Affaires et économie

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L’économie est-elle en récession ou en mutation ?

Je trouve qu’on fait de la petite politique et qu’on s’enflamme beaucoup sur les pertes d’emplois du secteur manufacturier. L’essentiel, c’est le nombre de jobs qui sont crées, pas celles qui sont perdues. À première vue, c’est désolant. Le Québec a perdu 43 000 emplois dans la fabrication en 2007, ce qui porte le total des pertes d’emploi dans le secteur manufacturier québécois à 139 000 depuis novembre 2002. Depuis cinq ans, 20,7 % des emplois de ce secteur ont été perdus. Ces chiffres sont préoccupants et cachent bien des drames humains. Mais quand on y regarde de plus près, on voit aussi une économie en pleine mutation, qui abandonne des secteurs moins compétitifs et dans laquelle le secteur des services est en pleine lancée. Les 132 000 emplois perdus dans le secteur manufacturier canadien en 2007 ont été largement compensés par les 74 000 emplois créés dans la construction et les 417 000 autres créés dans les services. Voilà pourquoi le taux de chômage n’a jamais été aussi bas. Le secteur manufacturier ne s’écroule pas, il est seulement plus productif. D’octobre 2006 à octobre 2007, la valeur de la production a augmenté de 1,2 % au Canada, malgré les pertes d’emploi. On produit plus avec moins de monde. Si on suit l’évolution de l’emploi manufacturier au Québec sur une période de 20 ans, on constate que la baisse est très légère. Il y a aujourd’hui seulement 30 000 emplois manufacturiers de moins au Québec qu’en janvier 1987. En fait, l’emploi manufacturier a baissé dans tous les pays industrialisés au cours des dernières décennies. Le Canada (et le Québec) ont constitué une exception. Nos entreprises ont embauché des travailleurs parce que la faiblesse du dollar canadien leur permettait de le faire et de rester compétitives. Au lieu d’augmenter leur productivité et devenir plus compétitives, elles ont pris le pari que le huard resterait bas à tout jamais. Nous perdons aujourd’hui les emplois que nous aurions dû perdre plus tôt. L’économie de marché est une extraordinaire machine de destruction et de création d’emplois. Je vous donne les chiffres de 2003 parce que ce sont les derniers qui sont disponibles, mais ils montrent bien comme le marché du travail est changeant et dynamique. Cette année-là, 648 000 Québécois avaient perdu ou changé d’emploi. Pensez-y : environ 17 % des Québécois qui avaient un travail ont changé de job au cours de l’année. Catastrophique ? Absolument pas, car 797 000 personnes avaient été embauchées pour un nouveau poste en 2003.

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Quelle récession ? Que faire contre elle ?

Tout le monde parle de récession au Canada et aux États-Unis comme si nous étions au beau milieu d’une situation économique catastrophique et que les gouvernements devaient, de toute urgence, adopter des mesures extraordinaires pour en diminuer les impacts. Nous sommes en plein délire politique. Cela paraît que nous sommes en campagne électorale aux États-Unis et que nous avons des gouvernements minoritaires au Québec et au Canada. Nous ne sommes pas en récession. Les menaces d’une récession sont réelles chez nos voisins, mais personne n’a encore observé un seul mois de déclin de la production économique, alors qu’il en faudrait six pour valider le diagnostique. Qu’il y ait ralentissement ou une véritable récession, cela ne surprendra personne. Ceux qui prédisent une récession n’ont jamais tort, parce qu’il y en aura toujours une un jour ou l’autre ! C’est bête, c’est plate et c’est cruel, mais c’est dans la nature des cycles économiques. On pense que l’économie canadienne est en meilleur état que l’économie américaine et que le Canada pourrait résister dans une certaine mesure à une crise chez nos voisins. L’est-elle vraiment ? De plus, personne n’a idée de la capacité réelle de résistance de l’économie canadienne. Comme dans toutes les discussions économiques l’expression clé est « ça dépend ». Quatre économistes vous donneront là-dessus au moins quatre opinions différentes ! Admettons qu’il y a péril en la demeure. Que pourraient alors faire les gouvernements pour empêcher le cours des choses ou temporiser les effets d’une crise potentielle ? À vrai dire, peu de choses. Le gouvernement Harper va investir 1 milliard pour aider les villes mono industrielles. C’est bien, mais ce sera toujours insuffisant. Jean Charest et Dalton McGuinty réclameront vendredi soir au 24 Sussex d’autres milliards pour le secteur de la fabrication. Pure politique, car les Conservateurs avaient déjà annoncé des mesures pour le budget du mois prochain. Mais croyez-vous que d’autres milliards, à même vos taxes et impôts, pourraient faire des miracles quand certaines de nos industries ne sont tout simplement plus compétitives ? Admettons maintenant que les gouvernements tentent de freiner l’éventuel tsunami en injectant immédiatement 3 ou 4 milliards dans l’économie. Tout au plus, cela représenterait 4 millièmes de un pour cent de l’économie canadienne. Aussi bien parler d’une goutte de kérosène dans un 747 ! Ne me faites pas croire que ce sera cette goute qui fera décoller l’avion ! Les gouvernements du siècle dernier auraient pu investir une fortune à vouloir protéger les forgerons qui perdaient leur travail à cause de l’arrivée de l’automobile, mais rien ne pouvait empêcher leur déchéance. Il vaut plutôt dépenser l’argent dans la formation de la main-d’œuvre pour les emplois de demain que de s’acharner à tenter de protéger les emplois d’hier. Là est le véritable défi. C’est là que les gouvernements peuvent vraiment faire une différence.

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Travaillez-vous aujourd’hui ?

The Gazette relance aujourd’hui un débat bien québécois : travaillons-nous suffisamment ? La journaliste Michelle Lalonde constate que tous les bureaux et les commerces sont rouverts depuis mercredi dans l’ensemble du Canada, sauf au Québec. Chez nous, plusieurs commerces ont fermé leurs portes le 2 janvier et de nombreux bureaux et institutions allongent le congé des Fêtes jusqu’à lundi, si ce n’est pas jusqu’à mardi prochain. Remarquez, nous sommes peut-être les seuls êtres intelligents du continent. Il y a néanmoins un prix à payer pour cette « joie de vivre », qui n’est pas finalement pas seulement un cliché. Les Québécois travaillent, sur une base annuelle, 93 heures de moins que les Ontariens, soit presque 14 jours, ou encore quasiment trois semaines. Ce représente 3 900 $ par habitant après impôts, selon un organisme ontarien. Les mêmes Ontariens travaillent eux-mêmes 3,5 semaines de moins que les travailleurs américains. L’écart de prospérité entre le Québec et l’Ontario et celui entre l’ensemble du Canada et nos voisins du Sud s’explique en grande partie par le volume des heures travaillées. Nous avons choisi de travailler moins. C’est un choix de société, soit. Mais c’est un choix qui coûte cher.

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À la recherche des employés perdus

Le Conference Board indiquait hier qu’il y aura 292 000 postes à combler dans les entreprises québécoises en 2025 et possiblement 363 000 en 2010. Cette pénurie aura de lourdes conséquences sur le développement économique du Québec, ajoute l’organisme de recherche économique. Cet automne, 11 compagnies d’assurances dont le siège social est à Québec ont formé la Centre de développement en assurance et en services financiers pour combler les milliers de poste à pourvoir. Toujours cet automne, les grands joueurs technologiques du Québec ont formé une coalition pour combler les 89 000 postes qui seront disponibles d’ici trois à cinq ans. Chaque poste non comblé coûte annuellement 119 000 $ à l’économie québécoise. IBM a tellement de difficulté de recrutement à son usine de Granby qu’elle emploie de 75 à 100 retraités sur appel. Emploi-Québec affirme que 2 000 entreprises de plus de cinq employés du Centre-du-Québec ont de la difficulté à recruter du personnel qualifié. Le même organisme parle de 640 000 travailleurs à travers le Québec qui devront être remplacés d’ici 2011. Tous les sondages effectués auprès des dirigeants d’entreprise du Québec montrent que le recrutement de personnel qualifié est de loin leur problème numéro un, bien avant le dollar ou les Chinois. Est-ce que tous ces gens-là hallucinent ? Et que seuls quelques types en guerre contre l’immigration ont raison ? Même si tous les chômeurs du Québec et tous les prestataires d’aide sociale aptes au travail occupaient miraculeusement les emplois disponibles ou qui seront libérés, le compte n’y est pas. Et c’est sans tenir compte de leur absence de qualification. La Fédération des Chambres de commerce du Québec constate que 37 % des travailleurs du Québec sont âgés de plus de 45 ans. Elle constate aussi que sur les 43 373 immigrants que le Québec a accueilli en 2005, 71 % d’entre eux ont moins de 35 ans et 64 % ont une scolarité égale au supérieure au niveau collégial. Une proportion nettement plus élevée que l’ensemble de la population. L’Immigration n’est pas la seule solution. Il faut accroître la productivité de nos entreprises. Il faut que le mini baby boom que nous constatons depuis l’an dernier se poursuive. Il faudra aussi que les Québécois travaillent un peu longtemps. Ils ont tendance à prendre leur retraite beaucoup plus tôt que les Ontariens et que les Américains. Il y a un défi démographique au Québec. L’Institut de la statistique et Emploi Québec ne cessent de le répéter. Les économistes n’arrêtent pas de nous prévenir et des milliers d’entreprises commencent à le sentir sur le terrain. Certains acharnements à nier la réalité m’étonneront toujours.

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Trahison ? Vraiment ?

Vous voilà encore montés sur vos grands chevaux. La vente de la Bourse de Montréal à celle de Toronto serait donc une trahison. Indigné, François Legault a laissé entendre que cette transaction pourrait s’expliquer par l’intérêt personnel des dirigeants de la Bourse de Montréal. Il a même parlé de délit d’initiés. Le délit d’initiés, on verra bien. L’intérêt personnel des dirigeants de la Bourse ? Bien sûr. Tous les dirigeants d’entreprise profitent de la vente de leur société. Cette transaction ne fait pas exception. Mais peut-on parler vraiment de trahison ? Une entreprise privée est d’abord redevable à ses actionnaires. Croyez-moi, ceux-ci n’ont pas été trahis ! Les patrons de la Bourse de Montréal auraient-ils trahi le Québec en lui enlevant sa Bourse ? J’insiste, ce n’est pas « sa » Bourse. De plus, on exagère incroyablement la portée, la signification et l’impact d’une Bourse dans les affaires d’une ville ou d’une province. Paris n’a plus de Bourse. Ni Amsterdam. Ni Bruxelles. Ni Lisbonne. Ces quatre anciennes Bourses font maintenant partie de NYSE (New York Stock Exchange) Euronext. Connaissez-vous les Bourses de Los Angeles ou de San Francisco ? Elles n’existent plus depuis longtemps. Ces villes sont-elles moins riches, moins prospères ? Quant à celle de Boston, elle a été achetée par Nasdaq. La même Nasdaq qui a été reconduite par les actionnaires de la Bourse de Londres aux dépends d’intérêts du Qatar et de Dubaï qui s’en arrachent le contrôle. Ces deux pays du Golfe contrôlent 48 % de la London Stock Exchange. Ces dernières semaines, un autre pays du Golfe, Abu Dhabi, a renfloué Citibank, la première banque mondiale, en y injectant 7,5 milliards. Les Chinois ont quasiment sauvé Bear Stearns, une autre banque américaine et le gouvernement de Singapour vient d’investir 9,75 milliards dans UBS, le géant suisse ébranlé par la crise des hypothèques à risque. Bienvenue dans le capitalisme du XXIe siècle ! A-t-on parlé de trahison à Paris, à Amsterdam, à New York ou à Zurich ? J’aime autant être associé à Toronto, qui accepte de conserver à Montréal les transactions des produits dérivés financiers, que d’être complètement avalé par la NYSE ou d’autres groupes. Car ce sont les seules options possibles. Le phénomène de concentration au niveau boursier est tel qu’il n’y avait plus de place pour la Bourse de Montréal.

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Quebecor World à la dérive

Dure semaine pour Brian Mulroney. Je laisse à d’autres le loisir de mesurer l’impact de son témoignage d’hier aux Communes, mais chose certaine sa crédibilité d’hommes d’affaires est entachée. Pire, Quebecor World, dont il est le président du conseil d’administration, est malmenée sur les marchés et certains analystes croient même qu’elle devra déclarer faillite. Quebecor World, c’est un géant mondial de l’impression commerciale avec quelque 30 000 employés et plus d’une centaine d’usines. Elle représente environ 70 % des revenus de Quebecor. Or, ça va mal. Sa dette est élevée, ses pertes augmentent et les liquidités se font rares. L’entreprise a perdu 374 millions $ au cours des neuf premiers mois de l’exercice en cours, le titre a perdu 86 % de sa valeur depuis le début de l’année, elle a été incapable d’obtenir un financement de 750 millions $ il y a quelques semaines et la transaction qui devait amener à la cession de ses actifs européens à un groupe néerlandais a échoué. Alors que le titre perdait près de 17 % de sa valeur en Bourse après l’annonce de l’échec de la transaction européenne, son président du conseil était en train d’expliquer aux députés de l’opposition qu’il accumulait des billets de 1 000 dollars dans des coffres-forts à New York et à sa résidence montréalaise. Surréaliste. Ceci dit, il y a une véritable crise de l’imprimerie. Après la crise de la forêt et celle des papetières, il semble que ce soit maintenant au tour des imprimeurs de subir l’onde de choc des changements technologiques, de la mondialisation et des changements d’habitude des consommateurs. Les journaux peinent à maintenir leur tirage. Certains des annonceurs (notamment les petites annonces) migrent vers internet et c’est sur le web que la jeune génération apprend ce qui se passe. Sans compter que la Chine s’avère là aussi un féroce concurrent, surtout en ce qui concerne l’impression des livres.

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Bourse: l’acheteur sera-t-il achete?

Montréal a-t-il perdu ? Toronto a-t-il gagné ? Pour certains, tout se résume à un jeu à somme nulle. Selon cette théorie simpliste, s’il y a un gagnant, il doit nécessairement y avoir un perdant. Je pense plutôt que Montréal et Toronto gagnent et perdent dans cette transaction. Montréal gagne parce qu’elle conserve le monopole au Canada sur cet immense terrain de jeu qu’on appelle les produits dérivés. Elle conserve ses droits sur une éventuelle Bourse du carbone. De plus ses dirigeants ont reçu beaucoup d’argent, d’autant plus que la performance de la Bourse est moins bonne depuis la crise du «subprime». La Bourse de Montréal perd son indépendance. Elle avait ses propres ambitions et menait, à sa mesure, une stratégie d’acquisition. La Bourse de Toronto gagne parce qu’elle s’impose comme la seule Bourse canadienne. Elle paie un prix raisonnable et évite une surenchère avec des rivales américaines qui rôdaient autour de la Bourse de Montréal. Mais Toronto devient elle-même une cible plus attrayante pour les gigantesques Bourses comme NYSE ou Euronext qui s’imposent au niveau international. Comme le fait remarquer Derek DeCloet, dans le Globe And Mail, les titres des grandes entreprises canadiennes sont plus souvent transigés sur la Bourse new-yorkaise qu’à la Bourse de Toronto. La nouvelle TMX sera plus grosse, plus forte et plus diversifiée. Elle demeurera néanmoins une petite Bourse qui devra prouver sa nécessité et sa pertinence. C’est pour cette raison que je ne croyais pas à l’indépendance de la Bourse de Montréal. Tôt ou tard, elle se serait fait gober par une autre Bourse et sur des bases moins favorables que celles offertes par Toronto.

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Immigrants de choc

L’actualité, janvier 2008Leurs activités vont de l’importation de pois chiches à l’exportation de poudres électroniques. Voici des immigrants qui enrichissent le Québec.Leur histoire commence de la même façon : ils arrivent à Montréal sans un sou. Puis, chacun finit par se retrouver à la tête d’une entreprise multimillionnaire. De plus, Georges Ghrayeb, Jamil et Elie Cheaib, des marchés Adonis, Turan Kalfa, des mini-entrepôts Depotium, et Cesur Celik, de la Corporation canadienne de poudres électroniques, ont tous établi leur société dans l’arrondissement de Saint-Laurent, à Montréal, ou tout près.Saint-Laurent est atypique à plus d’un titre : on y compte davantage d’emplois que d’habitants, et presque la moitié des 85 000 personnes qui y vivent sont des immigrants. Un résidant sur 10 avait l’arabe comme langue maternelle en 2001, comme les propriétaires d’Adonis. Et un sur 10 aussi était de confession musulmane, comme Turan Kalfa et Cesur Celik.Quand Jamil Cheaib arrive à l’aéroport de Mirabel, en 1978, il n’a même pas l’argent nécessaire pour se rendre à Montréal. Il ne connaît qu’une personne au Canada, un Libanais qui habite Montréal depuis quelques années. Le destin sourit au jeune homme de 20 ans, car ce compatriote se trouve justement à l’aéroport ce jour-là pour accueillir des visiteurs. Il lui offre le gîte pour un mois.« Jamil pleure chaque fois qu’il raconte cette histoire », dit Elie, son cadet, avec qui il a fondé les marchés Adonis, en compagnie de leur ami Georges Ghrayeb. Les trois hommes sont originaires de Damour, un village chrétien au sud de Beyrouth, éprouvé par la guerre civile de la fin des années 1970. Le village a été détruit, des centaines d’habitants massacrés et l’épicerie de la famille démolie.Deux semaines après l’arrivée d’Elie à Montréal, à la fin de 1978, les trois Libanais achètent un petit dépanneur, rue Faillon. Pendant plus de six ans, ils travailleront sept jours sur sept pour faire grossir leur affaire, qui comprend aujourd’hui trois supermarchés, un distributeur en gros de produits moyen-orientaux (Phoenicia), une participation dans la première usine de fabrication de couscous au Canada (Zinda) et dans une fromagerie de Sorel spécialisée dans les fromages libanais (Fromagerie Polyethnique). Une affaire dont les revenus annuels atteignent 150 millions de dollars.Le destin de Turan Kalfa, 47 ans, est tout aussi fabuleux. Il quitte son village des côtes de la mer Noire à 14 ans pour Istanbul. À 17 ans, le jeune Turc s’engage sur un navire, puis un armateur belge le choisit comme capitaine alors qu’il n’a que 19 ans. « Après avoir visité 65 pays et plus de 500 villes, j’ai choisi Montréal, en janvier 1985 », dit-il dans un français sûr et précis, même s’il ne peut pas cacher qu’il s’agit de sa quatrième langue. Le jour, il travaille dans une usine d’armement ; le soir, il étudie l’informatique ; et il fait des déménagements les fins de semaine. Il fondera par la suite une entreprise de transport spécialisée dans les déménagements longue distance, National Movers, qui deviendra le plus grand déménageur indépendant au Canada.En 1994, un client l’invite à un congrès de propriétaires d’entrepôts libre-service, à Las Vegas, qui en précédait un de déménageurs, à Calgary celui-là. « Le premier avait lieu au Caesars Palace et celui de Calgary dans un motel de deuxième catégorie. Pas de doute, je voulais faire partie du premier ! » raconte-t-il en riant.Il fonde Depotium en 1995 et vend son entreprise de déménagement quelques mois plus tard. Grâce à ses 21 succursales, Depotium est aujourd’hui le premier locateur d’espaces d’entrepôts libre-service au Québec et le quatrième au Canada.Alors que les propriétaires d’Adonis et de Depotium sont des autodidactes, Cesur Celik (on prononce « Tcelik ») arrive au Québec, en 1985, fort d’un doctorat en métallurgie obtenu en Angleterre et d’une expérience de trois ans à l’Université du Nouveau-Brunswick. Alcan l’embauche à son usine de Jonquière. Il y restera quatre ans avant de passer à la Division des matériaux technologiques de Noranda, où il sera directeur du développement des affaires. En 1999, il fonde la Corporation canadienne de poudres électroniques, leader mondial de la fabrication de ces poudres utilisées dans les composants électroniques destinés aux lecteurs MP3, téléviseurs plasma et ordinateurs portables.Chaque semaine, quatre camions remplis de sacs de poudre de nickel quittent l’usine de Saint-Laurent vers le Japon, pourtant fermé aux produits étrangers. « Montréal est l’épicentre du monde en matière de technologie du plasma », dit Cesur Celik, à ma grande surprise. L’homme de 54 ans m’explique que des entreprises comme la sienne s’appuient sur un solide réseau, organisé autour des centres de recherche des universités McGill et de Sherbrooke ainsi que du Laboratoire des technologies électrochimiques et des électrotechnologies d’Hydro-Québec, à Shawinigan. Il a fallu un immigrant venu d’Istanbul pour m’apprendre que le Québec occupe le premier rang mondial dans ce domaine !La Corporation fabrique la poudre électronique la plus fine au monde, assure-t-il, ce qui lui donne un avantage marqué pour la fabrication des condensateurs. Nous parlons ici de nanotechnologies : la miniaturisation et la puissance accrue des appareils électroniques nécessitent de plus en plus de condensateurs, toujours plus minuscules. Par exemple, un téléphone mobile peut en contenir 300 et un ordinateur portable, jusqu’à 1 000. Chaque condensateur comprend à son tour 200 couches, d’où l’utilisation de poudres extraordinairement fines. Cela est, on s’en doute, d’une complexité inouïe à produire. La société de Saint-Laurent a 6 brevets enregistrés et est en attente pour 25 autres.On ne parle pas de nanotechnologies chez Adonis, mais plutôt de méga-gourmandises. Au marché de la rue Sauvé, tout près de Saint-Laurent, où habite 25 % de la communauté libanaise de Montréal, Elie Cheaib me montre des montagnes de baklavas et d’autres pâtisseries aux noix et au miel, puis le comptoir de la boucherie. « Plus de 25 % de nos ventes proviennent des plats produits ou apprêtés dans notre cuisine, qui emploie plus de 80 personnes », dit-il. Un conseil, n’allez jamais chez Adonis le ventre vide, vous allez vous ruiner !« Nous sommes une épicerie pour tout le monde, pas seulement pour les Libanais », répète Elie Cheaib. On trouve un rayon de viandes halal pour les musulmans, « mais ce n’est pas une mosquée ni une église ici », dit-il. Du reste, une grande partie de la clientèle est constituée de Québécois « de souche ». Le racisme ? « Il y en a partout, même entre deux villages du Liban ! »En France et en Belgique, on appelle « self-stockage » le genre d’entrepôts que bâtit Depotium dans tout le Québec. Les clients, majoritairement des particuliers, louent des espaces de différentes superficies pour y loger meubles, vêtements ou articles saisonniers. Depotium, qui a investi 14 millions de dollars depuis un peu plus d’un an dans la construction de nouvelles succursales, emploie 60 personnes (dont 19 Turcs) et en fait travailler plus de 500 en sous-traitance.Turan Kalfa illustre à lui seul les paradoxes de l’immigration. Il se dit athée, mais il était tout fier de me montrer une photo de lui et de sa mère, l’été dernier, à La Mecque pour le hadj, le pèlerinage que doivent accomplir les musulmans une fois dans leur vie. Membre du Parti québécois, il assure qu’il parlait à André Boisclair en anglais, et en espagnol à Bernard Landry. Je le soupçonne d’être un peu taquin.Il redevient plus grave quand il parle de ses quatre enfants, dont les deux aînées étudient au collège Notre-Dame, un établissement privé. « Leur l’avenir est au Québec », dit-il. Après un court moment, il ajoute : « Elles sont l’avenir du Québec. »De son côté, l’entreprise de Cesur Celik a multiplié ses ventes par huit depuis 18 mois, et son dirigeant vise un chiffre d’affaires de 100 millions de dollars d’ici cinq ans. Associée à une société japonaise, la Corporation canadienne de poudres électroniques construit au Japon une usine qui, avec l’agrandissement de celle de Saint-Laurent, lui permettra d’augmenter de 125 % sa production dès l’automne 2008.« Dans mon cœur, je suis un Québécois, dit Cesur Celik. Mon fils, qui joue au hockey dans l’équipe d’une université américaine, ne cesse de répéter à ses coéquipiers qu’il vient de Jonquière ! »

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La télé fout le camp

Dépendant de la semaine, le réseau TVA obtient un peu plus ou un peu moins que l’ensemble des auditeurs de Radio-Canada, de TQS et de RDS. Pour battre TVA à trois, il faut un gros match de hockey qui gonfle l’auditoire du Réseau des Sports. Malgré la fragmentation du marché, l’antenne de Quebecor accapare 30 % de l’auditoire sur une base hebdomadaire, soit plus de deux fois la part de Radio-Canada et près de trois fois celle de TQS. On pourrait conclure que l’acquisition de TVA a été une sacrée bonne affaire et qu’il n’y a pas seulement des concurrents qui courent jusqu’au Banquier ! Car habituellement, c’est le leader qui accapare la part du lion quand il est question de profits. Sauf en télévision. Astral Média est le véritable roi de la télévision. L’assemblée annuelle de l’entreprise, hier à Toronto, nous l’a rappelé bien fort. L’entreprises montréalaise fait quatre fois plus d’argent en télédiffusion que TVA. L’explication est simple. En plus de revenus publicitaires d’environ 20 millions $, Astral Média récolte 94 millions $ par trimestre en revenus d’abonnements pour ses chaînes de télévision payante ou spécialisée. En fait, Astral a inventé la télévision très payante. On comprend mieux pourquoi les télédiffuseurs privés réclament eux aussi des revenus d’abonnement pour leurs chaînes distribuées gratuitement par les services de télédistribution. Ne sortons pas immédiatement nos mouchoirs car tout le monde profite du système. TVA, Radio-Canada, Corus et CTV ont tous des chaînes spécialisées ou payantes. Et les propriétaires de TVA et de TQS sont également propriétaires de câblodistributeurs, grands gagnants du nouveau paysage audiovisuel. Néanmoins, le système actuel est absurde. Il faudrait que les télédiffuseurs jouent à armes égales. Une véritable concurrence et l’amélioration des contenus en dépend. Quitte à gruger dans les marges des câblos et dans la machine à imprimer de l’argent d’Astral.