Peur du succès ?

Dans un dossier sur les difficultés des entrepreneurs technologiques québécois à développer des entreprises de plus de 100 millions de dollars de vente ou d’une valeur supérieure à 100 millions de dollars, Phillipe Mercure pose dans La Presse de samedi une question essentielle, mais un peu vache : les entrepreneurs québécois auraient-ils peur du succès ?

Des personnes que je respecte énormément, et que j’ai interviewées pour le livre que je suis en train d’écrire, semblent de cet avis.

Chris Arsenault, associé directeur de la société de capital de risque iNovia, affirme que les entrepreneurs québécois ont peur. « On a peur de passer du temps en Californie au milieu de plein d’inconnus. On a peur de notre accent. On a peur de se faire comparer de la mauvaise façon », a-t-il dit au journaliste de La Presse, l’un des seuls à couvrir (et très bien) les entreprises les plus innovatrices du Québec.

Jacques Bernier, le président de Teralys, un fonds qui investit dans les fonds de capital de risque, parle du « syndrome des trois B ». B pour BMW, boat et beach house. Trop d’entrepreneurs se contenteraient d’un modeste succès pour vendre leur entreprise et vivre une vie confortable avec le produit de la vente.

Un tel phénomène existe. Du point de vue d’un investisseur qui veut récupérer les pertes qu’il a encourues avec d’autres projets, l’idée du succès retentissant – du coup de circuit – s’impose. C’est ce qui lui permet de financer d’autres entreprises et de prendre des risques.

Je comprends également qu’on parle ici d’entreprises technologiques, de biotechs et de technologies propres (cleantech), des secteurs où le succès est rarement en demi-teinte. Il faut amener l’entreprise à un certain niveau pour qu’elle puisse s’imposer dans le marché et récompenser ceux qui y ont investie.

Je suis pourtant inconfortable avec la conclusion qu’on semble en tirer.

Moins de 1 % des entreprises atteindront les 100 millions de dollars de ventes ou les millions de dollars de vente de valeur boursière. Faudrait-il comprendre que tous les entrepreneurs qui ne porteraient pas leur création à un tel niveau ont raté leur coup ? Qu’il faudrait considérer leur parcours comme un échec ?

Il faut applaudir ceux qui réussissent à bâtir une grande entreprise, mais on peut être un excellent entrepreneur sans être Steve Jobs. J’ai peur qu’on décourage l’entrepreneuriat en mettant la barre si haute et en jugeant ceux qui n’y parviennent pas.

Chaque entrepreneur doit porter son rêve et son entreprise le plus loin possible, mais on sait bien que la partie sera difficile, les embûches nombreuses et que les talents sont inégaux.

Chris Arsenault et Jacques Bernier sont de grands défenseurs de l’entrepreneuriat québécois. Ils sont tous les deux optimistes sur le potentiel de nos entrepreneurs et l’évolution de ce potentiel.

Tous les deux m’ont raconté des histoires d’entrepreneurs qui avaient vendu leurs entreprises, ont passé du bon temps, et qui retournent aujourd’hui aux affaires plus expérimentés, plus riches et plus déterminés que jamais à faire leur marque.

Il faudrait donc ajouter d’autres  « B ». Après la BMW, le boat et la beach house, il y a très souvent le back et le better.

Je vais vous raconter une histoire que je connais un peu. En 2008, Louis Bélanger Martin et Nicolas Bélanger (ils ne sont pas parents) avaient vendu DTI Software à une société allemande de Munich, Advance Inflight Alliance AG.

DTI est  le leader mondial du divertissement à bord des avions commerciaux avec des contrats avec plus de 110 lignes aériennes. 90 % des logiciels qui alimentent les consoles vidéos à bord des avions civils sont produits par une équipe de 200 personnes, rue Saint-Jacques à Montréal.

En 2011, les deux fondateurs ont racheté l’entreprise de Munich au complet et ils comptent faire de DTI une entreprise qui affichera des ventes de 2 milliards de dollars d’ici trois ans.

Bref, vendre une entreprise ce n’est pas grave. Ce qui compte, c’est ce que vous faites avec l’argent !

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Peur du succès…surpris?

Les entrepreneurs québécois et autres représentants du privé sont continuellement traînés dans la boue par tout ce qui se fait de gauchiste au Québec.

Ils sont soupçonnés non-stop d’exploiter indûment « nos » ressources, d’égorger les pauvres travailleurs québécois et de transférer leurs profits (abominables, bien sûr…) dans des paradis fiscaux évitant ainsi d’engraisser la bête technocratique étatique déjà obèse.

Ça vous tenterait, vous, de créer une société dans de telles conditions? C’est ce que je pensais et seuls les plus téméraires (ou le plus inconscients!) s’y risquent.

Regardez nos héros québécois: tous des victimes ou des loosers, René Lévesque le premier qui a lamentablement échoué dans son grand rêve et qui a terminé son règne de façon pitoyable.

Si je ne m’abuse, le Québec, autrefois l’un des bouillons de culture les plus créatifs d’entrepreneurs est devenu, avec le gauchisme, l’un des moins fertiles au Canada.

Les règles, les lois et la bureaucratie étouffent la créativité de nos entrepreneurs. C’est tout juste si l’État ne vient pas nous descendre le zipper lorsqu’on veut uriner.

Voici une entreprise québécoise qui pourrait bien percer si elle continue sa progression. http://www.feedto.com/, Elle compte de plus en plus d’utilisateurs. Je ne parle pas de valoir 100 millions du jour au lendemain. Mais pourrait avec le temps offrir une bonne valeur. Malheureusement pour mener à terme des empire cela prend de l’argent. Le Québec ne compte pas véritablement de gros joueur en capital de risque, et ne dispose pas d’un réseau de gens d’affaires qui croit réellement qu’un produit web d’ici peu devenir populaire à l’international. Tout de même j’aime bien suivre les Start Up d’ici.

Est-il concevable que la peur de « ne pas » avoir de succès ou encore celle suivant laquelle le succès ne dure pas, soient plus forts que la peur d’avoir du succès ?

Même certaines « success story » ont des hauts et des bas. Voici un peu plus d’une vingtaine d’années la compagnie Apple était vue par certains analystes comme pratiquement moribonde.

Parfois, le fait que les gens ne croient pas en vous, finissent pas briser le moral de plus d’un. Dans ce cas beaucoup de personnes ne persévèrent pas. C’est un fait pour nombre d’entrepreneurs, c’est aussi un fait pour nombre d’agriculteurs et cela se perçoit à plusieurs stades du développement de la vie de tout un chacun.

La grande force des Etats-Unis dans plusieurs domaines est qu’ils croient : « In God we trust », ils croient dans leur potentiel ; croient qu’ils ont un rôle important à jouer. Le fait de croire et d’être entouré de gens qui croient tout comme vous et vous encouragent ; sont des facteurs psychologiques peut-être qui contribuent toutefois à bâtir la confiance indispensable au développent et à toutes formes de réussites.

Ici, quand on parle de confiance, on se plait seulement à parler de lien. Connaissez-vous beaucoup de liens qui ne soient pas indestructibles ? Au contraire lorsque la confiance est une forteresse que vous avez édifié à force de persévérance ; elle aura beaucoup plus de chances de durer et de nous conduire assez loin.

C’est pourquoi je pense que notre force devrait se trouver dans notre confiance collective. Après tout, c’est aussi de cette manière que les chinois sont capables de déplacer des montagnes. Un Québec uni parviendrait certainement à repousser les frontières du possible.