Pendant ce temps, en Chine…

On parle beaucoup de la Grèce ces jours-ci, mais l’influence de la Chine sur nos économies est devenue si considérable que la situation chinoise risque d’accaparer l’attention de tous les dirigeants mondiaux d’ici peu.

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Photo : Aaron Goodman/Flickr

Tous les yeux sont braqués ces jours-ci sur Athènes et sur Bruxelles, où se joue l’avenir de la Grèce dans la zone euro — et peut-être même celui de la monnaie commune que se partagent 19 pays différents.

Mais c’est à Shanghai et à Shenzhen que les fondements de la fragile reprise économique des dernières années sont sans doute le plus violemment mis à l’épreuve.
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Nous assistons en direct à l’éclatement d’une gigantesque bulle boursière. Les investisseurs chinois ont perdu 3 400 milliards de dollars en capitaux depuis la mi-juin. Depuis le 12 juin dernier, l’indice de la Bourse de Shanghai a perdu presque le tiers de sa valeur.

Les multiples interventions de la banque centrale chinoise et des autorités réglementaires n’arrivent pas à colmater la brèche.

Le gouvernement a d’abord demandé un gel des nouvelles introductions en Bourse. Il a également interdit aux actionnaires qui détiennent 5 % ou plus des actions d’une entreprise cotée de vendre le moindre titre pendant six mois. (Cette interdiction s’applique aussi aux hauts dirigeants des entreprises inscrites en Bourse.) Il a enfin injecté des milliards de dollars en liquidités pour soutenir le marché, qui continue de se dégonfler à vue d’œil.

Mercredi, Shanghai reculait encore de 5,9 % et, comme tous les jours depuis quelque temps, des centaines d’entreprises ont demandé la suspension des transactions sur leurs titres. C’est sans compter les centaines d’autres cas où cela arrive automatiquement, puisque leurs actions ont perdu plus de 10 % de leur valeur dans une seule séance. Plus de la moitié des entreprises chinoises cotées en Bourse ont subi un arrêt des transactions sur leurs titres.

Si la dégringolade est spectaculaire, c’est que la croissance du marché a été encore plus stupéfiante en doublant sa valorisation entre janvier 2014 et juin 2015. Le marché chinois s’était apprécié de 20 % entre septembre et la mi-novembre, puis de 21 % dans les 10 séances suivantes. Cela plaçait déjà le marché chinois au deuxième rang au monde, devant le marché japonais.

Pourquoi cette hausse aussi subite qu’improbable ? En décembre dernier, The Economist l’expliquait par l’injection de 163 milliards de dollars dans l’économie pour stimuler sa croissance et par la première diminution des taux d’intérêt depuis 2012.

L’hebdomadaire britannique raconte qu’on voyait à la télévision des hordes de retraités qui investissaient leurs épargnes en actions. Le marché chinois a ceci de particulier que 80 % des transactions sont effectuées par des investisseurs individuels. À trop vouloir stimuler l’économie, on s’expose, hélas, à créer des bulles spéculatives.

L’éclatement de la bulle chinoise risque d’avoir des conséquences importantes sur la croissance économique mondiale.

On redoutait déjà une possible bulle dans le marché immobilier chinois. La glissade des titres boursiers pourrait-elle précipiter son éclatement ?

Le niveau d’inquiétude manifestée par la direction chinoise et son activisme commencent drôlement à effrayer les marchés, qui craignent que la croissance chinoise soit moins forte que prévu et que la demande pour les matières premières ralentisse grandement.

La Chine absorbe 45 % de la production des métaux industriels. On faisait état, il y a quelques jours, que le fer commençait à s’accumuler dans les ports chinois. Les prix du pétrole, du fer, de l’aluminium et du cuivre sont à la baisse. Voilà de bien mauvaises nouvelles pour le Canada et le Québec.

On craint aussi que la dégringolade des titres réduise les projets d’investissements des entreprises chinoises dans d’autres pays. À l’inverse, les banques internationales ont prêté plus de 1 000 milliards de dollars aux entreprises chinoises, tant privées que publiques.

Le site Quartz énumère d’autres conséquences potentielles de l’éclatement de la bulle chinoise. Cette bulle ne toucherait que les membres de la classe moyenne supérieure et les très riches, mais on parle néanmoins de 20 à 30 millions de personnes qui dépensent beaucoup d’argent.

L’an dernier, les touristes chinois ont dépensé 165 milliards de dollars à l’étranger. Les Chinois représentent 12 % du marché des produits de luxe. Il y a un demi-million d’étudiants chinois aux États-Unis, en Australie et au Canada, et on ne compte plus les projets immobiliers d’investisseurs chinois dans les grandes villes du monde, y compris à Montréal.

L’influence de la Chine sur nos économies est devenue si considérable que la situation chinoise risque d’accaparer l’attention de tous les dirigeants mondiaux d’ici peu.

Après s’être penchés sur une petite économie digérant mal les mesures d’austérité qui lui sont imposées, voilà qu’ils pourraient s’attarder sur l’immense pays où l’on a trop voulu stimuler l’économie.

L’été ne sera pas de tout repos.

 

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«Le marché chinois a ceci de particulier que 80 % des transactions sont effectuées par des investisseurs individuels. »

Le mot «investisseur» est charitable ici, j’ai l’impression qu’il s’agit surtout de spéculation, un véritable casino en fait. L’engouement pour les actions s’est propagé chez tous ces «investisseurs» inexpérimentés pendant la hausse vertigineuse et maintenant c’est la panique.

Ça me rappelle les beaux jours de la bulle techno quand même les grand-maman voulaient acheter du Microsoft, dure leçon mais c’est comme ça qu’on apprend en bourse. La Chine apprends à devenir un pays riche, un apprentissage parfois semé d’embûches…

ai déjà travaillé en tant que machiniste général dans une entreprise qui faisait un peu de tout. Nous recevions souvent des appareils assez complexes qui étaient supposées etre des systèmes de productions automatiques. Lorsque nous les recevions ils étaient pleins de toutes sortes de mécanismes d’ajustement destinés à compenser pour l’usure et les mauvais réglages provoqués soit par l’incompétence ou le manque de formation des opérateurs. Invariablement nous devions enlever tout ce qui avait été ajouté (les béquilles quoi) réparer les composantes usées et parfois simplifier le processus de fabrication automatique. Je crois qu’il en est ainsi de l’économie capitaliste. Il y a eu tellement de mécanismes secondaire et tertiaires ajoutés à l’appareil pour répondre à des objectifs particuliers que l’ensemble du système est devenu dysfonctionnel.

Merci M. Duhamel pour cette éclairage sur la situation chinoise. La prudence dans nos gestes financiers les plus anodins est de mise.

Essayez-vous de nous faire peur M. Dhuhamel?

Une bulle! Aille!

« Il n’y a aucune raison de perdre confiance en l’économie chinoise, selon un responsable du FMI »

« WASHINGTON, 9 juillet (Xinhua) — Le Fonds monétaire international (FMI) a indiqué jeudi qu’il n’y avait pas de raison de perdre confiance en l’économie chinoise malgré l’évolution des marchés boursiers.

« Si vous observez les choses au-delà de ce qui se passe sur les marchés, il n’y a pas de raison particulière de perdre confiance (en l’économie réelle) », a expliqué jeudi +++ l’économiste en chef du FMI Olivier Blanchard +++ lors d’une conférence de presse.

Les bourses chinoises ont augmenté de 150% en moins d’un an pour atteindre un pic à la mi-juin de cette année, mais elles ont perdu plus de 30% depuis. M. Blanchard considère la chute rapide comme « tout à fait accessoire » par rapport à l’économie dans son ensemble.

Les ajustements dans l’économie réelle en Chine sont plutôt « sains » et tels qu’on peut les désirer, avec la croissance du crédit et l’ajustement de l’immobilier sous contrôle, selon le chef économiste du FMI.

http://french.xinhuanet.com/economie/2015-07/10/c_134398911.htm

L’économie de la Chine est plutôt très solide comparé à celle de l’Occident dont nous faisons partie.

Encore une fois vous mettez votre crédibilité en doute.

Pendant ce temps, en Chine … le gouvernement chinois « niaise pas avec le puck » et veut démontrer qu’il peut maîtriser la finance, alors qu’en Europe, les dirigeants européens font du somnambulisme avec la crise grecque.

Très inquiétant. Il reste cependant eu une augmentation nette de la capitalisation boursière depuis janvier 2014. Dans le moins pire des scénarios, il y aurait des millions de petits épargnants ruinés mais des millions encore plus riches qu’en 2014 qui peuvent soutenir la demande intérieure.

Évidemment, il y a le pire, une panique qui amène les marchés à poursuivre leur chute au cours des prochains jours ou semaines, un effondrement des marchés immobiliers et la faillite de nombreuses institutions financières.

L’état a beaucoup de liquidités, mais devra apprendre qu’elle en peut qu’avoir qu’un impact limité sur les marchés. Elle peut cependant aider avec des règles plus serrées pour les marchés boursiers et le secteur bancaire.