, rappelez-vous les positions ferment de Danny William à Terreneuve et les succès qu’il a eus.

Suivre la tendance, entrer dans le moule pour s’y engouffrer, voilà la pire erreur à faire. Tous vantaient l’Irlande et ses avantages fiscaux. l’Irlande est aujourd’hui l’exemple à ne pas suivre. Faisons les choses correctement, comme » un bon père de famille » sans se soucier des qu’en dira-t-on et sur le long terme on y gagnera. Le Québec ne peut laisser spolier ses richesses sans retour. Vendriez-vous vos possessions pour zéro $ juste parce que le revendeur ne fait pas ses frais ?
Londres agit comme un requin mais tôt ou tard il va se faire avaler par ses proies