Affaires et économie

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Épargne des ménages québécois

Évolution de l’épargne des ménages en pourcentage du revenu après impôt au Québec de 1981 à 2006 Taux d’épargne 1981 17,9 1982 19,3 1983 15,3 1984 15,5 1985 13,3 1986 10,6 1987 10,1 1988 10,0 1989 11,5 1990 12,4 1991 12,6 1992 11,8 1993 11,8 1994 10,3 1995 10,3 1996 8,0 1997 4,8 1998 4,1 1999 3,3 2000 3,8 2001 4,6 2002 4,0 2003 4,1 2004 3,4 2005 1,3 2006 1,2 (Source : Statistique Canada)

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Super huard

Il se peut que les Canadiens aillent passer leurs vacances en Floride l’hiver prochain… pour économiser ! En effet, rien ne semble arrêter la progression du dollar canadien qui atteint aujourd’hui les 98 cents américain. Les économistes s’attendent à ce qu’il atteigne sous peu la parité avec le dollar américain et certains prédisent même qu’il le dépassera au cours des prochains mois. Je me réjouis à l’idée de voir un dollar canadien plus fort que le billet vert. Voilà une jolie revanche pour toutes les fois qu’un voyage outre frontières nous a coûté la peau des fesses en raison d’un taux de change défavorable. L’autre avantage est plus concret pour la majorité d’entre nous. Le prix du baril de pétrole – qui explique en partie la remontée du huard – atteint des records absolus à 81 dollars. Mais le prix à la pompe n’augmente que très lentement grâce à la force de ce même huard. Imaginez la facture énergétique si le dollar canadien était demeuré à 61 cents américains. Mais ma réjouissance est de courte durée. La pression sur les manufacturiers est déjà considérable. Ils ont des difficultés à faire aussi bien que leurs concurrents américains. Un dollar canadien plus fort les obligera à faire mieux qu’eux. Cela ne sera pas facile. Le gouvernement pourrait-il faire un effort supplémentaire pour aider les entreprises ? Je n’aime pas les subventions directes, trop souvent injustes, coûteuses et inefficaces. Par contre, ce serait un temps idéal pour diminuer encore plus les taxes sur la masse salariale. Ces taxes sont ridicules car elles pénalisent l’investissement et l’emploi. Ce sont les profits qu’il faut taxer et non pas le seul fait d’être en affaires. Allégeons donc le fardeau fiscal des entreprises pour les inciter à investir davantage en machinerie et en équipement. Le temps est propice avec la force du dollar canadien.

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Halte aux scandales et à l’indifférence !

L’actualité, 1er octobre 2007 Pour la rentrée, j’ai demandé à deux professeurs de gestion de se prononcer sur les grandes questions économiques de l’heure. Michel Magnan, vice-doyen de l’École de gestion John-Molson (Université Concordia), et Michel Patry, directeur de HEC Montréal, se sont prêtés au jeu. L’un est comptable et l’autre est économiste. Voilà ce qui les distingue. Car tous les deux portent la barbe et ont le même prénom. Les deux ont obtenu leur doctorat dans des universités de la côte Ouest, leurs carrières sont liées à HEC Montréal et ils occupent maintenant des postes de direction au sein de leurs établissements respectifs. Ces hommes, qui figurent parmi les observateurs les plus fins et les plus aguerris du milieu des affaires, partagent aussi plusieurs convictions, dont l’importance pour les universitaires de se faire entendre dans les grands débats économiques et sociaux. Ce dont ils ne se privent pas. Michel Magnan, 49 ans, s’en fait même une spécialité et un devoir. Il a donné plus de 50 entrevues au cours des deux dernières années. De l’émergence des fonds d’investissement privés (comme Blackstone ou KKR) à la rémunération des grands patrons, du rôle des conseils d’administration à la transparence des fonds de couverture (les fameux hedge funds), rien ne lui échappe, et il a une opinion sur tout. Notre entrevue, prévue pour durer 60 minutes, s’est étirée pendant deux heures et demie par un bel après-midi d’été, dans un café d’Outremont. C’est la diversité culturelle, et le bouillonnement intellectuel qui l’accompagne, qui a amené Michel Magnan à l’Université Concordia. « La moitié des élèves ont un parent né à l’étranger. Concordia est à l’image de ce que sera Montréal dans 10 ans », dit-il. Ancien professeur à HEC Montréal, il est maintenant titulaire de la chaire de comptabilité Lawrence Bloomberg (Université Concordia) et vice-doyen de l’École de gestion John-Molson, où il est responsable des études de deuxième et de troisième cycle. Depuis sa nomination au titre de directeur de HEC Montréal, en septembre 2006, Michel Patry, 50 ans, a moins de temps que son confrère pour intervenir dans les débats publics. Les célébrations, cette année, du 100e anniversaire de la plus importante école de gestion du Canada – elle compte 12 000 étudiants et plus de 250 professeurs permanents – l’ont accaparé. Je l’ai rencontré dans son magnifique bureau du chemin de la Côte-Sainte-Catherine. L’immense fenêtre offre une vue panoramique sur la piste d’athlétisme du collège Jean-de-Brébeuf, le voisin immédiat. Courses, compétitions, efforts, entraide : je suis sûr que le directeur de la prestigieuse école trouve dans cette vue beaucoup d’inspiration. Amoureux de HEC depuis la première fois qu’il y a mis les pieds, Michel Patry a passé l’essentiel de sa vie d’adulte dans cet établissement, mis à part les années consacrées à ses études de doctorat en théorie économique, à l’Université de la Colombie-Britannique. « J’ai un parcours atrocement linéaire », dit-il. Linéaire peut-être, mais pas si banal, car ce n’est pas tous les jours qu’on prend la tête de l’établissement dans lequel on a présidé une association étudiante. Le milieu des affaires a été maintes fois secoué ces dernières années, du scandale d’Enron, aux États-Unis, à la condamnation, cet été, du financier Conrad Black. « J’ai une responsabilité comme enseignant, dit Michel Magnan en sirotant un jus de fruits. Je dois dénoncer certaines pratiques. Je déplore que les professeurs aient été très peu nombreux à expliquer les scandales qui ont éclaboussé des entreprises. » Son héros, c’est le professeur Erik Lie, de l’Université de l’Iowa, qui a alerté en 2005 la commission des valeurs mobilières américaine, la Securities and Exchange Commission (SEC), d’un scandale potentiel concernant l’attribution, à des dirigeants de 140 entreprises, d’options dont les dates d’émission avaient été frauduleusement modifiées. Magnan en appelle aussi à la responsabilité de ses collègues comptables : « Certains ne se posent pas suffisamment de questions et n’ont pas de perspective éthique sur leur travail. » Et que dire des salaires mirobolants versés à certains patrons ? La rémunération moyenne des 100 PDG les mieux payés au Canada atteignait neuf millions de dollars pour chacun en 2005. L’ancien président de Home Depot, Bob Nardelli, a obtenu une indemnité de départ de 210 millions de dollars quelques mois avant de prendre les commandes de Chrysler. Michel Patry comprend très bien l’enjeu. « Il y a un marché pour les gestionnaires de très haut niveau, qui sont très mobiles et très demandés, explique-t-il. Mais il y a des situations choquantes. Une rémunération excessive du président peut entraîner un sentiment d’injustice de la part des autres salariés et s’avérer très corrosive dans une organisation, car on détruit la légitimité et le sentiment d’appartenance. » Les PDG d’aujourd’hui profitent de la loi de l’offre et de la demande. Mais pour ça, encore faut-il qu’ils soient compétents. D’où cette question : nos écoles de gestion forment-elles une bonne relève de gestionnaires et d’entrepreneurs ? Michel Magnan n’en est pas sûr. Il craint qu’en privilégiant l’activité intellectuelle et la théorie, les écoles de gestion ne se déconnectent de la réalité du milieu des affaires en particulier et de la société en général. Les universités, qui pour beaucoup ont adopté la règle tacite du « publish or perish » (publie ou meurs), mettent ainsi davantage l’accent sur les travaux de recherche que sur le savoir pratique. « Il ne faut pas perdre de vue la finalité de l’enseignement : l’acquisition de connaissances qui ont une incidence sur le développement économique et social », dit-il. Justement parce qu’elle veut s’inscrire dans cette réalité économique et sociale, HEC Montréal a mis en place dès sa création le plus grand département de sciences humaines de toutes les écoles de gestion d’Amérique du Nord. « Nous offrons des cours d’économie, de sociologie et de psychologie, parce que nous croyons qu’il faut avoir une compréhension élargie du monde et des individus », dit Michel Patry. Le sort des entreprises et celui de la société qui les entoure sont intimement liés. Voilà pourquoi la prospérité future du Québec dépend de la bonne gestion et du succès de ses entreprises. Elles ont devant elles de redoutables défis. Le tiers des propriétaires des 230 000 PME québécoises prendront leur retraite au cours des cinq prochaines années. Ce passage de flambeau se produit au moment même où la concurrence internationale est de plus en plus vive. Les entreprises du Québec parviendront-elles à relever le défi ? « Elles n’ont pas le choix, puisque 60 % de ce que le Québec produit est vendu sur d’autres marchés », dit le directeur de HEC, où la mondialisation se vit déjà dans les salles de cours : 30 % des étudiants viennent de l’étranger et l’école a signé des programmes d’échange avec plus de 81 établissements dans le monde. La mondialisation a aussi ses victimes et ses revers. Des secteurs entiers de l’économie québécoise, comme le textile et le bois, accusent des dizaines de milliers de pertes d’emplois. Alcan, l’une des plus grandes multinationales canadiennes, est passée récemment sous contrôle étranger. Michel Patry dit avoir un pincement au cœur chaque fois qu’il aborde la question. « Cela fait partie du jeu, mais c’était l’un des seuls sièges sociaux de prestige établis à Montréal. » L’enjeu de la mondialisation en cache un autre : celui de la compétitivité des entreprises. En août, une étude du Groupe Financier Banque TD révélait que, de 2002 à 2006, la croissance de la productivité de l’économie canadienne avait été trois fois moindre que celle de l’économie américaine. L’économie québécoise enregistre un écart encore plus considérable avec celle des États-Unis : une croissance de la productivité cinq fois moins rapide. Cela veut dire que les économies canadienne et québécoise sont de moins en moins compétitives. Notre situation s’est détériorée en comparaison de la grande majorité des pays industrialisés membres de l’OCDE, où nous sommes passés du 3e rang (en 1973) au 16e (en 2006). Une situation « alarmante et urgente », selon Michel Magnan. « J’ai vécu aux États-Unis dans les années 1980. La concurrence japonaise soulevait de grands débats. De nombreux livres et articles ont été publiés. Au Québec, personne n’a l’air de s’inquiéter de ce qui se passe en ce moment : on semble se complaire dans une situation confortable, mais fragile. Or, il faut développer et créer de la richesse. Le réaménagement de l’échangeur des Pins, à Montréal, a coûté 35 millions de dollars, et celui du rond-point de l’Acadie, 120 millions. Où va-t-on trouver l’argent pour réparer ou refaire tout le reste ? » demande Michel le comptable en terminant son jus de fruits.

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La formidable ascension de Sherbrooke

« And how do I get to… hem… Sherbrooke ? » Cette question, Pierre Dagenais, PDG de la Société de développement économique de Sherbrooke, en a eu assez de l’entendre. En 2005, il prend le taureau par les cornes et crée la compagnie Air Sherbrooke, loue un King Air 100, petit avion à hélices de 18 places, et établit un aller-retour quotidien Sherbrooke-Toronto, plaçant la ville dans le club très sélect des agglomérations québécoises (Montréal, Québec et Gatineau) en lien direct avec Bay Street. Et vlan ! Désormais, chaque matin, ils sont une douzaine de Sherbrookois — présidents d’entreprise, directeurs des ventes, responsables marketing, ingénieurs — à embarquer dans l’avion comme dans un autobus… parfois, pour les retardataires, alors que les moteurs tournent déjà. « Le vol est rendu si populaire que maintenant on me réclame une liaison quotidienne vers les États-Unis ! » La création d’Air Sherbrooke n’est que l’une des composantes d’une vaste stratégie qui a permis à l’orgueilleuse « Reine des Cantons-de-l’Est » d’arriver en tête du palmarès 2007 des villes d’affaires canadiennes publié par Canadian Business (voir l’encadré « Par ici les affaires ») — loin devant Montréal, Toronto ou Calgary. Un résultat appuyé par une autre étude, produite en 2006 par le cabinet de consultants internationaux KPMG, qui classait Sherbrooke première parmi 128 villes de neuf pays de l’OCDE en ce qui concerne les coûts d’exploitation d’une entreprise. « L’économie mondiale se transforme, et la grande question est de savoir comment nous allons piloter le changement au lieu de le subir », dit le maire, Jean Perrault, qui a organisé un grand remue-méninges en mai dernier, le Sommet de Sherbrooke, point d’orgue d’une année de réflexions sur l’avenir de la ville et de la région. « L’agglomération est en mutation économique depuis 20 ans. Sa vieille base en textile et en chaussure a complètement disparu », me raconte Jean Charest, premier ministre du Québec et député de Sherbrooke au niveau fédéral puis provincial depuis 23 ans. Et malgré tout, constate-t-il, son taux de chômage, à 5,7 %, est nettement en dessous de la moyenne provinciale, à 7,2 %. « De 1995 à 2002, alors que les grands fabricants tentaient de réduire leurs coûts, Sherbrooke a beaucoup profité de la vague de sous-traitance industrielle », explique Roger Tremblay, directeur de la planification d’Emploi-Québec à Sherbrooke. C’est ce qu’a fait Jyco, qui fabrique des isolants en thermoplastique. Son contrat avec Chrysler, pour qui l’entreprise manufacture des portières de voitures, l’a forcée à embaucher des centaines de travailleurs et à ouvrir de nouvelles installations. Mais depuis 2002, l’heure est aux délocalisations vers les pays émergents, en Asie surtout. Ceux qui, dans les pays occidentaux, tirent leur épingle du jeu sont les acteurs qui misent sur l’invention, la créativité ou les marchés hyper-spécialisés : c’est ce qu’on appelle l’économie du savoir, l’un des chemins qu’a pris Sherbrooke. Qu’est-ce que ça mange en hiver, l’économie du savoir ? Prenons l’exemple du quincaillier et marchand de bois Groupe Gaston Côté, qui a réorienté ses activités. Il a d’abord transformé son parc à bois en usine de matériaux préfabriqués, faisant passer son chiffre d’affaires de 10 à 50 millions de dollars et le nombre de ses employés de 50 à 250. On y étudie maintenant les panneaux solaires, qu’on expérimente dans des immeubles d’appartements écologiques. L’économie du savoir, c’est aussi l’ancienne fabrique de cure-dents L. Tanguay — aujourd’hui les Industries Touch —, qui a ouvert quatre usines en Chine avant de se lancer dans l’import-export de cure-dents, de pailles et de brochettes vers l’Italie, le Mexique, la République dominicaine. La nouvelle économie réussit bien aux quelques centaines de PME inventives installées à Sherbrooke, qui a fortement profité de l’ouverture du commerce, notamment vers les États-Unis grâce à l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), entré en vigueur en 1994, mais aussi vers le reste du monde. Elle est ainsi devenue la deuxième agglomération exportatrice du Québec, après Montréal. Son secteur manufacturier — qui représente 21 % de l’économie régionale — a beau avoir souffert, comme partout en Occident, il est tout de même mieux implanté que dans le reste de la province (17 % de l’économie). Les changements les plus porteurs viendront sans doute des trois parcs spécialisés (le Technoparc, le Parc biomédical et le Parc Innovation) dont Sherbrooke s’est dotée et qui commencent à porter leurs fruits, après des débuts très lents voilà 15 ans. Ils abritent deux douzaines d’entreprises exploitant pour la plupart des brevets déposés par des professeurs de l’université et du centre hospitalier universitaire. Jusqu’à tout récemment, ces parcs vivotaient, mais depuis 2004, les investissements ont presque triplé — ils atteignent aujourd’hui les 200 millions de dollars et permettent d’employer 400 personnes. Et ce n’est pas fini ! On annonce l’ouverture prochaine d’un centre de recherche clinique et d’élevage d’animaux de laboratoire ainsi que l’embauche de 200 salariés supplémentaires. Les Sherbrookois sont perdus lorsqu’il s’agit de dire ce qui fait la spécificité de leur petite grosse ville — à moins que ce ne soit une grosse petite ville. Sans doute parce qu’aucune grande entreprise ne domine dans cette agglomération de PME. Les habitants de vieille souche évoquent son passé d’ex-cité textile, ses beautés naturelles, son relief impossible ou encore le fait que Sherbrooke est un marché-test pour les nouveaux produits. Mais la capitale des Cantons-de-l’Est est avant tout une ville universitaire. On n’y compte pas une université, mais deux (Sherbrooke et Bishop’s) ; on y trouve aussi trois collèges, une faculté de médecine et son centre hospitalier universitaire, plus un institut provincial de gériatrie et une ferme expérimentale fédérale. Tous ces organismes génèrent des revenus d’un milliard de dollars — la moitié de l’économie de la ville ! Mieux : Sherbrooke présente maintenant l’une des plus fortes concentrations de chercheurs et d’étudiants — 40 000 pour 160 000 habitants — en Amérique du Nord. Une étude de Research Infosource, institut de statistique spécialisé dans la recherche, classe Sherbrooke première au Canada parmi les villes de moins de 300 000 habitants pour l’intensité de ses efforts en recherche-développement privée, publique et parapublique. « Il est fini le temps où la Ville et l’université se tournaient le dos », dit le maire, Jean Perrault, dont le cabinet est en contact quotidien avec celui du recteur de l’Université de Sherbrooke. « Nous, notre modèle, ce n’est pas Montréal ou Toronto, c’est Stanford ou Oxford », ajoute Bruno-Marie Béchard, 42 ans, le très jeune recteur de cette fort dynamique université : saviez-vous qu’elle est celle, au Canada, qui tire le plus de revenus de ses brevets — de l’ordre de 10 millions de dollars —, après l’Université de la Colombie-Britannique ? Plus de 200 compagnies de téléphonie cellulaire partout dans le monde lui paient des redevances pour ses brevets dans le domaine de la compression de la voix ! C’est là aussi que l’on forme les médecins acadiens, que l’on a créé le premier MBA en français et que le groupe Franqus est en train d’élaborer le premier dictionnaire du français standard en usage au Québec. L’Université de Sherbrooke n’est que le vaisseau amiral d’un pôle universitaire dopé aux stéroïdes : la faculté de médecine vient de voir son bassin de desserte passer de 300 000 à un million d’habitants (depuis Granby, à l’est, jusqu’à Victoriaville, à l’ouest), ce qui se traduira par des ressources accrues. De son côté, le recteur de l’Université Bishop’s, Robert Poupart, a lancé l’initiative ZAP Sherbrooke, qui vise à faire de cette ville la plus « branchée » au Canada, avec des accès gratuits à Internet sans fil — il y en aura partout, même dans les cabinets de dentistes ! « C’est devenu un facteur important pour l’installation des grandes entreprises », dit Bruno Lacasse, directeur des technologies de l’information à Bishop’s. Et pour bien faire, les deux universités marchent main dans la main. Sherbrooke est la seule ville québécoise, hormis Montréal, qui offre une éducation complète en français et en anglais, de la maternelle jusqu’au doctorat. Curieusement, jusqu’en 2001, les universités Bishop’s et de Sherbrooke, l’anglophone et la francophone, s’ignoraient superbement. Plus maintenant. Elles créent des chaires communes, des coentreprises, et leur nouveau programme de génie et sciences humaines — un étudiant fait ses sciences humaines à Bishop’s et son génie à Sherbrooke — est unique au Canada. Et pour faire la liaison au plus haut niveau, au moins un membre de leurs conseils d’administration respectifs doit siéger aux deux établissements. Mais le principal problème de Sherbrooke — et qui doit être réglé de façon urgente —, c’est l’emploi : d’ici 2010, la ville devra pourvoir 26 000 postes, en raison de 16 000 départs à la retraite et de la création de 10 000 nouveaux emplois. La main-d’œuvre, abondante, bon marché et peu scolarisée, risque d’être carrément larguée par l’économie du savoir. On le voit déjà avec les immigrants (la ville accueille tous les ans 1 000 nouveaux arrivants), un capital humain mal utilisé. « Les musulmans et les Noirs, surtout, ont du mal à se placer, et un bon tiers des immigrants quittent la région pour la métropole », dit François Faucher, gestionnaire de projet à l’Association interculturelle de développement économique. Autre défi : faire rester les étudiants. En effet, plus de 85 % d’entre eux décident de s’en aller — souvent parce que les salaires moyens y sont plus bas que dans les villes comparables. L’une des solutions est de promouvoir une plus grande coopération entre le milieu universitaire et le secteur privé. La collaboration entre l’Université de Sherbrooke et Bombardier Produits récréatifs, mise en place en 2006, est à ce titre un bel exemple de réussite : cette coentreprise — qui a nécessité un investissement de 24 millions de dollars — a permis l’ouverture, dans le Parc Innovation, du Centre de technologies avancées. Les 50 chercheurs qui y travaillent ont pour mission de repenser les moteurs, les transmissions et les émissions des motoneiges et motomarines. En d’autres termes, de trouver des solutions au bruit et aux vapeurs toxiques émis par ces engins… « Toutes les universités ne réussissent pas à générer une forte activité entrepreneuriale, mais je crois que Sherbrooke a ce qu’il faut pour y parvenir », dit Jean Charest, qui est très fier de la création récente de la chaire de recherche en éthanol cellulosique, un carburant de remplacement, sous la direction du professeur Esteban Chornet. Cette initiative de 25 millions de dollars comprend deux usines-pilotes, dont une à Sherbrooke. « L’argent est venu à Sherbrooke parce que le professeur Chornet était à Sherbrooke. S’il avait été à Chicoutimi, les fonds seraient allés à Chicoutimi. Aujourd’hui, l’argent suit les cerveaux. » Mais tous les Sherbrookois ne sont pas d’accord avec les idées de grandeur que d’aucuns nourrissent pour leur ville ou avec la façon de procéder pour relever les défis actuels. « Je me méfie de la stratégie qui vise à miser sur l’université, car ce n’est pas ce qui marche le mieux », dit Karim Yaghmour, 32 ans, président de Kryptiva, une toute jeune entreprise qui se spécialise dans le cryptage de courriels. Natif d’Égypte, ce diplômé de Polytechnique a quitté Montréal et est venu s’installer dans la région en 2004 pour profiter de la qualité de la vie. Selon lui, Sherbrooke gagnerait à étudier le modèle économique de Kitchener-Waterloo, ville universitaire ontarienne qui connaît un développement à tout crin — le fameux BlackBerry en est originaire. Selon Karim Yaghmour, ce développement ne repose pas tant sur les universités que sur les gens de Kitchener, bien décidés à s’investir pour la ville qu’ils aiment. Et l’entrepreneur de résumer : « Il faut que Sherbrooke cultive son jardin à côté de ses établissements d’enseignement. » Docteur Jekyll et Mister Hyde Sherbrooke cache aussi quelques contrastes. Sherbrooke a un petit côté Docteur Jekyll et Mister Hyde. Elle présente de nombreuses qualités, souvent méconnues, comme un aéroport capable d’accueillir des Boeing 737, des maisons coûtant en moyenne 100 000 dollars de moins qu’à Montréal ou des transports en commun gratuits pour ses étudiants. La ville compte aussi deux quotidiens (La Tribune et The Record)et quatre stations de télé locaux. Mais ses défauts sont également nombreux : les classes sociales se mêlent assez peu, ce qui cloisonne les quartiers, et son joli centre-ville, avec ses rivières, ses parcs et ses boutiques, se transforme en l’espace de quelques mètres en zone quasi sinistrée. Par ailleurs, Sherbrooke présente quelques statistiques surprenantes : les immigrants y constituent maintenant environ 6 % de la population, presque autant que la communauté anglophone (8 %). Autre contraste frappant : la région a l’un des taux de décrochage scolaire les plus élevés au Québec (environ 33 %), mais aussi la plus forte concentration de titulaires de doctorats — 1 040, soit une proportion de 6,7 pour 1 000 habitants (à Montréal, elle est de 5,3 pour 1 000).

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Par ici les affaires

Ce classement s’appuie sur cinq critères, soit les coûts d’exploitation d’une entreprise, le coût de la vie, le taux de chômage, la croissance du nombre de permis de bâtir et le taux de criminalité. Rang 2007 (Rang 2006) Ville 1 (10) Sherbrooke (Qc) 2 (2) Charlottetown (Î.-P.-É.) 3 (3) Saguenay (Qc) 4 (18) Moncton (N.-B.) 5 (4) Laval (Qc) 6 (ND) Trois-Rivières (Qc) 7 (5) St. John’s (T.-N.) 8 (6) Saint John (N.-B.) 9 (23) Oshawa (Ont.) 10 (ND) Longueuil (Qc) 11 (1) Québec (Qc) 12 (ND) Lévis (Qc) 13 (24) Grand Sudbury (Ont.) 14 (29) Abbotsford (C.-B.) 15 (20) Cape Breton (N.-É.) 16 (ND) Gatineau (Qc) 17 (16) Hamilton (Ont.) 18 (28) Saskatoon (Sask.) 19 (11) Kitchener-Waterloo (Ont.) 20 (ND) Red Deer (Alb.) 21 (22) Brampton (Ont.) 22 (14) Vaughan (Ont.) 23 (13) Winnipeg (Man.) 24 (30) Regina (Sask.) 25 (8) Markham (Ont.) 26 (38) Montréal (Qc) 27 (12) Ottawa (Ont.) 28 (7) Edmonton (Alb.) 29 (26) London (Ont.) 30 (25) Windsor (Ont.) 31 (17) Mississauga (Ont.) 32 (ND) Saanich (C.-B.) 33 (9) Halifax (N.-É.) 34 (ND) Barrie (Ont.) 35 (37) Toronto (Ont.) 36 (34) Calgary (Alb.) 37 (32) Surrey (C.-B.) 38 (19) Richmond (C.-B.) 39 (33) Burnaby (C.-B.) 40 (31) Vancouver (C.-B.)

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Nouvelle carrière, nouvelle vie !

Quelques semaines avant Noël, l’an dernier, Véronique Collard a tiré un trait sur sa carrière d’avocate. Et sur le salaire considérable que celle-ci lui rapportait. Aujourd’hui, bandana sur la tête et tablier sur les hanches, elle se consacre à la confection de petits gâteaux et de crème glacée. Pour l’équivalent du salaire minimum. Les deux mains dans la farine, au milieu de ses fourneaux, cette mère de trois fillettes le déclare sans détour : « C’est le bonheur ! » Véronique Collard, 33 ans, et son associée, Pascale Guindon, 40 ans, sont les propriétaires d’Itsi Bitsi, paradis des cupcakes — petits gâteaux format muffin —, de la crème glacée maison et des objets-cadeaux, dont des assiettes, des tasses, des coussins. Le matin de décembre où, fébriles, elles ont ouvert pour la première fois les portes de leur boutique du quartier Saint-Henri, à Montréal, un vent frais est venu se mêler aux effluves sucrés des gâteaux. La vie professionnelle des deux femmes venait de prendre un nouvel élan. Toutes deux réalisaient un rêve caressé depuis longtemps, celui de tenir commerce. Un projet qui ne pouvait voir le jour qu’à une seule condition : qu’elles abandonnent leurs carrières respectives d’avocate et de graphiste. Depuis, elles travaillent sans compter les heures, l’une s’occupant des achats et du service à la clientèle, l’autre imaginant de nouvelles recettes de « gâtelets ». Et c’est réussi. Devant leur étalage, les clients salivent : choco-caramel, lavande et miel, espresso, pavot-citron… Pascale Guindon et Véronique Collard font partie d’un groupe de travailleurs — appelons-les « de la seconde chance » — dont on connaît encore peu de choses. Tant à Emploi-Québec qu’à Statistique Canada et à l’Institut de la statistique du Québec, on n’a pas recensé les personnes qui ont ainsi réorienté leur carrière au cours des dernières années. Ces travailleurs ne sont pas compris dans les statistiques ! En juillet, l’envoi d’un courriel à une trentaine de connaissances — leur demandant si des gens de leur entourage avaient fait « le grand saut » — a toutefois suffi à me convaincre que l’histoire des propriétaires d’Itsi Bitsi n’était pas unique. J’ai été inondé de réponses. « Mon frère a quitté son poste d’ingénieur pour devenir ébéniste », me dit l’un. « Ma belle-sœur, avocate, est devenue massothérapeute », indique l’autre. « Une amie de ma mère était boulangère. Elle a tout quitté pour retourner aux études. Aujourd’hui, elle est plâtrière », me dit une autre encore… On verra de plus en plus de ces « seconds débuts », estime Normand Roy, directeur du Centre d’étude sur l’emploi et la technologie, à Emploi-Québec. « Plus le marché du travail offre de bonnes perspectives, plus les possibilités de changement vont se présenter. » Au cours des trois prochaines années, 680 000 postes devront être pourvus au Québec. « À cause des départs à la retraite et du bon climat économique », dit Normand Roy. Le Conference Board du Canada, organisme spécialisé entre autres dans les analyses et prévisions économiques, estime de son côté qu’il manquera en 2020 un million de travailleurs pour satisfaire aux besoins du marché canadien du travail. Les carrières à vie, ça n’existe plus, affirme Martine Lemonde, directrice des services professionnels chez Brisson Legris, entreprise montréalaise spécialisée notamment dans l’orientation professionnelle et la gestion de carrière. Une affaire de génération, selon elle. « Les jeunes de la génération Y [30 ans et moins] sont des enfants rois. Ils ont grandi en pensant qu’ils ont droit à tout, et tout de suite. Dans leur esprit, l’entreprise qui les embauche est là pour les aider à se développer eux, et non l’inverse. Ils sont donc très enclins à changer sinon de carrière, du moins d’employeur. » Une tendance qu’elle remarque moins chez la génération précédente — la X —, qui a plutôt connu l’époque du « si vous avez un emploi, comptez-vous chanceux ! » Quant aux plus jeunes représentants de la génération des baby-boomers, à l’aube de la cinquantaine, ils estiment le moment venu de se consacrer à ce qu’ils aiment. « Ils me disent que ça fait des années qu’ils travaillent et se sacrifient pour leur famille, raconte la conseillère. Les enfants partis, ils veulent désormais faire ce qui leur tente. Penser d’abord à eux. » Et cela passe souvent par un nouveau métier, davantage collé à leurs aspirations profondes. Ce désir de changer d’air n’est pas propre au Québec. « On remarque la même chose partout au Canada », dit Robert Waghorn, directeur des communications à Monster.ca, site Internet international de recherche d’emploi. « Et cela s’accompagne parfois d’un déménagement à l’autre bout du pays. Nombre de pêcheurs de Terre-Neuve, par exemple, ont trouvé dans l’industrie des sables bitumineux de l’Alberta l’occasion de se lancer dans une nouvelle carrière. » Parmi les gens qui se disent mûrs pour un « second début », bien peu savent dans quel domaine se lancer. Leur envie de changement survient en réaction à quelque chose de plus ou moins bien défini, constate le psychologue industriel François Bernatchez, fondateur de l’entreprise Gestion Carrières, de Québec. « Lorsque je leur demande d’exprimer leurs désirs professionnels, la plupart m’énumèrent plutôt la liste de ce qu’ils ne veulent plus », dit-il. Manque de reconnaissance, stress, monotonie… Pourtant, savoir ce que l’on veut est de la plus haute importance, car c’est du reste de sa vie qu’il est question. « Les attentes qu’ont les gens à l’égard de cette deuxième carrière sont très élevées, encore plus que celles liées à leur premier job, ajoute François Bernatchez. La déception peut donc être immense. » Directrice de boutique de sport pendant près de 20 ans et aujourd’hui ébéniste à Saint-Joachim, à un jet de pierre du mont Sainte-Anne, Annie Turmel s’est astreinte à cet exercice de réflexion à la veille de ses 40 ans. Un processus douloureux, car si cette rouquine à l’air espiègle en avait ras le bol de son emploi, elle n’avait qu’une très vague idée de quoi serait fait son avenir. « Mais il me fallait un nouveau métier qui bouge. » Elle a donc démissionné, puis s’est rendue dans un centre local d’emploi pour y chercher de l’aide. « Dès que je me suis assise devant le conseiller, se rappelle-t-elle, je me suis mise à brailler comme un bébé. » Trois semaines plus tard, cette mère de deux ados avait trouvé : elle serait machiniste, peintre en bâtiment, ébéniste ou dynamiteuse ! Elle voulait que ça bouge, elle allait s’organiser pour être servie… Il lui fallait d’abord obtenir son diplôme d’études secondaires — elle avait abandonné en 1re secondaire —, puis suivre son cours d’ébénisterie au Centre de formation professionnelle de Neufchâtel, près de Québec. Presque trois ans d’études en tout. Sans salaire, mais avec une aide financière de 220 dollars par semaine accordée par Emploi-Québec. Psychologues industriels, conseillers d’orientation et directeurs des ressources humaines s’entendent : on ne change pas de métier sur un coup de tête. Car la deuxième carrière arrive souvent à un moment où les obligations familiales et financières sont importantes. « Rien ne garantit que la personne aura les revenus nécessaires pour soutenir le même train de vie », dit François Bernatchez. Annie Turmel est consciente que son retour aux études a eu des répercussions sur toute sa famille. Adieu Internet, téléphone cellulaire, vacances, deuxième voiture. « Et les enfants se chargeaient d’un repas par semaine en plus de faire la vaisselle. Moi, j’étudiais ! » Aujourd’hui, dans l’atelier où elle travaille, au milieu des scies, des planeurs et des toupies, est-elle plus heureuse qu’avant ? Silence. Elle regarde le ciel. « Plus heureuse ? Pas vraiment. Mais je suis beaucoup moins stressée. » Avant de parler ouvertement de leur désir de faire le grand saut, les gens vivent un profond malaise, dit François Bernatchez : « Ce changement implique un deuil professionnel. Mais plus on commence tôt à parler de ses projets, plus on a de chances de les réussir. » Dans son bureau, la conseillère d’orientation Martine Lemonde voit parfois débarquer des gens démolis. Souvent, des gens inquiets mais résignés. « Au moment où ils consultent pour changer de carrière, ça fait longtemps qu’ils y pensent. » Ceux qui veulent réussir leur réorientation doivent être capables de se tenir debout, dit François Bernatchez. « Il faut être convaincu, avoir foi en soi », ajoute Catherine Roux, 39 ans, qui a abandonné il y a cinq ans une carrière d’ingénieure pour se lancer dans le domaine de la communication et du marketing. « Quand vous faites un changement aussi draconien, vous devez faire fi de ce que les autres vont penser. » Au moment où elle a abandonné son poste de gestionnaire de projets, elle gagnait plus de 100 000 dollars et possédait une maison dans le quartier Plateau-Mont-Royal, à Montréal, ainsi qu’un chalet à Magog, tous deux hypothéqués. « Dans mon entourage, se rappelle cette grande rousse aux yeux olive, on se demandait ce qui pouvait bien se passer dans ma tête. » Pourtant, elle n’avait jamais été aussi sereine. « Pour la première fois de ma vie, je suivais mon instinct. J’avais étudié en génie parce que j’étais forte en sciences et que tout le monde me disait que c’était la voie à suivre. » Daniel Martel, de son côté, n’a pas eu à réfléchir longtemps. Le changement s’est imposé de lui-même lorsque l’imprimerie pour laquelle il travaillait depuis huit ans a fermé ses portes. Pour ce pressier, l’histoire se répète. En 25 ans, il a perdu son emploi trois fois déjà dans les mêmes circonstances. Aujourd’hui, à 40 ans, il en a assez de se « promener comme ça d’une imprimerie à l’autre ». Cette quatrième mise à pied est l’occasion, estime-t-il, de changer de métier. Ce Verdunois commencera, à la mi-octobre, un cours d’arpenteur à l’École des métiers du sud-ouest de Montréal, dans le quartier Saint-Henri. Mais il lui a fallu obtenir d’abord son diplôme d’études secondaires. Daniel Martel avait abandonné en 4e secondaire, il y a 25 ans. L’an dernier, à l’occasion de tests visant à évaluer ses connaissances scolaires, il a cependant été classé en 1re secondaire. Un choc pour ce colosse à l’épaisse chevelure noire. « J’en ai eu des sueurs froides et des maux de tête », dit-il. À l’éducation des adultes, entouré d’élèves tout juste sortis de l’adolescence et pas toujours très motivés — « ils jasent pendant les cours, se chamaillent » —, il a réussi à rattraper son retard et a terminé tout son secondaire. En une seule année scolaire ! « Pour moi, ce diplôme est une grande source de fierté, dit-il. Je me suis rendu compte que j’aimais l’école, finalement. Et que j’ai plus de talent que je le pensais ! » Sa réorientation, Daniel Martel ne la fait pas de gaieté de cœur. Si l’imprimerie n’avait pas fermé ses portes, il y serait toujours. « J’ai dû réhypothéquer ma maison pour payer mon emprunt auto et ramener le solde de mes cartes de crédit à zéro, dit-il. Mais surtout, j’aimais mon travail. Et le salaire était bon. Avec les heures supplémentaires, je gagnais 70 000 dollars par année. » Il espère que son nouveau métier lui permettra un jour d’en gagner autant. Le salaire des arpenteurs oscille entre 14 et 24 dollars l’heure, selon l’expérience. Daniel Martel a sans doute encore assez d’années de travail devant lui pour espérer atteindre le sommet de l’échelle salariale. Le modèle « 20 ans d’études, 30 ans de travail » ne tient plus, estime Florent Francœur, de l’Ordre des conseillers en ressources humaines et en relations industrielles agréés du Québec. Avec l’espérance de vie qui atteint désormais 80 ans, « même à 49 ou 50 ans, on peut très bien envisager de travailler encore 20 bonnes années », dit-il. Ça vaut donc le coup de changer ! Selon lui, les entreprises tirent profit des « jeunes » employés de 45 ans. Ainsi, une personne qui réoriente sa carrière au milieu de sa vie professionnelle arrive peut-être sans expérience dans son nouveau domaine, mais elle possède tout de même des compétences générales susceptibles de profiter à l’entreprise qui l’embauche. « Ces employés ont une expérience plus large, dit Florent Francœur, et un savoir-être : pour eux, il est souvent plus facile de travailler en équipe, de communiquer. Ils peuvent devenir des coachs précieux. » En privé, cependant, certains directeurs des ressources humaines tiennent un discours moins optimiste. Ces nouveaux travailleurs quadragénaires auront sans doute un patron plus jeune qu’eux. Ils se retrouveront au bas de l’échelle, avec un salaire de débutant. « Imaginez la modestie que cela exige de leur part, explique un directeur des ressources humaines. Sans compter les conflits et les frustrations que cela peut engendrer. Est-on prêt à donner une première chance à ces gens-là ? À être les premiers à les embaucher ? Pas sûr… » L’ex-ingénieure Catherine Roux l’a eu, elle, ce premier coup de pouce. Malgré son absence totale d’expérience en marketing. « Il y aura toujours une personne un peu cowboy quelque part qui va accepter de vous faire confiance, dit-elle. Et c’est tant mieux, car la vie est trop courte pour ne pas aimer ce qu’on fait ! »

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Changement de carrière

Comment savoir ? Le psychologue industriel François Bernatchez fournit trois indices principaux démontrant que l’on est peut-être mûr pour un changement de carrière : • On se sent différent de la moyenne des gens que l’on rencontre et qui font le même métier que soi. • On sent qu’on pourrait faire mieux de sa vie, qu’on ne se réalise plus au travail. • On n’aime plus le genre de personnes qui nous entourent dans notre milieu de travail Changer de carrière : mode d’emploi Comme l’ébéniste Annie Turmel, certaines personnes éprouvent le désir de changer de carrière, mais n’ont qu’une très vague idée du genre d’emploi qu’elles voudraient occuper. Voici quelques trucs, proposés par Monster.ca, pour y voir plus clair. • Évaluez votre satisfaction professionnelle en tenant un journal dans lequel vous inscrirez vos réactions à diverses situations qui se produisent dans votre milieu de travail. Cela vous aidera à cerner ce que vous aimez et n’aimez pas dans votre emploi. • Faites le point sur vos centres d’intérêt, vos valeurs et vos compétences. • Amis, famille, conseiller d’orientation, sites Internet peuvent vous aider à trouver les types d’emplois que vous pourriez occuper dans votre seconde carrière. Consultez-les. • Une fois ces emplois définis, lisez le plus possible sur leur nature et tentez de rencontrer des gens qui les occupent, afin qu’ils vous décrivent leur journée type. • Faites du bénévolat ou de petits contrats dans le secteur qui vous intéresse, question de vérifier si le travail répond à vos aspirations. • Renseignez-vous sur les cours qui pourraient vous aider à faire un lien entre votre champ d’expertise actuel et celui vers lequel vous aimeriez vous orienter. • Trouvez des façons d’acquérir de nouvelles compétences dans votre emploi actuel, afin de préparer votre changement de carrière à venir. Si votre entreprise offre des cours de perfectionnement, suivez-en le plus grand nombre possible.

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Gros plan sur Sherbrooke

.div1_sherb { border:1px solid black; padding:5px; /*overflow:hidden;*/ height:142px !important; height/**/:/**/142px; } .div2_sherb { border:1px solid black; padding:5px; /*overflow:hidden;*/ height:143px !important; height/**/:/**/143px; } .div3_sherb { border:1px solid black; padding:5px; /*overflow:hidden;*/ height:143px !important; height/**/:/**/143px; } .div4_sherb { border:1px solid black; padding:5px; /*overflow:hidden;*/ height:143px !important; height/**/:/**/143px; } .div5_sherb { border:1px solid black; padding:5px; /*overflow:hidden;*/ height:134px !important; height/**/:/**/134px; } .div6_sherb { border:1px solid black; padding:5px; /*overflow:hidden;*/ height:108px !important; height/**/:/**/108px; } .div7_sherb { border:1px solid black; padding:5px; /*overflow:hidden;*/ height:120px !important; height/**/:/**/120px; } .div8_sherb { border:1px solid black; padding:5px; /*overflow:hidden;*/ height:105px !important; height/**/:/**/105px; } Aéroport de Sherbrooke : D’où l’on peut prendre le vol quotidien d’Air Sherbrooke pour Toronto, établi à la demande des investisseurs et entrepreneurs. L’aéroport peut en outre accueillir des Boeing 737. Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS): À l’instar de Montréal et de Québec, Sherbrooke a son centre hospitalier universitaire, lié à l’Université de Sherbrooke. Le centre regroupe deux hôpitaux, l’Hôtel-Dieu, au centre-ville, et l’Hôpital Fleurimont, qui héberge également la faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke. Université de Sherbrooke: Une des universités canadiennes qui tirent le plus de revenus de ses brevets, l’institution fut une des premières à créer des programmes d’enseignement coopératifs, avec stages en entreprise. Elle fut également la première à proposer un MBA francophone. L’Université Bishop’s: L’université anglophone de la région. Travaillant souvent de concert avec sa voisine francophone, avec des chaires communes et des programmes conjoints pour les étudiants, elle a lancé le projet ZAP Sherbrooke, qui permettra d’installer des points d’accès Internet sans fil partout dans la ville. Le Technoparc de Sherbrooke : Situé à l’intérieur du parc industriel, il héberge en ce moment sept entreprises qui emploient plus de 800 personnes. Parc biomédical de Sherbrooke : Situé à côté de la faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke et du Pavillon Fleurimont du CHUS. On mise tout particulièrement sur le Centre de développement des biotechnologies, un bâtiment regroupant des entreprises spécialisée en recherche dans le secteur des biotechnologies et de la santé humaine. Parc Innovation : Situé à côté de l’Université de Sherbrooke, ce nouveau parc industriel, propriété de l’université, vise à susciter des vocations entrepreneuriales chez ses proffesseurs et des vocations de chercheurs dans l’entreprise privée. Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS): À l’instar de Montréal et de Québec, Sherbrooke a son centre hospitalier universitaire, lié à l’Université de Sherbrooke. Le centre regroupe deux hôpitaux, l’Hôtel-Dieu, au centre-ville, et l’Hôpital Fleurimont, qui héberge également la faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke. La formidable ascension de Sherbrooke

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Les 111 emplois de  l’avenir

Niveau d’études requis : Universitaire Collégial (ou institut de technologie) Secondaire Peu déterminant Perspectives très favorables NOM DU MÉTIER ESTIMATION* DU SALAIRE ANNUEL MOYEN Ingénieur minier 76 000 $ Ingénieur en aérospatiale 79 500 $ Ingénieur informaticien (sauf ingénieur en logiciel) 72 400 $ Médecin spécialiste 166 200 $ Omnipraticien et médecin de famille 135 300 $ Dentiste 117 500 $ Optométriste 73 600 $ Pharmacien 71 200 $ Diététiste et nutritionniste 48 700 $ Ergothérapeute 48 700 $ Infirmier autorisé 51 000 $ Technologue médical et assistant en anatomopathologie 47 500 $ Technologue et technicien en santé animale 29 700 $ Inhalothérapeute, perfusionniste cardiovasculaire et technologue cardiopulmonaire 47 500 $ Technologue en radiation médicale 49 900 $ Hygiéniste et thérapeute dentaire 34 400 $ Surveillant du forage et des services liés à l’extraction de pétrole et de gaz 70 000 $ NOM DU MÉTIER ESTIMATION* DU SALAIRE ANNUEL MOYEN Directeur financier 78 300 $ Directeur des ressources humaines 72 400 $ Directeur des achats 68 800 $ Directeur des assurances, de l’immobilier et du courtage financier 84 300 $ Directeur de banque, du crédit et d’autres services de placements 72 400 $ Directeur des services de génie 91 400 $ Directeur des services d’architecture et de sciences 85 500 $ Gestionnaire de systèmes informatiques 79 500 $ Directeur des soins de santé 62 900 $ Directeur des services sociaux, communautaires et correctionnels 54 600 $ Gestionnaire de la fonction publique — analyse économique, élaboration de politiques et administration de programmes 74 800 $ Gestionnaire de la fonction publique — élaboration de politiques et administration de programmes d’enseignement 74 800 $ Directeur des ventes, du marketing et de la publicité 74 800 $ Directeur — commerce de détail 40 400 $ Vérificateur comptable 54 600 $ Analyste financier et analyste en placements 64 100 $ Agent en valeurs, agent en placements et négociateur en valeurs 85 500 $ Professionnel des services aux entreprises de gestion 62 900 $ Agent de gestion immobilière 45 100 $ Expert en sinistres et rédacteur sinistres 46 300 $ Assureur 49 900 $ Estimateur et évaluateur 46 300 $ Courtier en douane, courtier maritime et autres courtiers 46 300 $ Secrétaire médical 30 900 $ Répartiteur et opérateur radio 38 000 $ Horairiste de trajets et préposé à l’affectation des équipages 46 300 $ Chimiste 57 000 $ Ingénieur civil 66 500 $ Ingénieur mécanicien 61 700 $ Ingénieur électricien et électronicien 76 000 $ Ingénieur chimiste 71 200 $ Ingénieur d’industrie et de fabrication 67 700 $ Mathématicien, statisticien et actuaire 73 600 $ Analyste et consultant en informatique 64 100 $ Analyste de bases de données et administrateur de données 59 400 $ Ingénieur en logiciel 67 700 $ Programmeur et développeur en médias interactifs 49 900 $ Technologue et technicien en chimie 45 100 $ Technologue et technicien en génie civil 48 700 $ Technologue et technicien en génie mécanique 49 900 $ Technologue et technicien en génie industriel et en génie de fabrication 48 700 $ Technologue et technicien en génie électronique et électrique 52 200 $ Mécanicien, technicien et contrôleur d’avionique et d’instruments et d’appareillages électriques d’aéronefs 57 000 $ Technologue et technicien en dessin 42 800 $ Évaluateur de logiciels et de systèmes informatiques 49 900 $ Vétérinaire 65 300 $ Chiropraticien 67 700 $ Audiologiste et orthophoniste 55 800 $ Physiothérapeute 48 700 $ Infirmier en chef et superviseur 60 500 $ Technicien de laboratoire médical 43 900 $ Denturologiste 53 400 $ Opticien d’ordonnance 42 700 $ Infirmier auxiliaire 38 000 $ Ambulancier 48 700 $ Assistant dentaire 24 900 $ Aide-infirmier, aide-soignant et préposé aux bénéficiaires 28 400 $ Avocat et notaire 90 200 $ Enseignant au niveau collégial et dans les écoles de formation professionnelle 55 800 $ Enseignant au niveau secondaire 53 400 $ Enseignant aux niveaux primaire et préscolaire 49 900 $ Conseiller d’orientation et conseiller en information scolaire et professionnelle 53 400 $ Psychologue 57 000 $ Travailleur social 46 300 $ Conseiller familial et conseiller matrimonial 47 500 $ Technicien juridique 40 400 $ Éducateur et aide-éducateur de la petite enfance 23 700 $ Traducteur, terminologue et interprète 51 000 $ Designer d’intérieur 32 000 $ Superviseur — commerce de détail 33 200 $ Superviseur des services alimentaires 30 900 $ Spécialiste des ventes techniques — commerce de gros 60 500 $ Agent et courtier d’assurances 46 300 $ Acheteur des commerces de gros et de détail 45 100 $ Boucher et coupeur de viandes — commerce de gros ou de détail 28 500 $ Policier 64 100 $ Représentant des ventes non techniques — commerce de gros 48 700 $ Vendeur et commis-vendeur — commerce de détail 28 500 $ Aide familial et aide de maintien à domicile 23 800 $ Machiniste et vérificateur d’usinage et d’outillage 41 500 $ Outilleur-ajusteur 45 100 $ Soudeur et conducteur de machines à souder et à braser 38 000 $ Mécanicien d’équipement lourd 43 900 $ Mécanicien et contrôleur d’aéronefs 58 200 $ Ajusteur de machines 45 100 $ Constructeur et mécanicien d’ascenseurs 55 800 $ Mécanicien et réparateur de véhicules automobiles, de camions et d’autobus 35 600 $ Électromécanicien 45 100 $ Foreur et dynamiteur des mines à ciel ouvert, des carrières et des chantiers de construction 48 700 $ Mineur d’extraction et de préparation (mines souterraines) 66 500 $ Surveillant dans la transformation des aliments, des boissons et du tabac 46 300 $ Conducteur de machines et opérateur aux procédés industriels dans la transformation des aliments et des boissons 35 600 $ Monteur d’aéronefs et contrôleur de montage d’aéronefs 47 500 $ Conducteur de machines d’usinage 38 000 $ * Ces revenus d’emploi sont une extrapolation des salaires indiqués pour chaque métier dans le Recensement de 2000. Or, de 2000 à 2007, la rémunération hebdomadaire moyenne a augmenté de 18,7 % au Québec, selon l’Institut de la statistique du Québec. Nous avons donc majoré tous les salaires de 18,7 %, tout en étant conscients que les hausses de salaire peuvent varier considérablement d’un emploi à l’autre.

Affaires et économie

Halte aux scandales et à l’indifférence !

L’un est comptable et l’autre est économiste. Voilà ce qui les distingue. Car tous les deux portent la barbe et ont le même prénom. Les deux ont obtenu leur doctorat dans des universités de la côte Ouest, leurs carrières sont liées à HEC Montréal et ils occupent maintenant des postes de direction au sein de leurs établissements respectifs. Ces hommes, qui figurent parmi les observateurs les plus fins et les plus aguerris du milieu des affaires, partagent aussi plusieurs convictions, dont l’importance pour les universitaires de se faire entendre dans les grands débats économiques et sociaux. Ce dont ils ne se privent pas. Michel Magnan, 49 ans, s’en fait même une spécialité et un devoir. Il a donné plus de 50 entrevues au cours des deux dernières années. De l’émergence des fonds d’investissement privés (comme Blackstone ou KKR) à la rémunération des grands patrons, du rôle des conseils d’administration à la transparence des fonds de couverture (les fameux hedge funds), rien ne lui échappe, et il a une opinion sur tout. Notre entrevue, prévue pour durer 60 minutes, s’est étirée pendant deux heures et demie par un bel après-midi d’été, dans un café d’Outremont. C’est la diversité culturelle, et le bouillonnement intellectuel qui l’accompagne, qui a amené Michel Magnan à l’Université Concordia. « La moitié des élèves ont un parent né à l’étranger. Concordia est à l’image de ce que sera Montréal dans 10 ans », dit-il. Ancien professeur à HEC Montréal, il est maintenant titulaire de la chaire de comptabilité Lawrence Bloomberg (Université Concordia) et vice-doyen de l’École de gestion John-Molson, où il est responsable des études de deuxième et de troisième cycle. Depuis sa nomination au titre de directeur de HEC Montréal, en septembre 2006, Michel Patry, 50 ans, a moins de temps que son confrère pour intervenir dans les débats publics. Les célébrations, cette année, du 100e anniversaire de la plus importante école de gestion du Canada — elle compte 12 000 étudiants et plus de 250 professeurs permanents — l’ont accaparé. Je l’ai rencontré dans son magnifique bureau du chemin de la Côte-Sainte-Catherine. L’immense fenêtre offre une vue panoramique sur la piste d’athlétisme du collège Jean-de-Brébeuf, le voisin immédiat. Courses, compétitions, efforts, entraide : je suis sûr que le directeur de la prestigieuse école trouve dans cette vue beaucoup d’inspiration. Amoureux de HEC depuis la première fois qu’il y a mis les pieds, Michel Patry a passé l’essentiel de sa vie d’adulte dans cet établissement, mis à part les années consacrées à ses études de doctorat en théorie économique, à l’Université de la Colombie-Britannique. « J’ai un parcours atrocement linéaire », dit-il. Linéaire peut-être, mais pas si banal, car ce n’est pas tous les jours qu’on prend la tête de l’établissement dans lequel on a présidé une association étudiante. Le milieu des affaires a été maintes fois secoué ces dernières années, du scandale d’Enron, aux États-Unis, à la condamnation, cet été, du financier Conrad Black. « J’ai une responsabilité comme enseignant, dit Michel Magnan en sirotant un jus de fruits. Je dois dénoncer certaines pratiques. Je déplore que les professeurs aient été très peu nombreux à expliquer les scandales qui ont éclaboussé des entreprises. » Son héros, c’est le professeur Erik Lie, de l’Université de l’Iowa, qui a alerté en 2005 la commission des valeurs mobilières américaine, la Securities and Exchange Commission (SEC), d’un scandale potentiel concernant l’attribution, à des dirigeants de 140 entreprises, d’options dont les dates d’émission avaient été frauduleusement modifiées. Magnan en appelle aussi à la responsabilité de ses collègues comptables : « Certains ne se posent pas suffisamment de questions et n’ont pas de perspective éthique sur leur travail. » Et que dire des salaires mirobolants versés à certains patrons ? La rémunération moyenne des 100 PDG les mieux payés au Canada atteignait neuf millions de dollars pour chacun en 2005. L’ancien président de Home Depot, Bob Nardelli, a obtenu une indemnité de départ de 210 millions de dollars quelques mois avant de prendre les commandes de Chrysler. Michel Patry comprend très bien l’enjeu. « Il y a un marché pour les gestionnaires de très haut niveau, qui sont très mobiles et très demandés, explique-t-il. Mais il y a des situations choquantes. Une rémunération excessive du président peut entraîner un sentiment d’injustice de la part des autres salariés et s’avérer très corrosive dans une organisation, car on détruit la légitimité et le sentiment d’appartenance. » Les PDG d’aujourd’hui profitent de la loi de l’offre et de la demande. Mais pour ça, encore faut-il qu’ils soient compétents. D’où cette question : nos écoles de gestion forment-elles une bonne relève de gestionnaires et d’entrepreneurs ? Michel Magnan n’en est pas sûr. Il craint qu’en privilégiant l’activité intellectuelle et la théorie, les écoles de gestion ne se déconnectent de la réalité du milieu des affaires en particulier et de la société en général. Les universités, qui pour beaucoup ont adopté la règle tacite du « publish or perish » (publie ou meurs), mettent ainsi davantage l’accent sur les travaux de recherche que sur le savoir pratique. « Il ne faut pas perdre de vue la finalité de l’enseignement : l’acquisition de connaissances qui ont une incidence sur le développement économique et social », dit-il. Justement parce qu’elle veut s’inscrire dans cette réalité économique et sociale, HEC Montréal a mis en place dès sa création le plus grand département de sciences humaines de toutes les écoles de gestion d’Amérique du Nord. « Nous offrons des cours d’économie, de sociologie et de psychologie, parce que nous croyons qu’il faut avoir une compréhension élargie du monde et des individus », dit Michel Patry. Le sort des entreprises et celui de la société qui les entoure sont intimement liés. Voilà pourquoi la prospérité future du Québec dépend de la bonne gestion et du succès de ses entreprises. Elles ont devant elles de redoutables défis. Le tiers des propriétaires des 230 000 PME québécoises prendront leur retraite au cours des cinq prochaines années. Ce passage de flambeau se produit au moment même où la concurrence internationale est de plus en plus vive. Les entreprises du Québec parviendront-elles à relever le défi ? « Elles n’ont pas le choix, puisque 60 % de ce que le Québec produit est vendu sur d’autres marchés », dit le directeur de HEC, où la mondialisation se vit déjà dans les salles de cours : 30 % des étudiants viennent de l’étranger et l’école a signé des programmes d’échange avec plus de 81 établissements dans le monde. La mondialisation a aussi ses victimes et ses revers. Des secteurs entiers de l’économie québécoise, comme le textile et le bois, accusent des dizaines de milliers de pertes d’emplois. Alcan, l’une des plus grandes multinationales canadiennes, est passée récemment sous contrôle étranger. Michel Patry dit avoir un pincement au cœur chaque fois qu’il aborde la question. « Cela fait partie du jeu, mais c’était l’un des seuls sièges sociaux de prestige établis à Montréal. » L’enjeu de la mondialisation en cache un autre : celui de la compétitivité des entreprises. En août, une étude du Groupe Financier Banque TD révélait que, de 2002 à 2006, la croissance de la productivité de l’économie canadienne avait été trois fois moindre que celle de l’économie américaine. L’économie québécoise enregistre un écart encore plus considérable avec celle des États-Unis : une croissance de la productivité cinq fois moins rapide. Cela veut dire que les économies canadienne et québécoise sont de moins en moins compétitives. Notre situation s’est détériorée en comparaison de la grande majorité des pays industrialisés membres de l’OCDE, où nous sommes passés du 3e rang (en 1973) au 16e (en 2006). Une situation « alarmante et urgente », selon Michel Magnan. « J’ai vécu aux États-Unis dans les années 1980. La concurrence japonaise soulevait de grands débats. De nombreux livres et articles ont été publiés. Au Québec, personne n’a l’air de s’inquiéter de ce qui se passe en ce moment : on semble se complaire dans une situation confortable, mais fragile. Or, il faut développer et créer de la richesse. Le réaménagement de l’échangeur des Pins, à Montréal, a coûté 35 millions de dollars, et celui du rond-point de l’Acadie, 120 millions. Où va-t-on trouver l’argent pour réparer ou refaire tout le reste ? » demande Michel le comptable en terminant son jus de fruits.

Affaires et économie

L’indispensable apport de Power Corporation au Québec

Selon un correspondant, Power Corporation ne rapporterait « pas grand-chose au Québec ». Permettez-moi de d’apporter quelques nuances… En tenant compte des employés de la Corporation financière Power, de Gesca (7 quotidiens) et du siège social, Power est sans doute l’un des 25 plus importants employeurs du Québec, au même niveau que Transcontinental et que Pratt & Whitney. Ce n’est pas rien. C’est la septième plus grande entreprise au Canada, tous secteurs confondus, et la première dont le siège social est au Québec. Power Corporation est de la taille d’Esso, de Loblaw ou de la Banque Royale. Là encore, ce n’est pas rien. Les activités du siège social rapportent des millions de dollars à l’économie montréalaise, d’abord pour les bureaux d’avocats et de services professionnels, mais aussi les hôtels et restaurants utilisés par les nombreux visiteurs étrangers qui se rapportent au siège social de l’organisation, sans compter les services de messagerie, de télécommunications, de transport, etc., etc. C’est un grand contribuable. Power Corporation a versé des impôts d’environ 900 millions de dollars aux deux gouvernements en 2006. Plus des deux tiers de ses dirigeants sont des francophones. Pour un gestionnaire québécois, c’est l’une des seules grandes entreprises du Québec à vocation vraiment internationale. Il n’y a pas une université, un hôpital, un musée ou une grande cause philanthropique qui n’a pas compté sur l’immense générosité de Power Corporation et de la famille Desmarais. Le domaine de la famille Desmarais à Sagard est une PME à elle seule! Quelle drôle d’idée que celle voulant que la finance ne soit pas une « vraie industrie » et que les questions de productivité ne la concernent pas. Les Desmarais ont toujours augmenté la compétitivité et la rentabilité des entreprises dont ils sont actionnaires. Vous en avez la preuve chaque année quand ses résultats annuels sont divulgués. Les milliards de dollars en dividendes (le taux a presque doublé depuis cinq ans) versés par Power Corporation ont enrichi les Desmarais, bien sûr, mais aussi tous les actionnaires de Power et de la Corporation financière Power, notamment les caisses de retraite dont dépend une partie de notre avenir… Les Desmarais vivraient « de la spéculation » alors que les Coutu et autres seraient de véritables entrepreneurs. Demandez à n’importe quel grand dirigeant d’entreprise du Québec ce qu’il pense de Paul Desmarais. Et si vous n’êtes pas convaincu(s), expliquez-moi comment un propriétaire d’un petit circuit d’autobus à Sudbury peut s’imposer comme l’un des grands financiers de la planète sans un talent, un flair et une stratégie extraordinaires. Je pense qu’on peut être fier de Paul Desmarais, ce Franco-Ontarien d’origine qui a choisi le Québec et Montréal pour bâtir un empire international. En connaissez-vous beaucoup d’autres comme lui au Québec ?