Pas de récession pour les jeunes

Après avoir profité du boom économique des années 2000, voilà que les travailleurs de la génération Y surfent sur une nouvelle vague : les employeurs se les arrachent !

À la fin de ses études collégiales en technologie de radiodiagnostic, en 2008, Émilie Bilodeau a postulé un emploi dans quatre hôpitaux et deux cliniques privées. « Et les six voulaient m’engager », raconte la jeune femme. Elle a accepté une offre, mais seulement à temps partiel. Car en janvier 2009, le cégep de Sainte-Foy, où elle a étudié, lui a proposé un poste de professeure — à 25 ans!

Ils sont choyés, les jeunes de la génération Y (nés après 1980). Ils ont profité du boom économique des années 2000, et voilà qu’ils surfent sur une nouvelle vague: malgré la récession, de nombreux secteurs manquent de main-d’œuvre à cause du déclin démographique. Tous les camarades de classe d’Émilie Bilodeau ont d’ailleurs trouvé un emploi avant la fin de leurs études. « Pour le moment, il n’y a aucun signe avant-coureur de ralentissement », dit Danielle Boué, coordonnatrice du programme de radiologie au cégep de Sainte-Foy.

Le contexte est bien différent de celui dans lequel se trouvaient les jeunes de la génération X, qui avaient 20 ans lors de la récession des années 1990. Alors que le chômage atteignait 15 % aux heures les plus sombres, il augmentera peu d’ici 2010, passant de 7,7 % à 9 %, selon Emploi-Québec.

Certains secteurs ne souffriront d’aucun chômage, à commencer par la santé et l’éducation spécialisée. Emploi-Québec indique une forte demande dans des domaines aussi variés que l’insémination des truies (l’industrie porcine a eu mauvaise presse depuis 10 ans), la serrurerie (très recherchée depuis le 11 septembre 2001) et la mécanique d’ascenseur (la population vieillit et utilise moins les escaliers). La pénurie de main-d’œuvre se fait également sentir dans des secteurs spécialisés, comme la création de sites Web ou la bureautique.

Les professions où 9 étudiants sur 10 trouvent un emploi sont également nombreuses. Il y a les classiques — actuaire, comptable, enseignant, travailleur social, médecin et infirmier —, mais aussi d’autres moins connues: archiviste médical, installateur de jambes artificielles ou vendeur d’orthèses et d’appareils auditifs. On a également un grand besoin de diplômés en inhalothérapie, tout comme en génie alimentaire.

Selon tous les experts interviewés, la récession ne sera pas une catastrophe pour les jeunes, surtout les diplômés. Ni pour les autres. Même les emplois plus traditionnels seront assez peu touchés. C’est que pour la première fois de son histoire, le Québec a compté plus de mises à la retraite que de nouveaux travailleurs en 2008. Cette situation est à l’avantage des jeunes, mais aussi des travailleurs dans la cinquantaine (voir « Bye-bye Liberté 55 » ). « Et la tendance se poursuivra », affirme Patricia Richard, directrice des contenus de Jobboom.

Chaque année depuis 15 ans, Jobboom publie Les carrières d’avenir, sur les perspectives pour les diplômés d’études professionnelles, collégiales et universitaires. « Même dans les secteurs les plus touchés par le ralentissement économique, comme le secteur manufacturier, les employeurs hésitent avant de faire des mises à pied ou de geler l’embauche, dit Patricia Richard. Personne ne sait quelle sera la durée de la récession, mais tout le monde sait que les problèmes de recrutement reviendront aux premiers signes de reprise. »

À l’automne 2008, Emploi-Québec estimait qu’il y aurait 165 000 postes à pourvoir à cause des départs à la retraite d’ici 2011, plus 72 000 nouveaux postes. Plus personne ne se risque à faire des prévisions. Mais il ne fait aucun doute que la population vieillit. Les perspectives d’embauche sont donc bonnes dans tous les secteurs liés aux services à la population.

« La demande ne fléchira pas au cours des deux ou trois prochaines années », affirme Gaétan Paquet, coordonnateur des techniques d’éducation spécialisée au cégep de Sainte-Foy. « Les besoins augmentent, à tel point que pour chaque départ à la retraite, les agences régionales de la santé et des services sociaux ont besoin d’embaucher deux employés. »

Le secteur privé doit lui aussi faire face à une pénurie de main-d’œuvre. En Beauce, région pourtant touchée par la crise manufacturière, les entreprises déploient des efforts pour attirer des jeunes depuis 10 ans. « En plus du vieillissement de la population, la Beauce souffre de l’exode rural des jeunes », dit Éric Dubois, porte-parole d’Emploi-Québec pour la région de la Chaudière-Appalaches. « Il y a de sérieuses pénuries dans l’abattage, la transformation des plastiques, l’ébénisterie, la fabrication d’appareils médicaux, les centres d’appels et, bien sûr, la santé. Et même dans l’assurance. »

À Saint-Anselme, en Beauce, l’usine de transformation de volailles Exceldor cherche à pourvoir une quarantaine de postes. Un bon nombre nécessitent une formation collégiale ou universitaire, en informatique et en entretien mécanique. « Nous recherchons aussi des employés d’usine, pour qui le préalable est plutôt la dextérité manuelle, en plus de savoir lire et écrire », dit Clémence Drouin, vice-présidente aux ressources humaines.

Dans le secteur minier, les perspectives sont meilleures qu’on pourrait le croire, même si de nombreux projets sont en veilleuse. « La plupart des mineurs ont 50 ans et ils prendront leur retraite d’ici quelques années », dit Pierre Bernaquez, responsable des ressources humaines de Métanor, qui exploite à Val-d’Or une des 30 mines actuellement ouvertes au Québec. « Si nous cessons d’embaucher des jeunes, il n’y aura pas de transfert de connaissances, et nous aurons des ennuis dans trois ou quatre ans. »

La situation est donc loin d’être catastrophique pour les jeunes diplômés, affirme Patricia Richard. « Avec les médias d’aujourd’hui, on sait quand un dépanneur ferme dans l’Iowa! Mais il y a toujours des possibilités d’emploi, même en période de récession. En particulier celle-ci. »