Plan Nord : les Australiens sèment la pagaille

La multinationale Cliffs Natural Resources a annoncé qu’elle renonçait à son plan d’expansion de 1,2 milliard de dollars de la mine de fer du lac Bloom, dans le nord du Québec. Est-ce à dire que le Plan Nord est mort et enterré ? demande Pierre Duhamel.

Cliffs Natural Resources a annoncé, cette semaine, qu’elle renonçait à son plan d’expansion de 1,2 milliard de dollars de la mine de fer du lac Bloom, dans le nord du Québec, et qu’elle envisage sérieusement la fermeture de ses installations et le congédiement des 600 salariés qui y travaillent.
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Le patron de la société minière a ajouté qu’il n’était conséquemment plus nécessaire de construire un nouveau chemin de fer de 800 km entre la fosse du Labrador et Sept-Îles, un projet de 5 milliards de dollars. Pour lui, le Plan Nord est mort et enterré.

C’est un peu rapide comme constat, car le nord du Québec renferme aussi des mines d’or et de nickel, et qu’on veut y extraire d’autres métaux.

Il faut néanmoins admettre que la conjoncture est mauvaise et que le prix de tous les métaux est déprimé. De plus, le fer est au cœur de l’activité minière québécoise, et c’est lui qui a le plus de répercussions sur l’économie.

Le prix du fer a chuté de 40 % en 2014 et de 54 % depuis 2013. Le fer, qui se vendait à plus de 140 dollars la tonne, en 2012, en vaut aujourd’hui moins de 72 dollars la tonne. C’est catastrophique pour Cliffs, puisqu’il lui en coûte plus de 126 dollars la tonne pour extraire le minerai au lac Bloom et payer ses coûts d’amortissement. C’est évidemment intenable.

Il se passe des choses étranges sur le marché du fer, alors que la production n’arrête pas d’augmenter, au moment même où la demande ralentit en Chine à cause de l’essoufflement du marché immobilier et parce que les prix s’écroulent.

C’est pourtant une règle de base de l’économie : quand les prix baissent, la production devrait plutôt ralentir pour équilibrer l’offre et la demande. Les grandes sociétés ont d’autres plans.

Rio Tinto vient d’annoncer l’exploitation d’une nouvelle mine en Australie occidentale. BHP vient de confirmer son engagement à exploiter un nouveau gisement dans le même État australien, ce qui permettra d’accroître sa production de 65 millions de tonnes par an.

Cette seule mine correspond au double de toute la production québécoise. BHP croit être en mesure d’extraire ce fer d’une très forte concentration à moins de 20 dollars la tonne à moyen terme, en ne tenant pas compte des redevances et du transport.

Au total, les grands producteurs de fer ont investi 120 milliards de dollars depuis 2011, et la production mondiale va augmenter, l’an prochain, de 165 millions de tonnes.

Rio Tinto, BHP et Vale sont-elles tombées sur la tête ? Bien au contraire, elles essaient de faire exactement ce que l’Arabie saoudite tente de faire avec le pétrole, c’est-à-dire inonder le marché pour se débarrasser de concurrents aux coûts de production plus élevé. Qu’importe si le prix du fer fond à 65 dollars la tonne, ou même à 50 dollars la tonne, comme l’envisage la banque américaine Citicorp : leurs meilleures mines australiennes et brésiliennes restent rentables à ce prix.

Les deux géants australiens et Vale visent surtout les producteurs chinois, car la Chine est de loin le premier producteur mondial de fer. Cependant, ses quelque 6 000 mines sont moins performantes, et plusieurs pourraient devoir fermer si les prix restent à ce niveau. La Chine est aussi le principal importateur de fer, et les trois grandes sociétés minières veulent y accroître leur part du marché.

Contrairement à ce que la gauche québécoise pense, le Québec est un tout petit producteur de fer, avec 0,6 % de la production mondiale. Nos mines coûtent cher à exploiter, parce qu’elles sont loin du marché asiatique et qu’il fait très froid. Notre minerai a une teneur en fer d’environ 30 %, ce qui est deux fois moins élevé que les meilleurs mines australiennes ou brésiliennes.

Le Québec, comme Terre-Neuve d’ailleurs, sont des territoires qu’on exploite surtout en haut de cycle, quand le prix du minerai est élevé. En voulant se débarrasser de concurrents chinois, les Australiens — et, dans une moindre mesure, les Brésiliens — sont en train d’enterrer le rêve des libéraux québécois.

Tout n’est jamais perdu. Il y a d’autres métaux et d’autres projets. De plus, ce secteur est très cyclique, et les prix se ressaisiront tôt ou tard. Il faut juste espérer que nos quelques producteurs de fer, comme ArcelorMittal, tiendront le coup d’ici là.

* * *

À propos de Pierre Duhamel

Journaliste depuis plus de 30 ans, Pierre Duhamel observe de près et commente l’actualité économique depuis 1986. Il a été rédacteur en chef et/ou éditeur de plusieurs publications, dont des magazines (Commerce, Affaires Plus, Montréal Centre-Ville) et des journaux spécialisés (Finance & Investissement, Investment Executive). Conférencier recherché, Pierre Duhamel a aussi commenté l’actualité économique sur les ondes du canal Argent, de LCN et de TVA. On peut le trouver sur Facebook et Twitter : @duhamelp.

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Le Québec est loin du marché asiatique. J’imagine que le Brésil est plus près….

Couillard vient de mettre 20 millions pour une étude de faisabilité d’un chemin de fer alors qu’il refuse de mettre 5 millions pour une étude de faisabilité d’un tunnel à Québec promis pourtant par Sam Hamad.

On l’as-tu le gouvernement?

M. Duhamel, qu’en est-il de l’article de François Pouliot ce 22 novembre… Osisko/Virginia: la superfusion qui redonne espoir au Québec?

Tout ne serait pas perdu, non?

Osisko/Virginia est dans le marché de l’or. Lui aussi est en chute libre, mais pour l’instant c’est moins dramatique que le fer.

« Le Québec est loin du marché asiatique. J’imagine que le Brésil est plus près…. »

Vous imaginez bien Jack 2, le Brésil est à environ 2000km du canal de Panama alors que Sept-Îles est à plus de 5000km du même canal. Le passage du Nord-ouest est rarement praticable (et peut-être que ce n’est même pas plus court pour se rendre en Chine), alors forcément les bateaux qui transportent le minerai de fer doivent passer par le canal.

J’ai toujours été un fervent adepte de la transformation. Et de la même façon, je pense qu’un prix élevé des matières premières, que cela nuit au redressement de multiples économies.

Suis-je dans le déni ou en pleine contradiction ?

Eh bien je pense que non !

Il vaut mieux perdre un peu d’argent sur l’extraction des matières premières. Quitte à en subventionner l’extraction, puis se rattraper sur la valeur ajoutée par la transformation. Plus on transforme et plus chaque phases de transformations sont variées et plus on additionne de la valeur ajoutée.

Et en plus, on crée toutes sortes d’activités. Ce qui signifie des « jobs ».

Non seulement, si la mine du Lac Bloom est à vendre, il faut la racheter et l’exploiter ; mais encore il faut réaliser au Québec ou en partenariat avec d’autres provinces ou des États américains, un pôle de transformation du minerai de fer. S’engager sur la voie du développement des aciers spéciaux ou de toutes formes d’alliages permettant de créer des produits nouveaux utilisables pour toutes sortes d’applications.

La production d’aciers spéciaux de grande qualité est tout particulièrement rentable, en demande partout et l’offre en est encore insuffisante.

Il faudrait dans le même temps soutenir l’industrie de la construction, pour qu’elle s’oriente vers un usage accru des produits de l’acier qui sont parfaitement adapté pour des ouvrages répondant aux normes du développement durable ; conjointement d’ailleurs il faudrait opter pour des produits du bois évolués comme les lamellé-collé qui peuvent parfaitement se combiner avec l’usage des métaux.

C’est sur la base de telles initiatives, que non seulement nous relancerons l’économie du Québec, qu’on pourra très bien s’accommoder de la baisse de la valeur des matières premières et que toute l’activité au nord du 40ième parallèle sera engagée pour longtemps et de ce fait, pas uniquement l’industrie minière.

Pourquoi réserver notre production aux chinois ou à l’Inde puisque précisément nous n’extrayons pas assez de minerai pour être concurrentiels en place du marché mondial ? Le Québec a su dans son histoire avec succès faire sa marque dans le développement de niches. Pourquoi ne pas mettre nos ressources naturelles au service des inventeurs et de tous créateurs de richesse ?

« Le patron de la société minière a ajouté qu’il n’était conséquemment plus nécessaire de construire un nouveau chemin de fer de 800 km entre la fosse du Labrador et Sept-Îles, un projet de 5 milliards de dollars.

Pour lui, le Plan Nord est mort et enterré. »

Bon débarras et beaucoup d’économies en vue.

On paye pour le plan nord déficitaire. Imaginez avec la voie ferrée de 5 milliards.

Desolant de voir autant d’erreur dans cet article, cliffs est une compagnie americaine et non australienne! Et vous devriez mieux verifier vos source pour affirmer que le lac bloom produit a un cout aussi elevé car la verite est tous autre!

Excellent! Car effectivement Cliffs est 100% américaine. De plus, la teneur de fer pour les mines du Labrador est de 65% et non 30%, ce qui en fait l’un des meilleur au monde. Désolant comme article, ça me donne le goût de dire qu’il est écrit par quelqu’un qui veut détruire des idées politiques plus que d’informer le monde … Ayant déjà été contrôleur pour Cliffs a sept-iles (Mines Wabush) ainsi que pour Bloom Lake, j’incite ceux qui vont lire cet article à faire preuve de prudence et discernement.

« Désolant comme article, ça me donne le goût de dire qu’il est écrit par quelqu’un qui veut détruire des idées politiques plus que d’informer le monde … »

Boff! Désinformer peut-être?

RÉPONSE DE L’ACTUALITÉ :
Cliffs est en effet une entreprise américaine, et non australienne. L’erreur ne provient pas de Monsieur Duhamel, mais de moi-même. Le sous-titre a été corrigé en conséquence. Toutes mes excuses.
Pierre Duchesneau
Journaliste Web

M. Duhamel, je ferai exactement le même commentaire qu’Olivier. Désolant venant d’un journaliste de votre réputation.

Ce n’est pas nouveau.

C’est la même chose pour les produits laitiers du Canada et du Québec, même chose pour les recherches et l’exploitation des gaz de shale, le pétrole du Québec etc ets….

Je ne voudrais pas passer pour un « méchant têteux » en prenant ici la défense de Pierre Duhamel contre tous ses attaquants…. Mais il convient ici de préciser quelques points :

1- Il y a bien erreur au niveau du sous-titre de cet article, je cite : « La multinationale australienne Cliffs Natural Resources (…) » puisque le siège de cette compagnie est basé à Cleveland (Ohio), toutefois, cette erreur n’est pas imputable à Pierre Duhamel mais à la rédaction de L’actualité qui a de toute évidence écrit le sous-titre et non pas l’article qui ne fait pas mention de la nationalité de cette compagnie. Hors cet article démontre bien que le Québec n’est pas de taille à rivaliser (au niveau mondial) avec l’exploitation des ressources australiennes.

2- Lorsque Pierre Duhamel écrit : « Notre minerai a une teneur en fer d’environ 30 %, ce qui est deux fois moins élevé que les meilleurs mines australiennes ou brésiliennes », c’est exact puisque la teneur en fer des minerais Canadiens est en moyenne de 30 à 44 %, lorsque la teneur en fer des minerais Brésiliens titrent jusqu’à 68 %.

3- Lorsque Patrick Gwilliam écrit : « (…) la teneur de fer pour les mines du Labrador est de 65% et non 30% (…) », il n’a pas totalement tort, mais pas totalement raison non plus, car il oublie de dire que pour obtenir cette qualité de minerai, il faut au préalable broyer et concasser le minerai extrait à fin d’en obtenir un « concentré ». Au Brésil ou en Australie occidentale, il n’est pas nécessaire de passer par ce procédé pour obtenir un produit de première qualité.

4- Pour ce qui a trait à la mine de Lac Bloom. On peut encore préciser que cette mine était opérée jusqu’en 2011 par : Consolidated Thompson Iron Mines limitée, son exploitation a été cédée à Cliffs Natural Resources Inc. Qui opérait déjà la mine Scully à Wabush (Labrador). D’après les analystes financiers, la prise de contrôle par Cliffs de l’ensemble des activités de son concurrent a été payée trop chère.

5- Ceci expliquant cela, il convient de préciser que les acquisitions de Cliffs, oblige cette compagnie à procéder à une restructuration de toutes ses activités. Et à suspendre ou céder une part de ses activités moins rentables dans l’Est du Canada, mais aussi certaines activités qu’elle détient dans la région des Grands lacs aux USA.

6- La mine Scully a été fermée en février dernier. Déjà en 2012, Cliffs annonçait qu’elle reportait pour une durée indéterminée son projet d’expansion de la mine Bloom (Phase2), 400 travailleurs temporaires avaient été touchés par cette suspension.

7- Au même moment, Cliffs interrompait en partie la production de deux de ses mines de fer : Northshore Mining (Minnesota) et Empire Mine (Michigan).

8- Encore ce mois-ci, Cliffs annonçait qu’elle se retirait du projet Ontarien de « Cercle de feu » qui pourtant représente un des plus gros gisements mondial de chromite, indispensable pour la fabrication des aciers inoxydables. Et ce malgré une subvention de l’Ontario de 1 milliards de dollars.

9- Enfin, quand ça va mal, ça va mal. Le train qui a récemment déraillé entre Sept-Îles et Labrador City est emprunté chaque semaine par une quarantaine de convois qui acheminent entre autres les ressources produites par Cliffs Natural Resources. On comprend combien la fragilité d’un lien de transport unique est encore susceptible de fragiliser aussi toute la production. Voici pourquoi d’ailleurs, il faut des infrastructures…. C’est ça qu’on veut !

« Les Mines de fer Century met à jour les résultats de la Phase II de son programme de forage de 2013 au projet DSO de Joyce Lake
TORONTO, CANADA–(Marketwired – 4 fév. 2014) –

« Le trou Joy 13-168 a recoupé 69 mètres de minéralisation de fer enrichi d’une moyenne de 65,42% de Fer total (« FeT »); »

« 9- Enfin, quand ça va mal, ça va mal. »

Pas du tout!
Si on fermait le plan nord on sauverait une fortune qui sert à financer les minières qui NE RAPPORTENT RIEN au Québec.

« C’est ça qu’on veut ! » Vous parlez en mon nom.

Mais pas moi! Je ne veut pas.

Il y a bien mieux à faire avec cet argent que de le donner aux étrangers milliardaires parasites.

À partir de là on comprend pour quoi la Chine est devenue la plus grande puissance économique de la planète.

Ils ne jette pas l’argent par les fenêtres eux.

@ Youlle,

Vous rapportez la phrase suivante : « Le trou Joy 13-168 a recoupé 69 mètres de minéralisation de fer enrichi d’une moyenne de 65,42% de Fer total (« FeT »); »

Permettez-moi de vous faire remarquer que vous faites référence au projet de mine de Century Iron Mines Corp. située à l’extrême ouest du Labrador ou plus précisément à 20 kilomètres au nord-est de Schefferville. Projet connu sous le nom « Attikamagen Iron Project »

Dans l’article de monsieur Duhamel, il n’était pas question de ce projet prometteur dont le maître-d’œuvre est Century Iron. Mais bien d’un projet en exploitation, celui de lac Bloom opéré par Cliffs.

J’ai sous les yeux d’ailleurs un résumé de l’étude à laquelle vous faites référence, et non pas le chiffre d’une seule carotte, comme vous nous le soumettez maladroitement.

Aussi, ce seul chiffre fait référence à un prélèvement par carottage correspondant aux résultats obtenus sur un seul échantillon (phase 2 de la mine de Joyce Lake) ; d’un projet de mine qui n’est pas encore en exploitation.

En phase d’exploitation, il faudra tenir compte de la teneur en fer moyenne du site. Et non pas de celle d’une seule carotte. Ce qui signifie que la teneur moyenne en fer du minerai exploité sera inférieure aux résultats des prélèvements obtenus par carottage. Ce qui est normal.

De plus les prélèvements — qui forment selon les règles un « échantillonnage » — font plutôt état d’une teneur moyenne (il s’agit bien d’une moyenne) ; cette teneur en fer oscille selon les carottes de 48 à 68 %.

De plus, les données géologiques dans cette région établissent depuis longtemps que le secteur de Schefferville situé à la frontière du Labrador est celui dont la qualité moyenne du minerai est la meilleure (autour de 55 %), sur certains filons. Donc cette étude vient le confirmer. Néanmoins les coûts d’exploitation seront actuellement élevés. C’est pour cette raison d’ailleurs qu’il faut des infrastructures. Attikamagen Iron Project n’est présentement accessible qu’en avion.

Aussi ce que j’ai écrit dans mon point 3 : « (…) il faut au préalable broyer et concasser le minerai extrait à fin d’en obtenir un « concentré . » », tout cela est exact. Cela s’applique bien pour la mine du lac Bloom dont il était question dans cet article, laquelle est bien actuellement en exploitation.

À toutes fins pratiques, pour obtenir 1 tonne de fer concentré à 65 %, il faut extraire en moyenne 2,5 tonnes de minerai dont la concentration moyenne est de 30 % dans la plupart des mines situées au Québec et au Labrador.

Comme à votre habitude, mon cher monsieur Youlle, vous voulez briller, et par le fait-même vous cherchez à me faire bien mal paraître, si ce n’est qu’à mes yeux vous n’êtes jamais qu’un vieux grincheux que je ne trouve réellement pas si brillant qu’ça. Je vous souhaite meilleure chance la prochaine fois dans vos entreprises de démolition !

Au plaisir d’échanger encore très souvent avec vous.