Affaires et économie

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Gros plan sur Sherbrooke

.div1_sherb { border:1px solid black; padding:5px; /*overflow:hidden;*/ height:142px !important; height/**/:/**/142px; } .div2_sherb { border:1px solid black; padding:5px; /*overflow:hidden;*/ height:143px !important; height/**/:/**/143px; } .div3_sherb { border:1px solid black; padding:5px; /*overflow:hidden;*/ height:143px !important; height/**/:/**/143px; } .div4_sherb { border:1px solid black; padding:5px; /*overflow:hidden;*/ height:143px !important; height/**/:/**/143px; } .div5_sherb { border:1px solid black; padding:5px; /*overflow:hidden;*/ height:134px !important; height/**/:/**/134px; } .div6_sherb { border:1px solid black; padding:5px; /*overflow:hidden;*/ height:108px !important; height/**/:/**/108px; } .div7_sherb { border:1px solid black; padding:5px; /*overflow:hidden;*/ height:120px !important; height/**/:/**/120px; } .div8_sherb { border:1px solid black; padding:5px; /*overflow:hidden;*/ height:105px !important; height/**/:/**/105px; } Aéroport de Sherbrooke : D’où l’on peut prendre le vol quotidien d’Air Sherbrooke pour Toronto, établi à la demande des investisseurs et entrepreneurs. L’aéroport peut en outre accueillir des Boeing 737. Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS): À l’instar de Montréal et de Québec, Sherbrooke a son centre hospitalier universitaire, lié à l’Université de Sherbrooke. Le centre regroupe deux hôpitaux, l’Hôtel-Dieu, au centre-ville, et l’Hôpital Fleurimont, qui héberge également la faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke. Université de Sherbrooke: Une des universités canadiennes qui tirent le plus de revenus de ses brevets, l’institution fut une des premières à créer des programmes d’enseignement coopératifs, avec stages en entreprise. Elle fut également la première à proposer un MBA francophone. L’Université Bishop’s: L’université anglophone de la région. Travaillant souvent de concert avec sa voisine francophone, avec des chaires communes et des programmes conjoints pour les étudiants, elle a lancé le projet ZAP Sherbrooke, qui permettra d’installer des points d’accès Internet sans fil partout dans la ville. Le Technoparc de Sherbrooke : Situé à l’intérieur du parc industriel, il héberge en ce moment sept entreprises qui emploient plus de 800 personnes. Parc biomédical de Sherbrooke : Situé à côté de la faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke et du Pavillon Fleurimont du CHUS. On mise tout particulièrement sur le Centre de développement des biotechnologies, un bâtiment regroupant des entreprises spécialisée en recherche dans le secteur des biotechnologies et de la santé humaine. Parc Innovation : Situé à côté de l’Université de Sherbrooke, ce nouveau parc industriel, propriété de l’université, vise à susciter des vocations entrepreneuriales chez ses proffesseurs et des vocations de chercheurs dans l’entreprise privée. Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS): À l’instar de Montréal et de Québec, Sherbrooke a son centre hospitalier universitaire, lié à l’Université de Sherbrooke. Le centre regroupe deux hôpitaux, l’Hôtel-Dieu, au centre-ville, et l’Hôpital Fleurimont, qui héberge également la faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke. La formidable ascension de Sherbrooke

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Les 111 emplois de  l’avenir

Niveau d’études requis : Universitaire Collégial (ou institut de technologie) Secondaire Peu déterminant Perspectives très favorables NOM DU MÉTIER ESTIMATION* DU SALAIRE ANNUEL MOYEN Ingénieur minier 76 000 $ Ingénieur en aérospatiale 79 500 $ Ingénieur informaticien (sauf ingénieur en logiciel) 72 400 $ Médecin spécialiste 166 200 $ Omnipraticien et médecin de famille 135 300 $ Dentiste 117 500 $ Optométriste 73 600 $ Pharmacien 71 200 $ Diététiste et nutritionniste 48 700 $ Ergothérapeute 48 700 $ Infirmier autorisé 51 000 $ Technologue médical et assistant en anatomopathologie 47 500 $ Technologue et technicien en santé animale 29 700 $ Inhalothérapeute, perfusionniste cardiovasculaire et technologue cardiopulmonaire 47 500 $ Technologue en radiation médicale 49 900 $ Hygiéniste et thérapeute dentaire 34 400 $ Surveillant du forage et des services liés à l’extraction de pétrole et de gaz 70 000 $ NOM DU MÉTIER ESTIMATION* DU SALAIRE ANNUEL MOYEN Directeur financier 78 300 $ Directeur des ressources humaines 72 400 $ Directeur des achats 68 800 $ Directeur des assurances, de l’immobilier et du courtage financier 84 300 $ Directeur de banque, du crédit et d’autres services de placements 72 400 $ Directeur des services de génie 91 400 $ Directeur des services d’architecture et de sciences 85 500 $ Gestionnaire de systèmes informatiques 79 500 $ Directeur des soins de santé 62 900 $ Directeur des services sociaux, communautaires et correctionnels 54 600 $ Gestionnaire de la fonction publique — analyse économique, élaboration de politiques et administration de programmes 74 800 $ Gestionnaire de la fonction publique — élaboration de politiques et administration de programmes d’enseignement 74 800 $ Directeur des ventes, du marketing et de la publicité 74 800 $ Directeur — commerce de détail 40 400 $ Vérificateur comptable 54 600 $ Analyste financier et analyste en placements 64 100 $ Agent en valeurs, agent en placements et négociateur en valeurs 85 500 $ Professionnel des services aux entreprises de gestion 62 900 $ Agent de gestion immobilière 45 100 $ Expert en sinistres et rédacteur sinistres 46 300 $ Assureur 49 900 $ Estimateur et évaluateur 46 300 $ Courtier en douane, courtier maritime et autres courtiers 46 300 $ Secrétaire médical 30 900 $ Répartiteur et opérateur radio 38 000 $ Horairiste de trajets et préposé à l’affectation des équipages 46 300 $ Chimiste 57 000 $ Ingénieur civil 66 500 $ Ingénieur mécanicien 61 700 $ Ingénieur électricien et électronicien 76 000 $ Ingénieur chimiste 71 200 $ Ingénieur d’industrie et de fabrication 67 700 $ Mathématicien, statisticien et actuaire 73 600 $ Analyste et consultant en informatique 64 100 $ Analyste de bases de données et administrateur de données 59 400 $ Ingénieur en logiciel 67 700 $ Programmeur et développeur en médias interactifs 49 900 $ Technologue et technicien en chimie 45 100 $ Technologue et technicien en génie civil 48 700 $ Technologue et technicien en génie mécanique 49 900 $ Technologue et technicien en génie industriel et en génie de fabrication 48 700 $ Technologue et technicien en génie électronique et électrique 52 200 $ Mécanicien, technicien et contrôleur d’avionique et d’instruments et d’appareillages électriques d’aéronefs 57 000 $ Technologue et technicien en dessin 42 800 $ Évaluateur de logiciels et de systèmes informatiques 49 900 $ Vétérinaire 65 300 $ Chiropraticien 67 700 $ Audiologiste et orthophoniste 55 800 $ Physiothérapeute 48 700 $ Infirmier en chef et superviseur 60 500 $ Technicien de laboratoire médical 43 900 $ Denturologiste 53 400 $ Opticien d’ordonnance 42 700 $ Infirmier auxiliaire 38 000 $ Ambulancier 48 700 $ Assistant dentaire 24 900 $ Aide-infirmier, aide-soignant et préposé aux bénéficiaires 28 400 $ Avocat et notaire 90 200 $ Enseignant au niveau collégial et dans les écoles de formation professionnelle 55 800 $ Enseignant au niveau secondaire 53 400 $ Enseignant aux niveaux primaire et préscolaire 49 900 $ Conseiller d’orientation et conseiller en information scolaire et professionnelle 53 400 $ Psychologue 57 000 $ Travailleur social 46 300 $ Conseiller familial et conseiller matrimonial 47 500 $ Technicien juridique 40 400 $ Éducateur et aide-éducateur de la petite enfance 23 700 $ Traducteur, terminologue et interprète 51 000 $ Designer d’intérieur 32 000 $ Superviseur — commerce de détail 33 200 $ Superviseur des services alimentaires 30 900 $ Spécialiste des ventes techniques — commerce de gros 60 500 $ Agent et courtier d’assurances 46 300 $ Acheteur des commerces de gros et de détail 45 100 $ Boucher et coupeur de viandes — commerce de gros ou de détail 28 500 $ Policier 64 100 $ Représentant des ventes non techniques — commerce de gros 48 700 $ Vendeur et commis-vendeur — commerce de détail 28 500 $ Aide familial et aide de maintien à domicile 23 800 $ Machiniste et vérificateur d’usinage et d’outillage 41 500 $ Outilleur-ajusteur 45 100 $ Soudeur et conducteur de machines à souder et à braser 38 000 $ Mécanicien d’équipement lourd 43 900 $ Mécanicien et contrôleur d’aéronefs 58 200 $ Ajusteur de machines 45 100 $ Constructeur et mécanicien d’ascenseurs 55 800 $ Mécanicien et réparateur de véhicules automobiles, de camions et d’autobus 35 600 $ Électromécanicien 45 100 $ Foreur et dynamiteur des mines à ciel ouvert, des carrières et des chantiers de construction 48 700 $ Mineur d’extraction et de préparation (mines souterraines) 66 500 $ Surveillant dans la transformation des aliments, des boissons et du tabac 46 300 $ Conducteur de machines et opérateur aux procédés industriels dans la transformation des aliments et des boissons 35 600 $ Monteur d’aéronefs et contrôleur de montage d’aéronefs 47 500 $ Conducteur de machines d’usinage 38 000 $ * Ces revenus d’emploi sont une extrapolation des salaires indiqués pour chaque métier dans le Recensement de 2000. Or, de 2000 à 2007, la rémunération hebdomadaire moyenne a augmenté de 18,7 % au Québec, selon l’Institut de la statistique du Québec. Nous avons donc majoré tous les salaires de 18,7 %, tout en étant conscients que les hausses de salaire peuvent varier considérablement d’un emploi à l’autre.

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Halte aux scandales et à l’indifférence !

L’un est comptable et l’autre est économiste. Voilà ce qui les distingue. Car tous les deux portent la barbe et ont le même prénom. Les deux ont obtenu leur doctorat dans des universités de la côte Ouest, leurs carrières sont liées à HEC Montréal et ils occupent maintenant des postes de direction au sein de leurs établissements respectifs. Ces hommes, qui figurent parmi les observateurs les plus fins et les plus aguerris du milieu des affaires, partagent aussi plusieurs convictions, dont l’importance pour les universitaires de se faire entendre dans les grands débats économiques et sociaux. Ce dont ils ne se privent pas. Michel Magnan, 49 ans, s’en fait même une spécialité et un devoir. Il a donné plus de 50 entrevues au cours des deux dernières années. De l’émergence des fonds d’investissement privés (comme Blackstone ou KKR) à la rémunération des grands patrons, du rôle des conseils d’administration à la transparence des fonds de couverture (les fameux hedge funds), rien ne lui échappe, et il a une opinion sur tout. Notre entrevue, prévue pour durer 60 minutes, s’est étirée pendant deux heures et demie par un bel après-midi d’été, dans un café d’Outremont. C’est la diversité culturelle, et le bouillonnement intellectuel qui l’accompagne, qui a amené Michel Magnan à l’Université Concordia. « La moitié des élèves ont un parent né à l’étranger. Concordia est à l’image de ce que sera Montréal dans 10 ans », dit-il. Ancien professeur à HEC Montréal, il est maintenant titulaire de la chaire de comptabilité Lawrence Bloomberg (Université Concordia) et vice-doyen de l’École de gestion John-Molson, où il est responsable des études de deuxième et de troisième cycle. Depuis sa nomination au titre de directeur de HEC Montréal, en septembre 2006, Michel Patry, 50 ans, a moins de temps que son confrère pour intervenir dans les débats publics. Les célébrations, cette année, du 100e anniversaire de la plus importante école de gestion du Canada — elle compte 12 000 étudiants et plus de 250 professeurs permanents — l’ont accaparé. Je l’ai rencontré dans son magnifique bureau du chemin de la Côte-Sainte-Catherine. L’immense fenêtre offre une vue panoramique sur la piste d’athlétisme du collège Jean-de-Brébeuf, le voisin immédiat. Courses, compétitions, efforts, entraide : je suis sûr que le directeur de la prestigieuse école trouve dans cette vue beaucoup d’inspiration. Amoureux de HEC depuis la première fois qu’il y a mis les pieds, Michel Patry a passé l’essentiel de sa vie d’adulte dans cet établissement, mis à part les années consacrées à ses études de doctorat en théorie économique, à l’Université de la Colombie-Britannique. « J’ai un parcours atrocement linéaire », dit-il. Linéaire peut-être, mais pas si banal, car ce n’est pas tous les jours qu’on prend la tête de l’établissement dans lequel on a présidé une association étudiante. Le milieu des affaires a été maintes fois secoué ces dernières années, du scandale d’Enron, aux États-Unis, à la condamnation, cet été, du financier Conrad Black. « J’ai une responsabilité comme enseignant, dit Michel Magnan en sirotant un jus de fruits. Je dois dénoncer certaines pratiques. Je déplore que les professeurs aient été très peu nombreux à expliquer les scandales qui ont éclaboussé des entreprises. » Son héros, c’est le professeur Erik Lie, de l’Université de l’Iowa, qui a alerté en 2005 la commission des valeurs mobilières américaine, la Securities and Exchange Commission (SEC), d’un scandale potentiel concernant l’attribution, à des dirigeants de 140 entreprises, d’options dont les dates d’émission avaient été frauduleusement modifiées. Magnan en appelle aussi à la responsabilité de ses collègues comptables : « Certains ne se posent pas suffisamment de questions et n’ont pas de perspective éthique sur leur travail. » Et que dire des salaires mirobolants versés à certains patrons ? La rémunération moyenne des 100 PDG les mieux payés au Canada atteignait neuf millions de dollars pour chacun en 2005. L’ancien président de Home Depot, Bob Nardelli, a obtenu une indemnité de départ de 210 millions de dollars quelques mois avant de prendre les commandes de Chrysler. Michel Patry comprend très bien l’enjeu. « Il y a un marché pour les gestionnaires de très haut niveau, qui sont très mobiles et très demandés, explique-t-il. Mais il y a des situations choquantes. Une rémunération excessive du président peut entraîner un sentiment d’injustice de la part des autres salariés et s’avérer très corrosive dans une organisation, car on détruit la légitimité et le sentiment d’appartenance. » Les PDG d’aujourd’hui profitent de la loi de l’offre et de la demande. Mais pour ça, encore faut-il qu’ils soient compétents. D’où cette question : nos écoles de gestion forment-elles une bonne relève de gestionnaires et d’entrepreneurs ? Michel Magnan n’en est pas sûr. Il craint qu’en privilégiant l’activité intellectuelle et la théorie, les écoles de gestion ne se déconnectent de la réalité du milieu des affaires en particulier et de la société en général. Les universités, qui pour beaucoup ont adopté la règle tacite du « publish or perish » (publie ou meurs), mettent ainsi davantage l’accent sur les travaux de recherche que sur le savoir pratique. « Il ne faut pas perdre de vue la finalité de l’enseignement : l’acquisition de connaissances qui ont une incidence sur le développement économique et social », dit-il. Justement parce qu’elle veut s’inscrire dans cette réalité économique et sociale, HEC Montréal a mis en place dès sa création le plus grand département de sciences humaines de toutes les écoles de gestion d’Amérique du Nord. « Nous offrons des cours d’économie, de sociologie et de psychologie, parce que nous croyons qu’il faut avoir une compréhension élargie du monde et des individus », dit Michel Patry. Le sort des entreprises et celui de la société qui les entoure sont intimement liés. Voilà pourquoi la prospérité future du Québec dépend de la bonne gestion et du succès de ses entreprises. Elles ont devant elles de redoutables défis. Le tiers des propriétaires des 230 000 PME québécoises prendront leur retraite au cours des cinq prochaines années. Ce passage de flambeau se produit au moment même où la concurrence internationale est de plus en plus vive. Les entreprises du Québec parviendront-elles à relever le défi ? « Elles n’ont pas le choix, puisque 60 % de ce que le Québec produit est vendu sur d’autres marchés », dit le directeur de HEC, où la mondialisation se vit déjà dans les salles de cours : 30 % des étudiants viennent de l’étranger et l’école a signé des programmes d’échange avec plus de 81 établissements dans le monde. La mondialisation a aussi ses victimes et ses revers. Des secteurs entiers de l’économie québécoise, comme le textile et le bois, accusent des dizaines de milliers de pertes d’emplois. Alcan, l’une des plus grandes multinationales canadiennes, est passée récemment sous contrôle étranger. Michel Patry dit avoir un pincement au cœur chaque fois qu’il aborde la question. « Cela fait partie du jeu, mais c’était l’un des seuls sièges sociaux de prestige établis à Montréal. » L’enjeu de la mondialisation en cache un autre : celui de la compétitivité des entreprises. En août, une étude du Groupe Financier Banque TD révélait que, de 2002 à 2006, la croissance de la productivité de l’économie canadienne avait été trois fois moindre que celle de l’économie américaine. L’économie québécoise enregistre un écart encore plus considérable avec celle des États-Unis : une croissance de la productivité cinq fois moins rapide. Cela veut dire que les économies canadienne et québécoise sont de moins en moins compétitives. Notre situation s’est détériorée en comparaison de la grande majorité des pays industrialisés membres de l’OCDE, où nous sommes passés du 3e rang (en 1973) au 16e (en 2006). Une situation « alarmante et urgente », selon Michel Magnan. « J’ai vécu aux États-Unis dans les années 1980. La concurrence japonaise soulevait de grands débats. De nombreux livres et articles ont été publiés. Au Québec, personne n’a l’air de s’inquiéter de ce qui se passe en ce moment : on semble se complaire dans une situation confortable, mais fragile. Or, il faut développer et créer de la richesse. Le réaménagement de l’échangeur des Pins, à Montréal, a coûté 35 millions de dollars, et celui du rond-point de l’Acadie, 120 millions. Où va-t-on trouver l’argent pour réparer ou refaire tout le reste ? » demande Michel le comptable en terminant son jus de fruits.

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L’indispensable apport de Power Corporation au Québec

Selon un correspondant, Power Corporation ne rapporterait « pas grand-chose au Québec ». Permettez-moi de d’apporter quelques nuances… En tenant compte des employés de la Corporation financière Power, de Gesca (7 quotidiens) et du siège social, Power est sans doute l’un des 25 plus importants employeurs du Québec, au même niveau que Transcontinental et que Pratt & Whitney. Ce n’est pas rien. C’est la septième plus grande entreprise au Canada, tous secteurs confondus, et la première dont le siège social est au Québec. Power Corporation est de la taille d’Esso, de Loblaw ou de la Banque Royale. Là encore, ce n’est pas rien. Les activités du siège social rapportent des millions de dollars à l’économie montréalaise, d’abord pour les bureaux d’avocats et de services professionnels, mais aussi les hôtels et restaurants utilisés par les nombreux visiteurs étrangers qui se rapportent au siège social de l’organisation, sans compter les services de messagerie, de télécommunications, de transport, etc., etc. C’est un grand contribuable. Power Corporation a versé des impôts d’environ 900 millions de dollars aux deux gouvernements en 2006. Plus des deux tiers de ses dirigeants sont des francophones. Pour un gestionnaire québécois, c’est l’une des seules grandes entreprises du Québec à vocation vraiment internationale. Il n’y a pas une université, un hôpital, un musée ou une grande cause philanthropique qui n’a pas compté sur l’immense générosité de Power Corporation et de la famille Desmarais. Le domaine de la famille Desmarais à Sagard est une PME à elle seule! Quelle drôle d’idée que celle voulant que la finance ne soit pas une « vraie industrie » et que les questions de productivité ne la concernent pas. Les Desmarais ont toujours augmenté la compétitivité et la rentabilité des entreprises dont ils sont actionnaires. Vous en avez la preuve chaque année quand ses résultats annuels sont divulgués. Les milliards de dollars en dividendes (le taux a presque doublé depuis cinq ans) versés par Power Corporation ont enrichi les Desmarais, bien sûr, mais aussi tous les actionnaires de Power et de la Corporation financière Power, notamment les caisses de retraite dont dépend une partie de notre avenir… Les Desmarais vivraient « de la spéculation » alors que les Coutu et autres seraient de véritables entrepreneurs. Demandez à n’importe quel grand dirigeant d’entreprise du Québec ce qu’il pense de Paul Desmarais. Et si vous n’êtes pas convaincu(s), expliquez-moi comment un propriétaire d’un petit circuit d’autobus à Sudbury peut s’imposer comme l’un des grands financiers de la planète sans un talent, un flair et une stratégie extraordinaires. Je pense qu’on peut être fier de Paul Desmarais, ce Franco-Ontarien d’origine qui a choisi le Québec et Montréal pour bâtir un empire international. En connaissez-vous beaucoup d’autres comme lui au Québec ?

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L’incroyable sens des affaires des Desmarais

C’est maintenant fait, Suez et Gaz de France fusionneront en 2008. Suez est une énorme entreprise. C’est le sixième opérateur gazier en Europe et le cinquième producteur d’électricité. Elle compte 200 millions de clients individuels et dessert 3 000 municipalités. Gaz de France est une société d’État française qui exploite le premier réseau de distribution de gaz naturel en Europe. Le nouveau groupe fusionné deviendra la quatrième plus grande société dans le domaine du gaz et de l’électricité au monde, le numéro un dans le gaz naturel liquéfié. On parle d’une capitalisation boursière de 80 milliards d’Euros, plus de 120 milliards de dollars canadiens. Qui en est le principal actionnaire privé et le deuxième actionnaire après l’État français ? Power Corporation, via son alliance avec le financier belge Albert Frère. Le Groupe Bruxelles-Lambert (GBL), dirigé par les familles Frère et Desmarais, était en effet le principal actionnaire de Suez. Trouvez un secteur économique qui a le vent dans les voiles et vous retrouvez rapidement Power Corporation. Le pétrole est en forte demande ? GBL est le principal actionnaire de la quatrième pétrolière intégrée au monde, la société française Total. On construit beaucoup en Asie et il faudra moderniser les infrastructures dans les pays occidentaux ? GBL détient 17,2 % de Lafarge, le numéro un mondial du ciment et le numéro trois du béton. Le vieillissement de la population à l’Ouest et l’enrichissement à l’Est favorisent une forte croissance dans le domaine de l’assurance et des produits financiers ? La Great-West, le Groupe Investors et Putnam Investments aux États-Unis géraient un actif de 554 milliards de dollars à la fin de l’exercice 2006. La Chine est en plein boom économique ? Les Desmarais sont actifs dans ce pays depuis presque 30 ans. Par contre, ils ne sont plus dans les pâtes et papier depuis 1989 (vente de Consolidated Bathurst), les chantiers maritimes (Power a déjà été propriétaire des Chantiers Davie) et depuis bien longtemps dans le transport interurbain par autobus. Dire que cela avait commencé par une toute petite compagnie d’autobus…

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Vive les profits !

Au plus fort de la tourmente boursière des dernières semaines, plusieurs experts prédisaient que les banques américaines pourraient essuyer des pertes totalisant 250 milliards de dollars à cause de la crise des prêts hypothécaires à risque. On s’est inquiété du sort des propriétaires de maison incapables de rembourser leurs prêts, des prêteurs hypothécaires qui avaient consentis de tels prêts, des hedge funds qui en avaient trop dans leur portefeuille, mais jamais des grandes banques. Pourquoi? Parce qu’elles sont solides. Des pertes de 250 milliards, c’est énorme, mais il est facile de tenir le coup quand on a amassé 359 milliards de profits en 2005 et en 2006. C’est la même chose avec la Banque Nationale du Canada. La BNC est la banque canadienne la plus exposée au fameux papier commercial adossé à des actifs. A-t-elle été imprudente? Probablement. Cela lui coûtera-t-il cher ? Bien sûr. Les actionnaires seront-ils pénalisés ? À court terme, sans aucun doute. La banque est-elle menacée ? Absolument pas. La BNC a pris des mesures pour que ses clients individuels et les PME ne soient pas touchés et manquent de liquidités. Elle pourrait devoir faire la même chose avec ses clients de la grande entreprise. Tout cela pourrait lui coûter quelques milliards ou quelques millions, nul ne le sait pour le moment. Mais dans un cas comme dans l’autre, sa solide situation financière lui permettra de passer à travers cette crise. Certains ragent quand les banques affichent leurs somptueux profits. Je les comprends, mais c’est le prix pour dormir en paix. Et cela, comme dit la publicité, ça n’a pas de prix.

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La revanche des Newfies ?

Terre-Neuve, c’est loin. D’ici comme de partout. Rendu à Signal Hill, la butte qui surplombe le havre de St. John’s, il est impossible d’aller plus loin sans se mouiller les pieds. C’est le point le plus à l’est de toute l’Amérique du Nord. C’est là que Marconi a capté le premier signal radio transatlantique, en 1901. À cet endroit précis, on est à la même distance des côtes de l’Irlande que du cœur de Toronto. Le paysage est immuable, mais la politique, elle, a changé. Aujourd’hui, « bien des gens sentent que Terre-Neuve est plus près de l’Irlande ou de l’Islande que d’Ottawa ou de Toronto », dit Jimmy, mon chauffeur de taxi. Il se passe quelque chose à Terre-Neuve, et personne, là-bas, n’ose prédire ce qui en résultera. Le Canada semble affligé d’un nouveau Québec, d’une autre société distincte, maritime, celle-là, qui rue à son tour dans les brancards fédéraux. Terre-Neuve deviendra-t-elle la prochaine menace séparatiste ? Ou unira-t-elle ses forces à celles de l’Alberta et du Québec pour forcer Ottawa à revoir la façon dont le pays est dirigé ? Ou encore, se retrouvera-t-elle toute seule au large, sans pétrole ni morue, sans alliés ni péréquation ? Tout, semble-t-il, dépendra de son premier ministre, Danny Williams, 58 ans, un politicien explosif, impulsif et archi-populaire chez lui. Le diable est aux vaches. En moins de quatre ans au pouvoir, Williams, un conservateur, s’est fait des adversaires de taille dans son combat pour « l’autonomie » de sa province. Il a déclaré la guerre à son homologue fédéral, Stephen Harper. L’enjeu : une question de péréquation (voir l’encadré). Il a aussi claqué la porte aux négociations sur l’exploitation du champ pétrolifère de Hebron, compromettant le plus gros projet de Terre-Neuve pour la prochaine décennie. Pour une histoire de redevances et de participation accrue de la province à l’affaire. Et il envoie paître Hydro-Québec, menaçant de construire seul un giga-barrage sur le fleuve Churchill, au Labrador — et de faire passer les fils sous la mer plutôt qu’au Québec. Tant pis si cela retarde la mise en route du chantier. Danny Williams, le nouvel enfant terrible de la politique canadienne, a déjà fait enlever, il y a deux ans, le drapeau du Canada de devant son parlement en guise de protestation contre Ottawa (il s’est ravisé face au tollé que cela a provoqué, surtout en Ontario et en Alberta). Ce printemps, il a promis, dans son discours du Trône, que les Terre-Neuviens seraient désormais « maîtres chez eux » (« masters of our own house ») : une allusion très nette au cri de guerre poussé par le premier ministre québécois Jean Lesage durant la Révolution tranquille. « Culturellement, les gens d’ici se sentent tellement différents des autres Canadiens. C’est là-dessus qu’on rejoint très bien les Québécois », dit l’ancienne religieuse Lorraine Michael, aujourd’hui seule députée NPD du Parlement provincial. « En ce moment, il n’y a pas, à mon avis, de majorité en faveur de la rupture avec le Canada. Mais il existe néanmoins un sentiment nationaliste très puissant, et Danny en joue comme un virtuose. » Si vous voyez une spectaculaire Dodge Viper ou une grosse Bentley rouler un soir dans Water Street, dans le centre de St. John’s, vous savez que Danny sort en ville. Le premier ministre, l’un des hommes les plus riches de la province, possède une collection personnelle d’automobiles célèbre dans cette capitale à peine plus grande que Sherbrooke et où tout le monde se connaît. Le garage de sa vaste maison de bardeaux blanche, dans le beau quartier appelé The Trees (parce que toutes les rues y portent des noms d’arbres), contient aussi une Jaguar, des camions de sport et une autocaravane, avec laquelle il aime faire campagne dans les petits villages blottis au fond des innombrables baies et fjords du littoral. Chez lui, Danny Williams n’est pas juste le premier ministre : il est une star. Ex-hockeyeur-vedette, ex-avocat en vue, ex-homme d’affaires devenu multimillionnaire, il est tout à la fois le Maurice Richard et le René Lévesque de sa nation, bref, le Robin des Bois qui rachètera les faiblesses et les erreurs du passé — quitte à forcer le Canada à revoir comment il se définit et se gouverne… ou quitte à s’en séparer. Ou alors, comme le dépeint Craig Westcott, éditeur du Business Post (un hebdomadaire économique local) et l’un des rares à oser le critiquer ouvertement, Danny Williams n’est qu’un autre démagogue mégalomane du cru terre-neuvien — dans la lignée des Joey Smallwood, Brian Peckford ou Brian Tobin —, ivre de son pouvoir et qui joue avec le feu, assis sur un baril de pétrole, pendant que sa province vit dans une incertitude économique constante. Quoi qu’il en soit, la population est massivement derrière Williams — à plus de 70 %, selon les sondages — et pour lui, vraisemblablement, l’élection provinciale du 9 octobre est déjà dans la poche. Il aura donc encore quatre ans pour jouer le match revanche des Newfies, qui sont de moins en moins heureux du choix qu’ils ont fait de se joindre au Canada au milieu du siècle dernier. C’est le cas par exemple du maire de St. John’s, Andy Wells (aucune parenté avec l’ex-premier ministre Clyde Wells). « Nous sommes assez nationalistes par ici ; je serais parfaitement chez moi au Québec, vous savez », dit le maire, qui apprend le français en lisant L’actualité. « Je suis aussi canadien que n’importe qui, mais je ne pense pas que Terre-Neuve a fait une bonne affaire avec la Confédération. Je ne pense pas que nous en avons profité autant que nous aurions dû. Mais les choses vont changer, désormais. Ça fait longtemps qu’il nous fallait un gars comme Danny Williams. » Une opinion à laquelle souscrit Lorraine Michael, dans l’opposition de gauche au Parlement : « Dans leur cœur, les Terre-Neuviens sont des nationalistes qui aimeraient bien vivre à nouveau dans un pays indépendant. Mais dans leur tête, ils ne voient pas comment cela pourrait se produire. » Alors, St. John’s et Québec, même combat ? Terre-Neuve a aussi sa fête nationale le 24 juin. Le 1er juillet est surtout un jour de deuil, commémorant un régiment local décimé à Beaumont-Hamel, dans le nord de la France, durant la Première Guerre mondiale — quand la province était toujours indépendante. Terre-Neuve a aussi son drapeau (tricolore) et son hymne national, Ode to Newfoundland, de plus en plus prisés. Un quincaillier, John Templeton, a créé une gamme de peinture reproduisant fidèlement les couleurs originales des vieilles maisons terre-neuviennes — elle se vend comme des homards sur le quai. Les syndicats locaux militent pour une loi anti-briseurs de grève copiée sur celle en vigueur au Québec. Cet été, les auditeurs de la tribune téléphonique de Bill Rowe, à la radio Voice of the Common Man, débattaient de la possibilité de limoger les sept députés fédéraux de l’île (quatre bleus, trois rouges) et de créer un bloc terre-neuvien pour les remplacer… « Il y a un fort courant nationaliste ici en ce moment, dit Bill Rowe. Si nous étions plus nombreux, nous serions une menace plus sérieuse à l’unité nationale que le Québec ne l’a jamais été. » Le sentiment d’être une société distincte, l’impression que les Terre-Neuviens ont été roulés par le Canada central et la tentation de la revanche, le tout mâtiné d’un vague rêve d’indépendance : voilà les puits de pétrole politique auxquels carbure Danny Williams. Terre-Neuve a abdiqué son indépendance à la suite d’un référendum serré et contesté, en 1949. Selon les tenants du Oui, se joindre au Canada allait permettre à cette île pauvre et isolée de découvrir l’eldorado. Mais la génération née dans la foulée de cette union a vite déchanté. Au début des années 1970, la comédienne Mary Walsh a fait comme bien d’autres jeunes dégourdis de Terre-Neuve : elle a quitté son bled aux horizons et aux ressources limités et a émigré à Toronto, pour étudier et travailler. C’est depuis l’Ontario qu’elle a contribué à donner corps à la révolution culturelle terre-neuvienne. Avec d’autres copains, expatriés comme elle, elle a lancé Codco (pour Cod Company : Morue inc.), troupe de théâtre vite reconnue pour son humour décapant et ses satires sociales et politiques assassines. « On se moquait de la façon dont les Canadiens se moquaient des Newfies à l’époque. C’était comme un exorcisme. » Mary Walsh est devenue une vedette de la CBC — et est retournée, à 52 ans, vivre à St. John’s, dans une grande maison de bois au fond d’une cour ombragée. Pour comprendre ce qui se passe en ce moment, il faut savoir d’où nous venons, dit-elle. « Avant, les gens étaient davantage désireux de contrôler leur propre destinée que de s’enrichir. Ils étaient installés au fond de petites baies, en communautés isolées, coupées du monde. Les Terre-Neuviens avaient un esprit de survie, de survivance opiniâtre. On n’a jamais été “ au-dessus de nos affaires ”, ici. On n’a jamais vraiment eu d’âge d’or, même lorsqu’on était indépendants. Ce que je perçois maintenant, c’est que comme nation on a fait une longue série de mauvaises affaires, dit Mary Walsh. On a donné l’électricité, donné le pétrole, sans se soucier des redevances ni de garder le contrôle, trop contents qu’on était d’avoir des emplois dans la construction, et on a laissé tout le monde épuiser les bancs de morue. On a investi dans des trucs qui ont foiré, laissé le fédéral fermer le chemin de fer. On s’est fait avoir de tellement de façons… » Danny Williams est un héros chez lui parce qu’il dit, justement : « No more Mr. Nice Guy » [fini les courbettes]. « Ce qu’on dit maintenant, c’est : “ Ne signons plus jamais de mauvaises ententes. Ne dilapidons plus nos ressources, essayons d’en tirer un maximum et d’y voir plus clair. ” Cela ne me semble pas déraisonnable », conclut Mary Walsh. Craig Westcott, propriétaire et éditeur du Business Post, à St. John’s, explique que pour beaucoup, telle Mary Walsh, la perte de l’indépendance nationale a été comme un voyage interrompu. « Ce serait une expérience intéressante de reprendre ce voyage et de voir comment on s’en sortirait. Cependant, je ne voudrais pas le faire avec un gars comme Williams au pouvoir ; ce serait beaucoup trop dangereux. » Les gens d’affaires commencent tout juste à s’habituer à la nouvelle prospérité que le pétrole marin, ses redevances et ses industries dérivées ont apportée à la région de St. John’s — une ville plus ancienne que Québec, mais qui n’a jamais été plus qu’un gros port de pêche… quand il restait encore du poisson dans la mer. Ils sont aujourd’hui très inquiets de voir le premier ministre traiter les grandes sociétés pétrolières, le gouvernement fédéral ou des alliés aussi costauds qu’Hydro-Québec de manière si cavalière. « Mais ils n’osent le dire publiquement, dit Craig Westcott. Ils ont peur. » Peur de quoi, au juste ? « Des représailles. Williams supporte très mal la critique. Dans un endroit comme ici, impossible de faire du business sans devoir traiter avec le gouvernement un jour ou l’autre. Tu ne veux pas être sur sa liste noire. » Un homme d’affaires proche de l’industrie pétrolière — et qui ne veut pas être nommé — dit la même chose : « Williams est un microgestionnaire, un politicien à l’ancienne mode, un peu despote, comme ils l’ont toujours été ici depuis Joey Smallwood. Tous les dossiers passent par son bureau, il est au courant de tout et n’oublie rien. » Ed Hollett travaillait au bureau de Clyde Wells au début des années 1990, quand ce dernier était premier ministre. Hollett est aujourd’hui conseiller en communications et stratégies à St. John’s. Il ne croit pas au séparatisme terre-neuvien. « Il n’y a pas de société civile, pas de parti politique, pas de mouvement de masse comme au Québec pour soutenir et alimenter un tel projet. » Cependant, Hollett voit poindre la révolution terre-neuvienne. « D’ici quelques années, la province la plus pauvre du pays rejoindra le club sélect de celles qui paient de la péréquation au lieu d’en recevoir. Cela aura un effet majeur sur l’équilibre des forces au pays — qui se maintient toujours dans le triangle Toronto-Ottawa-Montréal. » Hollett voit très bien Terre-Neuve prendre la tête d’une « force atlantique » qui opérera le rééquilibrage des forces au pays — « ce dont les Albertains rêvent aussi, mais qu’ils n’ont pas été capables de réussir, parce qu’ils sont trop… insulaires, justement ». Un tout nouveau newfie power est-il en train d’émerger ? « Depuis le temps que les Terre-Neuviens émigrent, on en trouve partout au Canada, souvent à des postes importants, dit Ed Hollett. Ils ne vont pas se séparer, ils feront plutôt sentir leur présence. » C’est donc cela. L’argent du pétrole permettra à Terre-Neuve de s’affirmer davantage au sein du Canada — plutôt que de s’en séparer. Une minorité qui fait sentir sa présence et qui réclame des changements dans la gouvernance du pays ? Le Québec a fait des émules, il faut croire. Désormais, il n’est plus seul dans sa dispute avec le Rest of Canada.

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Le pétrole de la discorde

La province la plus pauvre du Canada roule-t-elle sur l’or ? Il y a tout plein de nouveaux restaurants, de petites boutiques chics, de nouveaux édifices rutilants et d’autos neuves dans les rues pittoresques de St. John’s (180 000 habitants). Les revenus du gouvernement provincial ont augmenté de 10 % en 2006, lui permettant de baisser les impôts et de commencer à rembourser la dette. Le budget préélectoral de ce printemps regorgeait de généreuses allocations pour des trucs qui plaisent à l’électorat : la santé, l’éducation, la création d’emplois. Cette abondance vient principalement du pétrole marin — que les Terre-Neuviens sont par ailleurs convaincus d’avoir laissé à vil prix aux pétrolières. Jim Flaherty, ministre fédéral des Finances, prévoit que Terre-Neuve fera son entrée dans le club sélect des provinces riches — qui donnent de la péréquation au lieu d’en recevoir — d’ici deux ans. Présentement, les transferts du gouvernement fédéral représentent 30 % des six milliards de dollars de revenus du gouvernement de Terre-Neuve. Cela fait bondir Danny Williams. Il est furieux parce qu’Ottawa avait promis de ne plus inclure les redevances du pétrole dans le calcul de la péréquation, promesse sur laquelle Stephen Harper est revenu dans le dernier budget fédéral. « Dans le reste du pays, on voit Terre-Neuve comme une province qui veut avoir la péréquation et les revenus du pétrole, mais ici, on ne voit que la promesse non tenue du fédéral », explique Geoff Meeker, spécialiste des communications proche de l’industrie du pétrole. Il y a actuellement trois champs pétrolifères (Hibernia, Terra Nova et White Rose) en exploitation au large de l’île. La mise en route d’un quatrième champ, Hebron, le plus grand, est compromise maintenant que Williams demande, au nom de sa province, une participation de 5 % au capital de l’entreprise. Les négociations sont au point mort. « Le pétrole a enrichi le gouvernement et les gens de St. John’s, mais pas Terre-Neuve ni les autres Terre-Neuviens », dit Lorraine Michael, députée NPD. Le taux de chômage est à 13 %, et 51 % seulement des personnes en âge de travailler ont un emploi — les petits villages côtiers se dépeuplent, les jeunes partant chercher du travail en Ontario et en Alberta. Terre-Neuve a rarement eu le gros bout du bâton dans ses négociations avec le Canada central et la grande entreprise. Les partisans de Danny Williams ne voient que les bénéfices accrus qu’il promet à sa province. Mais des investisseurs plus prudents s’inquiètent des risques que ses fanfaronnades font courir à la fragile économie terre-neuvienne. L’exploitation d’une importante mine de nickel à Voisey Bay a été retardée pendant près de 10 ans par une chicane sur la construction d’une raffinerie. L’aménagement des chutes Churchill fait l’objet de difficiles discussions avec Hydro-Québec. Au 10e anniversaire du moratoire sur la pêche à la morue, les stocks de poissons dans la mer sont au plus bas. Avec l’avenir, maintenant incertain, de l’exploitation pétrolière, on comprend Danny Williams de tenir mordicus aux paiements de péréquation. Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras…

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Où vit-on le mieux ?

Depuis le temps qu’on en parle, voici enfin une étude objective et nuancée sur le niveau de vie des Québécois comparativement aux autres Nord-Américains. La conclusion ne surprendra pourtant personne : les familles s’en tirent bien et les plus riches paient davantage d’impôts. Pourtant, l’article en vaut la peine. Le magazine Affaires PLUS a comparé la situation de neuf couples de professionnels occupant le même type d’emploi et ayant deux enfants dans neuf villes nord-américaines différentes. Le magazine a voulu mesurer le niveau de vie des Montréalais à celui des habitants de villes semblables, soit Chicago, Boston, Atlanta, Houston, San Francisco, Vancouver, Calgary et Toronto. L’exercice a été fait sérieusement et la journaliste Isabelle Ducas a expliqué avec toutes les nuances appropriées les résultats de cette étude. La firme de ressources humaines Watson Wyatt a comparé les salaires payés dans chacune des villes. Les comptables de Samson Belair/Deloitte Touche ont comparé les impôts et les charges sociales, et Runzheimer International, le coût de la vie (logement, transport, nourriture, etc.) dans chacune des neuf villes. On a pris pour acquis qu’une chef comptable et un programmateur informatique ont une couverture d’assurance soins de santé payée par l’employeur, comme 60 % des Américains. Résultat : Toronto vient au dernier rang et Montréal en huitième position. Le couple montréalais gagne moins et paie plus d’impôts et de charges sociales, mais ses dépenses sont moindres que dans la capitale ontarienne. Boston occupe le septième rang, San Francisco le sixième, Vancouver la cinquième place et Calgary la quatrième position. Ce sont les villes de Chicago, d’Atlanta et de Houston qui occupent les premiers rangs. Le coût de la vie n’est pas très élevé à Houston et les impôts et charges sociales sont les plus bas. C’est à Montréal que la proportion d’impôts et de charges sociales est la plus élevée (33 %) comparativement au revenu. Mais San Francisco suit de près à 32 %. J’ai été très surpris de constater que le fisc est un peu moins gourmand à Vancouver (deuxième rang au classement à ce chapitre) qu’à Calgary. Voici maintenant les éléments réjouissants pour Montréal. Si l’un des enfants est d’âge préscolaire, Montréal monte au troisième rang devant San Francisco, Boston et Calgary grâce aux tarifs imbattables des garderies. Plusieurs années plus tard, le couple montréalais devrait améliorer sa position face aux autres couples, surtout américains, quand ses enfants atteindront l’université. Bref, les salaires sont moins élevés au Québec et les impôts plus lourds. Mais il y a moins de pollution et de criminalité qu’à Houston. Aussi, les familles montréalaises s’en tireront presque aussi bien que les autres familles nord-américaines si elles ont des enfants en garderie ou à l’université. Plus vous gagnez, moins le Québec est intéressant. Et, dans tous les cas, évitez Toronto !

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Café, rôties et mondialisation

Pain Source : Blé des Prairies. Consommation* de farine de blé : L’équivalent de 13 pains en tranches par mois. Prix à la hausse La montée en flèche du prix du pétrole a fait bondir celui du blé de 22 % depuis janvier. Pourquoi ? En raison de la popularité de l’éthanol, qui entre dans la production de l’essence. Fabriqué avec du maïs, l’éthanol a fait croître le prix des épis. Les éleveurs de bétail se sont alors tournés vers le blé pour remplir leurs mangeoires. Cette céréale se faisant plus rare, sa valeur augmente. Et celle du pain suivra. Mais rien d’inquiétant : le coût du blé, dans un pain en tranches de deux dollars, ne représente que de six à dix cents. Beurre d’arachide Source : Arachides de la Chine et des États-Unis. Consommation annuelle totale au Québec : Assez pour remplir les wagons d’un train long de près d’un kilomètre. Délocalisation en vue La Chine, empire de l’arachide, fournit 40 % de la production mondiale. Parmi ses clients : les multinationales Philip Morris (beurre d’arachide Kraft), Unilever (Skippy)… et la petite usine de Vicrossano, à Montréal, qui fabrique la marque Yum Nature et des produits bios. Afin de rester compétitive, la propriétaire de celle-ci songe à transférer sa principale chaîne de fabrication en Chine. Du made in China jusque sur les rôties ? Lait Source : Vaches laitières du Canada. Consommation moyenne d’un Québécois : Un verre par jour. Une espèce menacée ? Au Canada, le commerce du lait est régi par un système de « gestion de l’offre » (les producteurs achètent des quotas) et Ottawa décourage les fabricants de produits laitiers d’acheter du lait à l’étranger en imposant des tarifs astronomiques. Mais l’OMC favorise l’ouverture des marchés, ce qui menace le système de gestion de l’offre. Les producteurs ont déjà un aperçu de ce qui les attend : pour économiser, des restaurateurs importent des substituts de fromage à base de soya. Certains servent des poutines préparées avec du fromage en grains composé à 50 % de soya ! Œufs Source : Canada (95 %) et États-Unis (5 %). Marché protégé. Consommation* : Une douzaine par mois. Guerre des prix La guerre des œufs Canada–États-Unis aura-t-elle lieu ? Ottawa permet aux États-Unis de faire entrer sans tarif 5 % des œufs consommés au pays, mais impose des droits de 163,5 % sur les œufs excédentaires. Si les États-Unis réussissent à faire lever cette barrière par l’OMC, les Canadiens ne pourront rivaliser : leurs plus grosses fermes ont 100 000 pondeuses, celles des Américains, un million ! Les consommateurs profiteraient d’abord d’une guerre des prix, mais le contrôle du marché passerait ensuite aux mains des distributeurs et les prix grimperaient. Bananes Source : Colombie, Costa Rica, Équateur, Honduras, Guatemala et Panamá (par ordre d’importance). Marché de quatre milliards de dollars. Consommation* : Deux bananes par semaine. Fruit le plus consommé au Canada après la pomme. Le champignon qui tue D’ici 20 ans, la banane cavendish, variété vendue en Amérique du Nord et en Europe, pourrait avoir disparu du globe. Le coupable : le fusarium, champignon résistant aux pesticides qui a dévasté des plantations en Asie. La recherche d’un substitut est un casse-tête. Il faut trouver une variété sucrée, qui résiste aux maladies, ne s’abîme pas pendant le transport et se conserve longtemps. Ou en créer une. Les généticiens s’y appliquent, mais la cavendish n’ayant pas de graines, il faut utiliser des boutures. Café Source : Colombie, Brésil, Viêt Nam, Costa Rica, Pérou, Honduras et Guatemala (par ordre d’importance). Consommation* : 102 litres par année. Le choc des cultures La « drogue » matinale de milliers de Québécois est liée à la production de drogues plus puissantes. En 2001, les prix du café ont chuté en raison d’une surproduction causée par l’entrée du Viêt Nam sur le marché. L’économie de la Colombie, quatrième producteur mondial, s’est effondrée, et des milliers de fermiers se sont tournés vers des cultures plus lucratives : coca et opium. Les prix du café ont remonté, mais la majorité de ces fermiers restent sous le contrôle de la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie et des cartels de la drogue. Jus d’orange Source : Brésil et Floride. Consommation moyenne d’un ménage québécois : 49 dollars de jus d’orange par année. Exploitation de la main-d’œuvre Plus de la moitié du jus d’orange consommé dans le monde provient du Brésil, et José Luís Cutrale, le « baron » de l’industrie, contrôle 40 % de la production. Il a acheté des usines en Floride pour transformer son concentré en jus. Les syndicats locaux s’en plaignent : au Brésil, Cutrale a été poursuivi à maintes reprises pour avoir exploité des travailleurs. Au Québec, les jus « faits de concentré » sont préparés avec des oranges du Brésil et les jus frais sont faits surtout d’oranges de la Floride. Cacao Source : Côte d’Ivoire, Nigeria, Indonésie, Ghana et République dominicaine (par ordre d’importance). Consommation* : 1,5 kilo de fèves de cacao par année. Enfants esclaves Près de la moitié du cacao consommé dans le monde provient de petites plantations de la Côte d’Ivoire. Beaucoup d’enfants y travaillent, 625 000, dont environ 10 000 sont esclaves ! La plupart viennent du Mali et sont vendus aux planteurs. Les grands producteurs, comme Nestlé et Hershey, se sont engagés en 2001 à s’attaquer au problème. Mais peu a été fait. Il faudrait changer la filière : l’industrie achète le cacao sous forme de liquide ou de beurre, sans connaître la provenance des fèves. * Consommation moyenne d’un Canadien. — Sources : Agriculture et Agroalimentaire Canada, BioDiversity International, Conseil des industriels laitiers du Québec, Dépenses alimentaires des Québécois 2003 (ACNielsen), Fédération des producteurs d’œufs de consommation du Québec,Service des délégués commerciaux du Canada et Statistiques sur les aliments 2006 (Statistique Canada).

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Immigration : le cas de l’Irlande

Il y a aujourd’hui (dimanche) dans le New York Times un article très intéressant sur l’immigration en République d’Irlande. La population irlandaise est en pleine croissance et devrait passer de 4,2 millions de personnes à 5 millions d’ici 12 ans, puis à 6 millions d’habitants au cours des années suivantes. L’immigration est en partie responsable de cette croissance. Le taux d’immigration est en effet passé de 5,8 % de la population en 2002 à 9,5 % en 2006. Comme vous le constatez, c’est une augmentation beaucoup plus considérable et beaucoup plus rapide que ce que le Québec expérimente. Même en prenant pour acquis le chiffre non officiel de 12,5 % d’immigrants au Québec tel que déduit par un correspondant, l’augmentation du taux d’immigration serait de 33 % au Québec entre 1996 et 2006, contre une hausse de 64 % en Irlande de 2002 à 2006. L’Irlande se porte-t-elle plus mal ? Son économie a doublé au cours de la dernière décennie. Le taux de chômage est à 4,4 %. Le produit intérieur brut par habitant selon la méthode de la parité du pouvoir d’achat (40 742 $) place l’Irlande au quatrième rang mondial, 17 rangs plus haut que le Québec, poussé par le bas, dit-on, par trop d’immigrants. Deux économistes irlandais affirment même que les travailleurs étrangers ont ajouté 3 % au PIB irlandais entre 2003 et 2005. Le débat sur l’immigration au Québec est extraordinairement émotif. Les cris d’alarme proviennent de Nicolet, de Québec ou d’Hérouxville où la vue d’un immigrant traversant la rue est un événement. Et ce sont les Montréalais (les collègues Cayouette, Sansfaçon, Pratte et tant d’autres) qui défendent les mérites de la diversité et de l’apport des Autres à la collectivité. Expliquez-moi quelqu’un!