P.K.P. 2.0

Pierre Karl Péladeau ne sera plus le président et chef de la direction de Québecor Inc. Voilà une nouvelle considérable compte tenu du poids de cette entreprise dans l’économie québécoise, particulièrement de son univers médiatique. C’est aussi une nouvelle étonnante que rien n’annonçait et qui semble aux antipodes des pratiques de gestion de M. Péladeau.

PKP était jusqu’à ce jeudi matin l’archétype du patron impliqué totalement et jusqu’aux bouts des doigts dans les opérations quotidiennes de son entreprise. Il en possède une connaissance intime et peu de choses échappe à son regard. Cela a bien servi son organisation qui s’est transformée du tout au tout pour devenir une force dans les télécommunications et une puissance dominante dans les médias au Québec. Il fallait son cran, son aplomb et son habileté pour acheter Vidéotron, gérer un endettement colossal et reconfigurer l’entreprise pour les enjeux du 21e siècle.

Malheureusement, ce regard est souvent incisif et sa manière d’agir et d’intervenir ne donne pas toujours dans la dentelle. Au fil des ans, Pierre Karl Péladeau s’est donné une image de patron aussi dur qu’innovateur, aussi craint qu’adulé. Tous reconnaissaient sa brillance, mais son style abrasif et l’acharnement qu’il manifeste contre ceux qu’ils identifient comme ses ennemis lui ont créé plusieurs inimitiés. C’est un cas classique où les forces d’un individu, en l’occurrence sa passion et sa combativité, peuvent produire des résultats contre-productifs ou le distraire de ses véritables objectifs.

En remettant le volant à Robert Dépatie, Pierre Karl Péladeau réalise trois objectifs majeurs pour la suite des choses.

Il promeut un lieutenant méritant qui a accompli un travail exceptionnel à la tête de Vidéotron. M. Dépatie reste pour le moment aux commandes du joyau de Québecor, mais sa nomination à l’échelon supérieur libèrera tôt ou tard un poste pour une Manon Brouiltette, par exemple, qui occupe actuellement la fonction de Présidente, Service aux consommateurs. Bref, cela fait de place pour du sang neuf et permet la mobilité chez les cadres supérieurs.

En cédant sa place, M. Péladeau prend du recul face aux activités et décisions quotidiennes de l’empire. Cela sera plus reposant pour lui… et pour ses cadres. Les actionnaires n’ont pas à s’inquiéter, car il n’est pas dans la nature de Pierre Karl Péladeau de trop s’éloigner du champ de bataille et de ne pas battre la mesure. Sauf qu’il ne sera plus le président de tout et que les lignes de commandement devraient se rapprocher de ce que l’on observe dans les autres grandes entreprises.

Ce recul lui permettra enfin de consacrer une grande partie de sa tête et de ses énergies aux stratégies futures de l’entreprise. C’est le grand dilemme des patrons d’aujourd’hui, happés par la gestion quotidienne et tétanisés par la divulgation des résultats trimestriels. Ils n’ont pas le temps de penser et de réfléchir à plus long terme. Voilà pourquoi de grands bâtisseurs ont décidé un jour de céder les commandes à d’autres et de s’élever au-dessus de la mêlée.

Pierre Karl Péladeau n’aimera pas l’exemple, mais c’est ce qu’a décidé un jour Paul Desmarais. Il a très tôt confié l’activité quotidienne à des hommes doués comme Robert Gratton et les présidents de ses autres filiales pour nouer des liens et établir des relations afin acquérir un savoir et un réseau uniques qui ont assuré le développement de son conglomérat sur plusieurs décennies et plusieurs continents.

Je pourrais aussi donner l’exemple de Ted Rogers, de Bill Gates et de combien d’autres grand patrons.

J’ai donc hâte de voir évoluer le PKP «nouveau», mais ce retrait des activités quotidiennes lui sera difficile.

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Monsieur Duhamel, vous faites ici une excellente analyse de la situation.

Quoi qu’on dise ou pense de PKP, j’estime qu’il a fait preuve de beaucoup d’humilité en cédant ainsi sa place pour le bien de l’entreprise; bon nombre de chefs d’entreprise (dont l’envergure est moindre) n’en auraient jamais fait autant.

Peut-être souhaitait-il aussi passer davantage de temps avec ses proches, qui sait?

Comme le relatait votre collègue Gérald Fillion aujourd’hui à l’antenne de radio-Canada et sur son blogue, Pierre Karl Péladeau quitte son poste de PDG de Québecor Inc. ; il prend la présidence dans la « holding » du Conseil d’administration de Québecor-media qui chapeaute entre autre Vidéotron (devenu le vaisseau amiral du groupe) et le Groupe TVA dont il va assumer également la présidence du Conseil tout en occupant encore la vice-présidence de Québecor Inc.

Cela nous donne des indications sur l’évolution du groupe, ce qui marque définitivement le désengagement de cette compagnie dans les domaines notamment du papier. On doit considérer que la stratégie de Québecor sur l’ensemble de la structure de l’information et du divertissement (contenu) associée à la production de services et de produits visant à en contrôler la fourniture (distribution), tout cela est désormais clairement établi.

C’est une réponse sans équivoques, aux offensives de BCE et son entité Bell qui mise également sur ce modèle d’affaire, on le voit spécialement avec son offre d’achat sur Astral. Ce qui ne laisse que peu de doutes quant au fait que Québecor ait bien l’intention de suivre voire de devancer. – L’une des questions itératives, serait de savoir si cette stratégie tant des uns que des autres, n’est pas une réplique toujours possible à une ouverture du marché à d’autres gros concurrents étrangers qui pour le moment sont timides ou peu intéressés pour percer le marché canadien.

L’évolution technologique rend de plus en plus possible le choix du contenu pour les usagers et s’il n’y avait pas des restrictions législatives qui limitent les accès sur les territoires, cette pénétration serait encore plus grande. C’est pourquoi l’évolution d’une offre multi segmentée voire personnalisée, couplée simultanément au contrôle de la tuyauterie, donne un avantage concurrentiel certain pour ces compagnies.

On pourrait s’attendre entre autre à voir TVA offrir de nouvelles chaines de télévisions, prendre position dans diverses niches et fournir de nouvelles options. Le patron de Québecor se rapproche de ce qui importe réellement pour la continuité de son groupe tout en soignant intelligemment la communication de son image de marque, celle d’un homme qui entend cajoler les relations humaines tout comme intrinsèquement la qualité de ses valeurs familiales.