Parfum d’Asie

Deux phénomènes extraordinaires ont marqué l’économie du globe depuis 30 ans : la mondialisation et l’essor de l’Asie. Ils exercent maintenant une grande influence sur notre destinée.

Parfum d'Asie
Photo : Xie Zhengyi/ChinaFotoPress/PC

La mondialisation de la finance nous a grandement bénéficié. Par le jeu de l’offre et de la demande, les centaines de mil­liers de milliards de dollars de capitaux qui sont en circula­tion dans le monde ont permis aux taux d’intérêt d’atteindre les niveaux les plus bas jamais enregistrés.

De cette façon, la mondialisation financière s’avère un puissant accélérateur et diffuseur de la croissance économique mondiale.

Malheureusement, elle a aussi un côté sombre. On a vu, depuis 15 ans, qu’elle accroît les dangers de pandémie financière, de récession mondiale, d’effon­drement des pays endettés et d’instabilité des monnaies. L’une des principales tâches des pays membres du G20 dans les années à venir sera de con­tenir ces risques terribles que la mondialisation financière fait courir à toute la planète. Ce n’est pas gagné d’avance.

La mondialisation n’est pas seulement financière. Elle est aussi commerciale. Depuis 30 ans, les exportations internationales ont augmenté deux fois plus que la production mondiale. Les barrières au commerce ont été abaissées. Les accords de libre-échange comme l’ALENA, qui lie les États-Unis, le Canada et le Mexique, se sont multipliés. L’économie du Québec est maintenant une économie commerçante qui exporte hors de ses frontières la moitié de ce qu’elle produit.

En même temps que l’économie de la planète s’est mondialisée, son centre de gravité s’est déplacé à grande vitesse vers l’Asie. Comme l’indique le tableau ci-dessous, la contribution de l’Asie à la production mondiale a grimpé de 15 points en 30 ans. En exacte contrepar­tie, l’apport de l’Amérique du Nord et de l’Europe occidentale a baissé de 15 points. Si la tendance se maintient, l’Orient coiffera l’Occident en 2019.

 

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Ce sont la Chine et l’Inde qui représentent les fers de lance de l’essor asiatique. Ensemble, ces deux pays font 320 fois la population du Québec et 8 fois celle des États-Unis. Leurs éco­nomies progressent au taux exponentiel de 10 % par année, contre 2,5 % pour l’économie nord-américaine. Le Fonds monétaire international prévoit que, par sa taille, l’économie chinoise accédera au premier rang mondial en 2016 et que l’Inde s’installera au troisième rang, derrière les États-Unis et la Chine, dès 2012.

Avec l’arrivée soudaine de la Chine et de l’Inde dans le circuit mondial depuis 20 ans, la main-d’œuvre planétaire s’est enrichie de 1,2 milliard de nouveaux travailleurs, dont la majorité reçoit de très faibles salaires. En conséquence, un nombre important de nos travailleurs peu scolarisés, déjà bousculés par les changements technologi­ques, ont perdu leur emploi au profit de travailleurs asiatiques encore moins bien payés. Ceux des nôtres qui ont eu la chance de conser­ver leur emploi ont souvent vu leur salaire stagner ou diminuer.

Comment tirer notre épingle du jeu dans ce nouveau contexte ? Tout d’abord, il faut maintenir et améliorer l’accès de nos entreprises exporta­trices aux grands marchés – américain, européen, asiatique ou autres – par des accords de libre-échange.

Il faut aussi protéger nos travailleurs contre la déqualification due aux changements technologiques et à la concurrence extérieure. Le seul moyen, c’est un effort redoublé en faveur de la persévérance scolaire et de la formation continue.

Ensuite, il faut reconnaître que notre capital d’entreprises est précieux. Il peut aller et venir en un clic. Le combattre en lui infligeant des régle­mentations exagérées, des impôts excessifs ou des coûts de main-d’œuvre supérieurs à la valeur créée est une stratégie perdante. Elle entraîne invariablement la fuite des capitaux, la baisse de l’investissement, la hausse du chômage et l’affaiblissement des salaires. Il faut imposer les riches en proportion de leurs moyens, mais pas de façon punitive.

Enfin, il est impératif d’assu­rer le développement durable de nos ressources énergétiques, de nos forêts et de nos mines. Car l’appétit des économies asiatiques pour les ressources naturelles est dévorant. Ce qui est tant mieux pour nos régions !

 

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Pierre Fortin est professeur émérite à l’UQAM et chercheur au Centre interuniversitaire sur le risque, les politiques économiques et l’emploi (CIRPEE).

 

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