Parce qu’on est en 2018

Les femmes comptent pour 53 % des diplômés universitaires, mais elles ne représentent que 45 % des cadres de premier niveau, 35 % des directeurs, 25 % des vice-présidents et 15 % des PDG.

Charles Grandmont
Photo : Daphné Caron

Accepteriez-vous de jouer au poker contre un adversaire qui a trois fois plus de cartes dans son jeu que vous ? Si oui, écrivez-moi, je nous organise une partie. Mais sinon, je comprends que vous n’ayez pas envie d’être le dindon de la farce et que vous passiez votre tour.

C’est pourtant le type de partie inique que les femmes doivent accepter de jouer sur le marché du travail. Encore aujourd’hui, au Canada, les hommes cadres ont trois fois plus de chances que les femmes d’accéder à la vice-présidence d’une entreprise. En fait, peu importe la promotion convoitée, les femmes se font donner une main perdante par rapport à celle des hommes, révèle une enquête du cabinet-conseil McKinsey menée en 2017 auprès de 69 entreprises canadiennes, qui regroupent au total 470 000 employés.

Contrairement à certaines idées reçues, les femmes recherchent tout autant les promotions que les hommes, montre la même étude, et elles sont tout aussi qualifiées. Elles comptent ainsi pour 53 % des diplômés universitaires, mais elles ne représentent que 45 % des cadres de premier niveau, 35 % des directeurs, 25 % des vice-présidents et 15 % des PDG.

On pourrait tenter de trouver des excuses pour ces chiffres troublants en rappelant que le Canada et le Québec figurent parmi les sociétés les plus égalitaires de la planète, et qu’il suffirait de laisser le temps à la société d’évoluer et aux femmes de prendre leur place. Eh bien ! l’excuse ne tient pas. Les principaux indicateurs d’égalité — comme l’accès à des postes de direction, les salaires — font du surplace au Canada depuis 20 ans. Au rythme actuel, il faudrait jusqu’à 180 ans avant d’atteindre la pleine égalité.

Il devient urgent de rebrasser les cartes, et c’est l’objectif du défi lancé par L’actualité à une dizaine de PDG québécois. Pendant quatre semaines, en janvier, ils participeront au Projet invisible, une expérience inédite visant à cerner les préjugés inconscients qui faussent le jugement lorsque vient le temps d’embaucher du personnel ou d’accorder des promotions.

« C’est le comportement des hommes en entreprise qui est en cause, avoue le président du cabinet de services professionnels Deloitte Québec, Pierre Laporte. Dans nos politiques internes, on est pour la diversité. Par contre, inconsciemment, on va à l’encontre des valeurs qu’on déclare. »

L’expérience sera documentée sur le site Web de L’actualité, et des PDG viendront présenter leurs conclusions sur les changements nécessaires dans leur organisation lors de la conférence L’ACT sur l’équité entre les hommes et les femmes en entreprise, qui aura lieu le 21 février prochain.

Les patrons engagés dans le Projet invisible ne s’en cachent pas : promouvoir l’épanouissement professionnel des femmes est certes une cause moralement juste, mais c’est aussi une très bonne décision d’affaires. La concurrence pour la main-d’œuvre qualifiée atteint déjà des sommets dans de nombreux secteurs, et elle s’intensifiera dans les années qui viennent.

« Dans 10 ans, le réservoir de talents sera composé en majorité de femmes, d’immigrants, de personnes issues des minorités visibles. Et ces gens-là chercheront des organisations qui ont cette ouverture d’esprit, cette culture d’égalité, de respect de la personne », dit Pierre Laporte. Les entreprises qui tarderont à le comprendre se feront damer le pion par d’autres, ajoute-t-il.

Permettre aux femmes d’atteindre leur plein potentiel professionnel est essentiel aussi pour l’ensemble de la société. Seulement pour le Québec, le cabinet McKinsey prévoit un bond de 9 % du PIB en huit ans si la pleine égalité est atteinte.

Offrir une partie de poker plus équitable pour les femmes permettrait donc à tous les joueurs autour de la table de s’enrichir. On joue ?

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11 commentaires
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Sur le fond, rien à dire.
Mais on espère, même métaphoriquement, que la vie n’est pas « une partie de poker »et je ne suis pas sûr qu’on souhaite qu’elle le devienne…

C’est que les baby-boomers, très majoritairement masculins, ne cèdent pas la place. Mais la nature et la biologie y pourvoiront.

Il est approprié de vouloir faciliter l’accession des femmes aux postes de direction où elles sont sous-représentées. Toutefois, la question concernant la détermination des femmes d’accéder à de tels postes reste ouverte.

Selon le sondage de McKinsey & Compagnie Canada, cité dans l’article, les femmes aspirent autant que les hommes aux postes de direction. Toutefois, à moins que j’aie manqué quelque chose dans ce rapport de 128 pages, seulement les affirmations suivantes ont été soumises aux sondé(e)s : « Je souhaite avoir une promotion » et « Je veux être cadre supérieur ». Il y a d’autres affirmations connexes qui auraient dû figurer dans le sondage : « Je suis prêt(e) à travailler plus d’heures », « Je suis prêt(e) à diriger le personnel même s’il est hostile », « Je suis prêt(e) à passer du temps en réunion, même si j’ai l’impression que rien n’avance », « Je suis disposé(e) à passer moins de temps en famille ».

Durant ma carrière dans le milieu universitaire, j’ai vu plusieurs femmes qui malgré leur talent ne voulaient pas accéder à des postes de direction. Ce n’était pas par timidité ou manque de confiance en soi. Elles craignaient de plus longues heures de travail, menant à la difficulté de concilier la famille et le travail. Devoir passer moins de temps en famille — ce qu’une garderie ne règle pas — constituait un obstacle plus difficile à surmonter pour les femmes que pour les hommes.

C’est tout à fait ça.
Ce n’est pas automatique, 50% de diplômes 50% de PDG !!!
Les diplomées et diplomés sont l’humus sur lequel poussent les leaders et les chefs. Il a un historique de dizaines d’années de diplomés à 70, 80, même 90 % masculins. Seul un petit nombre est devenu PDG.
Ne vous inquiétez pas, ça va venir, sans tirer sur la fleur !

Je suis d’accord avec vous mais peut-être que les femmes seraient plus « prêtes » à faire ce dont vous parler si les hommes étaient aussi « prêts » à faire les tâches qui tombent automatiquement, par habitude, sur les épaules féminines.
Il doit y avoir un équilibre entre les tâches familiales et le travail pour tous. La conciliation travail-famille incombe aux 2 parents.

L’étude porte sur les entreprises. Est-ce qu’on a analysé la situation dans les écoles, universités et hopitaux où les cadres féminins pullulent?

Est-ce qu’ils ont analysé la situation des chefs d’antennes de nos grands réseaux où l’homme blanc est en voie de disparition?

Toujours très agaçant de faire de la « grande » analyse sur la base d’une photo, alors que le marché de l’emploi est une vidéo.
J’ai eu l’occasion d’être étroitement associé très longtemps à l’implantation de programmes d’accès à l’égalité en emploi et ce genre de lecture que je qualifie de simpliste est désespérante d’idée sans développement.
Le sujet très /trop à la mode est la femme. Le plus facile à illustrer par de petites photos statistiques, comme celles de la comparaison trompeuse entre un niveau de diplomation pris isolément avec un seul angle d’analyse et sans perspective qui conduisent à des conclusions sans fondement ni sérieux, telle « Au rythme actuel, il faudrait jusqu’à 180 ans avant d’atteindre la pleine égalité.
L’accès à l’égalité en emploi comprend la diplomation, donc l’évolution formidable de l’accès des femmes aux études universitaires et supérieures, non pas de façon statique, mais avec une perspective évolutive., ce que vous ne faites pas. Dans les quinze dernières années, les niveaux de diplomation des femmes ont connu une progression fulgurante au point ou plusieurs facultés universitaires se retrouvent avec une majorité d’étudiantes, inversant totalement le profil du genre, passant de majoritairement d’homme à une majorité de femmes. Dans une si courte période, sociologiquement cela s’appelle un « bouleversement » majeur.
L’accès à l’égalité en emploi, ne se résume pas simplement à l’identification de statistiques sur le genre. Notre Société se composent d’autres groupes qui demandent toute notre attention, tels les personnes handicapées, les autochtones, les minorités visibles et ethniques.
C’est en 2001, il y a plus de 16 ans, que le Gouvernement du Parti Québécois a été proactif dans le cadre de l’intégration en emploi, puisqu’il a mis en place une très bonne loi, appelée Loi sur l’accès à l’égalité en emploi dans des organismes publics. Par contre ce que le Gouvernement libéral en a fait est une autre chose.
L’évolution d’une Société ne s’évalue pas par un simple constat figé dans le temps ou par une image, mais par la perspective de l’évolution de ses indicateurs économiques, sociaux ou autres. Concernant l’identification de problèmes liés au genre, sachez qu’il y a de grands sujets de recherches sur les bouleversements très/trop rapides de certains secteurs de notre Société, mais ceux-ci ne sont pas encore « à la mode ».

Article au contenu politiquement correct . Par ailleurs ,
il aurait pu ajouter que les diections d’écoles sont très majoritairement féminines . Par ce qu’on est en 2018 , ce
journaliste devrait cesser de hurler aves les . . . louves !

Manque trop de données dans cet articles pour réellement se faire une opinion juste sur le sujet.

On ne sait même pas si le nombre de candidats compétent masculin et féminin était équivalent… Si ce n’est pas le cas c’est normal qu’on arrive pas à 50%… Je ne dis pas que c’est ce qui s’est produit, mais on ne le sait pas… le nombre de diplomés universitaire ne veut absolument rien dire si ces femmes n’ont pas postulé sur les postes de directions… C’est une donnée vide qui sert à biaiser d’avance l’opinion des lecteurs.

Livrez nous les données complète, on jugera après.

Parce qu’on était en décembre 2016, on a « emmené ailleurs » Carole Beaulieu, choix du Magazines Canada comme rédactrice en chef de l’année au Canada, pour la remplacer par un éditeur… Je n’ai rien contre vous, Monsieur Grandmont, je ne fais que constater.

Ce n’est pas seulement une question d’éducation ou de sexisme; cela dépend aussi de ce que les femmes décident de faire de leur carrière … de leur vie.