Affaires et économie

Apprivoiser le tigre indien Monde

Apprivoiser le tigre indien

L’Inde pourrait bientôt croître plus vite que la Chine. Et des gens d’affaires québécois l’ont compris. Ils sont de plus en plus nombreux à y faire des affaires.

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Les exemptés du fisc

En 2004, 42 % des Québécois de 18 ans ou plus, soit 2,5 millions de personnes, n’ont payé aucun impôt provincial sur le revenu des particuliers. Est-ce que ce pourcentage est plus élevé au Québec qu’ailleurs au Canada ? Non. Comme le démontre le tableau ci-contre, la proportion des adultes qui ne payaient pas d’impôt provincial en 2004 était un peu plus élevée au Québec que dans les provinces de l’Atlantique, mais elle était la même qu’en Ontario et un peu plus basse que dans l’Ouest. Le Québec se situait exactement au niveau de la moyenne canadienne. Il n’y a pas dans ce domaine de « société distincte ». Mais n’est-il pas vrai que plus de Québécois adultes sont exempts de l’impôt provincial sur le revenu des particuliers aujourd’hui qu’il y a 25 ans ? Là encore, non : 44 % n’en payaient pas en 1980, contre seulement 42 % en 2004. Dans l’intervalle, il y a eu des hauts et des bas, mais la moyenne annuelle s’est maintenue autour de 43 %. On peut néanmoins se demander pourquoi tant de particuliers ne paient pas d’impôt provincial sur le revenu. La réponse est qu’en 2004, sur les 6 millions d’adultes du Québec, 2,9 millions — presque la moitié — ont eu un revenu personnel inférieur à 20 000 dollars. Les trois quarts de ces derniers, soit 2,1 millions, n’ont pas travaillé de l’année. Ils étaient étudiants, retraités, malades, chômeurs ou retenus à la maison par leurs obligations familiales ou personnelles. L’immense majorité d’entre eux dépendaient du soutien financier de leur famille ou de prestations de l’État : assurance-emploi, aide sociale, pension de vieillesse, supplément de revenu garanti, rente du Québec, santé et sécurité du travail, aide financière aux étudiants, etc. Or, avec un revenu personnel de 0 à 20 000 dollars, on ne paie pas beaucoup d’impôt une fois les exemptions et déductions habituelles soustraites du revenu imposable. Le plus souvent, même, on n’en paie pas du tout. En fait, sur les 2,5 millions de Québécois qui n’ont pas payé d’impôt sur le revenu des particuliers au Trésor québécois en 2004, 92 % faisaient partie du groupe dont le revenu personnel était inférieur à 20 000 dollars. Attention, cependant : les particuliers qui sont exempts d’impôt sur le revenu ne sont pas sans contribuer au Trésor québécois ! Ils paient la taxe de vente du Québec (TVQ) sur leurs biens de consommation, les taxes sur l’essence et les cigarettes, les droits d’immatriculation des véhicules, et ainsi de suite. Ils ajoutent aussi au revenu des entreprises d’État par leurs achats auprès d’Hydro-Québec, de Loto-Québec, de la Société des alcools, etc. Enfin, ceux qui ont un emploi cotisent au Régime des rentes du Québec. On peut ainsi estimer qu’en 2004 les personnes qui n’ont pas payé d’impôt ont en fait versé trois milliards de dollars en taxes, achats et cotisations à l’État. En gros, un dollar sur chaque tranche de huit dollars récoltés par le Trésor québécois provient de leurs goussets. N’empêche. Un trop grand nombre de nos concitoyens ne paient pas d’impôt, parce que leur revenu est trop bas. Pour changer les choses, avec le temps, nos principales armes de combat sont une lutte sans merci contre le décrochage et un appui ferme à la persévérance scolaire. C’est prouvé : l’éducation demeure la principale force pour faire progresser le pourcentage de la population qui occupe de bons emplois — et qui paie de l’impôt. TABLEAU Région du Canada Pourcentage de la population adulte qui n’a pas payé d’impôt provincial sur le revenu des particuliers en 2004 Atlantique 40 % Québec 42 % Ontario 42 % Ouest 43 % Moyenne canadienne 42 % (Sources : ministères des Finances du Canada et du Québec ; Statistique Canada.)

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Je radie, tu radies…

Le magazine Fortune a le titre qui tue : mais qu’est-ce que les financiers les plus malins, les plus érudits et souvent les plus expérimentés ont bien pu fumer pour investir massivement dans des véhicules financiers fragiles bâtis sur des hypothèques insolvables ? Jusqu’à maintenant les banques américaines ont perdu des dizaines de milliards de dollars dans l’aventure. Il se pourrait que ce ne soit que la pointe de l’iceberg et que les portefeuilles des institutions financières cachent d’autres fruits empoisonnés. Fortune compare la crise actuelle à l’ouragan Katrina, sauf que c’est Wall Sreet qui est inondée ! Déjà, deux têtes ont tombé, les présidents de Citigroup (la plus importante institition financière) et du courtier Merill Lynch ont « été démissionnés » pour avoir été tenus responsables des milliards de dollars de pertes enregistrées par leur organisation. N’est-il pas normal que ceux qui trônent au sommet de la pyramide soient tenus responsables quand des décisions prises sous leur règne causent autant de dégâts ? Hier, la Banque Nationale du Canada annonçait une radiation de 575 millions de dollars à cause du papier commercial. C’est beaucoup plus que la Banque Royale qui fait pourtant cinq fois sa taille. En proportion, aucune institution n’a péché (et écopé) autant que la BN. Il se pourrait que la Caisse de dépôt et de placement du Québec souffre davantage, mais la Caisse est sourde et muette face au public depuis le début de cette crise. Après tout, il ne s’agit que de notre argent… Ne trouvez-vous pas étonnant que ceux qui gaffent aux États-Unis doivent en payer le prix alors que personne, mais personne au Québec, ne soulève le moindre doute, la moindre question, la moindre indignation ? J’aimerais bien me faire invisible pendant quelque temps et assister aux prochaines réunions des conseils d’administration de la Banque Nationale et de la Caisse de dépôt… Ceci dit, je ne réclame pas nécessairement la démission de Louis Vachon et de Henri-Paul Rousseau. Je pourrais même me contenter d’une bonne explication et d’une petite contrition. Le problème du papier commercial en est d’abord un de transparence, personne ne sait ce qui se cache vraiment là-dedans. Il faudrait au moins que ceux qui en ont ramassé à la pelle soient eux-mêmes transparents.

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L’aide sociale à la sauce ADQ

En théorie, je n’ai rien à reprocher aux jeunes adéquistes qui veulent limiter à quatre années la durée de l’aide sociale pour ceux qui sont aptes au travail. Je trouve néanmoins qu’ils se trompent de cible. L’aide sociale est indispensable pour aider les plus démunis ou les plus malchanceux d’entre nous à survivre tant bien que mal aux difficultés de la vie. Comme les jeunes adéquistes, j’ai un peu plus de problèmes avec ceux qui sont déclarés aptes au travail… et qui ne travaillent jamais. C’est d’autant plus frustrant que le travail, ce n’est pas ce qui manque ces années-ci. Vendredi, il y avait 25 701 postes non comblés dans les entreprises du Québec. Certains de ces postes sont offerts depuis plusieurs semaines. 440 000 personnes prendront leur retraite d’ici quatre ans et il y a pour 36 milliards de dollars de travaux de construction qui ont été annoncés ces derniers mois. Le véritable enjeu est là : comment former les sans emplois et les bénéficiaires d’aide sociale aptes au travail pour qu’ils puissent retrouver leur dignité et contribuer au développement du Québec.

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La soviétisation du sirop d’érable

Imaginez qu’une quelconque « Fédération française des producteurs de vin » décide que tous ses membres doivent remettre l’intégralité de leur production à l’organisme. Tous les vins seraient mis ensemble dans d’immenses cuvettes et embouteillées indifféremment de leur région, de leurs cépages, de leur terroir, de leur producteur ou de leur millésime. Après tout, ce sont tous des « vins français ». La dite fédération aurait le monopole de la commercialisation du vin. Adieu les Bordeaux, les Bourgognes, les vins d’Alsace et même de Champagne. Il n’y aurait que du « vin français », en rouge, en blanc, en rosé et en mousseux. Imaginez que la toute-puissante fédération, membre d’un puissant syndicat agricole en situation de monopole, soutienne que seul ce régime assure une véritable justice puisque les producteurs seraient payés selon la quantité de vin produite. La fédération fixerait le prix du vin, indépendamment de sa qualité et tant pis s’il est trop cher pour le consommateur, contingenterait la production et, puisque cela occasionnera forcément des ratés, obtiendra des subventions de l’État pour assurer la production. Aussi, elle nous ferait croire que plusieurs petits producteurs artisanaux ne respectent pas certaines règles et nuisent à l’intérêt collectif en imposant des prix plus élevés ou plus bas en essayant de vendre directement leur production à des clients français ou, pire, étranger. Imaginez que le gouvernement français ait adopté en 2002 une loi créant cette monstruosité. Évidemment, tout cela ne se peut pas. Ce serait une abomination. Toute l’économie et la culture du vin sont basées sur le caractère distinct des cépages, des terroirs, des producteurs et des millésimes. Mais cette horreur digne de la Russie des années 1920 existe dans une campagne près de chez nous. Le combat que même la Fédération des producteurs acéricoles (UPA) contre ses membres dissidents est pathétique. Les deux parties sont devant les tribunaux ces jours-ci parce que des producteurs dissidents refusent de payer les 5 millions de dollars d’amendes qui leur sont imposés. L’UPA veut tuer la concurrence. Presque au sens propre.

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L’économie Teflon

Il faut apprendre à se méfier de tous les experts qui tentent de prédire ce qui va arriver au niveau économique et financier (moi inclus !). Par expérience, je sais que l’économie ne fait qu’à sa tête et qu’elle est incroyablement imprévisible. Prenez la situation actuelle. Le baril de pétrole est à près de 100 dollars et on paye le litre d’essence entre 1,05 dollar et 1,10 dollar. Cela devrait avoir un sérieux impact sur la croissance économique. Et bien non. Le dollar canadien qui vaut 1,05, ce devrait être la catastrophe. Pas tant que ça, constate-t-on. Il paraît que l’économie n’aime pas l’incertitude politique. Nous avons deux gouvernements minoritaires qui risquent de nous plonger en élections n’importe quand. La perte de dizaines de milliers d’emplois dans le secteur manufacturier devrait avoir un impact sur le taux de chômage et sur les dépenses des consommateurs. Nous attendons encore. La réalité est tout autre. Les mises en chantier au Québec ont augmenté de 50 % en septembre. Le prix des maisons est encore en hausse. Les ventes au détail ont repris et il y a eu depuis 12 mois 89 000 nouveaux emplois. Le taux d’emploi, c’est-à-dire le nombre de personnes de plus de 15 ans qui travaillent, n’a jamais été si élevé à 61,2 %, un sommet absolu. C’est une hausse de près de 1 % (0,9 en fait) sur octobre 2006. C’est sans compter les milliards de dollars qui seront remis aux contribuables-consommateurs grâce aux baisses d’impôts et de taxes et aux importants projets (barrages, éoliennes, immeubles) qui ont été annoncés. J’aime quand ça va mal comme ça !

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La beauté du succès

L’actualité, 1er décembre 2007 L’industrie des produits de soins pour le corps est en pleine expansion et on s’arrache ces flacons qui font du bien. Jean Hurteau, de Fruits & Passion, dirige l’une des plus belles PME du Québec, tandis que Javier San Juan est à la tête de la division canadienne de L’Oréal, le numéro un mondial des cosmétiques. Javier San Juan a brisé le cœur de sa mère quand il a abandonné un poste de directeur financier dans la société pharmaceutique suisse Novartis, en 1991, pour devenir représentant commercial de L’Oréal, une société cosmétique française. « Je lui ai annoncé que je quittais ma Renault 25 avec chauffeur pour une Renault 5 sans chauffeur », raconte, sourire aux lèvres, le président de L’Oréal Canada. Espagnol d’origine, citoyen du monde par nécessité, Javier San Juan, 45 ans, a fait le parcours type du cadre supérieur de multinationale. Après avoir vécu en France et aux Philippines, il a travaillé pour L’Oréal en Turquie, en Russie, en Roumanie et en Argentine, avant d’obtenir, en 2006, la présidence de L’Oréal Canada, septième division en importance de l’empire de la beauté. Car c’est ainsi qu’il faut qualifier L’Oréal, numéro un mondial des cosmétiques grâce à des revenus de 22 milliards de dollars. La multinationale française gère un portefeuille impressionnant de marques populaires, dont L’Oréal Paris, Maybelline et Garnier, ou encore Vichy, Biotherm, Lancôme et les parfums Armani. Ce que l’on sait moins, c’est que L’Oréal, avec 900 employés, est un acteur important de l’économie québécoise. Son chiffre d’affaires au Canada atteint 760 millions de dollars et son siège social canadien emploie 450 personnes, dans l’immeuble abritant le magasin Les Ailes de la Mode, à Montréal. Le centre de distribution canadien est également situé à Montréal, ainsi qu’une usine spécialisée dans les shampoings et les colorants, dont 90 % de la production est exportée dans une quarantaine de pays. La mère de Javier San Juan aurait sans doute été moins déçue du passage de son fils à L’Oréal si elle avait su à quel formidable essor se préparait l’industrie des cosmétiques. Les revenus des entreprises de ce secteur ont doublé depuis 15 ans, atteignant 124 milliards de dollars en 2006. Les consommateurs sont plus soucieux que jamais de leur apparence et de leur qualité de vie, la population vieillit et les vaniteux que nous sommes ne veulent pas que ça se sache. De plus, l’enrichissement de la population dans les marchés émergents accroît le nombre potentiel de clients. La tendance est la même au Canada, où le secteur croît de 6,3 % par année. Les ventes de crèmes antirides et de produits de soins pour la peau ont augmenté de 61 % depuis cinq ans. Pas étonnant quand on sait que les 55 ans et plus constituent maintenant près de 25 % de la population canadienne. Comparativement à la multinationale française, Fruits & Passion est une très petite entreprise privée. En arrivant au siège social de Candiac, on sent néanmoins que les affaires vont bien. Le stationnement mis à la disposition des 500 employés déborde et des camions se disputent l’accès à la dizaine de portes de l’entrepôt. Il faut recevoir les 8 000 composantes nécessaires à la fabrication des crèmes, savons ou produits d’ambiance fabriqués sur place pour approvisionner les 160 boutiques de la chaîne (dont une quarantaine en Asie) et les 2 000 autres points de vente dans le monde. Cette entreprise québécoise a le vent dans les voiles. Son président, Jean Hurteau, 55 ans, parle d’une croissance des revenus de 10 % à 15 % par année, mais il refuse de dévoiler le chiffre d’affaires. « Nous grossissons rapidement, mais cela ne sera jamais assez vite à mon goût », dit-il. Il m’explique qu’il est tout de même essentiel de prendre le temps de bien faire les choses. Ces jours-ci, Fruits & Passion ouvre quatre magasins dans des centres commerciaux haut de gamme des États-Unis. « Il faut bien choisir nos marchés avant de déployer notre réseau », souligne-t-il. En entrant au siège social de Fruits & Passion, on sent aussi, immanquablement, des effluves d’orange, de rose ou des autres fleurs, plantes ou fruits qui entrent dans la composition des quelque 800 produits de l’entreprise. Les trois fondateurs – Jean Hurteau, son épouse, France Ménard, et son frère, Guy Hurteau – ont bâti une marque forte autour de produits de qualité à base de végétaux, d’une signature d’entreprise soignée et d’emballages tout aussi soignés. Le président me montre les croquis du nouveau magasin de Boston, au style épuré, qui comprend un comptoir où les clients peuvent essayer les produits. À Fruits & Passion, on établit d’abord un concept, qui sera ensuite décliné en différents produits. Prenons la nouvelle gamme Arbres de vie, à base d’extraits d’arbres : le baobab du Burkina, le buriti d’Amazonie et le tamanu de Polynésie. Pour chacun, l’entreprise propose un gel douche, une crème exfoliante et cinq autres produits. Là encore, un soin particulier est apporté au contenant, magnifique, fabriqué par un verrier italien. Habituellement, les dirigeants d’entreprise définissent leur société par leurs réalisations ou par leurs ambitions. Jean Hurteau insiste plutôt sur les valeurs qui animent Fruits & Passion : l’authenticité, la nature, le raffinement et, en premier lieu, le plaisir. Un produit Fruits & Passion doit être « le plus naturel possible », mais il doit surtout apporter bien-être, réconfort et agrément. Comme le dit le président, un produit doit avoir un « côté bon », gage de son efficacité, mais aussi un « côté wow », qui en assurera le succès. « Les vraies réussites partent d’une vibration, d’une résonance », dit-il. Les produits de la gamme Cucina, probablement ceux de la chaîne qui ont le plus de succès, sont impeccables, mais ils sont devenus irrésistibles quand on a eu l’éclair de génie de les vendre dans des contenants parfaitement intégrés à la cuisine, comme des pots ou des bouteilles semblables à ceux de la moutarde de Meaux ou de l’huile d’olive. À L’Oréal, on insiste plutôt sur l’aspect technique du produit. Le roi des cosmétiques se comporte comme une véritable société pharmaceutique, en consacrant plus de 700 millions de dollars à la recherche-développement. Ses 3 000 chercheurs ont d’ailleurs déposé 569 brevets l’an dernier. Pour Javier San Juan, le Canada constitue « un formidable challenge ». Il veut améliorer l’efficacité et la productivité de la division canadienne grâce à une meilleure communication avec ses employés. Il me raconte qu’il ne peut pas visiter un magasin sans s’assurer que les multiples petits pots et bouteilles de shampoing ou de parfum de son entreprise sont bien en vue. J’imagine la réaction des agents de sécurité se demandant qui est cet hurluberlu qui passe son temps à déplacer les produits ! Il est extrêmement sympathique quand il évoque ses premiers contacts avec la culture québécoise et ne ménage pas ses mots pour vanter l’extraordinaire qualité de vie à Montréal. Je sens déjà qu’il prend racine, même si dans son cas cela ne peut jamais être définitif. « Je vis dans les pays où je travaille comme si j’allais y passer le reste de ma vie », dit-il. Ses racines dans la vente au détail et dans les produits de beauté, Jean Hurteau les a acquises chez Yves Rocher, où il a été responsable du développement de la marque. Il sera tour à tour franchiseur et franchisé de plusieurs chaînes, une expérience qui le sert bien aujourd’hui, puisque la majorité des boutiques de Fruits & Passion sont exploitées par des franchisés. En France (14 magasins) et en Chine (11 boutiques), ce sont des maîtres franchisés qui assurent l’essor de l’enseigne. « Depuis la création de l’entreprise, en 1992, nous avons bâti notre marque dans la perspective d’une expansion internationale », dit-il. Ainsi, le nom Fruits & Passion exprime la nature du concept tant en français qu’en anglais. Sept ans après le début de son déploiement hors frontières, Fruits & Passion est aujourd’hui présente dans 14 pays, notamment grâce à l’appui de la Société générale de financement, qui possède 30 % du capital-actions de l’entreprise. Qui financera les autres rêves de Jean Hurteau et de ses deux complices ? Toutes les portes sont ouvertes, du statu quo à la cotation en Bourse ou à l’alliance avec un autre groupe. Jean Hurteau dit vouer une grande admiration à Anita Roddick, fondatrice du Body Shop, cette chaîne britannique de cosmétiques respectueux de l’environnement. L’an dernier, Anita Roddick, qui est décédée en septembre, avait vendu le Body Shop pour la somme de 1,3 milliard de dollars. L’acheteur ? L’Oréal.

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La beauté du succès

Javier San Juan a brisé le cœur de sa mère quand il a abandonné un poste de directeur financier dans la société pharmaceutique suisse Novartis, en 1991, pour devenir représentant commercial de L’Oréal, une société cosmétique française. « Je lui ai annoncé que je quittais ma Renault 25 avec chauffeur pour une Renault 5 sans chauffeur », raconte, sourire aux lèvres, le président de L’Oréal Canada. Espagnol d’origine, citoyen du monde par nécessité, Javier San Juan, 45 ans, a fait le parcours type du cadre supérieur de multinationale. Après avoir vécu en France et aux Philippines, il a travaillé pour L’Oréal en Turquie, en Russie, en Roumanie et en Argentine, avant d’obtenir, en 2006, la présidence de L’Oréal Canada, septième division en importance de l’empire de la beauté. Car c’est ainsi qu’il faut qualifier L’Oréal, numéro un mondial des cosmétiques grâce à des revenus de 22 milliards de dollars. La multinationale française gère un portefeuille impressionnant de marques populaires, dont L’Oréal Paris, Maybelline et Garnier, ou encore Vichy, Biotherm, Lancôme et les parfums Armani. Ce que l’on sait moins, c’est que L’Oréal, avec 900 employés, est un acteur important de l’économie québécoise. Son chiffre d’affaires au Canada atteint 760 millions de dollars et son siège social canadien emploie 450 personnes, dans l’immeuble abritant le magasin Les Ailes de la Mode, à Montréal. Le centre de distribution canadien est également situé à Montréal, ainsi qu’une usine spécialisée dans les shampoings et les colorants, dont 90 % de la production est exportée dans une quarantaine de pays. La mère de Javier San Juan aurait sans doute été moins déçue du passage de son fils à L’Oréal si elle avait su à quel formidable essor se préparait l’industrie des cosmétiques. Les revenus des entreprises de ce secteur ont doublé depuis 15 ans, atteignant 124 milliards de dollars en 2006. Les consommateurs sont plus soucieux que jamais de leur apparence et de leur qualité de vie, la population vieillit et les vaniteux que nous sommes ne veulent pas que ça se sache. De plus, l’enrichissement de la population dans les marchés émergents accroît le nombre potentiel de clients. La tendance est la même au Canada, où le secteur croît de 6,3 % par année. Les ventes de crèmes antirides et de produits de soins pour la peau ont augmenté de 61 % depuis cinq ans. Pas étonnant quand on sait que les 55 ans et plus constituent maintenant près de 25 % de la population canadienne. Comparativement à la multinationale française, Fruits & Passion est une très petite entreprise privée. En arrivant au siège social de Candiac, on sent néanmoins que les affaires vont bien. Le stationnement mis à la disposition des 500 employés déborde et des camions se disputent l’accès à la dizaine de portes de l’entrepôt. Il faut recevoir les 8 000 composantes nécessaires à la fabrication des crèmes, savons ou produits d’ambiance fabriqués sur place pour approvisionner les 160 boutiques de la chaîne (dont une quarantaine en Asie) et les 2 000 autres points de vente dans le monde. Cette entreprise québécoise a le vent dans les voiles. Son président, Jean Hurteau, 55 ans, parle d’une croissance des revenus de 10 % à 15 % par année, mais il refuse de dévoiler le chiffre d’affaires. « Nous grossissons rapidement, mais cela ne sera jamais assez vite à mon goût », dit-il. Il m’explique qu’il est tout de même essentiel de prendre le temps de bien faire les choses. Ces jours-ci, Fruits & Passion ouvre quatre magasins dans des centres commerciaux haut de gamme des États-Unis. « Il faut bien choisir nos marchés avant de déployer notre réseau », souligne-t-il. En entrant au siège social de Fruits & Passion, on sent aussi, immanquablement, des effluves d’orange, de rose ou des autres fleurs, plantes ou fruits qui entrent dans la composition des quelque 800 produits de l’entreprise. Les trois fondateurs — Jean Hurteau, son épouse, France Ménard, et son frère, Guy Hurteau — ont bâti une marque forte autour de produits de qualité à base de végétaux, d’une signature d’entreprise soignée et d’emballages tout aussi soignés. Le président me montre les croquis du nouveau magasin de Boston, au style épuré, qui comprend un comptoir où les clients peuvent essayer les produits. À Fruits & Passion, on établit d’abord un concept, qui sera ensuite décliné en différents produits. Prenons la nouvelle gamme Arbres de vie, à base d’extraits d’arbres : le baobab du Burkina, le buriti d’Amazonie et le tamanu de Polynésie. Pour chacun, l’entreprise propose un gel douche, une crème exfoliante et cinq autres produits. Là encore, un soin particulier est apporté au contenant, magnifique, fabriqué par un verrier italien. Habituellement, les dirigeants d’entreprise définissent leur société par leurs réalisations ou par leurs ambitions. Jean Hurteau insiste plutôt sur les valeurs qui animent Fruits & Passion : l’authenticité, la nature, le raffinement et, en premier lieu, le plaisir. Un produit Fruits & Passion doit être « le plus naturel possible », mais il doit surtout apporter bien-être, réconfort et agrément. Comme le dit le président, un produit doit avoir un « côté bon », gage de son efficacité, mais aussi un « côté wow », qui en assurera le succès. « Les vraies réussites partent d’une vibration, d’une résonance », dit-il. Les produits de la gamme Cucina, probablement ceux de la chaîne qui ont le plus de succès, sont impeccables, mais ils sont devenus irrésistibles quand on a eu l’éclair de génie de les vendre dans des contenants parfaitement intégrés à la cuisine, comme des pots ou des bouteilles semblables à ceux de la moutarde de Meaux ou de l’huile d’olive. À L’Oréal, on insiste plutôt sur l’aspect technique du produit. Le roi des cosmétiques se comporte comme une véritable société pharmaceutique, en consacrant plus de 700 millions de dollars à la recherche-développement. Ses 3 000 chercheurs ont d’ailleurs déposé 569 brevets l’an dernier. Pour Javier San Juan, le Canada constitue « un formidable challenge ». Il veut améliorer l’efficacité et la productivité de la division canadienne grâce à une meilleure communication avec ses employés. Il me raconte qu’il ne peut pas visiter un magasin sans s’assurer que les multiples petits pots et bouteilles de shampoing ou de parfum de son entreprise sont bien en vue. J’imagine la réaction des agents de sécurité se demandant qui est cet hurluberlu qui passe son temps à déplacer les produits ! Il est extrêmement sympathique quand il évoque ses premiers contacts avec la culture québécoise et ne ménage pas ses mots pour vanter l’extraordinaire qualité de vie à Montréal. Je sens déjà qu’il prend racine, même si dans son cas cela ne peut jamais être définitif. « Je vis dans les pays où je travaille comme si j’allais y passer le reste de ma vie », dit-il. Ses racines dans la vente au détail et dans les produits de beauté, Jean Hurteau les a acquises chez Yves Rocher, où il a été responsable du développement de la marque. Il sera tour à tour franchiseur et franchisé de plusieurs chaînes, une expérience qui le sert bien aujourd’hui, puisque la majorité des boutiques de Fruits & Passion sont exploitées par des franchisés. En France (14 magasins) et en Chine (11 boutiques), ce sont des maîtres franchisés qui assurent l’essor de l’enseigne. « Depuis la création de l’entreprise, en 1992, nous avons bâti notre marque dans la perspective d’une expansion internationale », dit-il. Ainsi, le nom Fruits & Passion exprime la nature du concept tant en français qu’en anglais. Sept ans après le début de son déploiement hors frontières, Fruits & Passion est aujourd’hui présente dans 14 pays, notamment grâce à l’appui de la Société générale de financement, qui possède 30 % du capital-actions de l’entreprise. Qui financera les autres rêves de Jean Hurteau et de ses deux complices ? Toutes les portes sont ouvertes, du statu quo à la cotation en Bourse ou à l’alliance avec un autre groupe. Jean Hurteau dit vouer une grande admiration à Anita Roddick, fondatrice du Body Shop, cette chaîne britannique de cosmétiques respectueux de l’environnement. L’an dernier, Anita Roddick, qui est décédée en septembre, avait vendu le Body Shop pour la somme de 1,3 milliard de dollars. L’acheteur ? L’Oréal.

Affaires et économie

Faut-il adopter le dollar américain ?

Le huard vole haut, c’est le moins qu’on puisse dire. Il dépassait tôt mercredi matin (le 7) 1,10 dollar américain. Le problème n’est pas tant l’altitude qu’il atteint, mais la rapidité époustouflante avec laquelle il est en train d’écraser le billet vert. Comment voulez-vous qu’un exportateur s’ajuste à une devise qui est sur les amphétamines ? Certains ont déjà la solution, adopter la devise américaine. Fini les problèmes de conversion, pas d’ajustements à faire et pas de surprises : un dollar, c’est un dollar. Je suis dubitatif. Voici mes raisons. Ce sera la monnaie d’un autre pays. Le Canada n’aura aucun mot à dire dans la politique monétaire. Cette situation ne se compare absolument pas aux pays de l’Union européenne qui ont établi ensemble une nouvelle monnaie commune. Ce pays est en l’occurrence neuf fois plus peuplé et dix fois plus gros économiquement. Même s’il y avait la moindre ouverture américaine, nous allons compter pour peu. Si vous trouvez qu’il est difficile de concilier les intérêts de l’Alberta et ceux du Québec, imaginez maintenant de concilier nos intérêts avec ceux de la Californie, à elle seule plus peuplée que le Canada, ou du Texas. Trouvez-vous que les États-Unis vont bien ? N’êtes-vous pas inquiets des lourds déséquilibres budgétaires et commerciaux ? N’oubliez surtout pas que le huard est propulsé par un billet vert qui s’effondre. C’est le principe du tremplin ! Bien sûr, le dollar canadien est à un niveau trop élevé et sa croissance trop brusque pour les exportateurs. Mais sa vigueur est également expliquée par la bonne gouvernance des gouvernements canadiens en matière de finances publiques. Il serait bête de renoncer à la récompense après de tels efforts. La folie actuelle a ceci de bon : les entreprises devront faire des miracles pour rester concurrentielles. Si elles passent à travers l’épreuve, elles deviendront redoutables et nous en bénéficierons tous. Autre avantage, cette poussée du dollar canadien amène les exportateurs à s’intéresser à d’autres marchés. En 2004, 87 % de nos exportations étaient destinées aux États-Unis. En juillet dernier, la proportion n’était que de 75 %. Il faut diversifier nos exportations et cesser de dépendre d’un seul marché. C’est sans compter les éléments politiques-émotifs-nationalistes qui accompagneraient un tel débat. Le huard, fort ou faible, fait partie de l’identité de ce pays.

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Le PDG inconnu

Michel Vastel a raison : Hubert Lacroix, le prochain PDG de Radio-Canada, est peu connu et son expérience de la radiodiffusion est limitée. Ceci dit sa nomination ne me surprend absolument pas. Tout d’abord, soulignons qu’il succède lui-même à un autre Montréalais qui n’avait pas de connaissance intime de Radio-Canada ou même de la radiodiffusion. En effet, Robert Rabinovitch était vice-président chez Claridge, la société de gestion de Charles Bronfman. Hubert Lacroix connaît déjà les médias grâce à son expérience chez Télémédia et au conseil de Transcontinental. Deuxième remarque, les entreprises choisissent de plus en plus souvent leur président à l’extérieur de leur rang. Qui plus est, souvent les candidats ne proviennent pas de la même industrie. Pierre Dion, le président de TVA, était le président canadien de l’éditeur de magazines et de livres Readers’Digest. La présidente de Médias Transcontinental, Nathalie Larivière, occupait la présidence des magasins Archambault. Le PDG de Corus, John Cassaday, est certes l’ancien président de CTV, mais avant d’occuper ce poste il présidait les Soupes Campbell au Canada et au Royaune-Uni ! Michael Sabia (BCE) vient du Canadien National. Paul Tellier était un haut fonctionnaire avant de prendre la tête du CN. Je suis sûr que sa connaissance des trains était limitée, mais son jugement et quelques bonnes décisions ont propulsé le CN. Troisième remarque, les Québécois ne connaissent pas les gens d’affaires. Qui peut nommer plus de cinq grands PDG québécois à part Jean Coutu, Pierre Karl Péladeau, Paul Desmarais, Guy Laliberté et Laurent Beaudoin ? Une infime partie de la population. Adulés dans les années 1980 et 1990, les gens d’affaires n’ont plus la cote. Alors, qui pourrait bien connaître un avocat d’affaires parmi les plus brillants de sa génération comme Hubert Lacroix ?

Affaires et économie

Les immigrants d’origine arabe sont-ils bien intégrés ?

Les audiences de la Commission Bouchard-Taylor cette semaine à Québec l’ont démontré une fois de plus : les préjugés concernant l’immigration d’origine arabe sont nombreux. Certains propos, dont nous avons plusieurs échos sur ce site, me heurtent. Je peux comprendre l’émotion (les réactions épidermiques face au fanatisme religieux et les conséquences des attentats du 11 septembre), mais je trouve que certaines craintes («les musulmans vont nous évangéliser (sic)») sont totalement disproportionnées. Savez-vous que… Il y avait au dernier recensement (2001) 135 750 personnes d’origine arabe au Québec. 83 % d’entre eux sont nées à l’étranger et constituent donc des immigrants. Je fais la distinction parce que Me Guy Bertrand et d’autres ne semblent pas la faire. En 2001, la minorité des membres de cette communauté (46 %) étaient de confession musulmane. On y trouvait même 29 % de catholiques (plutôt libanais) et 11 % d’orthodoxes (notamment des coptes originaires d’Égypte). Le prochain recensement, dont les premières données sur l’immigration seront connues le mois prochain, devrait donner une majorité aux musulmans suite à la récente immigration provenant des pays du Maghreb. La ville de Québec, qui semble s’y connaître extraordinairement bien en matière d’immigration musulmane, n’accueillait que 2,1 % des personnes d’origine arabe. La moitié d’entre eux seraient musulmans. Nous parlons donc de 1 357 personnes sur une population d‘un demi million. Compte tenu que 10 % d’entre eux pratiquent leur religion, cela ne fait pas beaucoup de monde à la mosquée ! Ils seraient deux ou trois fois plus nombreux qu’ils passeraient toujours inaperçus. Sont-il moins éduqués ? 33 % des membres de la communauté arabe ont un diplôme universitaire, contre 14 % pour l’ensemble de la société québécoise. Sont-ils francophones ? 89,3 % connaissaient le français et 66,1 % l’anglais. Cette proportion devrait être à la hausse grâce à l’immigration récente. Les membres de cette communauté n’auraient donc aucune difficulté à obtenir une citoyenneté québécoise, telle que définie par le Parti québécois. Ces citoyens sont d’ailleurs presque quatre fois plus nombreux à parler le français plutôt que l’anglais à la maison. Sont-ils jeunes ? Les personnes âgées de 65 ans et plus ne représentent que 5,7 % de cette communauté, comparativement à plus de 12 % pour l’ensemble de la population du Québec. Les Arabes contribuent donc au rajeunissement de la population. Malgré une éducation supérieure, le taux de chômage est plus élevé dans cette communauté que pour l’ensemble du Québec. Cela n’a rien d’exceptionnel car le taux de chômage des immigrants récents (cinq ans et moins) est trois fois plus élevé que pour la population née au Canada, et ce, tant à Montréal qu’à Toronto ou à Vancouver. Cet écart se rétrécit considérablement pour ceux qui sont au pays depuis plus de cinq ans. Les Québécois d’origine arabes sont-ils pour autant un fardeau ? Par rapport à l’ensemble de la population québécoise, ils sont surreprésentés dans les secteurs de la fabrication et des services professionnels ainsi que dans les emplois techniques et scientifiques. Je pense que leur apport peut être bénéfique au Québec. Cela ne veut pas dire que cela sera facile. Mais faut-t-il que les musulmans se mettent à manger du porc (que nous mangeons de moins en moins) pour que nous les acceptions ?

Affaires et économie

L’immigration et l’économie

Il faut lire la dernière chronique de Jacques Attali, dans le magazine français L’Express. Attali est l’auteur de dizaines d’essais et de romans. C’est aussi un banquier spécialisé dans le micro crédit dans les pays émergents. Cet économiste, ancien conseiller du socialiste François Mitterrand est aujourd’hui mandaté par Nicolas Sarkozy pour trouver des pistes pour relancer l’économie française. En résumé, disons que ce n’est pas un deux de pique. Voici un extrait et l’hyperlien qui vous conduira à sa chronique : …Ainsi, les pays d’Europe où la croissance est la plus forte sont ceux qui, comme l’Irlande, le Portugal, le Royaume-Uni, l’Espagne et la Suède, savent recevoir des étrangers et faire revenir leurs étudiants partis se former ailleurs. Les 600 000 Européens de l’Est venus depuis moins de dix ans au Royaume-Uni ont au PIB anglais à hauteur et les Pakistanais y ont créé l’essentiel des nouvelles entreprises. En Espagne, le quadruplement en six ans du nombre d’étrangers est à l’origine de la moitié de la croissance. Au Portugal, plus de 300 000 Ukrainiens, venus illégalement, mais qui se sont remarquablement intégrés, représentent un formidable facteur de développement…