Pierre Poilievre est dans les patates

Les accusations lancées contre la Banque du Canada par le favori dans la course à la chefferie du Parti conservateur sont absolument sans fondement, note l’économiste et chroniqueur à L’actualité Pierre Fortin.

Wikicommons / montage : L’actualité

Le candidat à la chefferie du Parti conservateur du Canada Pierre Poilievre a tenu récemment des propos injurieux à l’endroit des dirigeants de la Banque du Canada, les traitant d’« analphabètes financiers », un genre d’apostrophe plutôt grossière. 

Mais il est allé plus loin. Le député de Carleton a d’abord affirmé que l’organisme finance les déficits budgétaires du gouvernement fédéral de façon systématique et irresponsable.

Cette prétention du député est contraire aux faits. Elle omet sciemment toute connexion entre les finances fédérales et la pandémie. Sous le gouvernement Harper de 2011 à 2015, la contribution cumulée de la Banque au financement du déficit fédéral a été de 57 %. Puis, sous le gouvernement Trudeau de 2016 à 2019, avant la pandémie, elle a été de 16 %. 

Cela ne veut pas dire que la Banque et le gouvernement Harper ont été « irresponsables » en 2011-2015. Il n’y avait rien d’exagéré dans ces pourcentages. La Banque doit surveiller le bon fonctionnement des marchés financiers. Cela peut exiger, selon les circonstances, qu’elle achète des quantités plus ou moins importantes de titres fédéraux, qui sont les actifs liquides les plus importants de l’économie, afin d’assurer la stabilité du système. 

En 2014-2015, par exemple, la Banque a dû acheter beaucoup de titres fédéraux afin d’abaisser les taux d’intérêt, de stabiliser les marchés financiers ébranlés par la chute du prix mondial du pétrole et d’éviter ainsi que le pays tombe en récession. Ainsi, en 2020, la Banque a ajouté à son portefeuille de titres fédéraux l’équivalent de 93 % du déficit fédéral de l’année ; en 2021, au contraire, sa contribution au financement du déficit fédéral n’a plus été que de 27 %.

Bien évidemment, l’année 2020 est l’exception qui confirme la règle. Pour comprendre cette exception, il faut simplement reconnaître qu’il y avait un gros éléphant dans la pièce cette année-là. 

Hé, c’est en 2020 que l’épidémie mondiale de COVID-19 a éclaté ! Au printemps 2020, le PIB a dégringolé de 13 % et le taux de chômage a grimpé à 13 %. Avec le confinement, qu’il fût obligatoire ou librement choisi, le revenu des ménages et des entreprises s’est effondré. Sur les marchés financiers, c’était le chaos : ruée généralisée vers les actifs liquides (comme les titres fédéraux), dépréciation des actifs, contraction du crédit.

Constatant la situation économique, financière et sociale, le gouvernement fédéral et la banque centrale ont mis en œuvre une batterie de moyens, dont plusieurs inédits, pour combattre la récession et l’empêcher de se transformer en dépression comme dans les années 1930. Ces interventions exceptionnelles expliquent en grande partie son déficit budgétaire gargantuesque de 328 milliards de dollars en 2020.

D’autre part, la Banque du Canada a abaissé son taux d’intérêt directeur à la valeur plancher de 0,25 % dès mars 2020, et elle a mis en place un éventail de facilités de liquidités et de programmes d’achat d’actifs destinés à restaurer le bon fonctionnement des marchés financiers, à rouvrir l’accès des ménages et des entreprises au crédit, puis à relancer l’activité économique et abaisser le chômage.

Naturellement, dans ce contexte exceptionnel, l’énormité du déficit budgétaire de 328 milliards en 2020 a entraîné un volume lui-même exceptionnel d’achats de titres fédéraux par la banque centrale (303 milliards), d’où la proportion de 93 % cette année-là.

La stratégie que les autorités fédérales ont adoptée pour sortir le Canada de la récession et relancer son économie a-t-elle réussi ? Elles n’avaient aucune expérience antérieure de pandémie pour guider leur jugement. Il était donc inévitable que les moyens déployés relèvent parfois de l’expérimentation et soient en partie critiquables. Mais, tout compte fait, elles ont de toute évidence « livré la marchandise ».

Le creux dans l’évolution trimestrielle du PIB canadien a été trois fois plus profond en 2020 que lors de la récession de 2009. Du sommet atteint avant la récession au creux où l’économie a plongé, la chute du PIB a été de 13 % en 2020, contre 4 % en 2009. Néanmoins, le Canada s’est sorti des profondeurs de sa récession du printemps 2020 aussi rapidement qu’il l’avait fait à la suite de celle, pourtant trois fois moins prononcée, du premier semestre de 2009.

Quant au marché de l’emploi de la population en âge de travailler (les 15 à 64 ans) au Canada, en avril 2022, il avait plus que repris le terrain perdu en récession. Les plus grands bénéficiaires de ce succès macroéconomique sont les entreprises et les travailleurs canadiens, auxquels une plus longue période de stagnation et de chômage a pu être évitée. 

La Banque du Canada n’a pas violé son mandat anti-inflation

La deuxième accusation lancée par Pierre Poilievre contre Tiff Macklem, gouverneur de la Banque du Canada, est que sa politique monétaire a violé l’entente conclue avec le gouvernement qui lui enjoint de maintenir le taux d’inflation proche de la cible officielle de 2 %[1]. L’évolution mensuelle du taux d’inflation des prix à la consommation de janvier 2018 à avril 2022 est demeurée proche du taux cible de 2 % jusqu’à l’orée de la pandémie, en février 2020. Il a ensuite traversé les 12 mois suivants sous la cible de 2 %, mais il s’est ensuite élancé vers le haut pour atteindre 6,8 % en avril 2022. 

M. Poilievre a-t-il donc raison d’affirmer que la Banque du Canada a trahi son mandat depuis un an ?

Ici, les apparences sont trompeuses. Une analyse attentive de l’évolution de l’emploi et des prix dans la reprise en cours depuis un an montre que la stratégie de maîtrise de l’inflation adoptée par la Banque du Canada est au contraire conforme au mandat reçu.

Vers la fin de 2020, la Banque du Canada s’attendait à une remontée du taux d’inflation à 2 %, mais ni elle ni les autres banques centrales ne prévoyaient qu’il allait dépasser 5 % ou 6 %. Or, en avril 2022, le taux d’inflation par rapport à avril 2021 marquait 6,8 % au Canada et 7 % en moyenne dans les pays de l’OCDE. En 2021, à mesure que la pandémie s’atténuait, les ménages se sont mis à dépenser l’épargne considérable qu’ils avaient accumulée pendant le confinement, de même que leurs revenus d’emploi qui recommençaient à augmenter avec la reprise. Leurs achats se sont surtout portés sur les biens, car l’accès physique aux services (hébergement, restauration, loisirs, voyages) n’était pas encore complètement rétabli.

Les causes de ce phénomène mondial ont été assez bien cernées. L’envol de la demande de biens a pris de court les marchés de matières premières agricoles et industrielles et les chaînes d’approvisionnement. Par exemple, la demande excédentaire de biens a fait quadrupler les tarifs des conteneurs maritimes. Les prix ont flambé presque partout, et deux fois plus pour les biens que pour les services. Ont été particulièrement frappés : l’énergie, les produits agricoles, le bois, les minerais et les métaux, les puces à semi-conducteurs, les automobiles, les meubles et les électroménagers. 

En se basant sur un calcul publié en novembre dernier par la Banque des règlements internationaux, on peut attribuer à ces évolutions mondiales environ la moitié de l’écart entre le taux d’inflation canadien actuel de 6,8 % et la norme de 2 %. Une portion supplémentaire s’explique par l’invasion russe en Ukraine, qui en a rajouté sur les prix de l’énergie, du blé et d’autres produits agricoles.

Face à la flambée de l’inflation depuis le printemps 2021, la Banque du Canada et les autres banques centrales ne savaient pas a priori si cette poussée soudaine serait transitoire et se résorberait en moins d’un an ou deux une fois l’ajustement de l’offre à la demande terminé, ou si, au contraire, l’accélération des prix allait s’incruster dans un jeu de saute-mouton sans fin avec les salaires — une « spirale salaires-prix » — et se transformer en inflation persistante et difficile à déraciner ensuite.

L’histoire contient des exemples des deux types. L’inflation a atteint 17 % à l’hiver 1948 (après la Seconde Guerre mondiale), 13 % au printemps 1951 (pendant la guerre de Corée) et 7 % à l’hiver 1991 (avec l’introduction de la TPS), mais chaque fois elle est redescendue d’elle-même en deux ans ou moins. Par contre, les perturbations inflationnistes qui ont commencé avec l’explosion du prix mondial du pétrole dans les années 1970 se sont propagées dans l’économie et ont persisté. Elles n’ont pu être effacées ensuite qu’au moyen de lourdes récessions (1982 et 1991) qui ont coûté cher en pertes d’emplois et en chômage accru.

Gérer la politique monétaire, c’est fondamentalement gérer le risque. Si l’accélération des prix de 2021 allait être du premier type et se résorber d’elle-même (bien que peut-être lentement), hausser les taux d’intérêt substantiellement dès le printemps 2021 aurait provoqué une récession inutile et coûteuse. Cela aurait équivalu à mobiliser un bulldozer pour arracher un pissenlit. 

Mais si la hausse de l’inflation allait être du second type et persister, se donner trop de temps d’observation pour déterminer l’intensité du phénomène avant de réagir de façon plus musclée aurait aussi été une erreur. Des deux risques, la Banque du Canada a choisi le moindre. Elle a préféré « attendre pour voir » et évité d’envoyer l’économie prématurément en récession. 

C’était la bonne décision à prendre avec l’information disponible au printemps 2021. Les banques centrales des États-Unis et d’Europe ont fait la même chose.

Mais cette stratégie de prudence privilégiée par la Banque du Canada depuis un an est-elle vraiment conforme à son engagement de tenir le taux d’inflation près de 2 % ? Pierre Poilievre prétend le contraire. Il allègue que la politique de « flexibilité » que la Banque a adoptée constitue une déviation d’objectif inacceptable parce qu’incompatible avec son mandat officiel. Mais il est facile de démontrer ici que le candidat conservateur commet une erreur d’interprétation flagrante de l’entente entre le gouvernement et la Banque visant la maîtrise de l’inflation.

L’entente affirme en effet que « l’objectif central de la politique monétaire demeure le maintien de l’inflation à un niveau bas et stable au fil du temps », mais qu’elle doit aussi « continuer de soutenir l’atteinte du niveau d’emploi durable maximal ». Il est donc clairement stipulé que la politique monétaire doit faire preuve de « flexibilité » en respectant impérativement deux indications[2]

La première est que la stabilité des prix a beau être l’objectif central de la politique monétaire, sa poursuite doit nécessairement aussi tenir compte, en cours de route, de la recherche du niveau maximal d’emploi, base essentielle du bien-être économique. 

La seconde indication est que la cible d’inflation de 2 % doit être atteinte de façon flexible « à moyen terme [et] au fil du temps », et non pas aveuglément mois après mois. La stratégie privilégiée par la Banque du Canada depuis un an a observé scrupuleusement ces deux exigences de l’entente. 

La stratégie « flexible » de la Banque du Canada va-t-elle réussir ?

Il faut évidemment convenir qu’adopter une stratégie conforme et optimale n’en assure pas automatiquement le succès. Depuis un an, le taux d’inflation n’a pas cessé de surprendre à la hausse au Canada et à l’étranger. 

La fatigue des consommateurs est palpable. Par exemple, d’avril 2021 à avril 2022 dans l’ensemble du Canada, les prix des aliments ont augmenté de 9 % et les prix de l’essence ont grimpé de 35 %. La surprise est évidente dans les rapports trimestriels de la Banque du Canada sur la politique monétaire[3]. En juillet 2021, la Banque projetait un taux d’inflation de 3,5 % entre la fin de 2020 et la fin de 2021, mais il a finalement abouti à 4,7 %. À la même date, elle prévoyait un retour à la normale de 2 % à la fin de 2022, mais son rapport d’avril 2022 entrevoit maintenant un taux d’inflation de 4,5 % pour l’année 2022 et projette le retour à 2 % en 2023. Bref, l’inflation a augmenté plus que prévu et prend plus de temps à redescendre que la Banque du Canada le prédisait il y a un an.

Trois raisons expliquent cette situation : les ruptures d’approvisionnement et autres restrictions pandémiques ont duré plus longtemps que prévu ; l’invasion de l’Ukraine a déstabilisé les marchés mondiaux de l’énergie et de l’agriculture ; la reprise économique a été plus vigoureuse que prévu, donc plus favorable aux hausses de prix. 

Heureusement, des signes montrent que le taux d’inflation est maintenant proche de son sommet. Le tarif moyen des conteneurs maritimes a baissé de 25 % depuis son maximum de 2021 ; le prix de l’énergie semble se stabiliser mondialement (bien qu’à un haut niveau, je ne l’apprends à personne) ; et les banques centrales ont commencé à faire augmenter les taux d’intérêt afin de ralentir l’élan de la dépense des ménages et des entreprises. 

Tenant compte de ces signes, la Banque du Canada prévoit maintenant que le taux d’inflation sur un an va commencer à diminuer à partir de l’été prochain, « à mesure que les effets des prix élevés de l’énergie et des perturbations de l’approvisionnement se résorberont et que le resserrement de la politique monétaire freinera la demande ».

La prudence dont fait preuve le gouverneur Macklem ne lui a pas encore fait gagner son pari, mais elle a de meilleures chances de réussite que la précipitation de Pierre Poilievre, qui réclame une intervention immédiate et musclée de la banque centrale. Car la seule façon de parvenir sans délai à abattre l’inflation serait de porter les taux d’intérêt à des niveaux qui provoqueraient une récession majeure, comme ce fut le cas au début des années 1980 et 1990. 

Au vu des graves pathologies personnelles, familiales et sociales que ce genre de politique monétaire a répandues à l’époque parmi les chômeurs canadiens, les conséquences d’une telle récession pour les travailleurs, que le candidat à la direction des conservateurs dit tenir en grand respect, seraient bien pires que les désagréments (bien réels, sans aucun doute) causés par l’essence à 2 dollars le litre. Il faut rejeter une solution dont les effets sont pires que le mal à soulager.

Mieux vaut laisser les banques centrales poursuivre leur politique actuelle de relèvement prudent et progressif de leurs taux d’intérêt directeurs. La Banque du Canada a fait passer le sien de 0,25 % à 0,5 % au début de mars dernier, puis à 1 % au milieu d’avril et à 1,5 % au début de juin. Il pourrait encore augmenter dans les mois à venir. L’objectif poursuivi est de ralentir l’élan de la dépense intérieure pour favoriser la baisse de l’inflation, mais sans créer de récession. 

Le corridor pour y arriver est étroit et incertain. Comme dans une course automobile, lever le pied doucement sans tout faire craquer est un art difficile.

Les attaques lancées par Pierre Poilievre, on le comprend, visent pour des raisons politiques à susciter l’indignation populaire contre un gouvernement et une banque centrale qui sont aux prises avec une inflation mondiale difficile à extirper.

Quant à l’accusation d’analphabétisme financier, il faut la juger en observant que, pendant sa campagne, Pierre Poilievre a fait la promotion des placements dans les cryptomonnaies. Or, il a négligé d’avertir les citoyens que les cours de ces actifs connaissent des fluctuations effrayantes et imprévisibles. Par exemple, la plus célèbre cryptomonnaie, le bitcoin, a chuté de 65 % depuis six mois ; d’autres ont perdu 100 % de leur valeur depuis un mois. 


[1] Cette entente, renouvelée le 13 décembre 2021, s’intitule Déclaration commune du gouvernement du Canada et de la Banque du Canada concernant le renouvellement du cadre de politique monétaire.

[2] Cette exigence de flexibilité n’est pas une innovation de l’entente de décembre 2021. L’entente antérieure d’octobre 2016 faisait explicitement référence au « régime de ciblage flexible de l’inflation ». Déclaration commune du gouvernement du Canada et de la Banque du Canada concernant le renouvellement du cadre de politique monétaire.

[3] On peut trouver ces rapports ici : Rapport sur la politique monétaire.

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Un des principes du populisme est d’offrir des solutions simplistes à des problèmes complexes. La plupart des citoyens ne comprennent pas le fonctionnement des banques centrales (même pas la base de finances personnelles).
De plus, les populistes à la Polièvre cherchent à discréditer les institutions en se proclamant les seuls capables de régler tous les problèmes des travailleurs, de la classe moyenne, des majorités écrasées par les élites. Les citoyens deviennent militants d’un culte au sauveur.
Polièvre suit presque à la lettre le playbook de Trump. Il espère que les Canadiens seront aussi dupes que des millions d’Américains qui suivent encore aveuglement l’ancien président.

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Très d’accord, certaine personne, imbue de leurs connaissance, cherche à manipuler des gens comme moi peu ferrée en la matière. Heureusement que les journalistes sont là avec leurs infos objectives et éclairantes…. ….j’ai une pensée pour le pauvre peuple russe isolé des données objectives qui permettent de se positionner.

Maman de 6 enfants, je me trouve excellente pour gérer un salaire et près de 40,000$ de dépense annuelle, mais je ne connais rien à l’économie au-delà de celle de ma municipalité. Cependant votre article est clair et bien vulgarisé. Je comprends bcp mieux la complexité de l’économie d’un pays en relation avec tous les autres. Je comprends que c’est un mauvais moment à passer et que la patience nous mènera l’autre côté de la tempête.

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Je vais vous poser une question « à la Pierre Poilièvre », M. Fortin.

Au début 2021 vous avez appuyé sans réserves la politique Libérale de lancer une multitude de nouveaux programmes, tous financés par une augmentation de la dette (« achetée » par la Banque du Canada). Le pays avait réussit à survivre jusque-là sans ces programmes. Vous avez dit : « Pas de problème! Les taux d’intérêt sont presque nuls, et ils vont rester presque nuls pour les prochains 20 ans. C’est maintenant qu’il faut dépenser. »

La situation est très différente aujourd’hui.

Malgré tout ça vous pensez avoir assez de crédibilité pour dénigrer les prises de position de M. Poilièvre sur le sujet.

Incroyable!

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Les explications pour contrer l’argumentation du député de Carleton, avancées par monsieur Fortin sont dans un premier temps plutôt techniques, elles ne reflètent pas le sentiment d’injustice éprouvé par la population, mitigé finalement dans le dernier tiers de son texte.

L’un des aspects de la mission de la Banque du Canada est précisé dans le paragraphe suivant, je cite : « D’autre part, la Banque du Canada a abaissé son taux d’intérêt directeur à la valeur plancher de 0,25 % dès mars 2020, et elle a mis en place un éventail de facilités de liquidités et de programmes d’achat d’actifs destinés à restaurer le bon fonctionnement des marchés financiers, à rouvrir l’accès des ménages et des entreprises au crédit, puis à relancer l’activité économique et abaisser le chômage. » — Pierre Fortin.

Ici ce qui doit particulièrement attirer l’attention, c’est : « Cet éventail de facilités de liquidités ». Cela signifie que si je me présente dans mon agence bancaire, que je rencontre un représentant et que je lui dis : S’il vous plait, vu que la BDC a facilité « vos » liquidités, pourriez-vous faciliter « mes » liquidités ?

Je pense que très probablement on me rira au nez. Niet ! Pas plus de liquidités pour Drouginsky….

C’est précisément en ce sens que la BDC n’en fait pas assez (ce n’est pas la seule banque centrale au monde qui n’en fait pas assez). C’est que l’apport de liquidités ne correspond pas réellement au volume de liquidités dont a réellement besoin l’économie. Ainsi ces surplus de liquidités sont-ils convertis en titres ou ils alimentent le déficit public. Cela profite grandement aux marchés financiers.

De sorte que mécaniquement, les banques centrales rachètent des obligations, convertissent ces fonds en liquidités, des liquidités qui ne sont pas toutes investies dans l’économie réelle, récompensent plutôt des investisseurs soutenus par des banques commerciales à se tourner vers des fonds privés qui rapportent plus gros. Ainsi y-a-t-il rétention de liquidités à un autre niveau.

En 2008, nous avons eu un avant-goût de ce à quoi pouvait conduire ce genre de stratagèmes. La prochaine crise financière pourrait être bien pire encore. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est l’ex-Premier ministre et ministre des finances Paul Martin qui d’habitude ne parle pas pour rien dire.

Le fait qu’une partie des liquidités soient retenues à d’autres fins que celles auxquelles elles devraient servir a-t-il un impact sur le taux d’inflation ? Ce qui génère l’inflation actuelle, ce sont des prévisions et non des augmentations qui soient fondées par la nécessité. Le fait d’augmenter les prix a pour effet mécanique de mettre plus de liquidités en circulation. Si on réduit le volume d’argent en circulation ou si on remet de l’argent directement dans les poches de celles et ceux qui en ont le plus besoin, la rotation de l’argent sera plus rapide en sorte que pour aller plus rapidement dans cette rotation, les prix seront plus raisonnables et les augmentations moindres.

John Maynard Keynes a parfaitement expliqué comment tout cela fonctionnait. Je n’invente rien.

Un flux excédentaire de liquidités ne favorise pas la libre concurrence. Il existe une corrélation entre le volume de liquidités disponibles et le prix des biens et autres services mis en vente.

À noter que l’IPC au Japon se situe actuellement aux alentours de 2,4%, ce qui n’est pas mal du tout (il était à 1,2% encore en mars 2022). D’autres pays comme la Chine ou encore la Suisse font aussi très bien. Leurs banques centrales agissent-elles plus adéquatement ?

— Tout ceci selon moi plaide en faveur d’une mission de la Banque du Canada révisée de manière à mieux soutenir l’économie réelle.

**** Nota : Ce n’est pas spécifiquement l’augmentation de la demande excédentaire qui est la cause de l’augmentation des coûts de transports maritimes, c’est plutôt le monopole détenu par un nombre limité de compagnies maritimes qui ont laissé sur place une forte proportion de conteneurs vides non utilisés. Les courtiers en transport maritimes le confirmeront.

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Peu importe comment c’est dit, la Banque du Canada a véritablement fait une erreur: Celle de continuer à faire des allègements quantitatifs en même temps que le gouvernement Trudeau a injecté une quantité massive d’argent dans l’économie pour soutenir ses citoyens durant la pandémie. Résultat: Trop d’argent dans l’économie et pression à la hausse sur l’inflation parce que cet argent est trop facilement accessible. Elle a d’ailleurs avoué cette erreur et Pierre Poilievre a saisi l’occasion de leur remettre sur le nez.

Quant à l’homme lui-même, disons que M. Poilievre a raté une belle occasion de prouver ce dont il était capable. Quand on n’est pas populiste on est quoi?… élitiste?… J’étais content de voir un politicien se rapprocher des électeurs, mais je suis franchement pas mal déçu: Le fait d’utiliser des termes trop simplistes pour expliquer une situation beaucoup plus complexe donne l’impression qu’il prend les électeurs pour des ignorants. Il aurait dû essayer de faire un effort de vulgarisation et proposer des solutions ou, au moins, une certaine vision de ce que son parti pourrait faire s’il devenait chef de celui-ci. J’ai l’impression que je vais avoir de la difficulté à cocher une case au prochaines élections fédérales.

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